‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 352 sur 371 · FAMINES ET DISETTES · texte numérisé non relu

FAMINES ET DISETTES

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iMésastreuses conséquences ; je vais me borner à citer quelques exemples, et en laissant de :éôté les premiers siècles de notre ère.

Dans le huitième siècle, on éprouva en Europe de longues et cruelles famines ; les historiens citent celle de 739, qui fut ressentie surtout en Angleterre, et Celles de 776, 779, 193, 7 0 » , qui s'appesantirent sur toute l'Europe. Elles furent nombreuses et très sévères JJans le neuvième siècle; en 821, 813, les habitants mêlaient de la terre à la farine. Cette soittume de tromper la faim a été suivie à bien des reprises en Chine quand celte populeuse contrée endura des famines. En 845, 861, 868, les privations alimentaires furent telles qu'on mangea des cadavres; en 874, la famine fut suivie d'une peste qui enleva le tiers des habitants de l'Europe.

Les historiens ont compté dix famines principales en France dans le dixième siècle. Dans Me onzième siècle, toutes les parties de l'Europe endurèrent, ou ensemble ou séparément, dde dures famines; on en compte vingt-six au moins. Les années 1006, 1007 et suivantes [furent calamiteuses au premier chef ; on recherchait, pour les dévorer, les animaux qui présentent le plus de répugnance, et qui cependant, avec de l'art, offriraient de précieuses rressources. En 1021 commença une nouvelle série d'années calamiteuses qui dura sept ou huit ans; en 1023, les Russes, attribuant ces malheurs aux conjurations magiques de certaines vieilles femmes, les égorgèrent en grand nombre; en 1030, dans quelques contrées die la France, il se trouva des hommes qui arrêtaient les voyageurs, non pour les voler, mais ppour les manger. En 1012 et 101-3, les récoltes ne furent point en rapport avec les besoins; mais c'est de 1053 à 1059 qUe les famines furent si persistantes et si cruelles, qu'elles ffurent comparées aux sept années désastreuses de l'Egypte. La famine désola encore l'Europe en 1091 et 1096. Dans le douzième siècle, les famines furent moins nombreuses en Europe, mais leurs ravages furent encore considérables en 1101, 1108 et 1125; dans celte dernière année, les affamés dévoraient les cadavres. En Angleterre, les calamités de la [ peste et de la faim furent plus grandes que dans le reste de l'Europe. En 1197, la Grande- IBretagne fut pour ainsi dire dépeuplée. Pendant le quatorzième siècle, on compte d'effroyables famines pendant lesquelles l'Angleterre eut encore rudement à souffrir; on cite surtout les années 131 1, 1315, 1316. Pendant cette dernière année, le parlement taxa les subsistances. C'est une mesure très comparahle à la loi du maximum de notre première révolution. A dater de 1334, les disettes se renouvelèrent presque sans interruption pendant plus de 'vingt ans. Dans le quinzième siècle, la France fut cruellement atteinte par les famines, ■suites de guerres continuelles. En 1420, on entendait dans Paris de petits enfants crier sur Ile fumier, je meurs de faim! Ils dévoraient ce que les pourceaux ne touchaient pas. En U37, 1438, on endura encore des famines très meurtrières; les loups venaient enlever dans l'enceinte de la ville les cadavres abandonnés. En 1481, 1483, régnèrent des famines suivies d'épidémie. Le dix-septième siècle est loin d'avoir été épargné; en 1601, 1602, 1603, il y eut d'horribles famines en Russie, et, pour citer un exemple, 120000 habitants périrent de faim dans la seule ville de. Moscou. En 1632 et les années suivantes, la Lorraine fut tellement ravagée par la guerre et la famine, que la population, réfugiée dans les bois, retomba dans la plus affreuse barbarie. On cite encore dans ce siècle les famines de 1632, ■ de 1569, et celle de 1693, qui sévit principalement sur la France.

Période des disettes. — Laissons cette triste période des famines pour arriver à celle des disettes. Nous pouvons apprécier plus rigoureusement l'influence du prix des subsistances sur la mortalité, parce que nous possédons pour celte période des documents statistiques d'une grande valeur. Je vous entretiendrai successivement des travaux de Messance, de Mèlier et de Ch. Dupin, qui se rapportent aux dix-huitième et dix-neuvième siècles. Il v a cent ans, un auteur recommaudable, Messance, étudia les rapports qui existent mitre le prix du blé et la mortalité; il prouva, par des chiffres puisés dans les registres des communes et des paroisses, l'influence considérahle du prix du blé sur le nombre des décès. Son ouvrage parut en 1766, sous le titre : Recherches sur la population. Paris, in- i". Les recherches de Messance embrassent une période de quatre-vingt-dix ans, de 1674 à 1704; elles ont trait

APPENDICE

principalement à la ville de Paris, mais elles s'étendent aussi aux principales villes de France et de l'Angleterre.

