HÔPITAL ET POSTE DES BLESSÉS
§ 1. Hôpital et dépendances.
1. Historique. - Aune époque où la rudesse impitoyable des mœurs ne voyait dans les hommes malades que des êtres inutiles, où le vœ œgrotantibus semblait aussi naturel que le vœ victis du droit antique, on ne se préoccupait du logement à donner aux malades à bord des navires que pour les isoler du reste de l'équipage et prévenir les dangers d'une transmission contagieuse. Ce n'était pas de la pitié, c'était de l'ordre (1).
L'avant du navire paraît avoir été de tout temps le lieu affecté au lo-ement des malades. M. Jal, citant Jean Matheille, de Bergerac, nous apprend que, sur les galères françaises, à la fin du siècle, la
chambre de proue servait à loger les cordages et le coffre du chirurgien, et que, pendant le voyage, on y plaçait les malades et les blessés. De même aussi, sur les galères du moyen âge, l'hôpital désigné habituellement sous le nom de tollar (de tolerare, souffrir, suivant M. Jal) (?) était placé sur l'avant. ^ .
Lorsque l'architecture nautique se perfectionna, lorsque les bâtiments qu'elle construisit prirent des proportions considérables et furent divisés intérieurement à peu près comme ils le sont aujourd'hui, il sembla que l'état de maladie d'une partie de l'équipage ne dût point entrer dans les prévisions de la vie maritime, et nul emplacement ne fut encore destiné h servir d'hôpital ; seulement, la tradition de placer les malades sur l'avant du faux-pont, dans un endroit ouvert ou cloisonné, se conserva et tint lieu de règlement (i). L'article 4068 de l'ordonnance du 25 mars 1765, sans sauvegarder complètement le bienêtre des malades, se montrait plus miséricordieux à leur égard et il
(1) Les avisos et même les corvettes à vapeur du type : Primauguet, Phlégeton, Laplace, n'ont pas d'hôpital. M. Cheval, médecin-major du Primauguet, en station dans -les mers de Chine, a insisté sur l'impossibilité de soigner les malades dans le poste ménagé dans le faux-pont avant, et qui n'était séparé que par une toile du reste de l'équipage (Cheval, Relat. médic. d'une campagne au Japon, en Chine et en Corée. .Thèse de Montpellier, 1868). Sur le Latouche-TréviUe, M. A. Pujo avait obtenu que les malades de ce navire, quand on était à la voile, fussent placés dans la chambre do la machine. Cette ressource, qui lui a été très-précieuse, peut, en effet, dans ces conditions, rendre des services réels. Le type Infernet est dans le même cas : le Sané et le Seigneluy que j'ai visités récemment h, Toulon n'ont pas non plus d'hôpital. On ne peut que signaler les inconvénients de cette disposition véritablement rétrograde.
prescrivait de les séparer, autant que possible, du reste de l'équipage, de les tenir dans une grande propreté, de fournir à chacun d'eux un cadre ou un hamac, et enfin de les veiller et de les secourir constamment dans leurs besoins. A partir de cette époque jusqu'en 4810, le faux-pontavant demeura le poste habituel des malades. Ce n'est pas que, pendant cette période, les récriminations contre cet emplacement n'aient été vives et multipliées; mais la routine, la crainte de gêner la manœuvre du navire et l'absence d'un projet réalisable perpétuèrent un état de choses cependant fort regrettable.
