DES TEMPÉRAMENTS
minations que nous a léguées le galénisme et qui contribuent à obstruer le passage à ceux qui veulent marcher en avant.
Ne nous contentons plus de ces mots : tempérament sanguin, bilieux, lymphatique, nerveux, etc., qui ne s'appuient sur aucune donnée précise. Quoi qu'il en soit, je crois bon, pour ne pas trop m'écarter de l'usage suivi, de donner de courtes notions que j'emprunterai aux ouvrages de Michel Lévy, et surtout de Fleury, sur les principaux tempéraments, la constitution, les idiosyncrasies ; mais pour obtenir des données scientifiques sur les mesures de santé, il faut avoir égard, en prenant en considération le poids vif, l'âge et le sexe : 1° à la force déployée; 2° aux aliments utilisés ; 3° à la capacité pulmonaire ; -4° à la quantité des grands résidus, urée, acide carbonique, excrétés en vingt-quatre heures ; 5° à la puissance de réaction ; 6° à l'état du pouls ; 7° k l'aspect extérieur; 8° aux antécédents de famille et personnels, etc. Nous reviendrons sur ces sujets en traitant de la misère physiologique.
On le voit, si l'on ne peut mesurer directement l'énergie du mouvement vital, on peut au moins en avoir une notion très-précise en pesant les grands résidus des actions organiques produits dans un temps donné.
Toutes choses égales pour l'âge, le sexe, le poids vif, le travail corporel, l'alimentation, on sait ce que doit être la quantité de ces résidus principaux dans les conditions de la santé.
Des travaux aussi remarquables par la netteté que par la grandeur des résultats ontenusont été exécutés sur les phénomènes chimiques de la respiration (1). On sait les quantités d'acide carbonique (2), d'urée (3) que, dans un temps donné, un homme peut éliminer. Ces belles découvertes ont ouvert à l'hygiène une voie nouvelle ; elles permettront de prévoir et de prévenir un grand nombre d'imminences morbides.
Les nombreuses recherches exécutées pour mesurer la capacité pulmonaire (4) d'une manière rigoureuse ; pour suivre, à l'aide de tracés graphiques, les moindres variations du pouls (5), toutes ces innovations
(1) Regnault, V. et J. Ileiset, Recherches chimiques sur la respiration des animaux des diverses classes (Annales de chimie et de physique, 3° série, t. XXVI, p. 399).
(2) Scharling, Recherches sur la quantité d'acide carbonique expiré par l'homme dans les vingt-quatre heures (Annales de chimie et de. physique, 3° série, t. XIII, p. 178). — ^ndral et Gavarrét, Recherches sur la quantité d'acide carbonique exhalé par le poumon ilansl espèce humaine (Annales de chimie et de physique, 3° série, t. VIII, p. 129).
x\n'émrïp SUr rw*w» par M- Lccanu (Mémoires de l'Académie de médecine, t. vin, p. b76). — Beaquerel et Rodier, Chimie pathologique, article Urine. — Instrucd&mt) r0melre (le M- Mouchardât (Supplément à Y Annuaire de thérapeutique
n/i/Jn'w!'1,''80'1'',0'' the MPaMyofme lungs and on the respiratory functions, etc.
il r !T :""*•"''■< L xxlx' P- l37)- - Schnepf, Déteïmmation de la grande,,, des onjanes Ihoraciques (Moniteur des hôpitaux, t. III).
«fcSL S^Î!!l0lT'eJWtiWicaIe ,,e la circulation du sang, basée sur l'élude graphique des mouvements du cœur i>irw ;n ao ioûo , , , /•
lions de la vie, in-8», 1867 8 ' ' ~ Du mouveme"1 dans les /°"';-
ont déjà permis de substituer, dans l'étude du sujet de l'hygiène, des faits précis à des appréciations à vue d'œil, variables suivant les observateurs.
