I.XXIV
APPENDICE
voisine de l'œil, de sorte que la vision des objets éloignés reste nette et que, dans la jeunesse, le seul symptôme de l'hypermétropie est un reculemenl du panel uni pi orimum. Sauf dans les cas d'hypermétropie farta, ee reculemenl passe inaperçu pendant hien des années: à tel point que la plupart des personnes sont légèrement hypermétropes el ne s'en doutent pas ; elles en sont quilles pour devenir presbytes un peu plus tôt que les emmétropes et pour faire usage de verres convexes un peu plus forts que les emmétropes du même âge. L'hypermétropie des personnes opérées de cataracte est connut! depuis des siècles; l'hypermétropie naturelle, au contraire, a été décrite pour la première fois, il y a seulement cent ans, par notre compatriote Janin.
Nous avons dit plus haut que les emmétropes ont respectivement besoin, pour lire, des verres 48, 24, 16, 12, 10 et 9, aux âges d'environ quarante-huit, cinquante-quatre, soixante, soixante-six, soixante-douze et soixante-dix-huit ans. Les personnes à qui ces verres ne suffisent pas doivent sans aucune crainte prendre des verres plus forts. De plus, la nécessité où elles sont de recourir à des verres convexes avant l'âge de quarante-cinq ans doit les prévenir de l'hypermétropie dont elles sont affectées et les engager à chercher un sou-; lagement dans l'emploi de verres convexes pour regarder au loin, soulagement d'autant plus nécessaire que l'hypermétropie est plus forte et le sujet plus âgé. Dans les cas les plus marqués, les verres convexes seront utiles dès l'âge de dix ou douze ans. Jusqu'à celui d'environ quarante-cinq ans les mêmes verres convexes, portés en permanence, servent pour voir au loin et pour lire; plus tard, l'hypermétrope a besoin de deux paires de verres: l'une, plus faible, à porter habituellement, et l'autre, dont on augmentera la force tous les cinq ou six ans, à employer pour le travail.
La connaissance de la fréquence de l'hypermétropie, la pratique, suivie par tous les ophthalmologisles, de prescrire des verres convexes de force suffisante pour la corriger, constituent un des plus utiles progrès de l'oculistique moderne : les personnes auxquelles on rend ainsi l'usage de la vue, au lieu de les déclarer, comme autrefois, atteintes d'aslhécopie incurable, sont excessivement nombreuses.
IV. L'astigmatisme. — Tandis que le public et les opticiens ont des notions plus ou moins nettes sur la presbytie, sur la myopie et même, jusqu'à un certain point, sur l'hypermétropie, il faudra bien des années encore pour que l'aslir/matisme, le plus fréquent des défauts de l'œil, soit connu autant qu'il importerait dans l'intérêt des personnes innombrables qui en sont affectées.
Chez toutes les personnes dont la vue est mauvaise ou délicate, chez tous les myopes qui ne voient pas parfaitement bien au loin avec le secours des verres concaves, chez les presbytes qui ne trouvent pas de verres convexes avec lesquels ils puissent lire indéfiniment sans aucune fatigue, il y a lieu de suspecter la présence de l'astigmatisme. Ce détaul se traduit encore bien souvent par du larmoiement, par des bléphariles ou par des conjonctivites rebelles à tout traitement. Enfin, quand il existe du strabisme, ou même une simple inégalité de force entre les deux yeux d'une personne, il faut toujours rechercher l'astigmatisme, à tel point que le choix de verres correcteurs de l'astigmatisme devra devenir un jour une profession spéciale, tandis qu'il n'existe actuellement qu'un très-petit nombre d'oculistes qui sachent mesurer exactement ce défaut de la vue.
L'astigmatisme reconnaît pour cause une malformation du globe oculaire. Les milieux réfringents de l'astigmate, au lieu d'être des solides de révolution autour de l'axe anléroposlérieur du globe oculaire, sont assimilables à des fragments d'ellipsoïdes à axe? inégaux.
Supposons qu'un œil emmétrope subisse un aplatissement léger, de telle sorte que son* diamètre vertical devienne plus petit que son diamètre horizontal, il en résultera unei myopie du méridien vertical, le méridien horizontal restant emmétrope. Un pareil œil vpr» parfaitement des lignes verticales éloignées, tandis que les lignes horizontales lui paraîtront moins nettes. Aussi les auteurs définissent-ils souvent l'astigmatisme, en disant que c'est un défaut optique, par suite duquel on ne voit pas avec nue égale netteté les lignes verti-
ASTIGMATISME.
