HYGIÈNE DE LA VUE
La privation absolue de lumière a pour effet presque immédiat d'augi menter la sensibilité de la vue coïncidant avec une dilatation de la pupille; pour certaines observations optiques il est avantageux d'opérer dans un cabinet obscur peint en noir. Quand cette privation absolue de la lumière est longuement prolongée, il survient de la mydriase, de la myopie et parfois une amaurose complète; souvent l'homme subit une exaltation de la sensibilité visuelle qui lui permet de distinguer dans un cachot profondément obscur jusqu'aux jointures des murailles, et l'on observe alors une nyctalopi", semblable à celle de certains ani- : maux. On cite des cas de cécité par des séjours dans des cachots et chez I des houillers privés d'aliments, enfermés pendant plusieurs jours dans i une galerie obscure.
Lumière trop intense. — Sous l'influence d'une lumière trop intense, i trop prolongée, on voit se développer des accidents qui varient s suivant l'âge des sujets, leur idiosyncrasie, leur état de santé, de mala- : die ou de convalescence , leurs habitudes , etc. L'homme ne peut, sans péril, fixer le soleil, et à cet égard il ne jouit point du privilège qui, dit-on, a été accordé à l'aigle. Buffon fut atteint d'étéropsie pour avoir longtemps regardé cet astre; Maunoir, Demours, citent des cas d'amau- ; rose, de cataracte, d'hémiopie, développés dans les mêmes circonstances, et l'on a vu des nouveau-nés devenir aveugles pour avoir été exposés à une lumière trop vive; ces accidents ont aussi été produits par la vue i d'un éclair. A un degré moins élevé , on éprouve un éblouissement intense, la vision est troublée, et tous les objets paraissent être colorés en i rouge. Les ouvriers qui travaillent sous l'influence d'une lumière trop i vive sont souvent affectés d'héméralopie , de diplopie, d'hémiopie, d'a- ; maurose. Observons cependant que ces accidents , dont la mention est : répétée dans tous les ouvrages d'hygiène, sont relativement très-rares. La lumière trop continue peut être également l'origine d'ophthalmies qu'on observe assez fréquemment chez les verriers, les cuisiniers et chez toutes les personnes dont les yeux sont impressionnés par une lumière trop longtemps soutenue.
Lumière réfléchie. — La lumière réfléchie, quoique moins intense que la lumière directe, est une cause fréquente de maladie ; mais c'est ici qu'il faut tenir compte de la couleur de la surface de réflexion. Le bleu et le vert sont facilement supportés; le jaune, l'orange et le rouge ne
écoles et aménagement de Vinsolation dans les classes (Revue d'hygiène, t. I, p. 576). - Usage des verres colorés en hygiène oculaire, par M. Fieuzal (Bulletin de la Société de médecine publique, p. 66). Ce travail contient de très-sages préceptes d'hygiène oculaire. a Q7nma ' de VœÛ et VemPloi (les lunettes (Revue scientifique, n° du 27 septembre 1879). — Eclairage public et privé au point de vue de l'hygiène des yeux (Revue scientifique du 18 octobre 1879). - Myopie et livres scolaires. (Même recueil, n° du 22 novembre 1879). M. Javal est l'auteur de ces trois excellents articles.
538 MODIFICATEURS. — LDSIIÈRE.
jouissent pas du même privilège, et de toutes les couleurs, c'est le blauc qui exerce les influences les plus funestes.
Les oplithalmies, l'amaurose sont souvent produites par la réverbération de la neige, du sable, de maisons blanches. Elles ont décimé les armées de Xénopbon et les nôtres pendant nos guerres de Russie, d'Egypte et d'Afrique. On les a observées en 181*) sur des soldats suisses qui manœuvraient à Lyon par un soleil ardent.
