AIR CONFINÉ. - GAZ DE L'ÉCLAIRAGE
faiblir dans les houillères de Whitehavcn, dans le Comberland. Dans les houillères situées à de grandes profondeurs, dos phénomènes métamorphiques donnèrent probablement à ce dégagement une apparence spontanée. Dolsenius, en 1080, Volta, en 1777, firent des essais de lampes alimentées avec le gaz hydrogène. Mais les premières tentatives vraiment pratiques on les doit à Philippe Lebon, qui produisit du gaz en chauffant en vase clos du bois, de la houille, de l'huile. Il donna à son appareil le nom de thermo-lampe, Jl espérait l'employer non seulement pour l'éclairage, mais encore pour chauffer et produire de la force. Il éclaira l'hôtel de Bourgogne, rue Saint-Dominique. Il ne fut pas encouragé comme il le méritait, et mourut dans la misère. Murdoc Wat, en 1802, régularisa et rendit d'une application courante et facile la découverte de Philippe Lebon. On prépara le gaz de l'éclairage avec des schistes, des résines, des huiles, mais surtout et presque exclusivement avec la houille. Il résulte de calculs précis, dus à Péclet, que la lumière des bougies de cire est seize fois plus chère que celle du gaz; qu'il présente une économie de moitié sur l'éclairage à l'huile, et des deux tiers sur celui au suif.
Le gaz de l'éclairage parisien, préparé avec des houilles à benzine, contient de l'hydrogène, du formène, divers hydrogènes carbonés, de l'azote, de l'oxyde de carbone, du sulfure de carbone, de l'hydrogène sulfuré, de l'ammoniaque, etc. Selon M. Berthelot (Afin, chim. et phys., février 1877), la partie qui constitue la plus grande fraction de la portion éclairante du gaz parisien absorbable par le brome serait composée à peu près de la manière suivante, pour 1 million de volumes :
Benzine en vapeur CH." 3000 à 3500
Acétylène C H5 1000 environ.
Éthylène C H* 1000 à 2000
Propylènc G? H6 2,5
Allylènc CM' 8
Butylène et analogues C"H« traces
Crotonylène C H" 31
Térène C,0Ha 42 181
Carbures identiques aux précédents ou dissemblables, mais transformés en polymères presque fixes, estimés, d*après le poids des polymères, à. 83
Dyacétylcne et carbures analogues estimés de même à 15
Le pouvoir éclairant du gaz est proportionnel à la quantité de charbon que contiennent les hydrogènes carbonés. Celui qui est fourni par les huiles chauffées en vase clos renferme beaucoup d'hydrogène bi carboné. Pour purifier le gaz de la houille, on conduit le mélange gazeux résultant de la calcinalion de la houille dans de grandes cornues, au travers d'un tube froid dans lequel il abandonne le goudron qu'il tenait
en suspension; on le fait passer ensuite par plusieurs lits de chaux hydratée pour lui enlever les acides sulfhydrique et carbonique et d'autres acides volatils; enfin, amené à travers l'eau dans le gazomètre, il y perd un peu de sulfure de carbone, de sulfhydrate d'ammoniaque et de l'huile pyrogénée, qui communiquent à ce liquide une extrême félidilé.
Les gazomètres servent à emmagasiner le gaz et à lui donner, pendant la consommation, une pression régulière dont dépend l'uniformité de l'éclairage; ils représentent des cylindres ou de grandes cloches de tôle renversées dans des cuves de maçonnerie hydraulique et remplies d'eau; des contre-poids font équilibre au poids des gazomètres, et ne leur en laissent que la quantité nécessaire à la pression qui règle la marche du gaz vers les becs. Un compteur, placé à l'entrée du gaz, dans le gazomètre, indique à tout instant les résultats de la fabrication; un autre compteur, (ixé à la sortie, constate la dépense. Cette sortie est réglée par l'ouverture de valves ou disques de fonte placés entre deux coulisses et qui se meuvent à l'aide d'une crémaillère. Sous une pression de 40 millimètres d'eau, le gaz, chassé des gazomètres, parcourt les tuyaux de conduites de fonte avec une vitesse de 2G mètres par seconde; il fait effort contre leurs parois avec une intensité proportionnelle aux résistances qu'il éprouve dans la série des luyaux, pour en sortir par les orifices de plus petit diamètre. C'est presque toujours au point de jonction des tuyaux que s'opèrent les fuites de gaz; la perte de gaz qu'elles occasionnent était évaluée annuellement à 25 pour 100, mais, grâce aux soins dans la confection et l'ajutage des luyaux, elle tend à diminuer.
Nous nous occuperons de la distribution du gaz en traitant des altérations du sol des villes populeuses. Les usines à gaz doivent être isolées des habitations et autant que possible situées hors des villes. Ce sont des établissements rangés dans la première classe. Ils sont incommodes et dangereux par les explosions, incendies, par les odeurs, les poussières. et par les produits annexes, sels ammoniacaux, goudron, benzine et ses dérivés, par les eaux, résidus, etc. Les produits annexes de la fabrication du gaz ont aujourd'hui une grande importance (voy. p. 547).
Au point de vue de l'hygiène, deux ordres de dangers différents se sont manifestés par suite de l'emploi général du gaz de l'éclairage : 1° incendies et détonations; "2° asphyxie ou dérangements de santé.
Pouvoir détOllÛMt. — Le gaz de l'éclairage, mélangé à l'air, devient cxplosiblc, et occasionne des accidents aussi graves que nombreux. D'après Devergie, le gaz détone aussitôt qu'il constitue la onzième partie de l'air dans lequel est placé un corps en combustion.