La théorie de l'alimentation s'est pour ainsi dire constituée depuis vingt ans, comme nous le verrons en abordant l'histoire de cette partie de l'hygiène. Ces progrès nous permettent de préciser la quantité d'aliments réellement utilisés par un individu, et nous pouvons ainsi apprécier numériquement l'énergie d'une des plus importantes des fonctions. Des résultats plus exacts ont été obtenus pour mesurer la force déployée dans un temps donné.
Les observations si multipliées recueillies depuis trente ans sur les effets des procédés divers mis en usage par l'hydrothérapie (1) nous ont permis d'apprécier avec plus de sûreté et de rigueur, pour chaque individu, le degré d'énergie avec lequel il peut réagir contre un refroidissement. Cette donnée hygiénique a la plus grande valeur pour prévoir et prévenir une foule de maladies.
Les travaux sérieux sur les races, sur la consanguinité, sur l'hérédité, ont ouvert un champ aussi nouveau que fécond aux études sur le sujet de l'hygiène. On sait aussi infiniment mieux, par l'examen attentif des antécédents morbides, de quel côté on est le plus menacé. Par rapport à la consanguinité, on sait aujourd'hui que les races pures de toute tare peuvent s'allier sans inconvénient; mais que, dans certaines conditions d'imminence morbide, les mariages consanguins ou, plus exactement, les mariages entre individus qui penchent sur une même pente fatale doivent être soigneusement évités.
Le goitre endémique présente, à ce point de vue, une particularité du plus grand intérêt. Les enfants issus de ces mariages sont très-souvent affectés de surdi-mutilé ou de crétinisme (2).
L'étude des races (3) sous le point de vue des immunités morbides a donné l'occasion de faire des remarques du plus grand intérêt : mais le fait le plus instructif à cet égard est l'exemple de l'immunité relative pour la fièvre jaune, du bataillon noir égyptien, qui, en tenant garnison
(1) Louis Fleur;, Traité pratujue cl raisonné, de l'hydrothérapie. Paris, 3* édition, 18(17. — Manuel de matière médicale, par Houchardat, art. Hydrothêraimk, i? édition, t. 1", p. 549-554.
(2) Lucas, Traité philosophique et physiologique de l'hérédité. Paris, 1850, 2 vol. in-8". — Manière, Recherchât sur l'origine de la surdi-mutilé. — Dcvay, Dangers des mariages consanguins, 2" édition, 180^! — Beaugrand, Mariages consanguins, examen des travaux récents (Annales d'hygiène, t. XVIII, p. 222). — Bondin, Danger des unions consanguines (Ann. d'hygiène, t. XVIII, p. B, juillet 18G2, et numéros suivants). Sur le même sujet, plusieurs thèses soutenues a l'aris et à Montpellier.
(3) Michel Lévy, Sur la vitalité de la race juive en Europe, d'après le Mémoire de M. Logoyt (Annales d'hygiène, avril 18G6). — Glaltcr, Influence de la race sur le développement des maladies et la durée de la vie (Annales d'hygiène, janvier 1865).
DES TEMPÉRAMENTS. 29 dans 1rs terres chaudes, a prêté un si précieux concours à notre armée du Mexique:
On connaît rigoureusement aujourd'hui les maladies qui doivent atteindre les rhumatisants (1), les goutteux (2), les glycosuriques (3). Sachant l'origine et la filiation de ces maux, on est beaucoup mieux en mesure de les prévenir.
La science ainsi comprise est longue et difficile ; avant qu'elle soit fondée, il faudra bien des efforts; et quand bien même elle le serait, on ne saurait, pour se faire une bonne notion sur le tempérament, l'idiosyncrasie, la constitution, renoncer cà ce coup d'œil d'ensemble qui suffisait à nos maîtres.
Ce coup d'œil, qui devance, devine .pour ainsi dire les vérités, est le propre du médecin de génie ; pour bien connaître le sujet de l'hygiène, il sera toujours son premier guide ; mais ce premier jugement ne prendra de la certitude que lorsqu'il aura été consacré par le contrôle des méthodes nouvelles.