J'ai reproduit dans la Revue scientifique (loco citato) les tableaux qui se rapportent & Paris, à Londres, et au mouvement de la population de l'IIôtel-Dieu de Paris. Voici comment Messance a procédé pour former son tableau. 11 prend un nombre déterminé d'années il en fait deux paris, la première, celles de ces années qui ont offert le plus de décès, là seconde, celles qui en ont offert le moins. 11 inscrit, comme on le voit, les unes et les autres sur deux colonnes séparées, à côté et en regard desquelles se trouve le prix du blé. Ces tableaux présentent très nettement le rapport de la mortalité avec le prix des grains.

Comme conclusion de son beau travail, Messance en a déduit la loi qu'on peut énoncer ainsi : Toutes les fois que le prix du blé augmente, la mortalité devient plus forte et réciproquement.

Charles Dupin a étudié l'influence du prix des grains sur la population française (C. Dupin, Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. III, p. 585). Mais au lieu de comparer simplement les décès au prix du grain, il fait entrer dans son étude des éléments nouveaux, il établit un calcul d'une fonction composée des naissances, des mariages et des décès, pour exprimer la vitalité nationale (C. Dupin, Comptes rendus de V Académie des sciences, t. 111, p. 591). Voici la conclusion pratique du travail de M. Dupin. Il paraît plus avantageux au bien-être du peuple en général, que les prix des grains oscillent entre les prix intermédiaires de 1 franc de plus et de 1 à 2 francs de moins que 28 francs l'hectolitre de froment (C. Dupin, Comptes rendus de V Académie des sciences, t. III, p. 592). Nous verrons plus loin, en agissant sur un plus grand nombre d'années, et en faisant intervenir des considérations nouvelles, empruntées à nos études hygiéniques, comment cette condition doit être modifiée.

M. Mélier, dans ses études sur les subsistances envisagées dans leurs rapports avec les maladies et la mortalité, mémoire imprimé dans le tome X des Mémoires de l Académie de médecine, s'occupe aussi de la France en général, et de Paris en particulier.

J'ai reproduit, loco citato, son premier Tableau comparatif du prix du blé et la mortalité pour la France entière de 1801 à 1810.

Voici le résultat général des études de M. Mêlier pour la France entière. La mortalité est en rapport avec le prix du blé, mais à mesure qu'on avance dans le dix-neuvième siècle, la différence de la morlalité diminue. Son excédant dans les années de cherté est de moins en moins marqué.

Période des chertés. — Complétant avec des nombres rigoureux les travaux de Messance,* j'ai voulu, en continuant le travail de M. Mèlier, grouper et comparer les éléments princi-8 paux de celte grande question du blé au point de vue social. Ils sont réunis dans un grand tableau (loco citato, p. 785).

Je suis parti de 1817, car c'est seulement de cette année que nous avons des documents précis sur le mouvement de la population, grâce aux travaux si persévérants du vénéré M. Mathieu {Annuaire du bureau des longitudes) qui, depuis plus de vingt-cinq ans, s'es» dévoué à cette étude.

Mon tableau comprend : 1° le nombre d'hectares ensemencés chez nous en froment; 2° le* nombre d'hectolitres de blé récollés; 3° le produit par hectare; 4° les importations du fro-f ment, épeautre, méteil et farines, évaluées en hectolitres de grain; 5° le prix moyen annuel du froment pour toute la France ; G" le total des naissances; 7° le total des décès; 8° l'aug-l mentation de la population ; 9° les mariages.

En étudiant tous les nombres qui sont groupés dans ce tableau, on peut apprécier! très nettement l'influence du prix du blé sur le mouvement de la population dans notre siècle.!

Voici les conclusions principales auxquelles j'ai été conduit par l'étude attentive de tous* les éléments qui interviennent dans ce tableau, et qui se rapportent au mouvement de la I population. J'ai fait abstraction, dans la mesure qui convient, des épidémies cholériques qui, en 1832, 1849, 1883 et 1851, ont ravagé la France, et des années de guerre de Crimée *

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