>yis et los lignes horizontales. Cotte définition a le très-grand inconvénient de laisser passer aperçus un très-grand nombre de cas d'astigmatisme, car le défaut est très-souvent assez pour affaiblir notablement la vue, sans que la personne qui en est atteinte se soit uais aperçue de l'inégalité de netteté que présentent pour elle les lignes différemment •entées,
'andis que la première découverte de l';isl ii^inal isinc est allribuahle au célèbre physin Thomas Young, c'est à son compatriote, l'astronome Airy, que revient l'honneur d'avoir
cigé, au moyeu de verres cylindriques, l'astigmatisme dont il était lui-même affecté, fc'ers 1854, notre savant compatriote, le colonel Goulier, découvrant à nouveau ce défaut îique chez plusieurs de ses élèves à l'École d'application de Metz, eut le grand mérite de >stater la fréquence de ce défaut, que bien des personnes avaient remarqué antérieure-
ît sur elles-mêmes, et fut le premier à introduire dans la pratique l'emploi des verres irndriques. Enfin, en 1862, Helmholtz donna le moyen de mesurer les rayons de courbure différents méridiens de la cornée, si bien que, profitant de ses travaux et des calculs de cran, Knapp et Donders purent écrire en 1863 leurs mémoires sur l'astigmatisme et les rres cylindriques, dont le retentissement a beaucoup faitjpour vulgariser la correction du àaut optique qui nous occupe.
.'.'astigmatisme consistant en une différence de force réfringente des divers méridiens de 31, il est clair qu'on ne peut le corriger au moyen de verres sphériques, les seuls que i dent les opticiens, et qu'il faut avoir recours à des verres qui agissent inégalement dans éérents sens. J'ai démontré, par un calcul assez simple, que si Ton assimile l'œil à un iipsoide à trois axes inégaux, le verre cylindrique convenable pour ramener à l'égalité la fraction des deux arcs situés dans le plan perpendiculaire à l'axe antéro-postérieur jouit lia propriété très-heureuse d'égaliser en même temps la réfraction dans tous les autres ridions. La correction de l'astigmatisme se réduit donc à la recherche du verre cylin- >ique approprié.
U première vue, les verres cylindriques, montés en lunettes, ne diffèrent pas des verres ériques; car, tandis que la surface de ces derniers est empruntée aune sphère de oon assez grand pour que leur courbure soit à peine sensible; les verres cylindriques ilt formés par la surface d'un cylindre dont le rayon est également assez grand pour qu'il Ile, tout au moins pour les faibles numéros, les regarder avec quelque attention pour marquer leur convexité ou leur concavité.
5Bî l'astigmatisme réside uniquement dans la cornée, il est évident qu'après sa correci pour la vision des objets éloignés, le défaut restera également corrigé, quelles que isssent être les variations de l'accommodation.
.'/emploi des verres cylindriques n'exclut en aucune façon celui des verres sphériques, mvexes ou concaves; rien n'empêche de faire tailler l'une des surfaces du verre suivant 13 forme sphérique, pour corriger la myopie, la presbytie ou Thypermétropie, et l'autre (face suivant une forme cylindrique, qu'on choisira convexe ou concave, selon les cas. Lis l'orientation du défaut pouvant être tout à fait quelconque, on conçoit qu'il faille mucoiip de soin de la part de l'opticien pour ne commettre aucune erreur dans l'exécui des trois données relatives à chaque œil et qui sont la situation de l'axe du cylindre, rayon de courbure du cylindre et le rayon de la courbure de la surface sphérique. --.a mesure de l'astigmatisme par le médecin demande également beaucoup d'attention, à point qu'il m'a paru nécessaire de construire un appareil spécial pour parvenir à ff'ïectuer rapidement et avec une exactitude suffisante. Si les verres cylindriques n'ont l obtenu dans le public la popularité qu'ils méritent, cela kient à ce qu'il est très-rare i'i'il ne se glisse pas une erreur dans la mesure du défaut ou dans l'exécution des verres.
une correction imparfaite ne donne pas du tout satisfaction au malade; l'expérience pprend qu'il faut procéder avec une grande précision, sous peine de ne pas améliorer ''2 situation qui a ce très-grand avantage, pour le patient, de ne pas le sortir de ses bbitudes.
lxxvi APPENDICE.
