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MÉTÉORES

§ 1 . — Hydrométéores.

Les hydrométéores dont l'atmosphère pélagienne est le plus souvent le théâtre sont : les pluies, les brouillards et la rosée. Étudions les considérations d'hygiène auxquelles ils donnent lieu.

l. Pluies. — La pluie est le fléau de la navigation, l'ennemi le plus acharné de l'hygiène; celle condition atmosphérique entraîne, en effet, forcément lafermeture des ouvertures aératoires, l'entassementde l'équipage dans les batteries ou le faux pont, et la production d'une humidité chaude et malsaine. Par malheur cet incident, si préjudiciable à l'hygiène, se reproduit plus fréquemment qu'à terre ; les observations udométriques prouvent en effet qu'il pleut davantage au niveau de l'Océan que sur un point plus élevé; et que, dans les climats torrides, zones où s'accomplissent presque toutes les navigations des bâliments de l'État, la quantité moyenne de pluie est très-élevée. Celle-ci diminue assez régulièrement à mesure que de l'équateur on remonte vers les pôles. L'abondance de l'évaporation des mers tropicales y entretient des pluies torrentielles qui sont presque constantes pendant l'hivernage. Au voisinage de l'équateur, et dans une zone de quelques degrés au-dessus et au-dessous, il pleut encore plus souvent et la différence de la saison sèche à la saison pluvieuse est simplement relative. Une série d'observations faites pendant une année entière (1850-31) dans ces'parages nous a fourni le nombre suivant de jours de pluie par mois :

• 2'*°'''! Avril ,3

^'^^^"^bre 8 Mai jo

?«<^^."^bre 7 Juin 5

i^'"?^'' 9 Juillet ; 1

^J"^'"^ 9 Août ; 5

^^^'^ 13 (fleuve Gabon) Septembre 13

112 jours.

Tandis qu'à Paris la quantité annuelle des pluies est de 57 centimètres seulement, elle monte à 302 centimètres à la Guadeloupe, et à 205 à Calcutta (1). On le voit, les pays chauds, dans lesquels la navigation conduit le plus ordinairement, sont aussi les plus pluvieux; mais les pluies y sont diluviennes et courtes, et il est bien rare qu'une journée entière se passe sans que le soleil ne brille dans tout son éclat.

(1) Foissac, Traité de météorologie, t. II, p. 84.

II. Brouillards. — Les brouillards, constitués par la suspension dans l'air de la vapeur d'eau à l'état vésiculaire, se montrent surtout avec fréquence dans les mers du Nord. Danger réel pour la navigation qu'il condamne souvent à des tâtonnements périlleux, cet hydrométéore n'a d'autre mauvaise influence que de donner à l'air une extrême humidité qui se communique aux vêtements des matelots et à l'intérieur du navire, et de priver l'organisme, pendant un temps quelquefois considérable, de cet excitant lumineux sans lequel il languit et s'étiole (1).

III. Rosée. — La rosée esf certainement, de toutes les circonstances météorologiques, celle qui influence le plus l'hygiène des navires; les matelots, chassés des batteries par la chaleur et l'encombrement, vont, malgré une interdiction disciplinaire, trop absolue peut-être, chercher le sommeil sur le pont^ et restent exposés aux conséquences nuisibles du rayonnement nocturne. La rosée qui inonde le pont d'un navire se produit par un mécanisme absolument identique avec celui de la formation de la rosée terrestre ; le pont rayonne vers les espaces célestes, et avec une intensité d'autant plus grande que le ciel est plus pur, le calorique qu'il a absorbé pendant le jour; il se refroidit et l'air ambiant, entrant en équilibre de température avec lui, lui abandonne une certaine quantité de sa vapeur d'eau qui devient visible et liquide : aussi, sous les tropiques, n'est-il pas rare, par certaines nuits, de voir le pont humecté comme s'il avait été inondé par le lavage. La rosée se dépose sur les objets avec d'autant plus d'abondance qu'ils sont plus rapprochés du pont : à 1 mètre au-dessus, la rosée est déjà beaucoup moins forte ; dans la hune elle est peu sensible, ce qui s'explique par la densité spécifique de l'air, dont les couches forment au-dessus du pont une atmosphère glacée qui favorise son refroidissement, et par suite le dépôt d'une nouvelle quantité d'eau (Melloni). Si les tentes ou les taudes concourent efficacement à diminuer la rosée, cela tient, d'une part à ce que la toile fait écran et réfléchit une partie de ,1a chaleur que lui envoie le navire, €t d'une autre part à ce que l'air se renouvelant plus difficilement, le pont est en contact avec une atmosphère moins saturée d'humidité. Des <iffections rhumatismales, l'héméralopie, des ophthalmies, des diarrhées, ont été considérées comme pouvant résulter du sommeil sur le pont lorsqu'il n'est pas recouvert par les tentes; et, de fait, l'aclion réfrigérante propre que détermine le sommeil doit rendre plus fâcheux encore le refroidissement dû à la rosée elle-même.