RI. Chevalier a signalé les accidents produits chez les compositeurs I d'imprimerie parle brillant des caractères neufs. RI. Reveillé-Parise rapporte qu'un grand nombre de contrebandiers perdirent la vue après avoir traversé une montagne des Pyrénées couverte de neige. Reconnaissons cependant que ce sont des faits exceptionnels qu'il ne faut pas généra- ! liser.
Le travail soutenu sur des objets de trop petite dimension conduit presque fatalement à la myopie. Les jeunes élèves qui se préparent aux concours, les protes d'imprimerie, les auteurs qui corrigent les épreuves d'ouvrages imprimés eh caractères fins, ont souvent des affections des yeux ; on prétend que ce travail, longuement continué sur de petits objets, favorise le développement de rétinites. M. Javal soutient, avec grande raison, que l'administration doit interdire l'emploi dans les écoles publiques- de livres dont l'impression est manifestement défectueuse par suite de l'emploi de caractères trop lins. C'est, en effet, la grande cause de myopie acquise.
L'abus des instriim°nts d'optique, loupes, microscopes, lunettes astro- ■ nomiques, etc., a pour èffetde déterminer desophthalmies, des héméralopies, des amauroses. On cite plusieurs astronomes (Cassini, Galilée) qui devinrent aveugles; mais il convient de ne pas exagérer ces faits, qui peuvent tenir à de simples coïncidences.
On observe chez les horlogers, qui usent habituellement et depuis longtemps de loupes et qui n'exercent ainsi qu'un seul œil, la déformation de cet œd actif.
Lunettes. — L'abus de lunettes de myopes est fâcheux. Il importe de ne les emplover que lorsque cela est nécessaire et de les choisir suffisantes, mais jamais excessives. Quand elles sont insuffisantes, elles fatiguent sans utilité réelle; quand elles sont excessives, elles contribuent à augmenter trop vite les défauts qu'elles sont destinées à atténuer.
Le choix des lunettes a une grande importance en hygiène oculaire. Je crois être très-utile à mes lecteurs en reproduisant dans Y Appendice la plus grande partie des articles publies par M.Javel dans la lia ne scientifique. Je reconnais avec lui que l'optomélrie est une science spéciale dont les progrès sont des plus remarquables. 11 les a exposes dans ces deux articles avec autant de bonheur que de précision.
Lumière m e.vch, influencé qcnèrale. —Il est certaines conditions
LUMIÈRE ARTIFICIELLE. - HYdlÈNK SI LA VUE. B39
idans lesquelles une lumière modérée pour une personne en santé peut être nuisible pour un malade Des individus atteints de lièvres, d'irritafl H8h Bnoêph&litjUôj deeêrtamëâ tournes" d'hystérie ou d'hypochondrie, ne peuvent supporter la lumière et doivent être maintenus dans une demijour, ou une complète ohseurité, qui est également et plus sûrement nécessaire dans plusieurs aiïections des yeux.
Evlairitijc public et frire. — L'emploi des lumières artificielles les plus variées a soumis l'organe de la vue à de nombreuses épreuves. C'est à cette variabilité des lumières qu'il convient d'attribuer en partie ces affections des yeux, qui semblent beaucoup plus fréquentes aujourd'hui qu'il y a quelques années.
Observons encore que l'œil, cet organe si délicat, a besoin, comme les
; autres appareils de l'économie vivante, des alternatives d'activité et de repos. Quand on le soumet, pendant la journée, à des travaux variés et qu'à l'aide de lumières artificielles on convertit la nuit en clarté, cet excès de vie peut amener à la longue des troubles de nature diverse.
Ces troubles s'accentuent par la continuité des mauvaises habitudes. Il n'en est pas d'exemple plus frappant que celui de la myopie acquise par l'emploi, pendant plusieurs années, d'une lumière insuffisante pour
i accomplir un travail soutenu plus longtemps qu'il ne devait l'être, surtout si la vue est fixée sur de fins caractères qui, par suite d'une mauvaise attitude, sont trop rapprochés des yeux.
