DE LA VIE. - SA DURÉE
ancienne ou de l'empirisme; °2° l'école médicale ou d'observation : c'est celle dont Hippocrate est le chef; 3° l'école conjecturale : c'est celle qui attribuait une grande influence aux corps célestes sur la santé, de merveilleuses propriétés aux amulettes, et qui rêvait une vie infiniment prolongée, grâce à la pierre philosophale et à la panacée universale ; 4° et enfin l'école d'observation et d'expérimentation, qui est celle de notre temps et de l'avenir.
De la vie. — Ce n'est point chose facile que de définir la vie. Nous ne saurions accepter la notion que nous en donne le dictionnaire de l'Académie, quand il dit : « La vie, c'est l'état des êtres animés tant qu'ils ont en eux le principe des sensations et du mouvement. » Les plantes, sans contredit, vivent comme les animaux, et on ne saurait leur appliquer la définition que nous venons de reproduire,
Rien ne peut nous donner une idée plus exacte de cette merveilleuse inconnue de la création, que l'étude de ces phénomènes qui se passent dans les êtres vivants quand ils assimilent le monde inorganique pour en former des organes. C'est dans ce sens que l'on peut dire : La force de la vie est une errai ion continue.
Durée de la vie. — On dit généralement que la durée normale de la vie de l'homme devrait être égale à cinq fois à peu près la durée de sa croissance. Jusqu'à quinze ans environ, l'homme croît en hauteur. On observe, à vingt ans, la réunion des os à leur épiphyse : c'est le terme de la croissance généralement admis. En multipliant ce nombre par 5, on arriverait à la conclusion que les hommes devraient tous devenir centenaires; mais la durée de la vie est abrégée par une mauvaise direction hygiénique de l'individu et de ses parents, de sa race, et par des accidents qui prennent de la gravité dans une économie déjà dégradée.
La vie peut être allongée d'abord par hérédité, quand on vient de bonne souche, puis par une sage direction hygiénique.
On cite d'assez nombreux individus qui ont de beaucoup dépassé la centaine. Je vais rappeler ici quelques-uns de ces exemples.
La durée moyenne de la vie, en France, d'après Roudus, est de 36,43 ans. Nous reviendrons plus loin sur l'accroissement progressif de la durée de la vie en rapport avec l'accroissement de l'aisance et des progrès de l'hygiène.
Voici une liste de quelques centenaires du Nord. Écosse : James Laurence, 140 ans. — Irlande : comtesse Demioud, 140 ans; comtesse Ecleston, 143 ans; Thomas Winslow, 146 ans. — Angleterre : Francis Consit, 150 ans; Thomas Parre, 152 ans. — Norvège : Surrington Josys, 160 ans.
Dans le district d'Aggerus, 150 couples avaient vécu ensemble 80 ans. A peine trouve-t-on quelques Méridionaux qui atteignent 100 ans. Pourrait-on, d'après ces exemples, penser que la vie humaine pour-
raît être indéfiniment prolongée? Tout en rejetant ces vaines espérances sur la durée illimitée de la vie humaine, il n'est pas cependant absolument déraisonnable de penser que, à l'aide d'une direction autre que celle suivie jusqu'ici, on pourra espérer de voir se prolonger la vie bien au delà des limites ordinaires actuelles. C'est à peine si l'on entrevoit aujourd'hui dans quelle direction il faudra marcher pour changer heureusement ces conditions d'existence qui, régulièrement observées, amènent une fin prévue ; mais enfin il ne faut pas désespérer de l'avenir de 1'hvgiène. On peut croire que les efforts que nous entreprenons sans cesse pour combattre jusqu'à la limite du possible nos deux implacables ennemis, la vieillesse et la mort, ne resteront pas toujours infructueux. Dans quelle direction doit-on chercher? Est-ce en étudiant dans les ouvrages de macrobiotie? Mais ce sont simplement des traités d'hygiène avec leur imperfection actuelle. Est-ce en scrutant avec soin les observations des centenaires? Mais on trouve quelques-uns de ces êtres privilégiés dans toutes les positions les plus diverses et suivant des régimes qui présentent des conditions qui ne sont rien moins qu'hygiéniques, que pour cela peut-être on met surtout en lumière. Reconnaissons aussi que ces observations de centenaires manquent des détails les plus indispensables; c'est précisément pour ce motif que je suis convaincu que des observations de centenaires, bien recueillies, avec tous les renseignements nécessaires, seraient d'une grande utilité. Sans doute les observations qui nous font connaître les maladies doivent nous intéresser: mais celles qui nous apprendraient à prolonger très-loin les bornes de la vie auraient bien aussi leur prix. Je sais que la question de race joue un rôle considérable; mais il faut penser que les bonnes habitudes hygiéniques peuvent revendiquer leur part dans ces exceptions de longévité humaine. Il faudra aussi interroger l'hygiène comparée, et bien étudier les particularités du régime qui peuvent faire prolonger la vie de certains animaux bien au delà de la limite assignée par la loi de la durée de l'existence comparée à celle de la croissance. 11 n*est pas douteux qu'une étude très-atlentive de ces faits puisse conduire à des résultats.