Tempérament sanguin. — Il est caractérisé par l'activité et la régularité de la circulation. Le système capillaire est très-développé; le sang pénètre dans les rameaux les plus déliés et donne à la peau et aux membranes muqueuses une coloration animée, chaude ; la circulation périphérique est très-active, très-complète, et met obstacle à la formation de ces congestions sanguines passives, profondes, viscérales, que l'on rencontre si souvent chez les personnes douées du tempérament lymphatique.
Cette activité de la circulation capillaire générale exerce également une influence très-remarquable sur toutes les grandes fonctions de l'économie : la calorification, l'innervation, la nutrition, les sécrétions, l'absorption, les phénomènes décomposition et de décomposition organiques, ainsi que sur le développement du système musculaire.
Le tempérament sanguin est certainement le plus hygiénique des tempéraments; c'est à lui que se rattache la meilleure forme de santé; c'est lui qui est le plus favorable au développement complet et régulier de l'organisme, à l'exercice le plus satisfaisant de toutes les fonctions et du maintien de leur intégrité; il exerce même une influence trèsromarquable sur l'état morbide ; chez les sujets qui en sont doués, les maladies ont ordinairement une invasion franche, des symptômes bien
(1) Bouillaud, Traité clinique des maladies du cœur. 2« édition. Paris, 2 vol. in-8".
(2) Traité de la goutte, par M. Baring Garod; traduit par M. E. Ollivicr, avec des
noies de M. Charcot. Paris, 1 vol. in-8", 1867. - De la goutte, thèse de M. Gallicr-
VoiKuirc - De la gravelle et de la goutte, par M. Boucliardat (Annuaire de thèrapeut., 1807 et 1870).
(3) De la glycosurie, nu Diabète sucré; son traitement hygiénique, avec notes et documents, par M. Bouchardm. Paris, 1875, chez Germer Baillière.
3o INTRODUCTION ET SUJET DE L'HYGIÈNE.
dessinés, une marche aiguë, rapide et régulière; le passage à l'état chronique est plus rare; la terminaison par résolution est plus fréquente; il vient également en aide au thérapeutiste, en lui permettant de recourir à une médication appropriée aux indications et énergique, à la diète, aux émissions de sang, aux antiphlogistiques.
Le tempérament sanguin peut s'acquérir par une bonne alimentation en rapport avec la dépense. Nous reviendrons sur ce grand sujet dans les chapitres consacrés à l'alimentation et à l'exercice.
A. Becquerel veut que Platon, Marc-Antoine, Henri IV, le duc de Richelieu, le maréchal de Saxe, Mirabeau, soient des types du tempérament sanguin.
Tempérament lymphatique. —.Le squelette des individus lymphatiques est souvent mal conformé ou inharmonique ; la taille est trèsélevée ou au contraire fort petite; les différentes parties du corps ne sont pas, les unes envers les autres, dans de justes proportions ; les membres, et surtout les supérieurs, sont trop longs; les pieds sont plats ; la tête et les articulations sont trop grosses ; le thorax est mal conformé, très-étroit; la colonne vertébrale est parfois déviée; les dents sont tardives et se carient prématurément.
La peau et les membranes muqueuses sont pâles, décolorées ; le sang n'y afllue point et le système capillaire superficiel n'est point apparent; la peau est line, le teint pâle, blafard, verdàtre, subictérique; parfois, au contraire, il est éclatant, et la blancheur de la peau fait ressortir la coloration rouge des tissus; mais cette coloration est par plaques, plutôt rose que rouge, et bornée aux joues ou même aux pommettes. Le système pileux est peu abondant, la calvitie précoce et les cheveux plus souvent blonds ou roux que châtains, et rarement noirs. Les lèvres sont grosses et saillantes, les yeux ordinairement bleus, les ailes du nez épaisses et écartées.
Le système musculaire est peu développé ; les muscles sont grêles, sans contraction énergique, les mouvements lents, les chairs molles, les formes lourdes et sans grâce: les tissus adipeux et cellulaire sont abondants, lâches, infiltrés, et il en résulte une bouffissure de la face et de tout le corps pour ainsi dire.
