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ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL

forme, mais souvent on y reçoit des vents chargés d'humidité. On a remarqué que Paris et plusieurs grandes villes se développaient en marchant vers l'ouest.

Rapport du sol avec les eaux. —Le voisinage des mers et des ileuves rend un climat plus tempéré, préserve les côtes des extrêmes de température, et maintient un état habituel d'humidité de l'air. Cette condition est essentiellement défavorable aux rhumatisants, qui doivent fuir de semblables localités. 11 en est de même des catarrheux et des emphysémateux. L'habitude atténue ces mauvaises conditions.

Au voisinage de la mer, la température est plus constante. Dans la Bretagne, les courants marins d'eau chaude contribuent à rendre les hivers moins froids. Le voisinage de la mer est salubre au point de vue des miasmes dont sont exempts les vents qui régnent sur l'Océan. Ajoutons cependant que lorsque des eaux douces se mêlent aux eaux de la mer, pour former des marais, ces localités sont infectées de maladies paludéennes, et que les vaisseaux qui arrivent dans les ports peuvent y importer des maladies contagieuses, comme cela est arrivé à Saint-Nazaire (fièvre jaune). On a publié plusieurs documents précieux sur l'atmosphère maritime (1).

L'état de la surface du sol mérite de fixer notre attention. Un sol dénudé est plus chaud, plus sec, qu'un sol bien cultivé; mais, quand il s'étend sur une grande surface, il amène habituellement à sa suite de l'irrégularité dans ;la distribution de l'eau si nécessaire k nos récoltes. Que de régions en Afrique, en Espagne, où la dénudation du sol a produit de désolantes sécheresses qui ont stérilisé de grands espaces!

Un sol couvert est plus froid, plus humide; mais les pluies sont plus régulières, les sources plus durables et plus abondantes. Sur un sol bien cultivé, la population £st plus condensée, plus à l'aise, et par conséquent dans de meilleures conditions de longévité. Les cultures anciennes, qui augmentent la perméabilité du sol, sont des plus utiles à la salubrité d'un pays. Au premier rang de ces cultures viennent les vignes permanentes, qui demeurent plusieurs siècles en place sur le même sol. La culture des vignes permanentes sur les coteaux escarpés, qui fournit presque seule les vins d'un prix élevé, doit être encouragée pour plusieurs motifs. Elle donne de la valeur à des terres qui n'en auraient pour ainsi dire aucune pour d'autres cultures ; elle louniit de l'ouvrage une grande partie de l'année h de nombreux ouvriers agricoles. Les procédés qu'elle met en œuvre peuvent être comptés parmi les moyens les plus efficaces de prévenir la dénudation

(1) Carrière, Recherches expérimentales sur l'atmosphère maritime (Union médicale, 1858). — Rochard, De l'influence de la navigation sur la marche de la phthisie pulmonairc (rapport sur ce mémoire par M. Blache, Bull, de l'Acad. de méd., 1861). -

des montagnes et les inondations dans les vallées; elle fournit enfin des matières très précieuses pour l'exportation. La terre que les pluies entraînent est remontée par le vigneron. Les gardes ou tranchées retiennent une grande partie de l'eau qui tombe en abondance pendant les orages. Les trois labourages que réclame la bonne tenue de la vigne rendent l'absorption de l'eau facile et rapide, et assurent la régularité du débit des sources pendant les chaleurs de l'été.

Il est plusieurs cultures qui entraînent à leur suite des dangers (défrichements, rizières, barrages imparfaits); nous reviendrons sur ces questions en traitant des marais.

Composition. — Tout ce que la terre produit est semblable à la terre elle-même (Ilippocrate). On trouverait sans doute aujourd'hui qu'il y a de l'exagération dans cet aphorisme. Les substances minérales les plus répandues sur notre globe sont la silice, l'alumine, le carbonate de chaux, le sel marin ; celles qui interviennent en plus grande quantité dans l'organisme des animaux sont les phosphates de chaux, de magnésie, les chlorures de sodium et de potassium. La puissance de l'homme est grande pour modifier les influences telluriques; il trouve dans les eaux potables, dans ses aliments, ce qu'il lui faut de substances minérales.