Nous jouissons actuellement, nous autres médecins de la marine de cette génération, des résultats qu'ont obtenus le zèle persévérant et les efforts assidus de nos devanciers, et nous ne pouvons, si ce n'est dans les temps d'épidémie, nous faire une idée des conditions déplorables au milieu desquelles ils exerçaient leur ministère à bord des navires. Dansun travail manuscrit que nous avons eu sous les yeux, et qui est relatif à une épidémie survenue à bord du vaisseau du roi V Expérimenta un chirurgien distingué du port de Brest, M. Maugé, a décrit avec une lugubre et naïve énergie les misères de l'encombrement d'un faux-pont par les malades. « Nos malades, rangés dans Tentre-pont, d'oîi l'on avait fait déloger l'équipage, n'avaient qu'une mauvaise natte de jonc qui leur tenait lieu de matelas. Qu'on se les figure entassés au nombre de deux cents au moins, sous les chaleurs brûlantes de la ligne équinoxiale, dans un espace dix fois moindre que celui de l'hôpital le plus encombré. Dans les visites, tant de jour que de nuit, que je faisais à ces malheureux, j'étais obligé de me glisser entre les cadres, presque à plat ventre, et à chaque instant les souillures, soit des vomissements, soit des déjections involontaires, venaient m'atteindre ; il me fallait respirer l'haleine infecte et corrompue de la bouche des malades ou les miasmes qui s'exhalaient de la surface de leur corps, et chercher à les reconnaître dans l'obscurité la plus profonde à l'aide d'une lampe sépulcrale qui défigurait plutôt les traits des malades qu'elle n'en montrait lesvéritables caractères (1). »
Quand on rapproche ces misères, que l'exercice de la profession médicale dans d'autres conditions n'a jamais rencontrées au môme degré, des dégoûts dont des règlements injustes abreuvaient alors ceshommes voués à l'accomplissement de ce rude ministère, on se sent pris d'admiration pour ces sloïques et mâles natures que nulle iniquité ne faisait dévier de leur devoir.
II. Situation. — En 1810, Sper (de Granville), alors chirurgien de première classe de la marine, a publié une thèse (2), qui marquera dans l'histoire de l'hygiène navale, non pas qu'elle se fasse remarquer
(1) Rapports delà collection de Brest.
(2) Spcr, E'isai sur le service désunie nautique, Jhèse de Paris, 1810, n. 31.
précisément par le choix et la distribution des matériaux, mais parce qu'elle a proposé et fait accepter une installation d'hôpital bien supérieure à celle qui existait jusque-là. Nos recherches ne nous ont fait retrouver dans aucun écrit antérieur à la thèse de Sper, l'idée de transporter l'hôpital des vaisseaux et des frégates du faux-pont dans la
batterie-avant. i,» • i
Sper, après avoir fait ressortir tous les inconvénienls d'un hôpital relégué dans le faux-pont (odeur désagréable, défaut d'isolement et d'aération, obscurité, difficulté du service par le fait de l'encombrement des coursives et de l'impossibilité de pénétrer la nuit jusqu'aux malades, etc.), expliquait ainsi son projet : « Il existe, à partir des cuisines jusqu'aux sabords de chasse, un espace de 9^^,50 de largeur et de 7 mètres de longueur (1), qui peut contenir vingt-cinq cadres et autant de hamacs; qu'on le suppose hermétiquement fermé à l'aide de châssis volants semblables à ceux de la grande chambre ; qu'on y pratique du côté de bâbord une porte gardée par une sentinelle, et Ton aura l'endroit le plus propre à faire un hôpital. »
11 lui attribuait des avantages nombreux: 1° libre circulation de l'air; 2° lumière suffisante; 3° nettoyage facile; 4° rejet aisé des matières excrémentitielles ; 5° possibilité de soustraire l'immersion des cadavres aux regards de l'équipage ; 6° service des aliments facilité par le voisinage des cuisines ; 7° isolement efficace des malades, etc.
Il combattait ensuite, très-viclorieusement, à notre sens, les reproches suivants adressés au système qu'il proposait :
Neutralisation de deux pièces de canon; danger de laisser de la lumière dans l'hôpital pendant la nuit ; incommodité de la fumée des cuisines ; odeur et malpropreté de la poulaine ; dangers du froid, de l'humidité et des coups de mer; perte du coup d'oeil de la batterie. A la dernière de ces objections Sper fait cette sévère mais juste réponse : <( Quoi ! mettre en parallèle le coup d'œil d'une batterie avec la santé et même l'existence des hommes!... L'officier qui me fit cette objection me donna à l'instant la mesure de l'intérêt qu'il était susceptible de prendre à un équipage (2). »
Les idées de Sper ont été reprises et développées avec talent, en 1822, par un autre médecin de la marine, Le Ilelloco, qui a donné plus de force à quelques arguments présentés par son devancier, en a fourni d'autres très-plausibles, et a beaucoup contribué à faire adopter le projet d'installation de l'hôpital dans la batterie. Cette thèse dans laquelle la matière est épuisée à fond, mérite, à tous les titres, d'être lue attentivement (3).