Mais si les effets d'une correction mal faite sont peu goûtés du public, il en est tout autrement de ceux obtenus au moyen de verres véritablement exacts. S'il m'est permûfl citer un cas personnel, étant à l'École des mines, j'avais été obligé de cesser tout travail et j'avais subi les traitements les plus barbares qui m'avaient été infligés par les deux plus célèbres oculistes de Paris, pour guérir une conjonctivite rebelle, lorsque je découvris, en 1864, la cause de ma fatigue oculaire; les verres cylindriques ont fait disparaître romnrç par enchantement toutes mes plaintes : je pus employer impunément la nuit à lire en chemin de fer, après avoir passé la journée dans une galerie de tableaux et la soirée ai théâtre. La satisfaction que m'a causée et me cause tous les jours une aussi heureusj amélioration me servira d'excuse pour insister un peu longuement sur les bons effets dei verres cylindriques.
Malgré tout ce que je viens de dire, il ne faut pas pousser les choses à l'extrême et près crire des verres cylindriques à toutes les personnes qui sont affectées d'astigmatisme. El effet, de même qu'il n'y a guère d'yeux qui soient absolument exempts de myopie ou d'hy permétropie, il en est peu qui soient totalement dépourvus d'astigmatisme. Quand l'irréj gularité est faible, il n'y a pas à s'en inquiéter, et il faut tenir grand compte de l'usagi auquel les yeux sont habituellement employés; l'astigmatisme est un mal qui n'amène d plaintes que chez les personnes appartenant aux classes lettrées. Sur cent paysans qn viennent me consulter pendant mes vacances en Bourgogne, c'est à peine si je prescri une fois des verres cylindriques, tandis que sur cent consultants dans mon cabinet, j'ei note certainement au moins vingt qui sont heureux de prendre les lunettes correctrices faut aussi tenir compte de l'âge des sujets : le même degré d'astigmatisme qui ne caus aucune gène jusqu'à quinze ans est une cause de fatigue à vingt ans, et devient absolu ment insupportable à trente ou quarante ans. La santé générale du sujet est aussi à consi dérer : chez certaines femmes anémiques, on trouve le plus grand avantage à corriger df degrés d'amétropie qui ne causeraient aucune gène à des personnes vigoureuses du mêni âge. 11 faut même se préoccuper du caractère des gens : d'après la lettre qu'il a écrit avant de se suicider, il y a deux ans, et d'après l'inspection que j'ai faite depuis de s« tableaux, il est certain que le peintre Maréchal s'est donné la mort pour échapper au touij ment que lui causait une légère diplopie résultant de son astigmatisme; avec quelle recon naissance eùt-il accepté des verres correcteurs! A l'autre extrémité de l'échelle, que d dames élégantes préfèrent garder une vue un peu trouble plutôt que de s'aflubler d lunettes!
Cela dit, si nous désignons par 5 le degré le plus élevé d'astigmatisme, on laissera gèaè ralement sans correction les cas compris entre 0 et 1, on corrigera ceux compris entr 1 et 2 chez les personnes lettrées, et à partir de 2 jusqu'à 5, il y aura toujours grand intérj à prescrire les verres correcteurs. Mais, comme les cas les plus accentués sont de betl coup les plus rares, la grande masse des cas utilement corrigés sera aux environs second degré, et si le service rendu n'est pas aussi grand que quand il s'adresse aux su jet affectés d'astigmatisme très-fort, par compensation, les personnes atteintes de ce défaï dans une faible mesure, dont les yeux se fatiguent, ou même deviennent myopes par suit du trouble qui en résulte dans leur vue, sont en nombre tellement immense, que je ronoj cerais plus volontiers à l'emploi de l'ophlhalmoscope qu'à celui des moyens qui permette!1 de mesurer l'astigmatisme.