§ 2. — Électrométéores.

L'atmosphère pélagienne est quelquefois, quoique plus rarement que

(,) Les brouillards des pays chauds sont malsains. Desgenettes avait fait «ig';;»*;^' r;^^ un ordre dujour à rarn.ée d'Égypte, la nécessité de se prémumr conU'c ^"Mc "C clo m^^^ la nuit que bien couvert (Desgenettes, îhslove médicale de i année d Onenl, p. m).

l'atmosphère terrestre, le siège de perturbations électriques qui peuvent gravement compromettre la sécurité de la navigation. L'isolement du navire à la surface de la mer, la masse de substances conductrices qui entrent dans sa structure, la rapidité de sa marche, sont autant de circonstances qui le désignent aux coups de la foudre.

I. Orages. — Les orages sont beaucoup moins fréquents, à latitude égale, lorsqu'on est au large que quand on navigue près des côtes. La distribution géographique des orages indique leur fréquence plus grande à mesure que l'on descend du pôle vers l'équateur. En Islande, c'est tout au plus s'il tonne une fois tous les deux ans; à Lx)ndres, il y a 8 jours environ d'orage par an ; à Saint-Pétersbourg, 9; à Paris, 12 ; à Smyrne, 19; à la Martinique, 39 ; à Rio-Janeiro, 50; à Calcutta, 60, etc. Arago a cherché à préciser la nature et l'aspect des nuages orageux; il est inutile de faire ressortir quel avantage il y aurait pour les marins à reconnaître ceux qui recèlent la foudre. «Lorsque, par un temps calme, dit ce savant, on voit s'élever assez rapidement, de quelque point de l'hoiizon, des nuages très-denses semblables à des masses de coton amoncelées, c'est-à-dire terminés par un grand nombre de contours curvilignes brusquement et nettement arrêtés comme le sont les sommets des montagnes domiques couvertes de neige ; lorsque ces nuages se gonflent en quelque sorte; lorsqu'ils diminuent de nombre et augmentent de grandeur ; lorsque, malgré tous ces changements de forme, ils restent invariablement attachés à leur première base; lorsque ces contours, d'abord si nombreux et si distincts, se fondent peu à peu les uns dans les autres de manière à ne plus laisser bientôt à l'ensemble que l'aspect d'un nuage unique, on peut annoncer avec certitude qu'un orage s'approche. » Cette description ne peut, par malheur, être considérée comme très-générale. Les marins savent quelle est la variété infinie de formes qu'affectent les nuages fulgurants. Quelquefois, au lieu de nappes'étendues, ce sont de ces petits nuages blancs qu'on désigne sous le nom de rochers, et qui lancent la foudre des divers points de leur étendue, ainsi que Duperrey en a cité un exemple remarquable ; d'autres fois le ciel est recouvert d'un seul nuage uniforme au moment, de la production des éclairs.

II. Influence des orages sur l'économie. — Alors même que l'électricité qui surabonde si souvent dans l'atmosphère pélagienne ne détermine pas des effets aussi effrayants, son influence se fait encore sentir sur l'organisme par une excitation vive, un état d'orgasme nerveux, une agitation qui, pénible dans l'état de santé, devient dangereuse dans quelques affections ; de môme aussi voit-on, sous l'influence des orages, la marche individuelle ou épidémique de certaines maladies perturbée d'une manière sensible. Ce fait a été noté, pour le choléra, par M. J. Ro-

chard, qui remarqua que presque tous les cas observés à bord se déclarèrent à la suite d'orages qui duraient d'ordinaire de sept heures du soir à minuit (1). M. Le Roy de Méricourt avu également à liio-Janeiro l'épidémie de fièvre jaune redoubler d'intensité après chaque orage (2). M. Maher a fait la même remarque à la Vera-Gruz et à la Havane. L'état de ses malades empirait toutes les fois qu'il y avait du tonnerre. « Cette influence délétère a été quelquefois si marquée, dit ce médecin, qu'on a été en droit de dire que les malades avaient été tués par la foudre. » Nous avons été souvent à même d'observer des faits de ce genre.