Stratification du sol. — Les masses les plus profondes sont constituées par les terrains ignés (terrains de cristallisation, terrains plutoniques). On les distingue : 1° en terrains ignés anciens et 2° terrains volcaniques. Les terrains ignés anciens, ou terrains primitifs, constituent les fondements du globe. Les roches qui les forment sont caractérisées par les minéraux qui interviennent dans leur composition. Les principales roches des terrains primitifs sont : le granité, le granité porphyroïde, la syénite, le gneiss, la pegmalite, etc. : celles des terrains volcaniques sont les laves, les basaltes, les trachytes, etc. Les terrains de sédiment sont caractérisés par les fossiles qu'on y rencontre; ils sont constitués ou par des dépôts des mers, ou par des dépôts des eaux douces. On donne le nom de terrains métamorphiques aux terrains de sédiment immédiatement superposés sur les terrains ignés qui, par leur irruption à une haute température, ont modifié la composition de ces premiers dépôts. On distingue les terrains de sédiments anciens en secondaires et tertiaires. L'épaisseur et la diversité des couches qui les constituent montrent très nettement l'ancienneté des êtres vivants à la surface de la terre, et l'étendue des révolutions que notre planète a subies.

Les dépôts modernes sont encore formés par les eaux douces, les eaux minérales et les eaux des mers. Les eaux minérales qui sourdaient jadis à la surface du globe, avaient une grande puissance, attestée par la grande masse des dépôts qu'elles ont formés.

INFLUENCE HYGIÉNIQUE DES TERRAINS. 697 Influence hygiénique des terrains. — Commençons par aborder une question générale, celle de Y imperméabilité des terrains près de la surface du sol Ilesl bien établi maintenant qu'il y a là une grande cause d'insalubrité, dépendant : 1° de la réfrigération, suite d'humidité constante; 2° de la décomposition des matières organiques animales et de la transformation de sulfates en sulfures; 3° de l'infection par suite de la décomposition des végétaux : d'où les fièvres intermittentes. Ces terrains imperméables sont très répandus en France et dans notre Algérie, où leur inlluence pathogénique est si considérable. Ce qui, pour la question qui nous occupe, caractérise surtout notre époque, ce sont les travaux d'assainissement, aussi importants qu'heureux, exécutés dans ces contrées jadis condamnées aux fléaux des maladies intermittentes (1).

L'imperméabilité ne devient une cause d'insalubrité que lorsqu'elle se trouve de 10 à 50 centimètres environ au-dessous de la surface du sol. Quand l'imperméabilité est à la surface, les eaux s'écoulent sans nuire; quand l'imperméabilité se rencontre à la profondeur de plusieurs mètres, il s'y forme des nappes qui alimentent les sources. Mais quand l'imperméabilité se rencontre de 10 à 50 centimètres, les eaux pluviales ou ménagères sont retenues à la surface et produisent tous les inconvénients que nous avons signalés.

Tous les terrains ignés sont imperméables; le terrain granitique va bientôt nous fournir l'occasion de revenir sur ce sujet; mais les plus dangereux sont les terrains argileux, parce qu'ils s'étendent dans les mêmes conditions d'imperméabilité sur de vastes contrées. Linné avait insisté sur la relation qui existe entre les terrains argileux et la production des fièvres intermittentes. Boudin en a donné des preuves nombreuses dans sa Géographie médicale. Les terrains argileux de la France centrale se trouvent dans la Sologne, la Bresse, le Forez, la Charente-Inférieure. Toujours les fièvres intermittentes se montrent sur les couches imperméables d'argile, près de la surface du sol. L'épidémie de fièvres intermittentes qui a sévi en Hollande en 1820 s'est cantonnée sur le même terrain argileux. On retrouve ces couches dans l'Italie maremmatique.

L'Egypte est un vaste bloc calcaire, sur quelques points duquel les inondations du Nil viennent déposer des marnes argileuses. Or, d'après M. Boudin, c'est précisément dans les points où sont déposées par le fleuve ces marnes argileuses que ^sévissent les fièvres intermittentes simples, pernicieuses et la peste. D'après le même auteur, c'est

(1) Travaux de culture et d'assainissement exécutés dans la plaine do la Mitidja en Sologne, en Bresse, en Brcnne, etc. (Rapports aux conseils généraux de ces départements) — Becquerel, Etudes sur la Sologne et Rapports présentés au conseil général du Loiret Pans, 1849-1853, in-8. — Clievreul, Du sol des villes (Mém. Soc. d'agricull 1852)

encore dans les localités dont le sol est argileux que se développe primitivement la fièvre jaune.

