‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 298 sur 371 · HYGIÈNE DES AGES. - ALLAITEMENT · texte numérisé non relu

HYGIÈNE DES AGES. - ALLAITEMENT

On voit par cet exposé que ce n'est que dans des conditions absolument exceptionnelles que de petits ménages peuvent se procurer, à Paris, un lait convenable pour pourvoir aux nécessités de l'alimentation artificielle.

Voici la conclusion de cette étude :

« Par toutes les voies nous sommes une fois de plus conduits à affirmer l'opinion que j'ai depuis longtemps défendue et qui, du reste, est généralement admise aujourd'hui : qu'il convient de faire de continuels efforts pour revenir exclusivement, sauf de rares exceptions, à l'allaitement maternel, non seulement à Paris, mais partout. »

Choix d'une nourrice. — Il est des cas exceptionnels où la mère ne peut nourrir son enfant, où la nécessité de prendre une nourrice s'impose. Le cas le plus ordinaire de l'impossibilité de l'allaitement maternel, c'est l'insuffisance évidente de lait avec un sein en apparence bien conformé; la glande mammaire peut être réduite à un très petit volume et remplacée par du tissu cellulaire graisseux*

Cet amoindrissement des glandes se manifeste souvent chez les urbaines, dont les ascendantes ne les ont pas fait fonctionner, en confiant par système leurs enfants à des nourrices. Système déplorable, car il faut toujours penser à ce pauvre abandonné qui a quatre ou cinq mois et qui est privé des soins et du lait de sa mère. J'ai connu des femmes de Paris anémiques de la plus chétive apparence qui, écoutant mes conseils, ont allaité leurs enfants, et qui n'ont eu qu'à s'en féliciter sous le double rapport de la santé de l'enfant et de la leur. Leur appétit, longtemps capricieux, s'animait. Je complétais leur alimentation par de l'huile de foie de morue, du fer et du phosphate de chaux, du bon lait, du petit-lait, et, après quelques mois je leur donnais un aide, une bonne chèvre, qui fournissait du lait frais à différentes heures de la journée. Il est des cas, comme je l'ai dit, où une nourrice est indispensable ; comment doit-on la choisir? Il faut qu'elle soit jeune, expérimentée, dans la force de l'âge, d'une bonne santé, que son sein soit bien conformé avec une glande mammaire suffisante, que son lait soit neutre ou légèrement alcalin, suffisant en quantité. On s'en assure par la balance, en pesant le nourrisson, avant et après chaque tetée, et en surveillant ses progrès journaliers également par la balance. Il convient que la nourrice ait de bonnes qualités morales, qu'elle soit accouchée depuis deux mois au moins pour n'avoir pas à craindre les crevasses au sein. Je ne redouterais pas un lait de six mois et plus si la nourrice est forte et a conduit longtemps des allaitements antérieurs. Voici la règle dernière sur laquelle j'insiste, parce qu'elle résume toutes les autres. Avant d'arrêter une nourrice, il faut faire une enquête sévère sur ses antécédents, sur les enfants et les nourrissons qu'elle a élevés, si elle a nourri trois beaux enfants au

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moins sans en perdre aucun, vous pouvez la choisir sans crainte. On juge un arbre par ses fruits et une nourrice par ses nourrissons.

Quelques mots sur l'influence qu'on a attribuée au lait des nourrices sur le nourrisson. Pierre Franck assure que le lait d'une nourrice qui abuse des alcooliques prédispose les enfants aux convulsions et aux névroses. Ce qui est incontestable, c'est que le vice de l'ivrognerie est incompatible avec les soins que réclame un enfant; c'est que, par l'excitation répétée du système nerveux la sécrétion lactée peut devenir irrégulière, insuffisante. En voilà plus qu'il n'en faut pour écarter une pareille nourrice. Il en est de même de celles qui ont des troubles de l'innervation : elles perdent quelquefois leur lait.

On doit penser aux maladies par imitation. Les nourrices qui ont une maladie de l'appareil digestif ont habituellement peu de lait, souvent il est acide; il ne se coagule pas normalement, comme nous l'avons exposé; il faut encore éloigner de pareilles nourrices. J'écarterais également les nourrices atteintes ou même menacées d'affections tuberculeuses ou cancéreuses, et cela dans leur intérêt et dans celui du nourrisson. La nourriture d'une nourrice doit être bien surveillée. Conservez-lui les soupes aux pommes de terre, aux carottes, au lait, au beurre dont elle avait l'habitude dans son village. Améliorez son ordinaire, mais ne le transformez pas au point d'en faire une urbaine pour l'alimentation. L'époque du sevrage doit se régler d'après l'évolution des dents : il faut attendre la douzième, et sevrer du quinzième au dixhuitième mois en moyenne. L'allaitement prolongé outre mesure ne convient pas. Pendant la période du sevrage, que les œufs, le beurre, le bon lait interviennent chaque jour dans l'alimentation du jeune enfant. La viande crue hachée est un remède merveilleux pour sauver les victimes d'un sevrage prématuré.

L'alimentation artificielle au biberon ou au petit pot présente des difficultés considérables, et amène le plus ordinairement, comme nous l'avons dit, un chiffre de mortalité effrayant dans les maisons hospitalières où sont réunis un grand nombre d'enfants. L'alimentation artificielle a été souvent essayée avec un insuccès complet. Outre les conditions tenant à la nature du lait, accusons-en le défaut de soins continus et dévoués, la malpropreté des appareils, qui propagent Voidium albicans. Pour les enfants syphilitiques abandonnés, je voudrais voir inslituer des expériences bien conduites avec la chèvre nourrice de Boudard.

Du serrage à la riri/ité. — Quatre questions hygiéniques importantes se présentent lorsqu'on traile de l'hygiène depuis l'époque du sevrage jusqu'à la virilité. La première se rapporte a l'alimentation, la seconde à l'influence des effluves des marais, la troisième à l'exercice et au développement de l'intelligence, la quatrième enlin à l'éveil du sens pénésique. Nous renvoyons cette dernière à la partie consacrée a l'hy-

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