La puberté est tardive; la menstruation s'établit difficilement et reste, souvent douloureuse, peu abondante et irrégulière : parfois les testicules n'abandonnent l'abdomen que vers l'âge de quinze ou de dix-huit ans, et ne présentent qu'un petit volume: le pénis est peu développé: les seins sont petits, pendants; la voix esl enfantine, d'un timbre aigu, désagréable ou ridicule.
Toutes les fonctions sont paresseuses ; le pouls est petit, lent: la respiration peu active, et la quantité d'acide carbonique exhalée moins considérable que chez les sujets sanguins et d'une forte constitution : l'ap-
DES TEMPÉRAMENTS. 31 pétil est irrégulier, capricieux; les sécrétions sont peu abondantes, les désirs vénériens peu impérieux.
L'intelligence, et surtout l'imagination, n'ont pas de vivacité; les individus lymphatiques sont apathiques, froids, peu amateurs des arts, des beautés naturelles ; rebelles aux grandes passions, aux émotions violentes ; mais ils ont une volonté ferme qui souvent dégénère en entêtement, de la ténacité dans le caractère, de la persévérance, de l'opiniâtreté.
Le tempérament lymphatique se confond bien souvent avec cette grande imminence morbide que j'ai désignée sous le nom d'appauvrissement général de l'économie ou misère physiologique. C'est en traitant cet important sujet que nous indiquerons les règles précises pour modifier le tempérament lymphatique.
Tempérament nerveux. — Il est caractérisé, dit M. Fleury, par l'irrégularité de toutes les fonctions, la mobilité et l'excitabilité excessives du système nerveux.
Les muscles sont grêles, les mouvements brusques et saccadés: le tissu adipeux est peu abondant; la face est ordinairement pâle, mobile, expressive; les yeux sont vifs; l'intelligence est prompte; le travail intellectuel facile, mais peu soutenu, et l'attention ne peut être fixée pendant longtemps sur le même sujet; l'imagination est ardente; les passions, les affections, naissent brusquement d'un enthousiasme subit et périssent de même, par suite de la mobilité du caractère; un nouvel objet se présente qui enlève à celui qui l'a précédé tout le charme dont l'avait revêtu l'imagination, et bientôt lui-même est dépossédé à son tour. Cette mobilité s'applique à la haine comme à l'amour; tous les sentiments sont d'autant plus éphémères qu'ils sont plus violents. Les individus doués d'un tempérament nerveux très-prononcé ont une sensibilité exquise, mais irréfléchie, exagérée; toujours en dehors de la réalité, de la possibilité, substituant le sentiment à la raison, n'admettant pas que le désir doive subir lé joug de la nécessité, cédant constamment à la première impulsion, quelle qu'elle soit, bonne ou mauvaise, vivant d'illusions, d'aspirations vers l'inconnu, ils se trouvent malheureux, incriminent les hommes et les choses qui sont pour eux la source de déceptions amères et sans cesse renouvelées. De là les femmes incomprises, les génies méconnus. Ils aiment ordinairement les arts, les voyages, le déplacement, le changement; mais toutes leurs actions, tous leurs sentiments, sont irréguliers, capricieux, bizarres; l'exagération, les contrastes, le passage brusque et alternatif d'un extrême à l'autre, sont les principaux traits de leur caractère, et c'est chez eux que la folle de la maison se livre aux excentricités et aux écarts les plus fréquents et les plus étendus. On les voit passer sans transition, sans motifs, de la joie à la tristesse, de l'énergie à l'accablement, de l'espé-
rance au découragement, de la force à la faiblesse; au moral comme au physique, les effets ne sont pas en proportion des causes, et dépassent de beaucoup les limites dans lesquelles ils devraient rester circonscrits.