11 me reste à présenter quelques considérations générales sur les principaux groupes des terrains ou sur ceux qui ont de l'importance en hygiène parce que des endémies se montrent sur ces terrains.

Granité. — Sans engrais, la végétation des céréales sur le granité est faible; l'industrie et le travail y sont plus nécessaires qu'ailleurs pour éloigner la misère et les maux qui marchent à sa suite. Les eaux y sont en général pures et salubres, les sources nombreuses et peu abondantes. La taille y est peu élevée, le sang y est beau. Les maladies contagieuses y font de plus rares apparitions que sur les autres terrains ; ils présentent par rapport au choléra une immunité relative remarquable. On y observe des maladies intermittentes ; mais les espaces attaqués sont limités parce que l'écoulement des eaux est facile sur ces terrains accidentés; ces fièvres le plus souvent sont légères (1). Les maladies les plus communes sont : les pneumonies, les bronchites, les rhumatismes et les affections qui marchent à leur suite.

Les terrains granitiques occupent en France une assez grande étendue dans la Bretagne, le Mbrvan, le Limousin, la Corse, etc. Trois choses ont contribué à changer les conditions hygiéniques de plusieurs localités granitiques : l'emploi judicieux des eaux pour établir de vastes et excellentes prairies; l'élève de races perfectionnées de bétail, et pardessus tout l'intervention de la chaux et des phosphates dans les engrais et amendements. Ces matières minérales manquaient ou à peu près dans les terrains granitiques, ils sont aussi indispensables aux céréales qu'aux animaux.

Terrains secondaires et tertiaires. — Sur les terrains calcaires des groupes jurassiques et tertiaires formés par les eaux douces, l'abondance règne quand les cultures sont bien dirigées; l'aisance est plus générale, la taille élevée; les maladies de refroidissement, toutes choses égales, sont moins fréquentes; à moins d'exceptions locales de dépots d'argiles, près de la surface du sol, les fièvres intermittentes y sont inconnues; les maladies contagieuses, fièvre typhoïde, choléra, suète miliaire, etc., y apparaissent de temps à autre épidémiquement.

(1) A. Fourcault, Conditions géologiques et hydrographiques qui favorisent le développement et la marche du choléra asiatique (Gai. méd., 1819). — Documents statistiques sur Vèpidèmiede clioléra de 1854, in-fol., Impr. impér., 1852.— Six départements du centre de la France se louchant sans intervalle, Creuse, llauto-Viennc, Corrèze, Cantal, Lot et Lozère, et enfin un septième, séparé des autres par Tarn-et-Garonne, ont été jusqu'à présent préservés du choléra. Lyon, malgré ses deux fleuves, MU sur des roches crislalloïdes, est à peu près indemne. Le choléra a pris naissance sur les alluvions du Gange'; Paris, Moscou, Londres, bâtis sur des terrains de sédiment en ont été violemment atteints. Il sévit peu sur les formations carbonifères encaissées dans le granité; beaucoup plus en Angleterre, en Belgique, en France et dans les localités où existent des formations carbonifères non encaissées. — Gagniard, Thèse de Paris.

TERRAINS D'ALLUVÏON. — TERRAIN DOLOMITIQUE. 699

Les terrains crétacés et les sables qui se rencontrent en couches épaisses dans les terrains secondaires et tertiaires, à moins d'engrais abondants, constituent des sols peu fertiles; la misère y règne avec les maladies qui l'accompagnent, mais ce sont des terrains perméables, sains, qui ne sont point exposés au ravage des fièvres intermittentes. L'emplacement du campdeChàlons a donc été très heureusement choisi au point de vue de l'hygiène ; les soldats foulent un sol qui ne leur est pas nuisible, et le pays s'enrichit par les engrais que fournit un vaste campement d'hommes et de chevaux. Avec du temps et un judicieux emploi de ces ressources nouvelles, la contrée doit être transformée.

Les terrains sablonneux peuvent acquérir une grande fertilité quand pendant une longue suite d'années on les a fumés avec les immondices des villes.

Les terrains d'alluvions modernes, formés par les lacs et relais des rivières, des fleuves ou des mers, quand ils ont une grande étendue, peuvent être les foyers d'épidémie de fièvres intermittentes. Certaines maladies contagieuses, à miasme spécifique (choléra, fièvre jaune, peste), paraissent se développer primitivement sur ces terrains. Nous reviendrons plus tard sur ces questions.

