PHOSPIIYPOSTASE. - CALCULS. - FERMENT. AMMONIACALE
unit le même elTet, en rendant les urines alcalines. Si , dans ce cas, la vessie ne se vide pas, il peut se déposer et il se dépose toujours du phosphate de magnésie, du carbonate de chaux, du phosphate de chaux. Voyez l'urine des herbivores; si elle est trouble, c'est qu'elle contient beaucoup de carbonate de chaux avec des phosphates de chaux et du phosphate ammoniaco-magnésien à l'état de poussière. Voilà pour l'influence des ingesta.
b. Vessie se vidan t mal. — Mais comment se fait-il que ces ingesta ne produisent pas les mêmes effets chez les différents sujets? C'est que chez les uns la vessie est saine et se vide complètement, tandis que chez les autres cette même vessie, paralysée ou enflammée , a perdu sa force contractile, et alors elle ne peut se vider qu'incomplètement par la seule action des muscles abdominaux. C'est pourquoi ces calculs se rencontrent bien plus fréquemment chez les vieillards dont les voies urinaires sont malades, et chez lesquels l'émission de l'urine peut être gênée par diverses causes, telles que les paralysies, les inflammations chroniques, les rétrécissements de l'urèthre, les hypertrophies de la prostate. Les cystites chroniques dont le point de départ est la vessie sont rares ; mais les cystites qui ont débuté sous l'influence des maladies du canal de l'urèthre, d'anciennes blennorhagies, qui ont amené des rétrécissements, sont très-fréquentes.
c. Fermentation ammoniacale. — Nous avons dit que si la vessie ne se vide pas ou ne se vide qu'incomplètement, les urines qu'elle contient deviennent quelquefois alcalines. Comment se produit donc ce phénomène? C'est que l'urine renferme de l'urée (nous rejetons, en moyenne, par les urines, 25 grammes d'urée en vingt-quatre heures). Cette urée peut se décomposer en carbonate d'ammoniaque, et il suffit pour cela que deux équivalents d'eau viennent s'ajouter à sa formule.
Cette décomposition de l'urée en acide carbonique et en ammoniaque s'effectue le plus souvent sous l'influence d'un ferment spécial organisé et vivant. On a donné à cette transformation le nom de fermentation ammoniacale.
Cause de cette fermentation ammoniacale. — Cette transformation <le l'urée en carbonate d'ammoniaque est-elle spontanée? Non. Nous pouvons laisser très-longtemps- de l'urée dans de l'eau et il n'y aura point de décomposition. Les urines qui ne contiennent, comme produit organisé, que des cellules d'épithélium et du mucus, ne subissent pas dans la vessie la fermentation ammoniacale ; mais il n'en est pas de même des urines qui renferment du pus, elles subissent habituellement la fermentation ammoniacale. Ici se présente une question. Est-ce le pus seul? ou bien est-ce le pus accompagné d'un ferment spécial? On ne le sa.t pas; mais ce que nous savons, c'est que presque toutes les fois qu'il y a du pus dans l'urine, elle se décompose.
M. Dumas a désigné sous le nom de fermentation ammoniacale la fermentation de l'urée, c'est-à-dire sa conversion en carbonate d'ammoniaque, sous l'influence de l'eau, d'un ferment et d'une température convenable. M. Jacquemart a fait des expériences à ce sujet, et a démontré la constance de ce phénomène toutes les fois qu'il s'est placé dans des conditions favorables d'expérimentation.
M. Pasteur, dans son Mémoire sur les générations dites spontanées, a étudié le ferment de la fermentation ammoniacale; c'est une torulacée formée de petits grains disposés en chapelet. Elle se développe toutes les fois que l'urine est devenue ammoniacale par la transformation de l'urée.
M. Y. Tieghem a observé la constance de ce petit végétal toutes les fois qu'il y a fermentation de l'urée; il a étudié les conditions d'existence de ce ferment organisé et vivant. Il distingue plusieurs circonstances différentes.