(1) Spor prenait pour type de description le vaisseau de 74. (?) Sper, op. cit., p. 22.
(3) J.-M. Le Helloco, Considérations générales sur quelques points d'hygiène et de médecine navales, Thèses de Montpellier, 1822, n°47.
iOi LE NAVIRE.
Anjourcriiui la parlie est défini Livemenl gagnée, et les réclamations unanimes des médecins de la marine ont prévalu contre l'insalubre habitude que l'on avait prise d'entasser les malades dans le faux-pont (1), comme si l'on avait eu plus à cœur de les cacher aux regards que de les mettre dans des cônditions oti ils puissent se rétablir. Tous les bâtiments à batterie ont donc un hôpital qui, placé sur l'avantde celle-ci, est en réalité aussi convenable et aussi commode que peut l'être l'hôpital d'un navire (sick- bai/ des Anglais). Les petits bâtiments en sont dépourvus, mais le règlement assigne comme poste aux malades la partie de l'entre-pont qui avoisine le grand panneau, et cette prévoyance fait disparaître une partie des inconvénients qui résultent de l'absence d'un poste spécial ; d'ailleurs l'humanité des capitaines sait, toutes les fois que la nature de leur bâtiment le leur permet, suppléer au manque d'hôpital par des installations particulières : c'est ainsi que le commandant delà corvette à vapeur rArc/iwzè<ie, en station dans l'Indo-Ghine, après que les premiers mois de campagne eurent démontré les fâcheux inconvénients de la séquestration des malades dans l'avant faux-pont, assigna aux plus gravement atteints une chambre de deux lits placée dansl'avant-carré, en face de la pharmacie. M.Leroy de Méricourtse loue beaucoup des services que cette disposition lui a rendus, et il émettait dans sa thèse le vœu de voir tous les bâtiments à vapeur sans batterie créer celte ressource à leurs malades (2). De même aussi, à bord de la corvette à vapeur le Caïman, une cabine placée sur le pont, entre le grand mât et le tuyau, pouvait contenir quatre lits et servait d'abri aux hommes les plus malades, etc. Malheureusement les petits bâtiments à voiles n'ont pas de ressources de cette nature, et c'est au plus si un simple entourage de toile peut simuler un poste de malades et opérer une sorte d'isolement fictif. Les intérêts de l'hygiène ne sauraient, bien entendu, prévaloir contre l'impossible, et l'on ne peut que regretter cet état de choses.
"L'article 84 de l'ordonnance du 12 février 1823, qui a assigné invariablement, pour emplacement à l'hôpital, la partie avant de la batterie sous le gaillard, a été accueillie avec une vive joie par les médecins de la marine, auxquels il a donné, en temps ordinaire, le moyen de traiter plus convenablement leurs malades. A tous les titres, cet en-
(1) Un certain nombre de bâtiments américains ont conservé leur hôpital dans le faux-pont et il y occupe remplacement réservé aujourd'hui chez nous au poste des blessés, c'est-à-dire le deuxième faux-pont au-dessus de la cale au vin de l'avant. Malgré les éloges donnés par les officiers de cette marine à cette disposition qui, en cas de branle-bas rapide, trouve les malades là où ils doivent ôtre pendant l'action et dispense de l'obligation d'une évacuation précipitée d'un hôpital de batterie, j'estime avec M. M. Nielly que c'est sacrifier des avantages permanents à une. simplification dont l'utilité est éventuelle et pont môme ne se montrer jamais et qu'un hôpital pareil doit ôtre fort insalubre et fort incommode.
(2) Leroy de Méricourt, Thèse citée, p. 22 .