En résumé, les progrès faits récemment dans la connaissance des défauts optiques» l'œil nous ont fait constater la parfaite innocuité des verres convexes, et nous ont fait ooj naître leur application à la vision des objets éloignés par les hypermétropes; ils nous odi permis de tracer des règles précises relativement à l'hygiène des yeux myopes; enfin i* nous mettent à môme., par l'emploi de verres cylindriques, de soulager un -jrand imniMi de personnes auxquelles on ne savait conseiller naguère que le repos do la vue ou *? traitements tout à fait inutiles. , .J
Grâce à toutes ces acquisitions nouvelles de la science, il est permis d'aflirmer que 1 ««I
LUNETTES. — ÉCLAIRAGE DES ÉCOLES, DES ATELIERS. Lxxvn
un organe d'une force de résistance tout à fait extraordinaire : les yeux, soit emméppes, soit corrigés au moyen de verres appropriés, peuvent supporter sans aucun incon- 11 ient une niasse de travail énorme, et nous pouvons rayer de notre vocabulaire le mot ssthénopie, en supprimant la chose.
|Wous voilà bien loin du lieu commun d'après lequel l'œil serait un instrument optique m: rare perfection : sans parler du chromatisme et de l'aberration de sphéricité, presque
ss les yeux sont affectés de défauts optiques mesurables, et nous devons réserver une t de notre admiration pour les progrès de l'optométrie qui permettent de ramener à ■ perfection relative des organes qui, bien souvent, sont loin de répondre au but en vue
jtruel ils sont construits.
Il est impossible de se défendre d'un élonnement extrême qnand on réfléchit aux variaus colossales que subit l'adaptation de l'œil ; la lumière du soleil est environ un million fifois plus intense que celle de la pleine lune, et cependant l'œil permet de distinguer ies eets éclairés par l'un ou par l'autre de ces astres. Les variations de diamètre de la ijille contribuent pour une faible part à cette précieuse faculté d'adaptation de l'œil; 36t à peine si, entre la dilatation et la contraction extrêmes de l'iris, la surface du diaivagme formé par cette membrane varie dans la proportion de \ à 100. C'est dans la line, dont la sensibilité s'émousse au grand jour et s'exalte dans l'obscurité, que réside, ur la grosse part, la faculté d'adaptation de l'œil à l'éclairage.
• Jràce à celte remarquable aptitude, l'œil est précisément le contraire d'un bon appareil BOtométrique : pour lui, des variations d'éclairage énormes passent tout à fait inaper- ?is, et c'est ce qui nous permet de vaquer à nos occupations, malgré les variations inimairables de l'éclairage diurne.
il ne faut cependant pas demander à nos organes le maximum d'adaptation dont ils sont : ceptibles; c'est ainsi que la lecture d'un livre éclairé par les rayons directs du soleil "a sûrement pour effet, sinon de nuire à la vue, tout au moins de déplacer le parcours i l'adaptation, au point de nous rendre incapables, pour un temps plus ou moins long, de irr clair dans une demi-obscurité. Inversement, le séjour prolongé dans l'obscurité peut iklter la sensibilité de la rétine, au point de rendre pénible un retour brusque à la iinière du jour.
Mcoles, ateliers, éclairage. — Comme conséquence de ce qui précède, dans les ateirs, dans les écoles, partout où la place de chaque individu est marquée, nous devons itter l'accès de la lumière directe du soleil; et, d'autre part, nous ne mettrons pas aux timbres à coueber des volets pleins, qui exposeraient les yeux à passer brusquement de Ibscurité complète à la pleine lumière du jour.
LLa notion du mécanisme par lequel se fait l'adaptation nous conduit aussi à inonder de iinière les salles destinées à recevoir de nombreux travailleurs, dont une partie sera 'cessairement éloignée des fenêtres, et elle nous explique pourquoi l'insuffisance de oclairage est surtout préjudiciable aux enfants. En effet, avec un bon éclairage, équivalût à plusieurs milliers de bougies à un mètre de distance, on ne se sert pour lire que aane bien petite fraction de la cornée; la contraction de la pupille a pour effet de dimileer dans une énorme proportion le diamètre des cercles de diffusion que peuvent proii ire sur la rétine les différents défauts optiques de l'œil dont nous avons parlé. Dans ces unditions, un œil mal conformé rend des services très-suffisants, et se fatigue modérémiI. L'éclairage peut varier dans des limites extrêmement étendues sans qu'on perde le néfice de la netteté que procure la contraction extrême de la pupille. Mais, quand le mr baisse, la scène ebange : dès que l'image rétinienne n'est plus assez lumineuse pour rrmettre une vision nette, la pupille se dilate, et l'inégalité entre les différents yeux devient i plus en plus manifeste. Pour les yeux dont la construction optique ne laisse rien à dé- •er, la diminution d'éclairage passe à peu près inaperçue, car elle est compensée par Augmentation de surface utile de Ja cornée. Au contraire, les yeux moins parfaits ne pouunt plus fonctionner convenablement, les bypermétropes suivant le degré de l'affection,
i.xxviii APPENDICE.
