ENDÉMIES. — ÉPIDÉMIES. — HYGIÈNE DES VILLES
> qu'on peut dire que la fièvre typhoïde, la rougeole, etc., sont endémiques dans les grands centres de population. Les maladies endémiques peuvent être sous la dépendance de conditions locales (sol, lempéra- ! ture, nature des eaux, etc.). Nous avons étudié, dans la deuxième p rt tie, les principales au double point de vue de leur étiologie et de leur I prophylaxie (goitre, boulon d'Alep, scorbut, dysenterie, hépatite, lèpre, fièvres paludéennes, etc.). Nous n'avons plus à y revenir. Epidémies. — On désigne sous ce nom les maladies les plus diverses, ; attaquant un grand nombre d'individus; elles naissent et se propagent I le plus souvent sous la double influence de la misère et de l'encombreîment. Un premier groupe comprend les épidémies des maladies contagieuses, au double point de vue de l'étiologie et de la prophylaxie, et, par conséquent, de l'hygiène. On trouvera dans le deuxième groupe les i maladies déterminées par des causes très différentes, maladies du refroiidissement (pneumonies, bronchites, grippe), maladies déterminées par l'excès de la continuité de la chaleur. Les maladies peuvent être à la ; fois endémiques et épidémiques. Ainsi, quand les fièvres intermittentes cqui régnent habituellement dans une localité prennent du développement et attaquent un grand nombre d'individus, l'affection endémique devient épidémique (1).
Hygiène des villes. — Celte branche de l'hygiène comprend un jgrand nombre de questions qui ont été traitées dans la deuxième partie (Distribution des eaux, Aliments, Substances nuisibles, Voiries, tEgouts, Cimetières, etc.). Nous avons dans la troisième partie, page 1026, ddonné des indications sur les industries insalubres ou incommodes. 11 line nous reste à aborder que quelques problèmes spéciaux se rapportant aau sol, aux édifices publics, etc.
Sol des villes. — La question du sol des villes se divise en deux sections très distinctes : dans la première, on doit considérer la nature -géologique du sol (voy. p. 692 et suiv.), et dans la deuxième on doit éluidier les altérations que subit le sol par suite de l'agglomération d'un -grand nombre d'hommes, d'animaux, d'industries sur une surface limiutée. Je vais donner quelques notions rapides sur le sol parisien, pour montilrer l'importance de la constitution du sol pour l'édification d'une ville. LLa première formation la plus profonde du terrain tertiaire parisien aa été produite par les eaux douces; elle est constituée par des argiles ^plastiques, des lignites et les premiers grès. La deuxième formation a •été produite par la mer, qui a laissé du calcaire grossier et du calcaire sÈiliceux. La mer s'est retirée, les eaux douces l'ont remplacée et ont Idaissé sur le sol des marnes et du gypse. La mer est revenue. Le
(1) Consulter l'excellent Traite des maladies épidémiques de L. Colin, 1879.
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deuxième dépôt marin est constitué par les marnes, du gypse, par des sables et des grès marins, par les calcaires marins supérieurs. La mer s'est retirée de nouveau, les eaux douces ont formé la dernière assise du terrain tertiaire parisien; elles ont contribué à la formation des meulières sans coquilles, des meulières avec coquilles, des marnes des eaux douces supérieures et des sables d'eaux douces. Nous allons montrer combien cette constitution du sol est favorable à l'édification d'une grande ville. Sous le rapport de la salubrité, on ne peut désirer un sol meilleur; il est constitué, pour la plus grande partie, par les sables perméables d'eau douce qui n'offrent rien de suspect. Si la mer avait fait une nouvelle invasion, elle aurait laissé tous les matériaux du sol subappennin (voy. p. 700), sol sur lequel se développent des lièvres intermittentes, comme aux environs de Rome ; d'un autre côté, que de richesses le sol parisien renferme pour édifier une grande ville : un gisement des plus abondants du monde de plâtre d'une exceptionnelle qualité, du calcaire grossier qui constitue un excellent moellon, des meulières qui sont indispensables dans les constructions solides et imperméables, enfin des sables de rivière en énorme quantité. Ces sables sont peu fertiles; mais grâce aux fumures intensives à base d'immondices, et de fumiers de la grande ville, la production de ces terres est devenue merveilleuse. Assise sur un fleuve dont les eaux sont excellentes et le débit assez régulier, on ne pouvait choisir un emplacement meilleur pour édifier une grande ville.