Les habitants des campagnes sont moins exposés aux maladies des jpèux et aux aberrations de la vue que les citadins, et cependant la vive clarté du soleil à laquelle ils sont exposés est loin d'être inoffensive ; mais
'. ils ne font pas de la nuit le jour, et leur vue est habituellement exercée
i sur de vastes horizons; son activité n'est pas bornée aux murailles des rues étroites, puis ils ne sont jamais, ou très-rarement, exposés à cette continuité de causes qui engendrent la myopie. Les horizons bornés déplaisent à nos yeux; ils aiment la vue du ciel, ou celle des arbres couvertsd e feuilles.
La lumière artificielle irrite et fatigue plus en général que la lumière blanche des nuées, parce qu'elle est mal réglée, parce qu'elle arrive sans être affaiblie ou modifiée. Nous verrons plus loin qu'elle peut déterminer diverses aiïections de la vue. Les acteurs trop près de la rampe, les ouvriers travaillant à une lumière artificielle trop active en fournissent des exemples.
Une lumière artificielle, quand elle est insuffisante et qu'elle est habituellement mise en usage, contribue puissamment à fatiguer la vue. Baer en a signalé les dangers, et, si les couturières figurent pour le huitième dans te nombre des sujets affectés de maladies oculaires, Sichel assure que cela tient à la faible lumière à laquelle elles travaillent le soir,
Les oscillations de la flamme, quand on se livre à un travail soutenu, ne conviennent pas à l'organe de la vision; il en est de même de l'irrégularité qui nécessite d'incessantes variations dans le fonctionnement d'un appareil aussi délicat, aussi sensible.
Les surfaces réfléchissantes blanches fatiguent également.
Les plus avantageux des éclairages sont ceux qui fournissent la plus grande quantité de lumière jaune; les plus nuisibles sont ceux qui joignent à leur pouvoir éclairant une puissante action calorifique et chimique.
De toutes les substances employées pour l'éclairage artificiel, celles dont la combustion donne le plus de lumière jaune, proportionnellement à la lumière rouge ou violette, sont les corps gras, d'origine animale ou végétale : la cire, l'huile, les bougies, etc.
Nous allons maintenant nous occuper des principaux modes d'éclairage. Parlons d'abord de ceux qui font exclusivement aujourd hui partie de l'hygiène du ménage, puis nous aborderons l'étude des procédés de l'éclairage public.
La chandelle, qui donne plus de lumière qu'une bougie, mériterait d'être recommandée sans l'inconvénient des mouchettes qui en fait rejeter l'emploi.
La bougie donne une bonne lumière, mais insuffisante. Deux bougies avec un réflecteur convenable, voilà un mode d'éclairage qui ménage les yeux de l'écrivain; il esta peine suffisant quand on devient presbyte.
La lampe Carcel ou la lampe modérateur, avec de l'huile de colza bien épurée, constitue le meilleur mode d'éclairage privé, à la condition que la lumière soit suffisante.
Pétrole. — Nous traiterons plus tard du pétrole au point de vue de l'hygiène ; nous aborderons alors tout ce qui a trait à sa composition, à ses propriétés. Nous devons nous borner ici à parler de la lumière qu'il produit et de son influence sur l'appareil de la vision.
La lumière du pétrole est en général trop vive et, peut-être en raison des appareils imparfaits qu'on emploie, inégale ou vacillante. Pour ces raisons, elle cause assez promptement de la fatigue; quoi qu'il en soit, quand on sait éviter les dangers inhérents à l'emploi de ce liquide, il constitue un mode d'éclairage précieux, surtout au point de vue de l'économie.
Éclairage public. — Le pétrole et les huiles minérales sont quelquefois employés dans l'éclairage public, mais ce n'est que très-exceptionnellement qu'ils ont celte destination.
Les deux modes d'éclairage public qui se disputent aujourd'hui la prééminence sont l'emploi du gaz et de Vélectricité. Nous ne parlerons pas de ['éclairage oxyhydrique, qui paraît complètement abandonné. Un mot
HYGIÈNE DE LA VUE. - ÉCLAIRAGE PUBLIC. 541 sur les ordonnances qui, à différentes époques, organisèrent l'éclairage public à Paris.
