PLOMB ET SES COMPOSÉS EMPLOYÉS
Métaux et composés inorganiques nuisibles qui interviennent dans des produits d'un usage HABITUEL (4). — Nous commencerons notre étude par le plomb et ses composés les plus employés.
Plomb et ses composés les puis employés. — Le plomb intéresse l'hygiène publique lorsqu'il s'agit de protéger la santé des ouvriers qui travaillent dans les fabriques où interviennent ses composés; il intéresse l'hygiène privée parce que chaque jour on peut le rencontrer soit dans les matières alimentaires, soit dans divers produits usuels (2).
Le plomb, dans ses combinaisons, ne possède au premier abord aucun caractère qui prévienne contre lui ; pas d'odeur, une saveur peu prononcée, et qui, dans les combinaisons solubles, se rapproche à certains égards de la saveur sucrée. Ces préparations, prises à l'intérieur, d'un seul coup, même à dose élevée , ne déterminent pas ces accidents de douleurs, de vomissements, de diarrhées, que causent plusieurs poisons moins redoutables. Mais, absorbées chaque jour en dose inliniment petite, elles produisent des dérangements de santé très graves. Les accidents de
(1) Ce sujet, à peu près tel que je l'envisage, a été traité au Congrès d'hygiène de 1878. On peut consulter avec grand profit la discussion et surtout l'excellent rapport de Gubler et Napias ayant pour litre : Des moyens de diminuer les dangers qui résultent pour les travailleurs des différentes industries de l'emploi de substances minérales toxiques, mercure, plomb, arsenic, etc.; essais tentés pour les remplacer définitivement par des substances inoffensives (Congrès international d'hygiène, 1878, p. 598).
(2) A. Lcfebvre, Plusieurs mémoires sur l'intoxication saturnine, cause de la colique sèche, 1 vol. in-8°, 1859. — Cuisine et appareils distillatoires dans la marine (Annales d'hygiène, avril 1862). — Combes, Rapport sur la fabrication de la céruse en France, au point de vue delasanlé des ouvriers (Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXIV, 1849, p. 575). — Brachet. Traité pratique de la colique de plomb. Paris, 1850, in-8. — Coulier. Question delà céruse et du blanc de zinc; Paris, 1852, in-8. — A. Tardieu. Sur la suppression de la fabrication et de l'emploi delacéruse (Moniteur des hôpitaux, 1853).
— V. Thibault, Affections saturnines chez les dessinateurs en broderie, les ouvrières en dentelles (Annales d'hygiène, 1856). — Paul, Sur certaines maladies saturnines (Thèses de Paris, 1861). — Archambault, Empoisonnement saturnin par poussière de cristal che* les ouvriers travaillant à la contre-oxydation du fer (Arch. méd., 1861). — Duchesne, Colique de plomb des ouvriers émailleurs en fer (Annales d'hygiène, 1861). — Beaugrand, Accidents saturnins chez les ouvriers fabriquant des étiquettes vitrif. (Gazette des hôpitaux, 1862). — Dumesnil, Accidents saturnins chez les ouvriers travaillant le verre mousseline (Thèses de Paris, 1864). — Gallard, Verre mousseline (Annales d'hygiène, janvier 1866). — Layct, (Fabrication du minium. (Gaz-. Ilebdom. de Bordeaux 18 septembre 1880.)
Didicrjean, Le lail comme préservatif des affections saturnines, in Gaz. hebd., 1870.
— Recherche du plomb dans l'encéphale d'un ouvrier étameur, in Gaz. méd., î° sér., t. 111, 1874. — Lancereaux (E.), Note sur l'intoxication saturnine déterminée par la fabrication du cordon-briquet ou mèche-briquet, in Ann. d'hyy. , 2° série, t. XLIV, 1S75. — Napias et Gubler, Moyen de combattre l'intoxication plombique par le persulfure de fer hydraté, (Congrès d'hygiène, 1878, rapport 60). — Bouchardat et Sandras Annuaire de thérap., 1847. — Fabrication du verre mousseline (rapport fait au Conseil de salubrité par une commission composée do MM. Combes, Bouchardat et Poggiale, rapporteur).—.!. Renaud, De l'intoxication saturnine chronique, 1875. — Action de l'iodure de potassium sur l'élimination du plomb par l'urine chez les saturnins. par M. Gabriel Pouchet {Archives de physiologie, 1880).
tfiô MOlHFICATËijllS. — SUBSTANCES NUISIBLES.
l'empoisonnement par le plomb sont d'autant plus à craindre qu'ils se sont produits plus lentement. C'est un métal dont on ne se délie pas, et qui est traître au premier chef.
