‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 195 sur 371 · SCORBUT. - PROPHYLAXIE · texte numérisé non relu

SCORBUT. - PROPHYLAXIE

de force aux seuls cas où elle était absolument nécessaire et pendant un f&mps restreint. Grâce à ces précautions si sages, le scorbut a complètement disparu de la 5e division. L'endémie a été vaincue par l'hygiène.

Prophylaxie du scorbut. — Pour éviter le scorbut, il suffit d'écarter les causes dont nous avons démontré l'influence. Il convient de se guider d'après l'admirable pratique du capitaine Cook, qui, pendant ses longues navigations dans les contrées les plus diverses, n'a point perdu un seul homme du scorbut : 1» Éviter par-dessus tout la continuité du froid à la périphérie; 2° dans un pays froid, éviter les habitations humides et froides; 3° adopter un habillement qui défende bien du froid (1).

Pour le soldat, il faut éviter les habitations humides, les baraquements froids. Le froid est plus à redouter pendant le sommeil. Dans les longs trajets, éviter les fatigues excessives, faire voyager les souffreteux dans des chariots ou wagons couverts. Pour le marin, ne pas les exposer sans motifs urgents aux poussières d'eau, aux lames de la mer ; ne pas se reposer avec des habits mouillés. Tous les matelots de Cook revêtaient leur costume de rechange quand ils avaient essuyé le gros temps. Il convient de défendre les lits de la poussière d'eau, de sécher le vaisseau.

Reconnaissons qu'à tous les points de vue la navigation à la vapeur a produit les résultats les plus heureux et a considérablement diminué les chances d'être atteint du scorbut.

Il convient par-dessus tout d'éviter le froid produit par l'inertie. Il fttut que le travail corporel soit régulier, en rapport avec les forces et la réparation; c'est un précepte que Cook a toujours fait mettre en pratique sur ses navires. L'amiral hollandais Rouppe, pendant les longs calmes, occupait ses matelots à déplier et plier les voiles.

Il convient de prendre les précautions les plus minutieuses pour assurer aux hommes une alimentation complète en rapport avec leurs travaux. Autant que possible avoir des viandes fraîches ou conservées d'après le procédé Appert (voy. p. 219); éviter l'usage exclusif de viandes salées ou imparfaitement conservées par des procédés de boucanage défectueux; fournir abondamment les navires de légumes frais; embarquer des légumes conservés par le procédé Masson (voy.

(I) Pendant les navigations vers le cercle polaire, Cook avait donné à ses matelots des capotes d'une forte étoffe de laine, avec un capuchon pour défendre leur tête. Ces habillements auxquels les matelots avaient donné le nom de justaucorps magcllaniques servaient au besoin et étaient très commodes pour travailler à la pluie, à la neige et parmi les glaces rompues, dans les latitudes reculées du Sud. Le paysan russe parait avoir adopté des moyens semblables pour se garantir du scorbut; car, quoiqu'il habite un climat extrêmement froid, qu'il mange une grande quantité de mets salés, que pendant six mois de l'année il n'ait point de végétaux frais, cependant, comme il s'habille de flanelles chaudes, qu'il se couvre la nuit de bonnes peaux de mouton et que pour sa propreté il fait usage du bain chaud, il est rarement atteint de ce mal. (Milmann.)

m Moninn. — chalei w, climats tempékés et froids.

p. 27'.)) pour pourvoir à l'insuffisance de provision des légumes frais. Ne pus oublier les pommes de terre. Forster et Cook retirèrent de grands avantages de la décoction de drèche et surtout de la choucroute. Le vin, parle bitartrale de potasse qu'il contient, est très utile; on a pu en constater les bons effets en comparant, au point de vue de l'évolution du scorbut, une croisière où se trouvaient en égal nombre des vaisseaux français et anglais; les premiers étaient pourvus de vin, les deuxièmes d'eau-de-vie. La supériorité de l'usage régulier du vin apparut lies nettement; nous avons pu également en constater les avantages pendant notre siège, l'ringle a vanté peut-être avec exagération les citrons, les oranges et leurs sucs épaissis. Je reconnais que ces moyens peuvent être utiles.

Quand les mêmes conditions défavorables de froid et d'alimentation persistent, et que le scorbut s'est déjà manifesté, au milieu d'une armée opérant dans une contrée lointaine, il n'y a pas à hésiter : il convient de rapatrier les hommes affaiblis ; c'est alors qu'il faut se rappeler les sigues précurseurs du scorbut indiqués par Boerbaave, et ne pas oublier les désastres qui ont frappé dans les derniers temps les armées française et russe en Grimée.

Refroidissement non suivi de réaction. — Les grands médecins de tous les temps avaient reconnu l'influence décisive des refroidissements pour produire les maladies. Sydenham avait dit : « Si un médecin veut se donner la peine d'interroger en détail un malade atteint d'une affection aiguë, sur la cause qui a déterminé le mal, il trouvera presque toujours qu'elle est venue de ce que Je malade a quitté trop tôt des habits qu'il portait depuis longtemps, ou de ce qu'il a éprouvé un refroidissement subit, étant en sueur. » Ces remarques ont reçu une éclatante conlirmation par les recherches des cliniciens de notre temps (1). Les observations nombreuses des médecins (au premier rang desquels il faut placer L. Fleury) qui se sont spécialement occupés d'hydrothérapie, ont fourni à l'hygiène de précieuses lumières sur les bienfaits d'une )>romptt' réaction après un refroidissement et sur tas moyens de produire cette réaction. (Voy. p. £52, Réaction, et p. Hydrothérapie.)

Il est démontré par les observations journellement répétées de l'hydrothérapie que lorsque le refroidissement est suivi d'une réaction légitime, toute chance de danger disparaît.

Knumérons rapidement les priuci pales causes de refroidissement. Nous trouvons d'abord les vicissitudes atmosphériques promptes et aocônUléeS.; puis, dans les pays chauds, les ciiangevinits diuntrs et

(\) Grisolle. Traité de pni'HHionie, 2* édition, p. 1 4S. — H/fcqrio, ''<' ta

jmeumotM rte) /("■ payum* {Moniteur des hôpitaux, t. 1, n'H)).

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