SPÉCIFIQUE
On voit que l'encombrement superficiel de l'hôpital était beaucoup moins considérable sur les navires de l'ancienne marine que sur les cuirassés; la différence entre les frégates à voiles et les cuirassés du premier rang du type Richelieu est de moitié. La gracilité des formes da l'avant sur ces navires expHque cet exiguïté.
Y, forme. — h2i forme des hôpitaux est subordonnée, dans une mesure étroUe, à l'emplacement qu'ils affectent. Quand ils sont à l'avant de la batterie ou du pont, ils ont une forme triangulaire à sommet en avant ; ceux qui sont dans des parties larges du navire sont généralement carrés; enfin, les hôpitaux en abord, comme le sont ceux des cuirassés anglais, affectent une forme rectangulaire. La forme en triangle est la plus défectueuse, parce qu'elle laisse inutile une angle très-aigu; il est
Fig. 11. — Hôpital et infirmerie de la frégate ;\ vapeur VEldorado.
HOPITAL ET DÉPENDANCES. Hl
vrai qu'on peut l'utiliser pour l'établissement de bouteilles. Je vois aux hôpitaux placés en abord l'avantage d'une forme plus régulière, et le reproche qu'on peut adresser aux hôpitaux de bout de batterie d'intercepter l'aération de celte partie du navire disparaît par cela même.
A bord de certains navires armés en transport et de quelques steamers on pourrait adopter une disposition qui nous a rendu à bord de V Eldorado de réels services. Yoilà comment était installé l'hôpital de ce bâtiment. La cloison transversale avait été enlevée et avait servi à construire, en abord, deux cabines de i^jSo de longueur, éclairées par un sabord et contenant chacune trois lits. Les convalescents et les malades légèrement atteints avaient leurs hamacs pendus sur J'avant et dans l'intervalle de ces deux chambres, et les courants d'air fournis par les deux sabords de l'extrême avant et par lesécubiers balayaient la batterie dans toute son étendue. Nous ne saurions trop louer les avantages de cette disposition qui nous a constamment permis de séparer les malades graves, d'isoler les affections contagieuses, d'éluder une partie des inconvénients attachés au maniement des chaînes, de maintenir l'aération de la batterie, et de soustraire à la vue des autres malades le spectacle douloureux des obsèques de leurs camarades. Les Anglais, parait-il, ont adopté pour quelques-uns de leurs navires cette idée d'un hôpital bilatéral avec séparation intermédiaire, servant de poste aux malades non alités. La frégate cuirassée le Lord Warden a un hôpital installé de celte façon. Quelques frégates cuirassées de notre marine, la Reine- Blanche, la Thétis el VAtalante, ont un hôpital double en abord; mais, au lieu d'être dans la batterie-avant, il est situé dans l'avant-carré ou salle d'armes entre le réduit et le logement des officiers, précisément dans l'endroit qu'il y a vingt ans je signalais, après Le Helloco, comme pouvant être utilement affecté à cette destination.
Vf. Eclairage. — 1° Eclairage naturel. — C'est surtout sous le rapport de l'éclairage naturel que la question des hôpitaux nautiques a réalisé les améliorations les plus importantes et les plus difficiles à obtenir. On arrivera, en effet, quand on le voudra bien, à apporter de l'air suffisamment pur et en quantités convenables à un hôpital en quelque endroit qu'il soit placé, mais la lumière est un fluide autrement subtil qui ne s'emmagasine pas et ne se laisse pas diriger, et l'éclairage de . l'hôpital dépend étroitement de sa situation.
Ce qu'étaient les hôpitaux de faux-ponts sur les navires à plusieurs batteries, je l'ai dit tout à l'heure: des réduits oti le méphitisme et l'obscurité régnaient en maîtres; la navigation ù. vapeur en accroissant les dimensions des navires et en dispensant l'espace avec moins de parcimonie a permis d'établir des hôpitaux plus grands et mieux éclairés et je me rappelle l'admiration que me faisait éprouver la vue des hôpitaux des premières frégates à vapeur de 450 chevaux telles que le Gomer
elVAsmodée{\). Les cuirassés réalisent aujourd'hui des conditions autrement l'avorables et telles que les médecins de la marine d'il y a trente ans n'auraient osé les rêver. L'hôpital de VOcéan a quatre fenêtres représentant un carré d'éclairage de 2°'2,024 . Or le cube brut de cet hôpital esi de 67'"3,068, ce qui donne environ une fenêtre de un mètre carré pour 33 mètres cubes , condition d'éclairage qui pourrait être considérée comme favorable partout. M. Bourel- Roncière fait remarquer que le type Tl/ttrew^o dont l'hôpital cube 5 mètres de plus que celui de VOcéan n'aura guère que 1™^ ^jg surface d'éclairage, circonstance aggravée par la position des fenêtres qui seront plus en arrière (2); mais encore faut-il considérer cet hôpital comme suffisamment doté sous le rapport de la lumière. Le Richelieu, le CoZôer/, seront les plus favorisés de tous, leur hôpital aura un carré d'éclairage de 3 mètres de côté, mais il est vrai que leur hôpital cubera près de moitié plus que celui de VOcéan.