(iAZ. t)Ë L'ÉCLAÎM&Ê. - FLÊrM. - ODEUltS. 737
A cette dose du gaz la détonation est faible ; quand l'air en contient 1/5, la détonation est forte. 11 faut s'empresser d'éteindre les corps en combustion quand on pénètre dans une pièce où l'odeur du gaz est très sensible, et recouvrir pour les recherebes à la lampe de Davy.
Asphyxie et dérangements de santé. — Le gaz de l'éclairage pur asphyxie un lapin en vingt-cinq secondes; 1/8 de gaz tue un chien en dix-huit minutes, lourdes a donné une excellente relation de cinq cas de mort par inhalation de gaz de l'éclairage. II résume ainsi les symptômes éprouvés : 1° invasion insidieuse, prodromes d'une durée variable; 2° céphalalgie, vertiges; 3° nausées, vomissements; [" troubles des facultés intellectuelles, perte absolue de connaissance; 5° affaiblissement général, résolution des forces, paralysie partielle, convulsions; 6° phénomènes d'asphyxie apparaissant avec lenteur, mais complets et prédominants dans les derniers moments de la vie.
Tous les gaz et vapeurs contenus dans le gaz de l'éclairage sont dangereux; mais le plus à redouter de beaucoup est le gaz oxyde de carbone. Les personnes qui résident forcément dans des lieux largement éclairés au gaz se plaignent de dyspnée, d'étouflemenl, de chaleur acre à la gorge, d'une titillation au pharynx, qui provoque une toux sèche et fatigante. Les sujets à poitrine irritable, à prédisposition tuberculeuse, s'accommodent le moins de cette atmosphère, et finissent par n'y pouvoir rester (Briquet).
Je regarde ces appréciations comme un peu pessimistes. Il faut reconnaître que dans des espaces clos l'éclairage par le gaz, quand il est exagéré, peut devenir nuisible ; par la diminution dans la quantité de gaz oxygène, et par une grande élévation de température. Les personnes qui séjournent habituellement dans des pièces éclairées par le gaz, et non convenablement ventilées, sont généralement pâles et prédisposées à l'anémie. Je proscris ce mode d'éclairage des dortoirs, et autant que possible des salles d'étude. Il est très convenable dans les réfectoires, les salles de récréation, et partout dans les espaces libres.
Je regarde comme très utile l'odeur si pénétrante et si désagréable dont on se plaint : elle nous avertit de l'existence des fuites, et prévient ainsi les dangers d'explosion ou d'asphyxie. On avait beaucoup vanté un gaz d'éclairage obtenu en faisant passer de l'eau en vapeur sur du charbon surchauffé contenu dans de grands tubes métalliques. Ce gaz est dépourvu d'odeur et renferme beaucoup de gaz oxyde de carbone si éminemment dangereux.
Action des plantes suk i/atmosphére. Odeurs. — Les feuilles des végétaux exposées au soleil dégagent de l'oxygène provenant de ladécomposilion de l'acide carbonique. Les feuilles des végétaux aquatiques dégagent de l'oxygène, de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone.
BriOOHAHQAT. — HYGIÈNE. 47
Les fouilles, dans l'obscurité, dégagent de l'acide carbonique; en grandes masses, elles peuvent donc contribuer à vicier l'air d'un espace confiné.
Les fleurs vicient l'air d'une double façon : elles absorbent le gaz oxygène, dégagent de l'acide carbonique et bien souvent émanent des essences ou des parfums, qui ont une action puissante sur le système nerveux. Un air ainsi modifié détermine de la céphalalgie, des syncopes et même peut causer l'asphyxie. D'où le précepte de ne point conserver la nuit des fleurs dans les chambres à coucher.
Les odeurs sont des particules matérielles d'une merveilleuse ténuité; pour le prouver, on ne peut donner un meilleur exemple que celui du musc, une quantité des plus faibles suffit pour influencer l'atmosphère pendant un temps relativement long. Ce sont bien des particules matérielles qui déterminent ces sensations. On peut les emprisonner dans un vase, les dissoudre dans les liquides. Ces particules sont transportées par les courants d'air. L'olfaction s'effectue par le passage de l'air parfumé dans les fosses nasales. La manifestation de l'odeur coïncide avec une modification chimique des particules matérielles qui produisent la sensation. L'habitude modifie nos impressions. Boyer, vivant dans les amphithéâtres d'anatomie, préférait l'odeur des cadavres à celle de la rose.
Le sens de l'odorat est émoussé quand on vit dans une atmosphère parfumée en excès ; le maréchal de Richelieu abusait tellement des parfums, que ses visiteurs étaient souvent menacés de syncope. Un parfumeur qui travaillait habituellement dans une atmosphère musquée, m'a assuré que cette continuité d'inhalation était pour lui l'occasion d'accès de fièvre intermittente.
Les odeurs agréables répandues en juste mesure dans l'atmosphère, non seulement charment certaines natures, mais elles stimulent utilement le système nerveux. Au point de vue des odeurs, il est de remarquables idiosyncrasies. Mariguect Odicr rapportent l'observation d'une jeune fille que l'odeur du musc rendait aphone. Cloquet et Orfila ont vu une femme chez laquelle l'odeur, bien inoffensive habituellement, (Tune décoction de lin déterminait des syncopes. J'ai connu deux personnes, l'une, qui avait horreur de l'odeur de l'eau de fleur d'oranger, et l'autre, ce qui se comprenait mieux, de la poudre d'ipécacuanha. Il y a, je le sais, beaucoup d'exagération dans bon nombre de ces histoires. Capellini rapporte que l'odeur de la rose agissait si puissamment sur une dame, que cette influence suffisait pour déterminer une syncope. Elle reçut une visiteuse qui portait à sa ceinture la fleur défendue. La syncope ne tarda pas à se déclarer, et cependant la rose était artilicielle.