Nous ne dirons rien ici de la sidération à bord des navires, nous exposerons les considérations qui s'y rattachent à propos des accidents nautiques.

Lorsque l'air est traversé par de nombreuses étincelles électriques, la combinaison de l'oxygène et de l'azote en résulte, et il y a formation d'acide azotique. Les tornades de la côte ouest d'Afrique versent sur les navires de ces pluies orageuses dont l'acidité produit sur la paille des chapeaux une coloration rougeâtre.

IlL Feu Saint-Elme. — Assez souvent, à bord des navires, la saturation électrique de l'atmosphère se traduit par un phénomène lumineux que les marins de l'antiquité désignaient sous le nom de Castor et Pollux, que les matelots ont appelé feu Saint-Elme (ou mieux Saint-Tehne) (Jal), et auquel leur superstition naïve attacTie encore des idées de présages tristes ou favorables. Ces feux mobiles qui voltigent, dans les nuits orageuses, sur les parties les plus hautes de la mâture, ne déterminant jamais ni explosion, ni incendies ni brûlures, sont indifférents à la sécurité du navire et à celle des équipages ; ils n'intéresseraient l'hygiène qq^e dans les cas, possibles encore aujourd'hui^ oh la nature crédule et amie du surnaturel des matelots pourrait les porter à voir dans le feu Saint-Elme un motif de frayeur ou de découragement.

§3. — Photométéores.

L'étude des influences exercées par la mer et par l'atmosphère pélagienne trouve son complément naturel dans celle desinfluences sidérales. Or, celles-ci sont de deux sortes : ou bien elles dépendent de certains rapports mal définis entre les corps célestes et les organismes qui vivent à la surface du globe, elles ont alors un côté mystique et un faux air compromettant d'astrologie ancienne; ou bien ces influences, s'exerçant par l'intermédiaire du rayonnement lumineux, modifient, soit l'ensemble de l'organisme, soit seulement l'appareil de la vision.

(1) J. Rocliard, Rapport au gouverneur de Bourbon sur le choléra de Plnde {Ann. marit. et coloniales, 1843, "t. LXXXI, p. 352). (?) Le Roy de Méricourt, thèse citée, p. 13.

I. Lumière solaire. — Nous nous sommes déjà expliqué sur la nécessité de l'excitant lumineux, non-seulement pour l'intégrité de la nutrition, mais encore pour le maintien harmonique des formes. Si les logements intérieurs du navire dispensent ce fluide avec une parcimonie regrettable, il imprègne abondamment, au contraire, l'atmosphère maritime, elle matelot, dont la vie se passe presque tout entière sur le pont, y trouve une compensation à l'obscurité du faux pont ou des batteries. Il y a, sous ce rapport, un rapprochement naturel à établir entre le matelot et le paysan : l'un et l'autre échappent en partie aux dangers do leurs logements insalubres par la nature de leurs travaux qui les font vivre une grande partie du jour dans un air vierge, librement renouvelé et pénétré de lumière. Il suffit d'opposer à la santé robuste de l'homme des champs, à son teint hâlé, à sa peau brune et colorée doublée d'un réseau capillaire oti l'excitation de la lumière entretient une circulation active, les formes débiles, le teint blafard, la peau blanche et étiolée du citadin, pour se rendre compte du dédommagement que le séjour prolongé sur le pont fournit à l'hygiène du matelot, par ailleurs si compromise. Malheureusement cette influence, si elle a ses avantages, a aussi ses inconvénients, et l'intégrité de la vision trouve dans les conditions de la vie nautique une réunion de circonstances qui doivent la compromettre. La transition brusque, en dix ou quinze jours quelquefois, des atmosphères grises et brumeuses de nos côtes aux atmosphères resplendissantes des régions équatoriales ; la réflexion des nappes de lumière sur la surface des eaux ou sur celle des neiges dans les climats polaires; le passage brusque et réitéré dans des parties du navire diversement éclairées; le séjour du pont oh le soleil darde d'ordinaire des rayons dont rien n'afl'aiblit l'éclat; l'habitude d'explorer, soit machinalement, soit avec intention, un horizon parfois vivement éclairé pour y surprendre les lignes vagues d'une terre ou les linéaments d'une voile ; l'usage des instruments amplifiants ; la pratique des observations astronomiques ; dans les hautes latitudes, la permanence du soleil au-dessus de l'horizon ou son absence prolongée, etc., telles sont les principales conditions qui peuvent compromettre la sensibilité de la rétine.