Sol des cités populeuses. — Chevreul a publié, dans les Mémoires de la Société d'agriculture pour 1852, un travail important sur le Sol des villes. Nous allons en donner un extrait. Il est un premier point incontestable, c'est que la nature du sol des villes exerce une influence considérable sur la composition des eaux des puits. Nous pouvons citer la ville de Dijon, qui, reposant sur un sol schisteux, avait, dans les puits primitivement construits, des eaux potables très pures. Peu à peu ces eaux s'altérèrent; l'obligation s'imposa de dériver et de distribuer dans la ville des eaux nouvelles. Les causes d'insalubrité du sol des villes sont nombreuses. Mentionnons d'abord les débris très divers qu'on y rencontre (plâtres, matériaux de transport, calcaires et grès concassés, des débris de toutes sortes), que le remaniement si fréquent du pavage peut faire pénétrer dans le sous-sol. Ces matières sont des sulfates, des chlorures, des azotates, des sulfures, des hyposullites, de chaux, de magnésie, de soude, de fer, d'ammoniaque, etc. La perméabilité du sol aux liquides qui le baignent facilite son infection. Ces principaux liquides sont des eaux ménagères, lesrésidusliquides de l'alimentation, les fosses d'aisances non élanches, les déjections des animaux domestiques (vacheries, porcheries), les eaux s'écoulant des fosses communes des cimetières, etc.
Gaz de l'éclairage, distribution (voy. p. 734). — Une des causes les plus puissantes de la mauvaise odeur du sol des villes est sans contredit
la distribution du gaz de V éclair age.Les fuites sont estimées aujourd'hui, en moyenne, au dixième de volume du gaz qui circule dans les tuyaux; autrefois, on l'évoluait au quart. Ces fuites proviennent des altérations de tuyaux de fonte et de plomb enfouis en terre, des soudures et d'ajutages imparfaits. On a diminué la perte en n'employant que des tuyaux de fonte éprouvés, garantis de l'oxydation par des enduits formés de sable et d'asphalte, de disjonction par l'emploi de vis à écrou. Les plus grands tuyaux sont isolés dans des canaux spéciaux en ciment. Le gaz de l'éclairage perdu dans le sol contribue à lui communiquer la couleur noire qu'on remarque dans la partie du sol remué pour rechercher les fuites. Cette couleur noire est due à du sulfure de fer, l'odeur désagréable à de l'hydrosulfate d'ammoniaque et à des hydrogènes carbonés condensés (voy. page 735) qui ont la plus grande analogie avec le coaltar. Ces odeurs ne sont nullement dangereuses; le sol, au contraire, est assaini par ces matières, comme l'a si bien dit H. Sainte-Claire Deville (Comptes rendus de VAcad. des sciences, 20 septembre 1880), qui rappelle en même temps qu'on conduit dans les usines à gaz les enfants atteints de coqueluche. On doit reconnaître que le sol imprégné des produits condensés du gaz en certaines proportions fait périr les arbres; aussi l'édilité parisienne prend-elle les plus sérieuses précautions pour prévenir cette imprégnation dans le voisinage des arbres.
Puisards. — Revenons aux causes d'altération du sol des villes : une des plus puissantes, c'est la pénétration des eaux, résidus des fabriques, soit par imprégnation par suite d'un pavage imparfait, soit par l'emploi des puisards non étanches mis en usage dans quelques usines pour se débarrasser de ces eaux résidus. Certaines d'entre elles contiennent de l'arsenic, celles, par exemple, provenant des fabriques de fuchsine, où l'on emploie l'acide arsénique, celles où l'on fabrique du vert de Scheele. Ces eaux, en pénétrant dans les puits des voisins, ont déterminé des empoisonnements qui ont été signalés par Braconnot. Les eaux résidus contenant des matières organiques se putréfient dans le sol; elles sont altérées alors par de l'hydrosulfate d'ammoniaque, qui, en pénétrant dans les puits des voisins, les convertit en eaux sulfureuses. Un des plus graves inconvénients de certains puisards, c'est d'ameublir le sol, de lui faire perdre sa cohésion et de compromettre la solidité des maisons ou édifices construits dans leur voisinage. Je pense qu'on ne peut attribuer à une autre cause les tassements désastreux qui se sont produits dans les constructions neuves de l'ancienne École de pharmacie, rue de l'Arbalète. Je ne saurais que donner ma complète adhésion aux conclusions savantes du rapport de M. Lalanne au Conseil de salubrité (décembre 1880) : « 1° L'usage des puits ou puisards absorbants est prohibé d'une manière générale sur l'étendue entière du territoire français. 2° Les autorisations particulières qui seraient sollici-
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im HYGIÈNE GÉNÉUALE.