Les sens sont d'une grande finesse, mais d'une grande irritabilité, et souvent le bruit, la lumière, le frottement, produisent une sensation pénible, désagréable ; les fonctions digestives sont capricieuses ; l'appétit est irrégulier, bizarre: en général, les légumes, les fruits, les crudités, sont préférés aux viandes. La circulation se trouble facilement; la plus légère émotion accélère le pouls, augmente l'impulsion du cœur, colore le visage, modifie la respiration et les sécrétions.
En un mot, l'impressionnabilité, l'excitabilité, la mobilité et l'irrégulabilité dominent tous les actes, toutes les fonctions, toutes les sensations, et l'état du système nerveux imprime son cachet à l'individu tout entier.
Le tempérament nerveux exerce une action très-remarquable sur la plupart des maladies ; il produit souvent, du coté de l'innervation et de la circulation, des troubles sympathiques qui en masquent la véritable nature, en rendant le diagnostic obscur et leur donnant une gravité plus apparente que réelle; il y introduit fréquemment l'élément intermittent, ou bien, au contraire, en rend la marche irrégulière, anormale, la terminaison brusque et imprévue; enfin, il fournit à la thérapeutique des indications importantes qui ne doivent pas être négligées.
Les influences morbifiques qui se rattachent au tempérament nerveux sont nombreuses. Les névralgies, les viscéralgies, et spécialement la gastralgie, l'utéralgie, les palpitations nerveuses, les névroses; en particulier l'hystérie, l'épilepsie, l'hypochondrie, la monomanie, les hallucinations, la manie, sont infiniment plus fréquentes chez les sujets doués de ce tempérament que chez les individus sanguins ou lymphatiques.
Pour combattre le tempérament nerveux excessif, il faut activer la dépense avec une réparation suffisante. Nous traiterons ce sujet en parlant de l'exercice; il faut également, autant qu'on le peut, vivre en paix et en joie, avec des habitudes journalières sagement ordonnées pour exercer alternativement la force du corps et de l'esprit.
Becquerel a cité parmi les personnages à tempérament nerveux : Tibère, Louis XI, Pascal, .l.-J. Rousseau, Zimmcrmann, Robespierre. Voilà un singulier assemblage.
Tempérament bilieux. — On décrit sous ce nom un commencement d'état pathologique du foie, dont nous traiterons en étudiant l'influence de la chaleur continue. Voici les caractères assignés par les auteurs à ce prétendu tempérament :
Teinte foncée et même un peu jaunâtre de la peau; cheveux noirs, rendes; yeux fonces ou noirs; système bilieux abondant; physionomie prononcée, annonçant la fermeté de l'intelligence; muscles vigou-
CONSTITUTION. 33 roux, formes rudes, sans embonpoint, charpente osseuse forte; viscères principaux développés et remplissant énergiquement leurs fonctions; foie développé, digestion facile, intelligence et capacité; passions intenses et durables, caractère ferme, décidé, persévérant, ambition et opiniâtreté. Becquerel cite comme personnages à tempérament bilieux Alexandre le Grand, Jules César, Brutus, Mahomet, Sixte-Quint, Cromwell, Pierre le Grand, Napoléon.
l'homme considéré individuellement
Constitution. — Tout homme est doué d'une constitution propre, distincte du tempérament, et à l'étude de laquelle se rattache celle de l'hérédité dans la santé et dans la maladie et dans la durée de la vie. La constitution est le fond de la nature individuelle, le tempérament en est la forme plus ou moins durable.