HOPITAL ET DÉPENDANCES. lOK
droit vaut infiniment mieux que le faux-pont, et nous concevons difficilement que Laurencin ait cm devoir proposer, en 1830, de reporter l'hôpital dans l'entre-pont, à bord des navires à une seule batterie, se fondant sur les inconvénients qui résultent pour les malades du passage et du maniement des câbles, et du voisinage de la fumée des cuisines. Dans ce proj.et, le poste des malades placé sur l'avant du grand panneau, éclairé par la batterie et ventilé au moyen de manches h vent, aurait contenu une douzaine de lits environ; en temps d'épidémie, l'hôpital aurait été reporté dans la batterie (1). Nous avons trop insisté sur les avantages du système Sper pour que nous nous croyions obligé de faire ressortir les inconvénients de cehii-ci, qui ne semble pas d'ailleurs avoir rencontré beaucoup de partisans.
Au reste, depuis 1825, cette question si intéressante a été laborieusement agitée, et des projets nombreux d'installation nouvelle des hôpitaux de navires ont vu le jour.
Ils se rangent tous sous deux catégories distinctes : les uns partent d'une préoccupation exclusivement nautique, les autres d'une préoccupation exclusivement hygiénique; les uns et les autres étaient par cela même irréalisables. Un hôpital, en quelque endroit qu'on le place, sera toujours une gêne véritable pour la manœuvre ou la défense d'un navire; il faut bien que l'art nautique en prenne son parti, mais il faut aussi que l'hygiène ne fasse pas^ preuve d'intolérance et qu'elle ne demande pas à la navigation des sacrifices que celle-ci ne peut lui faire.
Reprenant une idée attribuée par Le Helloco (2) à l'amiral Bergeret, j'avais, dans la première édition de cet ouvrage, proposé d'affecter l'arrière du grand panneau au service des malades à bord des grandes frégates et des vaisseaux : « Cet hôpital, disais-je, placé au centre du navire, aurait trois de ses parois vitrées pour recevoir la lumière : sur l'avant, du grand panneau ; latéralement, des sabords, et une clairevoie spéciale ouverte sur le pont suffirait pour lui fournir de l'air. Les bâtiments à batterie couverte, non armés en guerre, pouvant sacrifier «ans inconvénient un sabord de l'arrière de chaque côté, auraient pour hôpital deux cabines assez, spacieuses pour contenir chacune trois ou quatre lits. Les inconvénients réels que l'hôpital de la batterie-avant présente au milieu de ses avantages seraient heureusement éludés par ce système : les malades seraient plus isolés de l'équipage; ils auraient •moins de bruit, moins d'humidité, des secousses moins fortes, et ils se trouveraient affranchis de la gêne que leur causent le maniement des chaînes et la fermeture forcée des sabords de l'avant toutes les fois que la mer est un peu forte. N'y aurait-il pas d'ailleurs quelque chose de
{\)'f-'^nvGncin, Rapport sitr la campagne de la Vénus « Alger, 1830 (Collection do Brest).
(2) Le Helloco, Rapport sur la campagne du vaisseau le Duquesnc (Collection de Brest).
iOi) LE NAVIRE.
consolant pour les malades h se voir rapprochés des logements les plus favorisés du navire, et à sentir de plus près la sympathique sollicitude du capitaine et des officiers pour leurs misères? » Ce projet a été réalisé sur quelques cuirassés de deuxième classe.
Dans l'ancienne marine à voiles, on avait proposé aussi de placer l'hôpital dans la dernière batterie des vaisseaux, la sainte-Barbe des frégates et grandes corvettes, dans l'endroit occupé par le parc à bestiaux dans la batterie haute.