Les préparations de plomb solubles sont absorbées souvent sans modifications. Les composés insolubles, sous l'inlluence des acides, des chlorures alcalins, du chlorure d'ammonium surtout, des nitrates, des laclates, se dissolvent assez facilement en général. Leurs voies d'absorption sont principalement l'appareil digestif; quelquefois elles sont inhalées avec l'air qu'on respire, et, dans certains cas exceptionnels, la peau elle-même peut en absorber des traces. Les voies d'élimination sont d'abord, le tube digestif avec les matières fécales ; puis les reins ; on les retrouve dans les urines. La peau en élimine de petites quantités, elle noircit lorsqu'un saturnin prend un bain sulfureux. Les organes d'élimination sont troublés dans leurs fonctions par l'action de ces composés. Du côté du foie, on note l'ictère saturnin ; du côté du rein, l'albuminurie, et du côté de la peau, l'aneslhésie. Les composés de plomb s'accumulent dans le foie, dans les intestins, dans la rate et aussi dans le cerveau. Lorsqu'on veut rechercher ce métal dans l'économie, on détruit les organes en les chauffant avec un excès d'acide azotique. Le plomb reste dans les liquides à l'état d'azotate de plomb; on les neutralise et l'on reconnaît la présence du métal à l'aide des réactions suivantes : l'hydrogène sulfuré donne un précipité noir; le sulfate de soude un précipité blanc; le chromate de potasse et l'iodure de potassium des précipités jaunes.
Selon Mayencon et Bergeret de Saint-Léger, l'hydrogène sulfuré n'est pas un réactif suffisant pour déceler de petites quantités de plomb, le sulfure de plomb étant légèrement soluble dans un excès HS; on s'en assure en faisant passer le courant d'une pile dans celte dissolution filtrée, le lil de platine représentant l'électrode négative se voile par le dépôt du plomb. Ce fil voilé, exposé au chlore gazeux, le chlorure formé est détaché sur du papier sans colle imbibé d'une solution d'io. durede potassium, on observe la coloration jaune de l'iodure de plomb.
Historique. — Les travaux les plus importants se rapportant à l'intoxication saturnine sont le Traité de Mér&t, la Thèse de Grisolle, l'ouvrage de Tanquercl des Planches, les Mémoires de Lefebvre, la thèse de C. Paul.
Accidents saturnins. — L'empoisonnement primitif se reconnaît aux caractères suivants : les gencives présentent un liséré riolacé, au collet des dents canines et incisives. Grisolle l'attribue à l'hydrogène sulfuré provenant de la décomposition des aliments agissant sur les composés de plomb. La peau présente une teinte grisâtre spéciale sous la dépendance de l'ictère saturnin. L'excrétion de l'urine est irrégulière; elle contient quelquefois de l'albumine , comme l'a vu Ollivier. La colique
PLOMB ET SES DÉRIVÉS, 7 il
est le symptôme le plus fréquent de l'intoxication saturnine; on l'observe 13 fois sur I L Elle s'accompagne de constipation, de douleurs intenses, avec rétraction des muscles abdominaux, sur la colonne vertébrale. L'arthalgie des membres inférieurs se rencontre 8 fois sur 14. La paralysie du mouvement 2 fois sur 14, siégeant plutôt aux membres supérieurs. L' anesthésie est encore relativement assez fréquente;- puis mentionnons en dernière ligne des phénomènes nerveux très redoutables confondus sous le nom d'encéplialopathie, qui consistent en exaltation delà sensibilité générale ou spéciale, en troubles des mouvements volontaires, que l'épilepsie et la folie viennent souvent compliquer. Quand l'intoxication saturnine est parvenue à ce point, le pronostic est des plus graves, et les morts subites déterminées par l'urémie (causée elle-même parles dérangements fonctionnels des reins) sont loin d'être rares. Il faut, dans ces cas, faire d'incessants efforts pour éliminer le plomb de l'économie. L'administration de l'iodure de potassium, du sulfure de fer hydraté et les bains sulfureux sont les moyens les plus rationnels et les plus efficaces (voy. Bouchardat, Mat. médic, t. II, p. 657).
Ajoutons (voy. Annuaire thérap., 1870, p. 254) que l'intoxication saturnine lente favorise l'évolution de la goutte, par les troubles qu'elle détermine dans les fonctions des reins.
Beau prétendait qu'il y avait antagonisme entre l'intoxication saturnine et la phthisie, mais la statistique montre que cet antagonisme n'existe pas.
Voici les conditions qui rendent plus redoutable l'ingestion de petites doses de préparations plombiques : 1° La continuité de l'administration; 2° l'excitation répétée du système nerveux par : alcooliques, tabac, abus vénériens, etc.; 3° la misère physiologique; 4° une alimentation insuffisante; 5° la constipation habituelle; 6°l'habitation dans les pays chauds ; 7° insouciance et négligence des soins de propreté ; 8° reins déjà atteints par la polyurique ; 9° l'état embryonnaire, comme Paul l'a prouvé par le nombre considérable de fausses couches chez les polisseuses de caractères d'imprimerie.
Tableau des conditions principales dans lesquelles le plomb ou ses combinaisons ont déterminé des intoxications saturnines :