2° Éclairage artificiel. — L'éclairage artificiel de l'hôpital pendant la nuit doit s'inspirer de la nécessité d'avoir une lumière douce et uniforme et de disposer l'appareil d'éclairage de façon à ne vicier que le moins possible l'air de cette partie du navire. M. Barthélémy, professeur à l'école de Toulon, a formulé et réalisé une troisième condition pour la lampe de l'hôpital des navires, c'est de fournir de l'eau chaude dont le besoin se fait si fréquemment sentir pendant la nuit, c'est-à-dire à un moment où. tous les feux sont éteints. M. Barthélémy a imaginé dans ce but un fanal-veilleuse qui fournit de l'eau tiède et peut à la rigueur servir
(1) C'est sur CG navire que j'ai fait, en 1842, ma première campagne, dans la Méditerranée et au Sénégal. Il constituait avec le 6'ower, autre frégate à vapeur de 450 chevaux, le premier essai de steamers spacieux et h moteurs relativement puissants. Les choses ont marché depuis.
(2) Bourcl-Roncière, loc. cit., p. 205.
Fig. 1 2. — Fanal pour les hôpitaux des navires.
Fig. 13. — Caisse du fanal. Flg. 14. — Fumivore.
Ce fanal-veilleuse se compose d'une lanterne en cuivre, laiton oufer battu, ayant deux faces vitrées ; l'une d'elles est munie d'une porte pour l'introduction d'une lampe ; une guirlande de trous à la partie
' inférieure laisse passer l'air qui alimente la combustion et s'échappe par un tuyau surmonté d'un fumivore. Ce tuyau traverse une caisse à robinets pleine d'eau, en fer-blanc, et se continue avec la cage du fanal par un espace évasé en dôme pour accroître la surface de contact de l'eau avec le métal échauffé. Cette caisse est divisée intérieurement en deux compartiments, et sa paroi supérieure porte deux ouvertures à couvercles : l'un destiné à introduire et à tenir immergée dans l'eau chaude une fiole à médecine; l'autre percé de trous et pouvant au besoin s'adapter au fumivore renversé et transformé en lampe à alcool pour servir de moyen de sudation. La caisse contient dix litres d'eau. On peut ne mettre que de l'eau dans l'un des compartiments et réserver l'autre pour des boissons variées, médicamenteuses ou alimentaires ; mais l'usage le plus utile de ce fanal est de fournir un bain-marie permanent. Les figures ci -jointes indiquent la disposition du fanal-veilleuse dans son ensemble et dans ses parties essentielles. Cet appareil est com-
• mode, il atteint bien son but, et les médecins de la marine qui l'ont expérimenté m'en ont fait Téloge. Le règlement annexé au décret du 15 août 1871 prescrivant l'extinction des feux au branle-bas du soir, les bâtiments à voile, en tout temps, et les steamers au mouillage sont privés d'eau chaude pendant une période de près de dix heures, ce qui est un grave préjudice sur les inconvénients duquel J'ai pu méditer durant la partie active de ma vie de médecin de la marine. Un malade obligé d'attendre aix heures une tisane chaude ou un cataplasme, c'était FoNSSAcmvES, Ilyg. nav.
plus qu'un inconvénient, le fanal-veilleuse de M. Barthélémy y a heureusement remédié. 11 n'y a pas de petites choses en fait de soins (1).
Vil. Aération. J'avais proposé de déterminer l'aération des divers
hôpitaux par les dimensions du carré qui représente l'ensemble de leurs ouvertures aératoires. MM. Quémar et Bourel-Roncière adoptant cette idée ont calculé le carré d'aération absolu de l'hôpital des différents types de cuirassés et leur carré d'aération spécifique obtenu en divisant le carré absolu par le nombre de lits. Si je rapproche ces chiffres de ceux que j'ai fournis moi-même pour l'ancienne marine, je trouve les résultats suivants :