J'ai exposé en détail toutes ces observations dans mon Annuaire pour 1866, p. 318 à 325; j'y reviendrai en traitant des ferments morbides.
Signes. — Les symptômes qui annoncent la formation dans la vessie de ces calculs ou graviers composés de phosphates est un dépôt plus ou moins abondant de mucus dans les urines, qui contiennent aussi du phosphate de chaux, du phosphate ammoniaco-magnésien. On y trouve aussi presque toujours du carbonate de chaux et même quelquefois de l'oxalate de chaux. Ces urines ont une odeur ammoniacale ou putride très-désagréable.
Provenance. — Ces calculs viennent des résidus de notre corps, des os, des muscles, qui se renouvellent constamment et contiennent des phosphates de chaux, de magnésie, de potasse, de soude, que l'on retrouve comme produits des mutations de nos tissus. Les matériaux de ces calculs proviennent aussi des résidus de nos aliments. Que contiennent les cendres du blé, du pain? Des phosphates de chaux, de magnésie, de fer et surtout de potasse. Il y a beaucoup plus de phosphates dans les cendres de blé que dans les cendres de l'homme. Le phosphate de potasse qui s'y trouve en grande quantité se transforme, dans l'acte de la nutrition, à l'aide des sels de chaux contenus dans les eaux potables, en phosphate de chaux.
Pourquoi trouve-t-on aussi peu de graviers de phosphates, malgré la présence constante du phosphate de chaux et du phosphate de magnésie dans nos aliments? C'est qu'ils sont très-solublcs dans les liquides de l'économie et dans l'urine faiblement acide. Au contraire, ils sont trèspeu solubles dans l'urine quand elle devient alcaline.
On ne peut donc pas éloigner les phosphates de l'alimentation, comme nous avons éliminé l'oxalate de chaux. Nous ne pouvons pas non plus
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les expulser, à l'aide d'une grande quantité de boissons aqueuses; car quand les urines sont alcalines, elles déposent les phosphates qu'elles renferment, même lorsque leur densité est très-faible.
Accidents produits par le dépôt île phosphates dans la vessie. — Les accidents produits par suite de la formation de gravelles et calculs phosphatiques sont redoutables. Notons d'abord que ces calculs s'accroissent vite; une seule saison de Vichy suffit pour les former. J'ai vu un malade lithotritié avant son départ pour les eaux, et pour lequel une opération fut nécessaire au retour. Les cas nombreux de récidives des calculs urinaires qu'on lit dans les ouvrages de lithotriteurs se rapportent, pour le plus grand nombre, aux pierres phosphatiques.
Le dépôt de gravelles et calculs phosphatiques étant presque toujours sous la dépendance de vessies qui se vident incomplètement, qui ont perdu toute leur contractilité, l'urine ne s'écoule alors que lorsque la vessie est distendue outre mesure. De là ces besoins fréquents d'uriner, ces incontinences d'urine, qui désolent les malades. Ajoutons, pour compléter ce triste tableau, que la vessie s'altère de plus en plus, sous la double influence du pus et d'une urine ammoniacale putréfiée.
La résorption de certains éléments du pus et du carbonate d'ammoniaque conduit bientôt aux accidents de l'urémie et de l'infection purulente. Aussi, courte est la vie des malades en proie à ces affections quand ilsne sont pas judicieusement soignés ; heureusementque le traitement est aussi rationnel qu'efficace. Nous allons rapidement en exposer les bases.
Prophylaxie et traitement hygiénique des gravelles et des calculs phosphatiques. — Quand le dépôt de gravelles et calculs phosphatiques est accompagné de cystite et que les urines contiennent du pus et un excès de mucus, on a généralement recours aux préparations térébenthinées, pilules de térébenthine, capsules de goudron, de térébenthine, sirop de térébenthine, eau de goudron, infusion de bourgeons de sapin, etc.