Sur les navires cuirassés, l'hôpital a occupé et occupe encore des emplacements assez variés. Sur les premiers types de cuirassés, l'hôpital était sur le pont; sur les types actuels, Océan, Richelieu, il occupe l'avant de la batterie. «L'hôpital, dit M. Bourel-Roncière, était possible sur le pont large et dégagé des anciennes frégates hlindées, et les médecins de la marine avaient applaudi h cette innovation imaginée sur la Gloire, et conservée sur la plupart des types dérivés de ce premier modèle ; mais dans le cas présent, la forme pointue de l'avant, la forte rentrée des œuvres mortes à cette extrémité, l'étroitesse consécutive du gaillard, l'encombrement du pont, qui en est la conséquence, et l'exiguité de l'espace disponible, entraînaient nécessairement l'abandon de cet emplacement. Revenu dans la batterie haute, l'hôpital est réellement à sa place, et nul autre point de l'avant ne s'accorderait mieux à celte destination (1). »
Lçs premiers grands cuirassés avaient donc leur hôpi tal sur l'avant-pont. La Gloire, le Solferino (2) et la Provence étaient dans ce cas (seule la Couronne avait son hôpital dans la batterie). Cette condition était rendue possible sur ces bâtiments par la suppression du beaupré. M. Quémar attribue aux hôpitaux de pont l'avantage d'être vastes, aérés, élevés audessus de la mer, éloignés du bruit (?), facilement accessibles, principalement pour les blessures qui se contractent presque toutes sur le pont. « La marine française, dit-il, est la première qui ait placé les hôpitaux sur le pont, c'est en même temps une innovation et une bonne action (3). » Cette amélioration justement louée par M. Quémar n'a été que temporaire; les formes élancées de l'avant des nouveaux types : Océan, Richelieu, Colbert, ne permettent pas, je l'ai dit, de conserver l'hôpital sur le pont, et il a été reporté dans la batterie haute, à l'avant où, comme le dit M. Bourel-Roncière, il est véritablement à sa place (4). Sur les corvettes cuirassées cependant l'hôpital peut être placé avec avantage sous la ^(??î^«6', c'est-à-dire sur l'avant du pont. C'est
(1) Bourcl Roncièrc, Arch. de méd nav., avril 1875, p. ?G3.
(2) C. Quémar, Élude sur les conditions lujg. des bâtiments cuirassés {Arc/i. de mùd. nav., I86(), t. V, p. 449).
(3) Le So/f(U-ino est, comme l'était le Mnrjentn, m\ vaisseau blindé à deux batteries ; les autres grands cuirassés ne sont, par le fait, que des frégates.
(4) Bourel-Roncière, id?'c/(. de méd. nav.,']n\\\ 1875, p. 203, t. V, p. ■iG2.
le cas de l'hôpital de la Tliétis (1). M. Bourel-Roncière qui a longuement comparé les avantages qu'offrent pour les corvelles les hôpitaux de batteries et ceux de tengue, donne la supériorité à ces derniers, tout en reconnaissant que si les malades ont un air plus pur, plus abondant, s'ils y trouvent plus de lumière, ils sont moins isolés du bruit, ressentent davantage les mouvements du navire, sont moins abrités l'hiver contre le froid extérieur, et sont privés par l'exiguité de l'espace des avantages d'une bouteille d'hôpital et d'une salle de bains. Ma is l'hygiène ne peut espérer d'éluder tout inconvénient, en quelque endroit qu'elle établisse l'hôpital, et elle doit profiter des avantages de celte situation sur le pont, sans plus songer aux quelques incommodités qui y sont attachées. L'idéal (et il a été réalisé temporairement, au moins sur quelques navires) serait d'avoir un hôpital à deux étages, disposant à la fois de la batterie avant et de la tengue, et d'un hôpital latéral avec bouteille, dans l'avant-carré; la tengue serait destinée au service ordinaire, et l'hôpital d'avant-carré, installé comme celui de la Jeanne d'Arc ou de VArmidey recevrait les malades alités (2).