tées dans des circonstances exceptionnelles ne seront accordées qu'après une enquête dont la forme et la durée seront fixées par un règlement d'administration publique, et que, sur un avis conforme du Conseil d'État, le Conseil d'hygiène du département et le Comité d'hygiène ayant été préalablement, ponsultés. »
Envoyer des eaux altérées dans le sol sans savoir ce qu'elles deviennent, c'est absolument un acje du même ordre que de décharger une arme dans l'obscurité sans s'inquiéter si les projectiles tomberont à terre ou atteindront un passant. Les puisards ne peuvent être autorisés que lorsqu'on aura la certitude que les eaux qu'on y déverse se dirigent entièrement dans un cours d'eau voisin. Le sol pourra alors être considéré comme un filtre utile pour prévenir l'infection des cours d'eau.
La perméabilité du sol dans les squares, dans le voisinage des arbres des boulevards, permettent l'introduction de l'eau, de l'air, qui contribuent efficacement à la purification du sol; l'oxygène, en brûlant les matières oxydables, l'eau en entraînant les substances solubles. Les fosses d'aisances, les égouts, les puisards, doivent être toujours étanches et bien surveillés, ainsi que les eaux résidus des fabriques et les conduits de gaz de l'éclairage. Un bon pavage avec pente suffisante est favorable. Les deux agents les plus actifs de la purification du sol sont les puits, qui assurent sa continuelle lixivation; les arbres des boulevards atteignent le même but par la grande quantité d'eau qui s'évapore par leurs feuilles. De plus, les puits et les arbres sont des témoins très utiles. Quand le sol est très souillé (à moins de couche imperméable qui isole la nappe d'eau), les puits sont altérés et les arbres périssent.
Nous avons dit que les grandes villes se développaient en marchant yers l'ouest. Les parties de Passy qui avoisinent le bois de Boulogne formeront bientôt le quartier le plus salubre de Paris.
Édifices publics (écoles, églises, casernes, hôpitaux, théâtres, prisons, squares, etc. (1). — Les deux questions qui dominent l'hygiène des édifices publics se rapportent au chauffage à l'aide de calorifères et à la ventilation par des appareils spéciaux.
Calorifères. — ^ous avons traité (p. 729) des combustibles cl des appareils de chauffage simples; il nous reste à dire quelques mots des appareils complexes. On dislingue les calorifères à air chaud, à eau chaude, à basse et haute pression, à vapeur, etc.
Calorifère à air chaud. — L'inconvénient de cet appareil, c'est de trop dessécher l'air; il consiste en un poêle d'une grande dimension
(1) Rapports généraux de la commission des logements insalubres de la Seine, par MM. Trébuchet cl ftobinel. — HOÙïé et Berthelé, Logements d'ouvriers (Ann. de la Société, do Lille, I8G3. — Thèses de Strasbourg). — Hygiène des théâtres, par A. Tripier {Ann. d' hygiène t 1804). — Législation sur les logements insalubres, 1880, G. Jourdan.
HYGIÈNE DES VILLES. - ÉDIFICES. - CALORIFÈRES. H)-i:i
place habituellement dans la cave; on \ adapte un double tube. Il y a deux tirages distincts dans l'appareil, celui de l'air et celui de la fumée. Tant qu'il n'existe aucune fuite dans ces tuyaux, les choses marchent régulièrement; mais par les joints du tuyau à air, plus ou moins altéré par l'usage, s'opère le mélange des deux gaz, et, suivant que l'un ou l'autre des deux tirages l'emporte, de l'air pénètre dans le foyer ou de la fumée ^'introduit dans l'air. Il faut donc disposer les choses de telle sorte mie le tirage du tuyau à fumée soit toujours le plus énergique, de manière que les habitants ne puissent jamais être incommodés. On comprend que l'air venu de l'extérieur, au lieu de traverser simplement le foyer, devra faire, dans son intérieur, plusieurs circuits pour s'échauffer : c'est donc surtout sur l'agencement des tubes et les circuits qu'on leur fait parcourir que repose la différence entre les principaux appareils fondés sur le principe de l'airchaud.