Terminons ce très rapide exposé des études sur la géologie hygiénique, en insistant sur deux exemples de terrains, le calcaire dolomitique et le terrain subapennin, sur lesquels régnent des endémies ou surviennent des épidémies. Les recherches exécutées dans ces dernières années ont beaucoup contribué à éclairer les causes de ces affections.

Le calcaire dolomitique se rencontre en couches limitées appartenant à la deuxième ou à la troisième formation ; les substances minérales qui le caractérisent sont : la dolomie (double carbonate de chaux et de magnésie), le gypse, le sel marin et les argiles. Les endémies qu'on observe sur ce terrain sont le goitre endémique, qui, dans les vallées encaissées, est accompagné du crétinisme (1).

J'ai déjà traité, en parlant des eaux potables (p. 148), du goitre et de sa liaison avec le crétinisme (p. 173 à 182). J'ai fait ressortir le rôle considérable de la constitution géologique du sol pour produire ces affections. J'ai montré (p. 176) quelle pouvait être l'influence des matières minérales contenues dans le sol, pour produire le goitre et donner également naissance à des fièvres intermittentes rebelles, je renvoie a ces divers passages qui sont du ressort de la géologie hygiénique. C'est une remarquable découverte qu'a faite M. Grange en comparant le nombre d'exemptions pour cause de goitre et la carte géologique, de

(I) J. Grange trois mémoires sur l'étiologie du goîtrc et du crétinisme (Archives des misswns saenh/iques 1860, t. , p. 057). -Élic de Beaumont, Rapport sur les mémoires de M. Grange (Compt. rend, de VAcad. des sciences, 1862).

700 MODIFICATEURS. - TERRAIN SURAPENNIN,

constater que ces goitreux habitaient des villages situés sur les terrains dolomitiques. Boudin a avancé qu'on observait encore le goitre dems les Pyrénées sur le calcaire du lias, sur le trias dans les Vosges, le Wurtemberg, la Saxe, sur le lias, dans le Jura, les Alpes et les Basses-Alpes. Mais est-il certain que dans ces localités où le goître éclate endémiquement, il ne se trouve pas des couches limitées de calcaire dolomitique?

Terrain siibapcnnin. — C'est le dernier groupe de la formation tertiaire; il est constitué par des dépôts lacustres formés par les mers géologiques les plus nouvelles. On y observe, et c'est ce qui le caractérise, un mélange en proportions à peu près égales de coquilles appartenant aux mers géologiques et aux mers actuelles. Quand, sur ce terrain, la terre végétale repose sur l'argile à une profondeur de 10 à 50 centimètres, on observe dans ces localités des maladies paludéennes, sans qu'il existe de marais (1).

Quand les substances salines contenues dans l'eau provenant soit de la mer, soit du sol, s'effleurissent à l'air par une dessiccation lente, s'associant à des matières végétales mortes en décomposition , dans ces conditions, il se développe des effluves qui donnent naissance aux fièvres intermittentes. A Vol tara., d'après Savi, on remarque des masses argileuses grises, soulevées par des roches ignées, renfermant des masses séléniteuses, du sel, du soufre, des végétaux morts. Après. une journée chaude, si l'on traverse le soir ces terres empestées, on est presque sûrement atteint de redoutables fièvres intermittentes. Le défrichement d'un pareil sol est très dangereux. On peut l'assainir par le drainage, par des cultures perfectionnées et profondes continués pendant plusieurs aimées sans interruption. Si l'écoulement des eaux présente d'insurmontables difficultés, il faut les recevoir dans des espaces à bords rigoureusement limités (voy. Marais).

Nous donnerons dans Y Hygiène des villes des notions sur la composition du sol de Paris et sur les altérations du sol des grandes villes.

Atmosphère. — Il n'est pas de sujet plus grand en hygiène que celui qui traite de l'atmosphère; les maladies qui sont transmises par son intermédiaire viennent au premier rang parmi les causes de mort prématurée; les effluves des marais, les maladies contagieuses transmissibles par l'air (variole, scarlatine, fièvre typhoïde), déciment l'humanité. L'étude de l'atmosphère est donc une des branches les plus importantes de noire science. Un seul sujet peut marcher de pair, c'est celui qui se rapporte à la chaleur et à la calorificalion ; il l'emporte même sous un point de Vile, car si, dans bien des cas, notre prophylaxie est peu armée

(I) Paul Savi, Considération* sur l'insalubrité de l'air dans les maremmes (A chimie el de phys./J' série, t. III, p. 341).

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