‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 351 sur 371 · LXXXVI1I · texte numérisé non relu

LXXXVI1I

APPENDICE

nombrement dè 1846, oà comptait iw lépreux sur 05 habitants; il existait dans toute la Norvège 1122 spedalsques dans les provinces, et 196 internés dans les bôpitaux spéciaux de Bergen, Drontheim, Mol de et Christiania. Ces chiffres sont aujourd'hui (1857) au-dessous de la vérité, et, d'après lîoëch et Danielsen (1), la maladie a fait des progrès dans ces dernières années (Guérault). En Italie, la lèpre est endémique dans quelques localités du littoral, sur la côte orientale, à Comacchio, située dans les lagunes de Ferrare; elle est un peu plus fréquente sur le littoral du golfe de Cènes, depuis Chiavari jusqu'à Nice. La lèpre, d'après Henner, règne endémiquement dans un village de Cépbalonie. Elle se rencontre dans quelques îles grecques ainsi que dans plusieurs villages d'Eubée et d'Andros, mais particulièrement dans les îles turques, Ténédos, Patmos, Samos et surtout à Candie. Elle s'observe également en Syrie et en Palestine. La lèpre est endémique dans quelques régions de la Perse; on rencontre des lépreux à Tabris, à Zendjam, à Hamadan. Elle est très commune à Bombay, à Madras; elle s'y montre sous toutes les formes. A Foo-Chow (Chine), la lèpre est très répandue ; les lépreux sont cantonnés et nourris dans des léproseries. A l'île Sitka (Amérique), on rencontre la lèpre tuberculeuse. D'après Hoest, Lemprière et Jackson, elle règne au Maroc; les lépreux sont en grand nombre et habitent un quartier séparé, bien que restant en relations habituelles avec la population. Suivant les observations de Prosper Alpin, de Larrey, de Premer, de Griesinger et les rapports de tous les voyageurs, la lèpre règne endémiquement sur toute la vallée du Nil, sur le littoral méditerranéen et sur celui de la mer Bouge; il en serait de même pour l'Abyssinie, où elle n'est pas seulement limitée au littoral et aux plaines, mais où on l'observe fréquemment aussi sur les plateaux. Elle serait inconnue au Sennaar ; en revanche, elle est commune au Darfour. Cette maladie est également endémique le long de la côte septentionale d'Afrique; elle serait plus rare dans le pays des dattes que dans les autres régions. Elle est aussi répandue en Sénégambie. On la rencontre en suivant la côte ouest d'Afrique, depuis Sierra Leona jusqu'à la côte du Congo; il existe à la colonie du Cap deux léproseries. On signale la fréquence de la lèpre à Madagascar, à la côte de Mozambique, à Maurice et à la Béunion. Elle est fort commune à Madère; elle règne endémiquement aux Açores. Elle a été constatée à Sainte-Hélène. La lèpre se rencontre dans beaucoup de localités du Mexique; elle est de préférence endémique parmi les tribus indiennes. Elle ne s'est pas seulement montrée sur Je littoral et dans les plaines, mais encore, d'après les observations de Cheyne, sur beaucoup de points des terres hautes (Colombie). Elle règne dans les anciennes possessions espagnoles de l'Amérique du Sud qui forment la Nouvelle-Grenade et le Vénézuela. Dans la république de l'Equateur, elle est très répandue. Ulloa a appelé l'attention sur son extension à Carthagène et aux environs. Bestreppo mentionne son endémicité à Bogota, Tunga, Casanare, Socorro, Pamplona, etc., et Etcheverria, qui lui-même était lépreux, a donné des renseignements sur la léproserie de Quinto. Aux Antilles, la lèpre, connue sous le nom de cocubca (cacabay), sévit principalement sur les nègres et les hommes de couleur, et ne se montre pas dans toutes les îles avec la même intensité. Au Brésil, la lèpre, connue sous le nom de morphéa, est extrêmement fréquente. A l'exception des provinces de Bio-Grande et de Marauhao, qui, selon Ben lu et Plagge, en seraient à peu près exemptes, la maladie règne endémiquement dans cette contrée, mais de préférence dans les provinces de l'intérieur de Matto-Grosso et Minas-Geraes. Au dire de Tschudi, on rencontre des localités dans celte province où chaque famille est lépreuse (Hirsch). En 1758, la lèpre est apparue dans la baie de Mizamichi (Nouveau- Brunswick), et a fait assez de ravages pour que l'on ait entrepris de parquer les lépreux dans une léproserie (à Tracadie). A Bornéo, dans les kampongs des indigènes, on voit quelques individus atteints de la lèpre. Les cas graves sont relégués dans une cabane au bord de l'eau (2)1

(t) Danielsen et Roëcli, Traité de la spedahked ou éléphatitiasùt des Grecs. Paris, 1818, in-8 eH atlas in-folio.

(i) Ces détails sur la distribution géographique de. la lèpre ont été donnés par Hirsrh et par M. RflJ

(Géographie médicale).