Calorifères à eau chaude. — Un des meilleurs est l'appareil de Duvoir,qui fonctionne dans une moitié de l'hôpital Lariboisière. Il remplit la double fonction d'appareil de chauffage et de ventilateur. Le changement de densité que l'eau éprouve par l'élévation de sa température a pour effet de la mettre en mouvement. On installe une chaudière dans le sous-sol et un réservoir dans les combles. Deux systèmes de tuyaux servent, le premier à conduire l'eau jusqu'au réservoir, le second à la ramener à la chaudière. Ces conduits secondaires partant du réservoir sont munis de robinets qui permettent d'augmenter ou de diminuer le chauffage sur un point déterminé. Les parois du tube sont enveloppées de matériaux peu conducteurs (foin, plâtre, etc.). Afin d'utiliser toute la chaleur produite, on emploie le chauffage à air chaud pour les pièces voisines du calorifère, et pour les conduits plus éloignés le chauffage par l'eau chaude. Pour obtenir une température à peu près uniforme dans toutes les pièces, Duvoir a fait arriver l'airchaud par en haut; cet air descend par nappes horizontales, poussées d/un côté par l'arrivée de nouvelles masses d'air chaud, et de l'autre par l'aspiration qui se fait au niveau du plancher, à l'aide d'une bouche d'appel, communiquant avec le foyer du calorifère. On obtient de celte manière une température à peu près uniforme dans la pièce.
Voici les indications que donne le général Morin pour les températures intérieures des principaux édifices publics : Crèches, salles d'asiles écoles, etc. , 15 degrés; hôpitaux, 16 à 18 degrés; ateliers, casernes, prisons, 15 degrés; salles de spectacle, amphithéâtres, salles d'assemblées prolongées, 19 à 20 degrés.
Pendant l'été, il est convenable de rafraîchir l'air des habitations collectives. Voici les procédés indiqués par Péclet pour atteindre ce but : 1° comprimer l'air mécaniquement et le dilater au moment de son intro^ duction dans les locaux; 2° le faire passer sur des surfaces humides en
évaporation; 3° le faire passer par des eonduits soumis à une réfrigération artificielle (glace, etc.): 4" l'amener par un circuit souterrain à température à peu près constante.
Air : volume et ration, capacité cubique. — J'ai indiqué, page 721, la quantité d'air à fournir par individu et par heure, dans un espace confiné. Deux conditions doivent intervenir : 1° la capacité cubique de la salle; 2° le renouvellement de l'air par ventilation naturelle ou artificielle. La capacité moyenne, par malade, des salles des hôpitaux de Paris est de 43 mètres cubes et de 42 dans les hôpitaux de Londres. Voici, d'après Morin, le volume approximatif d'air à extraire et a introduire par heure et par individu dans divers édifices publics : École d'enfants, 12 h 15 mètres cubes; école d'adultes, 25 à 30; amph théâtres de cours, 30 à 60; ateliers : ordinaires, 60; insalubres, 100; casernes de jour, 30; de nuit, 40 à 50; salles de spectacle, 40 à 50; hôpitaux : malades ordinaires, 60 à 70; blessés et femmes en couches, 100: en temps d'épidémie, 150; prisons, 50; écuries et étables, 180 à 200. Ces quantités sont en général plus élevées que celles que j'ai indiquées (page 724). Plusieurs de ces évaluations me paraissent exagérées. La clinique, comme nous le verrons en parlant des hôpitaux, n'a pas confirmé l'utilité des ventilations excessives.
« Le principe physiologique, dit M. Layet, de l'aération d'une atmosphère limitée est celui-ci : il faut que l'air arrive en assez grande quantité pour que les échanges respiratoires soient maintenus dans leur intégrité, et pour qu'il puisse à la fois agir par action mécan ique sur les produits nuisibles, qui seront ainsi entraînés au dehors, et par action chimique sur les germes infectieux qu'il brûle ou neutralise au moyen de l'oxygène qu'il contient. 11 faut, en un mot, ainsi que l'a si bien fait remarquer M. E. Trélat, que l'homme renfermé soit incessamment lavé par l'air qu'il respire, aussi bien que les matériaux qui constituent son habitation. »
M. Layet a établi (Revue d'hygiène; décembre 1880) le tableau des coefficients d'aération qui, dit-il, permettra d'établir tout de suite la somme d'air à renouveler, suivant les différentes circonstances d'espace et de nombre.
Ventilation. — Elle peut être naturelle ou artificielle. La ventilation naturelle résulte des fissures ou ouvertures réglées, des portes et des fenêtres, de l'ouverture permanente des cheminées, etc. ; elle s'excive par les courants d'air qui se produisent par le seul effet des inégalités de température entre l'air extérieur et l'air intérieur des habitations; pour les chambres qui ne doivent être habitées que la nuit, la capacité des ventouses suffisamment multipliées, aide à compenser d'une manière efficace le défaut de capacité des chambres. En b's mettant en relation avec des cheminées qui régnent sur toute la hauteur des bali-