Avant le xvie siècle, quand on voulait parcourir la ville la nuit close, il était absolument nécessaire de se munir d'une lanterne, comme cela se pratique encore dans les villages. En 1524, des incendies se multiplièrent à Paris. On prescrivit aux bourgeois d'allumer des lanternes à leurs fenêtres; en 1558 on en établit dans quelques rues; en 1592, les bourgeois élus furent soumis à la taxe pour l'éclairage public, en 1603, une ordonnance du roi Henri IV en exempta les médecins. L'éclairage public étant insuffisant, Reynie, en 1667, prescrivit aux bourgeois élus d'illuminer leurs demeures avec des cliandelles à la 4. En 1769, Sartine fit établir dans la ville, en nombre suffisant, des réverbères pour éclairer toutes les rues ; ce nombre fut augmenté en 1790 et en 1818.
Nous arrivons à l'introduction du gaz dans l'éclairage public. Énumérons, avant d'aborder ce sujet, les conditions qui sont à réaliser pour assurer un bon service en observant les meilleures indications au point de vue de l'hygiène.
La température de la flamme doit s'élever à 500 degrés environ avec dépôt de charbon, comme cela a lieu dans la combustion de l'hydrogène bicarboné; il faut que la flamme soit égale, que toutes les conditions de salubrité que nous exposons en traitant à propos de combustibles et des matériaux de l'éclairage, soient observées. Il faut également prendre en sérieuse considération ce qui a trait à l'économie.
Quand nous traiterons du gaz au point de vue de sa fabrication, de sa distribution dans les villes et dans les habitations privées, nous verrons combien sont nombreuses les questions d'hygiène qui surgissent à propos de cet agent : procédés et produits de fabrication des plus variés, altération du sol des villes, dangers d'explosion, d'asphyxie, etc. Nous devons nous borner à ce qui a trait à l'éclairage. Un mot au point de vue de l'éclairage privé. Voici ce que l'hygiène reproche à la lumière produite par le gaz : elle est souvent vacillante, presque toujours inégale, dans bien des conditions excessive, de même que la chaleur qui l'accompagne ; quand le travail à cette lumière est trop continu, la vue est fatiguée, moins cependant que par la lumière du pétrole.
Si l'on borne l'emploi du gaz à l'éclairage des vestibules, des antichambres, des cuisines et à l'éclairage public, les principaux inconvénients disparaissent et des avantages nombreux sont incontestables. Pour le prouver, examinons les conditions principales qui sont à réaliser pour établir un éclairage satisfaisant des rues des villes.
Les principes auxquels doit satisfaire un bon éclairage public ont été formulés il y a plus d'un siècle par un illustre chimiste, Lavoisier, dans deux mémoires remarquables sur l'éclairage des rues, des villes et des grandes salles de spectacle.
rU2 MODIFICATEURS. — LUMIÈRE.
Ce savant professait que, pour obtenir un éclairage convenable, il faut employer un grand nombre de sources lumineuses à grande surface éclairante, mais d'une faible intensité. Pourquoi un grand nombre de sources lumineuses? Parce qu'avec un certain nombre de points lumineux, uniformément répartis, tous les objets sontà peu près également éclairés ; parce que l'ombre produite par la lumière venant des autres est nulle; parce qu'alors il y a absence d'ombre et qu'un éclairage doit être réputé satisfaisant quand les objets reçoivent de la lumière sur toutes les faces.
Pourquoi les sources lumineuses doivent-elles offrir de grandes surfaces? Parce que dans ces conditions on peut répandre beaucoup de lumière sans fatigue pour la vue.
