MESURES ET FORMES DE LA SANTÉ
imparfaite. Quoi qu'il en soit, la conserver, la consolider, la perfectionner, c'est le but de l'hygiène, comme nous l'avons dit déjà.
Mesure des santés. — La détermination des santés individuelles serait une connaissance de la plus grande importance pour le traitement des maladies, si elle était possible. On croit trop facilement qu'on peut la posséder.
C'est une opinion médicale généralement acceptée, qu'on ne peut traiter sûrement une maladie si on ne connaît bien la constitution et le tempérament du malade que l'on soigne.
Voici une conviction du vulgaire partout admise : « J'ai confiance dans mon médecin, parce qu'il connaît mon tempérament. »
Mais combien sont peu précises nos connaissances à cet égard, quand on fait sérieusement son examen de conscience !
Le diagnostic des santés est beaucoup plus difficile et beaucoup moins avancé que le diagnostic des maladies.
On a répété, en les rajeunissant, les conceptions de Galien à ce sujet. Boerhaave, Haller, Broussais, Hallé, Lévy, ont adapté ces conceptions aux doctrines régnantes ou à celles qu'ils voulaient taire prévaloir.
Quels sont les termes consacrés et qui expriment les formes, les degrés des différentes santés? Il en est trois principaux : constitution, tempérament, idiosyncrasie.
Je ne m'occuperai que d'un seul avec détail, le tempérament, parce que c'est le pivot de toutes les discussions.
Des tempéraments. — La question des tempéraments paraît, à tout esprit superficiel, la plus importante qui existe en hygiène, parce qu'elle se trouve toujours plus ou moins mêlée à toutes les autres et qu'elle sert de point de départ à toute espèce d'étude qu'on veut entreprendre sur la santé.
Combien est loin de la certitude la doctrine sur les tempéraments généralement professée encore aujourd'hui dans les ouvrages d'hygiène! Tout y est vague; des suppositions au lieu d'observations positives et d'expériences; des analogies qui, par un examen superficiel, paraissent très-ingénieuses, mais qui sont presque toujours dénuées de preuves. On y trouve l'oubli complet ou l'emploi mal fondé des découvertes modernes de la chimie et de la physiologie.
Aussi on comprend sans peine que Royer-Collard ait pu se poser ce e question : Existe-t-il des tempéraments? (Mémoires de V Aca- <^de rmdecmc, t. X, p. 105.) « Oui, sans doute; contester leur
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raison q ie n y a
hasard dentité dans le fond de la nature humaine et diversité dans la
^itZZT^T* " y a loui<>™ aussi, par conséquent, dans le mode d action des mlluences extérieures sur le corps vivant, quelque
chose de commun, de général, qui s'applique à tous les hommes, et, en même temps, quelque chose de spécial, quelque chose qui change selon les individus et selon les circonstances dans lesquelles ils se trouvent placés. De là la nécessité d'une direction hygiénique particulière pour chacun et appropriée à la diiïérence des tempéraments.
» Un tempérament étant toujours une variété plus ou moins permanente de la santé, un état universel de l'économie, il laut en chercher les conditions, non pas dans tel fluide, non pas dans tel organe en particulier, mais dans les deux grands principes qui résument en eux la vie tout entière, c'est-à-dire dans le sang et dans le système nerveux.
» Dans l'exposition qu'on fait ordinairement des tempéraments, deux choses sont indiquées : 1° les signes extérieurs qui servent à les distinguer les uns des autres; 2° la cause organique à laquelle on les rattache et par laquelle on les explique. »
H. Royer-Collard nous a dit : Oui, il existe des tempéraments; mais comment arrive-t-il à leur détermination?
Il s'inspire d'une pensée d'Haller, qu'il commente et qu'il approprie aux progrès et surtout aux promesses de la chimie physiologique de l'époque où il a écrit son mémoire.
llallera dit du tempérament : Mixtura quœdam nervofum et sangtiinis.
Il faut, selon H. Royer-Collard, considérer trois choses dans la détermination des tempéraments : 1° la constitution du sang; 2° le mode d'exercice de l'action nerveuse ; 3° le rapport qui existe entre le sang et le système nerveux.
Galien se contentait, pour déterminer le tempérament d'un malade, d'un coup d'oeil, de l'examen extérieur des organes, de l'état du pouls; tout cela n'est pas sans importance.
Royer-Collard est plus exigeant; mais comment arrive-t-il au hut qu'il se propose :
1° Pour déterminer la constitution du sang, il faut l'analyser.
2° Comment s'y prend-il pour connaître le mode d'exercice de faction nerveuse et le mesurer?
:i° Mais ce n'est pas tout, il a oublié de nous dire comment on pouvait obtenir ce rapport entre le sang et le système nerveux.
Nous le voyez, de quelque côté qu'on l'envisage, cette question de la détermination dos tempéraments ou des mesures des santés est remplie do. difficultés; aussi, dans ma conviction profonde, est-il inliniment préférable de laisser de côté ces problèmes aujourd'hui inabordables, et de se contenter des notions qu'on peut facilement obtenir aujourd'hui, à
l'aide des connaissances et des méthodes dont nous sommes en possession.
Eloignons autant que possible ces idées vagues ou fausses, ces déno-