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TERRE ET ATMOSPHÈRE

Les études hygiéniques qui se rapportent à la terre et à l'atmosphère comprennent assez exactement l'histoire des modificateurs sur lesquels Hippocrate nous a laissé de si beaux préceptes dans son Traité des airs, des eaux et des lieux. J'ai cru utile, comme je l'ai dit déjà dans l'Introduction, de faire quelques modifications dans l'exposition des faits qui se rapportent à celle partie de l'hygiène. L'élude des eaux doit nécessairement aujourd'hui être scindée. La grande question des marais doit être traitée à propos des ferments morbides , celle des eaux potables dans le livre des aliments (v. p. 147 et suiv.) ; il ne restera donc, à propos de la terre, qu'à indiquer rapidement L'influence hygiénique des cours et des amas d'eau. Pour des raisons sur lesquelles je me suis longuement étendu, j'ai cru indispensable de grouper dans un même faisceau l'ensemble des connaissances qui se rapportent à la chaleur, à la lumière et à l'électricité ; l'élude des viciations de l'air n'en constituera pas moins un des plus grands chapitres de l'hygiène. Les connaissances médicales qui se rapportent à la terre sont aujourd'hui peu étendues ; la géologie hygiénique est pour ainsi dire à créer. Les questions des climats embrassent des problèmes très complexes. J'ai traité les principales dans la grande division de ce livre consacrée à la chaleur. Je dirai bientôt ce que nous savons de plus précis sur l'influence que le sol exerce dans la production do certaines endémies.

Soi., Géologie HYGIÉNIQUE. — On doit étudier, en hygiène, le sol en général et le sol des villes en particulier; c'est dans l'hygiène générale

qu'on doit exposer ce qui a trait aux causes d'infection du sol des villes et aux movens d'y remédier. Nous allons nous borner ici à dire ce que l'on sait de plus précis sur l'influence du sol sur la santé des hommes; mais avant d'aborder l'exposition des faits qui se rapportent à la géologie hygiénique, reconnaissons que son importance a été pressentie par les grands observateurs de tous les temps. Jlippocrate avait dit : « Tout ce que la terre produit est semblahle à la terre elle-même. » Il y a sans doute beaucoup d'exagération dans cette appréciation générale ; mais elle comprend d'incontestables vérités. Des observations récentes , sur lesquelles nous reviendrons bientôt, ont démontré l'existence constante de certaines endémies sur des terrainsMéterminés, et le rôle hygiénique des principales couches qui constituent le globe terrestre est aujourd'hui plus rigoureusement apprécié.

Il ést des contrées, souvent très étendues, sur lesquelles régnent les maladies paludéennes , il en est d'autres où le nombre des goitreux est très considérable. La constitution spéciale du sol joue le rôle prépondérant dans la production de ces maladies. Pour certaines conditions autres que celles que je viens d'indiquer, voici un moyen auquel on peut avoir recours pour apprécier l'influence hygiénique des terrains. Un homme des plus intelligents, après avoir fait une grande fortune à Paris, voulut se retirer dans une localité salubre. Avant de le faire , il visita plusieurs campagnes , il n'hésita pas à donner la préférence au village où se trouvaient les vieillards les plus beaux, les plus âgés et les plus nombreux. Ces précautions lui profitèrent, car il parvint dans cette localité privilégiée à un âge très avancé.

Température du sol. — La couche invariable est, en général, située d'autant plus profondément qu'on s'éloigne davantage de l'équateur.A l'équateur elle est, d'après M. de Humboldt, à 0m,33, et sa température est de 27°, 50. D'après M. Boussingault, sa température, dans les régions équatoriales, varierait entre 26° et 28°,50. Dans nos climats, elle est en général située à une profondeur de 24 à 26 mètres. A partir de ce point, et à mesure qu'on s'enfonce dans les entrailles de la terre, la chaleur va en augmentant. D'après les travaux les plus récents, la moyenne de l'augmentation de la température, variant dans chaque localité d'après la nature du sol, peut être fixée à 1 degré par 30 mètres environ. Au-dessus de cette couche invariable, c'est-à-dire à mesure qu'on s'approche de la surface externe de la terre, la chaleur centrale n'exerce plus aucune influence, et c'est à l'insolation seule qu'est due toute la chaleur de cette croûte terrestre, la plus superficielle.

Le degré de température des eaux thermales est dû à la chaleur centrale de la terre, et son degré mesure celui de la couche terrestre d'où elje provient. Peut-être aussi, dans certains cas, doit-on prendre en

considération la résultante calorifique des actions chimiques qui concourent à produire la minéralisation des eaux.

La configuration du sol a surtout de l'importance au point de vue de la température; les montagnes constituent, suivant la hauteur à laquelle on les considère, autant de climats particuliers. Au sommet, c'est la température et le climat des régions polaires; au milieu, les conditions des régions tempérées; à la base, celles des climats chauds. C'est ainsi que Tournefort a trouvé, au sommet du mont Ararat, les plantes de la Laponie; puis successivement, et en descendant, celles de l'Angleterre, de la France et de l'Italie; enfin, à la base, les plantes indigènes, c'est-à-dire celles de l'Arménie. D'après M. de Ilumboldt, les Cordillères, naturellement divisées en plusieurs étages de plateaux, offrent à l'étage supérieur, qui correspond aux régions polaires, des maladies inflammatoires; l'étage immédiatement au-dessous, représenté par Quito, Santa Fé de Bogota, et remarquable par les vicissitudes continuelles de sa température, produit, à l'exemple de la zone tempérée, des maladies du refroidissement; enfin, l'étage inférieur, véritable zone équatoriale, offre aussi la pathologie réelle des régions des tropiques, c'està-dire désaffections bilieuses, tantôt franches , tantôt plus ou moins unies avec l'intoxication des marais, suivant la nature du sol.

D'après Boudin, un exhaussement de terrain de 100 mètres détermine, en général, le même abaissement de température que provoquerait le rapprochement vers les pôles de 1 à 2 degrés. Un degré de froid correspond, sous la ligne, à une élévation de 219 mètres; dans les régions tempérées, à moins de 490 mètres, et, en hiver, à 70 mètres de moins qu'en été. Ainsi, par 46° de latitude, une élévation de 200 mètres détermine la température de la Laponie.

V exposition du sol a une grande importance au point de vue agricole; en hygiène, cette influence est sotis la dépendance de la chaleur. Nôtis en avons amplement traité; nous reviendrons sur ce sujet en parlant des mouvements de l'atmosphère. Disons seulement que lexpositloh du nord et du nord-est est généralement froide, et ne convient point aux rhumatisants, aux vieillards caducs, pas plus qu'à la vigne.

Par contre, à Paris, l'exposition du midi est favorable aux individualités qui redoutent les maladies déterminées par les refroidissements non suivis de réaction, à ceux qui sont sous le coup de la misère physiologique et qui ne peuvent se réchauffer par l'exercice. L'exposition de Yest est très agréable, rien n'est meilleur que le soleil Icnint. Au lever, on éprouve le bienfait d'une douce chaleur; mais il faut se défendre des Vents d'est, qui sont souvent froids et presque toujours secs. L'exposition de Youest, et surtout celle du nord-oucxl , voit fréquemment des vents froids humides. L'exposition du sud-ouesl est plus uni-

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