sont obligés à 6Ï livrer à des efforts d'accommodation fatigants, ou même à quitter m partie; les astigmates se fatiguent également, ou, ce qui est pis encore, deviennent iiivdtfïl par suite des efforts qu'ils font pour compenser le trouble de leiir vue par un rapproclJM menl plus grand de l'objet, ce qui entraine des efforts d'accommodation suivis souvent M l'élongation de l'œil qui caractérise la myopie ; enfin, ceux qui sont déjà myopes voient! augmenter rapidement cette infirmité, pour peu qu'ils s'obstinent à lire malgré l'insuflii sauce de l'éclairage.
Pour les adultes, les inconvénients d'un éclairage insuffisant sont bien moins graves que pour les enfants, et cela pour plusieurs raisons. D'abord leur pupille est moins dilatable, ce qui a pour effet de les obliger plus rapidement à s'abstenir de tout travail quand il ni fait pas assez clair; ensuite ils font bien plus fréquemment usage de verres correcteurs plm ou moins exacts; de plus ils sont rarement parqués comme des écoliers et contraints d( continuer leur travail quand l'éclairage devient trop défectueux ; enfin les enveloppes d< l'œil sont bien moins extensibles, et s'ils ont échappé à la myopie dans leur enfance, malgn les déplorables conditions d'hygiène où l'on place les yeux des écoliers, ils ont des chance! sérieuses de rester indemnes.
On le voit, c'est surtout au point de vue de la construction des maisons d'école qu'il fau se préoccuper du bon aménagement de l'éclairage diurne. Bien que la mauvaise disposi tion des classes ne soit pas la seule cause de la myopie scolaire, il importe de formule! des règles qui puissent guider les architectes et les municipalités dans la confection de:' plans. Le nombre énorme d'écoles qu'on est sur le point d'édifier en France nous engage ; 'i donner quelque développement à celle partie de notre sujet. Nous nous occuperons plu; particulièrement des écoles rurales, de beaucoup les plus nombreuses, et dont l'édifi cation est souvent confiée à des architectes inexpérimentés : nos propositions seront aièé F ment modifiées en tant que de besoin par les autorités qui président à l'édification des ' écoles urbaines.
Les hygiénistes d'un pays voisin ont posé des règles établissant un rapport entre li nombre des élèves que doit recevoir une classe et la surface qu'il convient de donner ai ; vitrage, comme si la lumière qui pénètre dans la salle se partageait entre les enfants; m peu de réflexion suffit pour remarquer que le même carreau de vitre laisse arriver, suivant plusieurs directions, la lumière à un grand nombre d'élèves : il n'y a aucune proportion nalilé à établir entre la dimension des baies et le nombre des écoliers.
Le problème est plus simple : il faut que le point le plus sombre de la classe soit suffisamment clair, et cette condition sera remplie si chaque pupitre rèçoit suffisamment 1< lumière directe du ciel. Toutes les personnes qui ont fait de la photographie savent combien, par tous les temps, le ciel agit plus vivement sur la surface sensible qu'aucun corps terrestre : il importo que les l'ayons partis de cette voûte lumineuse arrivent abondait* ment à la place la moins favorisée de toute la classe.
Mais s'il est bon que la lumière du ciel pénètre largement dans la salle, nous n'en ('iron: pas autant de la lumière directe du soleil, qui est trop vive et qu'il convient d'éviter. — S cette disposition ne présentait pas d'autres inconvénients, il serait facile d'obtenir un éclai4 rage par la lumière diffuse en n'ouvrant de fenêtres que du côté nord ; avec un pareil éclni4 rage latéral, on liicttrait les bancs perpendiculairement au mur occupé par les baies; le» élêVeS recevraient le jour de haut en bas et de gauche à droite, ce qui est très-ronvenabll pour écrire, et le résultttt serait assez satisfaisant si la largeur de la cla^<e ne drpassaitl pas notablement la hauteur des linteaux des fenêtres au-dessus du sol, car alors la place Ml moins favorisée verrait encore environ un vingtième, de la surface totale du ciel. .Uec IcM bailleurs de plafond géuéralcmeïit adoptées, on voit que l'éclairage unilatéral, est sanM grand inconvénient pour une classe dont la largeur ne dépasserait pas i mètre-. Pour IrSj salles plus largos, il faut ouvrir de nouvelles baies qui seraient située- de préférence la paroi opposée, cl, a la rigueur, derrière les élèves. Dans tous les cas, il faut éviter PI
ÉCLAIRAGE DES ÉCOLES, DES ATELIERS. lxxix
mettre des jours on face des élèves, règle dont les architectes se soucient médiocrement, muais dont l'utilité est incontestable.