La lumière du gaz employée convenablement remplit, comme on peut s'en assurer, ces principales indications. On peut, par des dispositions qui sont aujourd'hui bien connues, avec une dépense plus élevée, obtenir un éclairage qui ne laisse rien à désirer, comme celui de la rue du Quatre- Septembre, ou, avec des frais moindres, un éclairage suffisant.
Le gaz est d'un emploi commode par-dessus tout, facile, économique : ce qui en assure la prééminence, c'est qu'une fois allumé il brûle indéfiniment sans qu'on ait à s'en occuper; qu'il peut être éteint, rallumé aussi souvent que cela est nécessaire ; qu'enfin la flamme peut être augmentée ou diminuée, selon les besoins, et passer de l'éclat de la plus belle Carcel à la lueur de la plus modeste veilleuse. Le gaz est d'ailleurs constamment à la disposition du consommateur, le jour, la nuit, en telle quantité qu'on le désire, et il s'applique indifféremment à l'éclairage, au chauffage et à la production de force motrice. Pour l'obtenir, il suffit de tourner un robinet.
Qu'il va loin de cette merveilleuse simplicité aux exigences de l'éclairage électrique, qui exige l'emploi de fils nombreux, la mise en service de machines à vapeur puissantes, de machines électriques, qui commande enfin l'usage ou de régulateurs compliqués ou de bougies dont la durée n'excède pas cinq quarts d'heure?
Écluirage électrique. — Je ne considérerai ici l'emploi de l'électricité qu'au seul point de vue de l'éclairage public.
Combien de progrès ont été réalisés depuis les premiers essais de Foucault d'éclairage électrique à l'Opéra ! En considérant la grandeur, la multiplicité des efforts, et, sous plusieurs rapports, leur complète réussite, beaucoup de bons esprits ont pu croire que le problème économique de l'éclairage public par l'électricité était bien près d'être résolu; je vais cherchera établir qu'il comprend tant de données si diverses, qu'on est plus éloigné du but qu'on ne le pense et qu'il faut aujourd'hui au moins en borner l'emploi à certaines conditions déterminées.
HYGIÈNE m LA VUE. - ECLAlli AGE PUBLIC m
Tout le monde a pu admirer à Paris les magnifiques essais d'éclairage exécutés avenue de l'Opéra à l'aide des bougies Jablochkolï, et au cours de M. E. Becquerel, au Conservatoire des arts et métiers, par la lampe Verdermann, qui ocmsistedans l'incandescence à l'air libre d'une baguette de charbon qui forme l'électrode positive et dans la suppression de l'usure et du déplacement de l'électrode négative.
Je vais immédiatement insister sur les dangers que l'éclairage électrique peut avoir pour l'appareil de la vision ; quant au point de vue technique et économique, je ne puis mieux faire que de renvoyer à l'excellent article de M. J. Boulard, L'éclairage public, le gaz et V électricité, imprimé dans le numéro du 31 mai 1879 de la Revue scientifique.
Les essais d'éclairage électrique, continués avec persévérance à l'avenue de l'Opéra et dans plusieurs grands établissements de Paris, ont parfaitement démontré que les graves inconvénients au point de vue de l'hygiène de la vue qu'on reprochait à ce mode d'éclairage se sont considérablement atténués, mais cela en perdant, à laide de verres dépolis, une partie de la lumière. Comme ces inconvénients pouvaient reparaître avec toute leur gravité si l'éclairage électrique s'introduisait dans les habitations privées, je vais les faire connaître avec détail, en m'appuyant surtout sur les excellentes observations de mon collègue et ami J. Regnauld (1). Dès les premiers essais d'emploi de la lumière électrique, les inconvénients de cette lumière se sont révélés. Je me contenterai de citer le mémoire de M. L. Foucault (2) et le travail de mon ami le professeur Charcot (3). Ce sont les rayons très-rélrangibles contenus dans la radiation électrique ou solaire qui exercent une action nuisible sur certaines parties de l'appareil de la vision. Il restait à démontrer que les rayons très refrangibles agissant sur les milieux de l'œil produisaient des modifications matérielles qui mettent leur rôle spécial hors de toute contestation. C'est ainsi que M. J. Regnauld a été amené à rechercher si les tissus de l'œil deviennent fluorescents lorsqu'ils sont impressionnés par les rayons violets et ultra-violets. On comprend sans peine que 1 état vibratoire nécessaire au développement de la fluorescence dans les molécules organisées doit, en se prolongeant, modifier leur structure et porter atteinte à leurs fonctions.