Pour notre compte, rapprochant ces hôpitaux aériens de l'avantpont de ces hôpitaux sous-tentes, dont la guerre de la sécession a démontré la salubrité, et qui ont été imités depuis avec succès dans les dépendances des hôpitaux ordinaires, nous n'hésitons pas à conseiller aux capitaines de donner à cette partie du navire cette destination, toutes les fois que ce sera possible (3). En temps d'épidémie, pas d'hé-
(1) M. Bourel-Roncière décrit avec le soin scrupuleux qui distingue son travailles éléments de la topographie de cet hôpital de la Thélis: forme triangulaire ; cube brut de 57»3,856 réduit par l'ameublement à, 4^m^983 ; 4 lits, disposant chacun d'un cube spécifique de un carré d'aération absolu de 42,716 et un carré spécifique de 12,179; une superficie de 182,88 (Bourel-Roncière, loc. cit., ip. 273). D'un autre côté, M. Deschiens a parlé, avec un enthousiasme qui se conçoit, des magnifiques conditions dans lesquelles se trouve l'hôpital du type Gauloise : un cubage brut de 18l'"3,12 réduit par l'encombrement matériel à 167 n>3,81, c'est-à-dire pour la population moyenne habituelle de cette partie du navire un cube spécifique de l6o>3,78; un carré absolu d'éclairage de 4™\02, donnant à chaque homme un carré d'éclairage de 0'°,4 ; l'absence d'humidité, la facilité du transport pour les blessés, etc., sont des avantages précieux. Ce n'est pas que tout soit irréprochable; c'est ainsi que M. Deschiens signale le voisinage incommode des poulaines, la manœuvre de la pièce de l'avant, le bruit, etc., mais où est la perfection? (Deschiens, La frégate cuirassée /a Gauloise. Elude dliyg. navale, Arch. deméd. nav., 1870, t. XIII, p. 34G.)
(2) M. Bourel-Roncière faisant ressortir l'insuffisance des cinq lits de son hôpital de batterie à bord de VOcéari signale les services que lui a rendus la tengue transformée en hôpital, et devenue une annexe de l'hôpital de batterie. M. Bourel-Roncière exprime le regret que cette annexe ait été détournée depuis de sa destination {loc. cit., p. 26i).
(3) M. Le Roy de Méricourta sahié, comme nous, cette apparition de l'hôpital sur le pont des navires comme un progrès considérable (Le Roy de Méricourt, Rapport sur les progrès de l'hyg. nav. Paris, 1867, p. 23). Je reconnais que sa réalisation n'est possible que sur un petit nombre de navires, mais il mesure, au point de vue humanitaire, le chemin glorieux que nous avons fait depuis l'époque oili le malade, considéré comme un impédiment et comme une gène, était logé n'importe où et dissimulé plutôt qu'abrité. Si ïourville passait aujourd'hui l'inspection d'une escadre de cuirassés, que dirait-il d'un pai'eil changement !
silatioi), il faut éviter de renfermer le loup dans la bergerie, et une bonne partie du pont doit être transformée en hôpital sous-tentes. Je reviendrai sur cette considération quand je m'occuperai des mesures à adopter en temps d'épidémies.
III. Dimensions. — Les dimensions assignées au poste des malades sont généralement suffisantes en temps ordinaire, et faire entrer dans les prévisions les exigences d'une épidémie était véritablement impossible. Ces dimensions sont variables suivant le rang des navires et suivant les navires eux-mêmes, mais ces différences de cubage ne suivent pas les variations de l'elfectif embarqué; de sorte que certains bâtiments sans passagers sont, sous ce rapport, plus favorisés que d'autres.
Le cubage de l'hôpital d'un navire doit s'entendre de deux façons : cubage absolu, cubage spécifique. Le cubage absolu lui-même tient ou ne tient pas compte de l'encombrement matériel qui le restreint d'autant. Dans la première édition de ce livre, je donnais les dimensions cubiques des hôpitaux des anciens types de navires à voiles ou à vapeur; M. Bourel-Roncière y a ajouté les données relatives aux cuirassés, et je puis, grâce à lui, compléter ces indications et les mettre au courant de l'état actuel de l'architecture nautique. J'indique dans le tableau suivant le cube absolu (fictif) des divers hôpitaux de bâtiments, et leur cube spécifique ou par lit.
TYPES
Vaisseau à trois ponts..
Vaisseau de 2*= rang
Vaisseau de 3'^ rang. ...
Frégate de V'^ l'ang. . . . ,
Frégate de 2* rang
Frégate de 3* rang
Corvette de 1" rang
Corvette de 2" rang —
Type Napoléon
Type Duquesne
Type Darien
Cuirassés anciens
(Moyenne.) Cuirassés de 1'^ rang. .
[Océan, Marengo.)
Types {RirJœlieu
Friedland.) Cuirassés de 2° rang. . .
(Types Tfiétis, Aima.)