II. Lumières lunaire et stellaire. — L'influence de lalumièreslellaire et de celle de la lune, auxquelles les hommes de quart sont presque toutes les nuits exposés, n'est pas moins préjudiciable à la vue; le scintillement de la première, sa réflexion dans l'eau; la lueur blanche de la seconde les teintes blafardes et argentées dont elle couvre la mer, son miroitement par l'agitation des lames, sont autant de circonstances qui fatiguent l'œil et peuvent amener à la longue son alTaiblissement.

Quel rôle convient-il de faire jouer aux influences lumineuses dans l'étiologie de la cécité nocturne, cette névrose visuelle qui est l'une des

affeclions les plus spéciales h l'homme de mer? C'est ce que nous examinerons bientôt.

Il est à peine besoin de faire ressortir aux yeux des médecins de la marine tout ce qu'il reste à faire relativement à l'étude de la météorologie nautique. La science attend beaucoup, sous ce rapport, de leur zèle désintéressé, et l'Institut, en récompensant dernièrement l'ouvrage de M. A. Borius sur la climatologie du Sénégal, leur a adressé un appel en même temps qu'un encouragement. Mais il faut autre chose que du zèle et du savoir pour coopérer à cette tâche honorable : il faut un programme, une méthode uniforme et un outillage suffisant d'instruments d'observation .

Ence qui concernele premier point, tout est à faire et jene concevrais guère que l'Institut ou la Société météorologique de France, si intéressés à ces recherches, ne rédigeassent pas, au plus vite, un programme de questions avec des indications afférentes.

Quant aux instruments, le vœu que j'ai formulé à ce propos il y a vingt ans, n'a encore reçu qu'une satisfaction insuffisante. Le 23 mai 1820, une dépêche du ministre Portai prescrivit de munir les officiers navigants des instruments ci-après: deux thermomètres, un baromètre, un hygromètre. Au mois de septembre de la même année, une dépêche restrictive de la première supprima le baromètre et restreignit l'hygromètre aux seuls bâtiments commandant les stations. C'était revenir bien promplement sur une bonne mesure. La nécessité de consulter journellement des instruments placés dans des logements particuliers où il n'a qu'un accès de tolérance, sera toujours pour le médecin du navire une entrave à ses projets d'observation : nous ne pouvons donc qu'insister sur la nécessité de lui confier des appareils suffisants, dont il ait le maniement propre, à la charge pour lui d'en être responsable. Deux thermomètres, un hygromètre, un baromètre arénoïde, un pluviomètre, un ou plusieurs électromètres, snffiraientauxobservationsqu'on exigerait de lui. Je n'ignore pas que les médecins de quelques navires reçoivent au départ des instruments d'observation, mais cette mesure devrait être généralisée. En attendant que le vœu que nous formulons soit exaucé, nous ne voulons pas cependant que les médecins de la marine se retranchent derrière l'absence d'instruments convenables pour se dispenser de toute observation météorologique ; si les résultats numériques sont surtout significatifs, l'observation médicale des climats est, à elle seule, d'une grande importance, et nous leur rappellerons à ce sujet ce mot de Desgcnettes : « Nous manquions, dit ce médecin, de tous les instruments de physique, et cependant nous nous donnions bien de garde de nous livrer au découragement dans le cours de nos observalions journalières sur les qualités sensibles de l'atmosphère, sachant que le Père de la médecine ne les connaissait pas et que nous serions

trop heureux s'il nous était possible de marcher sur ses traces malgré les progrès des sciences (1). » °

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