Depuis les observations de sir John Ilerschell (4) touchant la diffusion
(1) J. Regnauld, Éludes sur quelques propriétés physiques, et, en particulier, sur la fluorescence des milieux de l'œil {Hepertoire de pharmacie, t. XVI, p. 28'J),
(2) L. Foucault i Effets de la lumière électrique [Butietin de la Société philomathiquej
ÏOt)uJ.
(3) Charcot Enjlheme produit par l'action de la lumière électrique [Bulletin de la Société de biologie, I8;>9, t. V, p. 500).
(A) Philosophical Transactions, 1 81-5, p \tf (5) /ôirf., 1852, p. 403.
bU MODIFICATEURS. — MJMIÈKE.
épiploïquede la lumière, et surtout depuis les découvertes de M. Stokes (5), on désigne sous le nom de fluorescence l'éclairement particulier que présentent certaines substances exposées à l'action des parties les plus réfrangibles de la radiation lumineuse. Ce phénomène, d'abord attribué à un changement de réfrangibilitédes rayons eux-mêmes parles milieux a été plus tard rattaché à un état vibratoire moléculaire des corps fluorescents, état qui les convertit en source de lumière propre, tant que dure l'influence des radiations extrêmes. Cette origine de la fluorescence est généralement admise par les physiciens; elle a acquis un haut degré de probabilité à la suite de la découverte du phosphoroscope, par M. E. Becquerel (i), et après les travaux remarquables de ce physicien sur les limites de durée que présente la phosphorescence, suivant la nature des matières qui la manifestent.
Je ne décrirai point le procédé employé par M. J. Regnauld dans ses explorations, je me contenterai d'énoncer les résultats auxquels il est arrivé; il les résume dans les termes suivants : « Il résulte, dit-il, de mon travail : 1° que chez l'homme et quelques mammifères, la cornée est douée d'une fluorescence manifeste ; 2° que le cristallin possède, à un haut degré, des propriétés fluorescentes chez ces animaux aussi bien que chez quelques autres vertébrés aériens, et que ces propiétés persistent dans l'endophacine conservée par voie de dessiccation à une basse température; 3° que la portion centrale (phacocine) du cristallin de plusieurs vertébrés et mollusques aquatiques est privée de ces propriétés; 4° que la membrane hyaloïde seule dans le corps vitré offre une trèsfaible fluorescence; 5° que la rétine, comme M. Helmholtz le premier (2) l'a reconnu, présente une fluorescence dont l'intensité est moindre que celle du cristallin; 6° et enfin, que les accidents causés par l'action prolongée de la lumière électrique doivent être rapportés à la fluorescence que développe, dans les tissus transparents de l'œil, cette source puissante de radiation violette et ultra-violette. »
Les expériences de M. Regnauld conduisent à compléter la question physiologique des tutamina oculi. Les sourcils, les paupières, le diamètre variable de la pupille, protègent la rétine contre l'accès d'une trop grande quantité de lumière ; mais ces moyens protecteurs sont inefficaces pour la garantir contre l'influence fâcheuse des radiations extrêmes.
Par leurs courbures, la cornée et surtout le cristallin sont d'admirables lentilles; par leurs propriétés fluorescentes, ce sont de véritables écrans, écrans merveilleux, perméables à la partie de la radiation qui développe la sensation lumineuse, obstacles infranchissables à ces rayons
(1) Ann. de chim. el de phys., 3" série, t. LV, p. 1.
(2) Loco cilato.