« La constitution, dit M. Fleury, représente l'ensemble des conditions statiques et dynamiques qui donnent à chaque être procréé une individualité propre, et elle a pour mesure le rapport, la coordination, l'harmonie, qui rattachent les unes aux autres les différentes parties de ce tout; la meilleure constitution étant celle qui accorde à l'individu, considéré soit en lui-même, soit relativement aux agents extérieurs, les chances les plus considérables de santé et de longévité. »
Michel Lévy a envisagé les choses de la même manière en disant : « L'idiosyncrasie compare entre eux les organes ; le tempérament, les systèmes généraux, la constitution, les individus. »
A quels caractères, à quels signes l'hygiéniste et le médecin peuventils reconnaître si la constitution d'un individu est bonne, mauvaise ou médiocre? Il n'est pas facile de répondre à cette question. Il n'existe aucun rapport constant entre la constitution et la taille, la force musculaire, le tempérament. « Les médecins qui pratiquent dans les hôpitaux de l'armée, dit M. Michel Lévy, ont appris à ne pas compter sur ces organisations massives, qui supportent presque sans douleur la torture des scarifications et des révulsifs les plus aigus de la peau ; elles possèdent une force d'inertie, elles opposent aux influences extérieures une résistance passive; mais celle-ci vaincue, elles s'affaissent et croulent ». « On se trompe, dit à son tour Reveillé-Parise, quand on croit que les gens robustes en apparence ont le plus de chance de vivre longtemps. Nullement : de gros os, de gros membres, beaucoup de chair, beaucoup de sang, un tempérament athlétique, ne préjugent rien sous ce rapport, et l'on voit parvenir à l'âge le plus avancé des hommes auxquels, pendant quatre-vingts ans cl plus, on n'a pas donné six mois de vie. »
Toutes choses égales d'ailleurs, les sujets maigres vivent plus longiiouaiAtiruT. — nYGifciîE, 3
temps, dit-un, cl se portent mieux que les sujets obèses. Sans contester celte assertion, il est évident qu'on ne saurait prendre le degré de l'embonpoint, le poids du corps, pour mesure de constitution.
C'est l'ensemble qu'il faut considérer, et nous dirons avec M. Hoslan : « L'homme robuste est celui dont les chairs sont fermes, l'embonpoint médiocre, la coloration légèrement animée, les membres bien développés, les cavités larges, contenant des organes volumineux, d'un tissu solide et sain, dont toutes les fonctions s'exécutent avec aisance, facilité et énergie. Le sujet faible se reconnaît à la difficulté, à la lenteur de toutes les fonctions ; chez lui la peau sera décolorée, le visage pâle, les membres grêles et décharnés, les chairs flasques et molles, la digestion pénible, l'appétit peu prononcé, les intestins paresseux, la respiration lente et gênée, le pouls petit; l'exercice le plus léger sera suivi d'une lassitude profonde.
» Il nous semble, ajoute M. Rostan, qu'indépendamment de la construction première des parties, il faut tenir compte des organes de l'innervation générale, car on voit quelquefois des individus présenter les apparences extérieures dont nous venons de parler, et cependant ne pas être doués de cette force de résistance, tandis que d'autres, plus faibles au premier aspect, sont néanmoins plus robustes; mais ces exceptions sont rares, elles ne sauraient faire rejeter la règle.
Idiosyncrasies. — Ce sont des conditions naturelles ou physiologiques, ou acquises, des individualités humaines.
C'est une nécessité pour le médecin de connaître, pour le pronostic, pour le diagnostic et le traitement des maladies, ces particularités individuelles.
Les idiosyncrasies se rattachent à chaque appareil, à chaque organe, à chaque fonction (Bégin).
Quand cette idiosynerasie n'est pas harmonique avec la santé , elle est une prédisposition aux maladies; ce sont les causes prédisposantes propres au sujet.
Bégin distingue les idiosyncrasies musculaire, — céphalique, — cardiaque, — thoracique pulmonaire, — gastro-intestinale hépatique, — génitale, — la maigreur, — l'obésité. Il existe de véritables idiosyncrasies des sens de l'odorat, du goût, de la vue, etc.
.Nous aurons de nombreuses occasions de revenir sur les idioswicrasies, en abordant l'étude des matières de l'hygiène; c'est pourquoi nous nous bornons ici à ces courtes indications.
HÉRÊMTÉ. — Disposition en vertu de laquelle certains états anatomiques, physiologiques et pathologiques, se transmettent des parents à leurs enfants. L'hérédité a, en Ingiène, une incontestable puissance; comme on hérite des traits des ascendants, ou hérite des dispositions inniitides.