Les statistiques, d'accord avec la théorie, démontrent que l'éclairage bilatérale ne présente aucun inconvénient pour la conservation de la vue; il n'y a nulle part moins de iimyopes que dans une belle école libre dont j'ai examiné tous les élèves, et où les classes reçoivent largement le jour des deux côtés, el aucune école ne fournit de plus tristes résultats que les constructions neuves de Zittau où les classes ne reçoivent le jour que d'un CÈÔté, pour obéir à certaines idées théoriques.
Du moment où l'éclairage devient bilatéral, il ;faut renoncer à l'orientation que nous rtvons supposée jusqu'ici, qui amènerait à pratiquer une partie des jours vers le sud, ce qui KSt intolérable à cause de l'éclat très-grand du soleil au milieu de la journée. On est donc sondait à demander que l'axe de la classe soit dirigé du nord au sud, sauf à tempérer par les rideaux transparents l'éclat du soleil du matin et du soir. Ce système présente de plus 'avantage d'éelairer au mieux le matin et le soir, pendant les courtes journées d'hiver.
Dans cette orientation de la classe, nous admettrons une certaine latitude ; en l'accordant lie -iO degrés de part et d'autre, c'est-à-dire en acceptant pour l'axe toutes ces positions ■comprises entre le nord-ouest et le nord-est, ce qui suffit pour se prêter à toutes les disposions possibles du terrain, on recommanderait d'incliner l'axe plutôt vers le nord-est que ■ ers le nord-ouest, pour des raisons d'hygiène générale, de manière à recevoir le soleil olus longtemps le matin que le soir; autant que possible le maître fera face au midi, pour ^tie pendant les jours courts les élèves reçoivent la lumière plutôt par derrière que par liëvant.
Dans le nord de la France, nou3 admettrons l'ouverture au haut de la paroi sud d'un i our qu'on pourra tempérer par un rideau quand le soleil donnera, et qui rendra des services pendant les temps sombres.
Lorsque nous avons posé les règles auxquelles doit satisfaire la construction de l'école wour que l'éclairage y soit suffisant, nous sommes loin d'avoir rempli notre tâche, car il saut encore tenir le plus grand compte des obstacles extérieurs qui peuvent rendre obscure
'école la mieux construite; je veux parler des constructions voisines. D est absolument indispensable d'assurer, non-seulement pour le présent, mais encore pour l'avenir, le libre
Iccés de la lumière dans les classes, et pour atteindre ce but il suffit de le vouloir, car la Hépense se réduit à l'acquisition d'un terrain assez grand pour isoler convenablement ''école, dépense tout à fait insignifiante, car ce terrain est de peu de valeur dans les rebmmunes rurales.
Et d'ailleurs ne faut-il pas ménager un préau pour les élèves, Un jardin pour l'instit Iileur? La question se réduit donc à placer la construction dans une partie convenable du eèrrain destiné à recevoir l'école et ses dépendances.
Admettons que la largeur de la partie de classe éclairée par des baies situées d'un côté '■•oit égale à la distance du haut des fenêtres au sol, l'élève le plus mal placé ne recevra de oour (1110 par la moitié supérieure des fenêtres, s'il existe une construction voisine dont la manieur soit précisément égale à la moitié de la distance qui sépare l'axe de la classe du pied de celle construction voisine. En posant donc simplement la règle qu'on devra toujoours réserver, de part et d'autre de l'axe de l'école, un espace libre d'une largeur au hinoins égale au double de la hauteur des plus grandes constructions en usage dans la t'ontrée, on aura amplement satisfait aux nécessités, étant bien entendu qu'on a adopté l' éclairage bilatéral pour les classes dont la largeur dépasse 4 mètres.
Quant à l'ombre que peuvent apporter les arbres plantés par les voisins, il me paraît fiiiifficile de poser dés règles fixes pour en éviter les inconvénients, qui sont bien atténués bar l'absence des feuilles pendant les courtes journées de l'hiver et par l'intensité de la Mitnière dont on jouit généralement en été; il faudrait cependant attirer sur ce point l'all';eiition des autorités locales.