LÈPRE. — CENTRE OU ELLE EST COMMUNE. lxxxix

PPresque tous les médecins qui ont observé la lèpre dans ces pays, nient qu'elle soit contagieuse. Celte contradiction apparente entre le passé et le présent a été différemment interprétée. On a prétendu que la lèpre pouvait avoir perdu son caractère contagieux. M. Bazin soutient celte opinion, ajoutant «qu'elle n'a pour l'esprit rien de choquant». D'autres auteurs croient que la lèpre du moyen âge est un type extrêmement complexe dans lequel ont été confondus un grand nombre d'états morbides, la syphilis, entre autres. Cependant des faits plus récents et qui ont été communiqués à un comité anglais institué en 1863 pour recueillir les travaux qui ont paru sur la lèpre, paraissent donner plus de vraisemblance à IVopinion favorable à la contagion. Quelques observations ont été recueillies, qui établiraient Ua transmission par inoculation directe du pus ulcéreux ou par contact de ce pus. Le docteur FPollard, à la Guyane, prétend que les enfants d'une famille européenne ont contracté la maladie en jouant avec un jeune nègre. Les docteurs Duffey, Carney, Van Holst, citent des faits ooù la transmission se serait produite entre personnes ayant couché dans le même lit. Les nmédecins du Bengale ont fait connaître des cas semblables. A Honolulu, dans les îles Sandwich, la lèpre, inconnue jusqu'alors, y fut importée par les Chinois en 1848; depuis ce ttemps, la propagation était telle, qu'un recensement a signalé 250 lépreux. M. Haeser, qui rrelate ces faits, ajoute que, d'après les rapports envoyés au comité, les lépreux sont partout évités, et que là où l'isolement est complet, la maladie diminue, tandis qu'elle paraît s'accroître dans des conditions inverses. A la Guyane, depuis l'émancipation, la lèpre envahit Mes familles blanches. Elle se propage avec une telle rapidité, qu'un dixième de la population en est infecté (Laure). A la Réunion, la lèpre grecque n'est pas rare et présente ;une grande bizarrerie dans son mode de transmission. A Santa-Fé, la lèpre est assez réipanduepour y avoir nécessité la création d'un hôpital spécial. On la considère comme c contagieuse . A l'archipel des Amis (Tonga-Tabon, Océanie), M. Barthe, médecin de la "Sybille, a vu des lésions qui, d'après les missionnaires, seraient liées à la maladie léipreuse. Dans ce pays, la maladie passe pour contagieuse; les individus atteints de cette affection sont mis en quarantaine, à quelque caste qu'ils appartiennent. Us se tiennent eux-mêmes à l'écart, et cachent le plus possible leur infirmité ( I). Toutefois, d'autres faits «semblent contredire ceux que nous venons de citer : chose curieuse, à la léproserie de la IDésirade, où il a été difficile d'empêcher entièrement le rapprochement des sexes, la plupart des enfants nés de père et mère lépreux n'ont pas présenté la lèpre. En Abyssinie, les I lépreux ne sont pas séquestrés. Dans quelques familles, les mâles sont tous atteints, et les femmes restent indemmes, bien qu'elles donnent naissance à des enfants lépreux (Carré). lLa question ne saurait être tranchée par aucun de ces exemples.

« Toutefois, dit M. Proust, je suis entré dans ces détails, parce que la plupart de ces faits ! m'ont paru curieux par leur opposition avec une opiniou généralement acceptée. Mais nous m'avons pas à craindre en ce moment l'importation de la lèpre, et il faudrait bien d'autres exemples et beaucoup plus concluants pour qu'on songeât à prendre contre cette maladie tune mesure restrictive quelconque. »

M. Vallin a appelé l'attention de la Société des hôpitaux (23 juillet 1880) sur un cas de 1 lèpre, pour lequel la transmission par contagion paraît démontrée. M. Besnier ne croit. ! pas, dans l'étal actuel de la science, que l'on ait le droit de séquestrer un malade ; la coni tagion pour se produire nécessite une cohabitation prolongée et des rapports intimes. 11 n'a j jamais constaté aucun fait de transmission de lèpre dans les salles de l'hôpital Saint-Louis, i où cependant on en reçoit un certain nombre.

(1) M. Laycock vient d'appeler l'attention des hygiénistes anglais sur la fréquence de la lèpre chez les marins et sur quelques circonstances qui semblent établir l'importation de cette affection en An-

; gleterre. Le nombre des cas observés est assez considérable pour donner des inquiétudes. Le docteur Laycock, après avoir essayé d'établir le caractère contagieux de la maladie, dit qu'elle présente une longue période d'incubation, et demande pour se manifester des conditions particulières de santé. Il

• exprime le désir qu'on essaye l'inoculation des animaux. Les expériences devraient être répétées sur un grand nombre d'animaux qui seraient soumis à des observations pendant des mois et des années.

APPENDICE

Page 1