LIVRE HUITIÈME
L'homme physique est soumis à deux ordres d'influences. Les unes lui viennent du dehors; elles agissent directement sur sa santé, en fournissant à son organisme des éléments de réparation ou de déchet, de restauration ou d'affaiblissement : ce sont les influences du milieu dans lequel il vit; nous venons d'achever leur étude en ce qui concerne l'homme de mer. Les autres, d'un ordre plus relevé, puisqu'elles lui appartiennent en propre et mettent un abîme entre la brute et lui, sont les influences de l'âme sur le corps qu'elle habite, influences qui, pour n'agir qu'indirectement sur la santé, exercent sur elle cependant une action décisive ; et, de môme que les conditions extérieures d'alimentation, d'air, de lumière, etc., quand elles sont viciées, compromettent le maintien de la vie, de même les influences morales sont conservatrices et salutaires quand elles ont le devoir pour inspiration,- la religion pour allégement, et deviennent destructives du moment oii ce double contre-poids leur manque. Cette subordination étroite de la matière au principe immatériel qui l'ennoblit est une cause de fragilité pour le corps, mais elle est pour l'homme tout entier le sceau de sa grandeur et de ses destinées immortelles. Et ici encore éclatent la domination de l'âme et la servitude de son enveloppe; les maladies de la première, passions excessives, dérèglements de la volonté, etc., ont toujours leur retentissement sur l'être physique dont elles ébranlent les ressorts, tandis que l'âme peut, « au milieu des ruines d'un corps qui se dissout » (Bossuet), conserver encore intacte la plénitude de sa force et de sa puissance. Si les lois mystérieuses de cette action réciproque du physique sur le moral échappent à notre intelligence, les efl'els en sont dign es de toute notre attention, et l'hygiène, qui a peut-être mission de relever la médecine du reproche de matérialisme contre lequel elle ne proteste pas assez, doit considérer l'homme sous ses deux faces, sous peine de laisser sa tâche incomplète. Nous ferons ainsi dans les limites étroites de la spécialité de notre livre, mais nous nous garderons, comme d'une faiblesse dont nous aurions à rougir, de ces précautions oratoires timides par lesquelles l'hygiène s'efforce habituellement dejustifler par un intérêt matériel la place étroite qu'elle accorde à tout ce qui n'est pas d'un ordre purement physique. L'homme est esprit et matière à la fois, et ces deux principes réagissent perpétuellement l'un sur l'autre. Si le corps a son Fonssaghives, Hyg. nav. 53
hygiène, l'âme a aussi la sienne; un seul mot la résume : la Religion. Nous ne séparerons jamais ces deux intérêts.
Les influences morales qui dérivent de la profession maritime sont aussi nombreuses que diverses; nous les étudierons sous trois catégories : 1° régime moral proprement dit; 2° régime disciplinaire; 3° régime religieux.