Je ne voudrais pas nier l'utilité de ces agents, elle est incontestable ; mais ce serait une préjudiciable erreur que de compter sur eux d'une manière absolue et surtout d'en prolonger l'usage outre mesure, en négligeant les moyens vraiment efficaces.
Si l'on a des raisons pour ne pas recourir immédiatement à l'emploi de la sonde, voici les agents qui, administrés à l'intérieur, peuvent offrir des chances de ramener l'urine à son état acide normal.
Je place en première ligne l'acide benzoïque pur à la dose de 1 à i grammes en dissolution dans 1 litre d'eau bu dans les vingt-quatre heures. Cet acide passe dans les urines en nature [ou à l'état d'acide hippurique. Landerer assure qn'il en est de même de l'acide gallique qu'on peut prescrire à une dose double de celle de l'acide benzoïque (2 à ï grammes pour 1 litre d'eau). On peut conseiller la limonade nitrique
DOUCIIAHIUT. — HYGIÈNE. ç>U
m EXCRÉTIONS. — URIKES.
ou bien l'eau régale à la close de quatre à cinq gouttes dans une tasse d'infusion de camomille avant chaque repas.
Ces moyens doivent être abandonnés si les urines ne deviennent pas limpides à l'émission, et surtout si la santé générale se détériore, si les forces déclinent. Il n'y a pas alors à hésiter, il faut recourir au moven sûrement efficace.
Avant tout, il faut apprendre au malade à se sonder lui-même; car, la première règle, c'est de vider régulièrement et complètement la vessie toutes les six heures. On ne peut remplir cette condition si l'on est forcé de recourir si fréquemment à une main étrangère.
Je n'aurai pas besoin d'insister beaucoup pour montrer l'indispensable nécessité de cette pratique.
La vessie ne se vidant pas, le pus et le ferment spécifique de la fermentation ammoniacale restent constamment dans son bas-fond ; à mesure que de nouvelle urine est versée par les uretères, l'urée subit sa transformation en carbonate d'ammoniaque. Le ferment n'est jamais éliminé que partiellement, et il arrive toujours dans le réservoir une nouvelle liqueur fermentescible. C'est un cercle vicieux fatal qui est suivi de désordres variés et qui se termine par la mort. A Bicêtre, on voit peu entrer de vieillards atteints de maladies de vessie chroniques; ce n'est pas que ces affections soient plus rares dans la classe des pensionnaires qui sont reçus dans cet asile, mais par insouciance de leur santé, par défaut d'éducation spéciale et de prévoyance, ils n'apprennent pas, quand ils sont atteints de catarrhes chroniques de la vessie, à se sonder eux-mêmes, et ils meurent avant d'entrer dans cet hospice. Les hommes intelligents et soucieux de leur santé ne négligent pas cet apprentissage. Ce soin entre, tant que leurs urines ne sont pas rendues limpides, dans leurs habitudes hygiéniques, et, grâce à ces sondages réguliers, tout danger disparaît. J'ai vu de pareils hommes atteindre un âge très-avancé.
Si, par la pratique qui a pour but de vider régulièrement et complètement la vessie, on peut, dans bien des cas, non-seulement conjurer tout danger, mais encore arriver à une solide guérison, il en est d'autres où cela ne suffit pas et pour lesquels il faut recourir au lavage de la vessie. Cette opération a un triple but : 1° celui d'éliminer les dernières parties du ferment ammoniacal qui reste dans le bas-fond de la vessie ou de détruire sa vitalité; "2° celui de modifier heureusement les altérations pathologiques de la vessie; 3° celui de ranimer la contractilité de cet organe.
Les injections consisteront d'abord en eau pure à la température de l'urine (37 degrés), puis en eau successivement plus froide, en abaissant la température d'après la tolérance de l'organe. On peut, suivant l'effet obtenu, varier la nature du liquide injecté.