‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 104 sur 298 · I.’IIOMME CONSIOKHÉ COMME ISDlVinil · texte numérisé non relu

I.’IIOMME CONSIOKHÉ COMME ISDlVinil

but de donner à des ol)jels do bois cl de piètre l’npparenee du bron/e; la pièce est rcconverle d’une coucbe de colle et de vernis; puis saupoudrée, à l’aide d’un petit sacbcl, de poudre à bronzer, qui, en général, est composée par du cuivre en poudre, obtenu par précipitation de la limaille de laiton, ou de l’or mussif.

Les horlogers sont particulièrement exposés à l’absorption des [jarticules cuivreuses, soit par les poumons ou les voies digestives. M. Perron, dans son travail sur les horlogers de Besançon, remarque que ces ouvriers ont le pouls fréquent, la peau chaude, la gorge sèche, et sont généralement très-altérés. Bon nombre d’entre eux se plaignent de douleurs tà l’épigastre, aux reins, à la tête ; beaucoup sont sujets aux indigestions, aux entérites, à la diarrhée; quelques-uns seulement \ ressentent des picotements et de la constriction au pharynx. C’est là | un véritable empoisonnement professionnel.

D’après quelques auteurs, on observe chez les bijoutiers la colique ] de cuivre ; néanmoins Beaugrand, qui a été médecin de la Société des i ouvriers de l’orfèvrerie Chrislolle, l’a considérée comme très-rare; encore : ne se montrerait-elle que chez les nouveaux ouvriers.

M, Desayvrc a montré que les limeurs des garnitures de cuivre’ étaient quelquefois atteints de coliques do cuivre.

Malgré les différents faits que nous venons de citer, l’action dui cuivre sur l’organisme n’est pas acceptée par tous les auteurs, et comme nous allons le voir cette question est très controversée. Nous citerons d’abord Ramazzini parlant des chaudronniers de Venise : « En Imppant le cuivre à coups de marteau, il s’en élève des miasmes qui pénètrent dans leur estomac et leurs poumons, comme ils le disent euxmêmes ; ils éprouvent la vertu rongeantè et excitative des médicaments préparés avec ce métal, dont les parcelles s’introduisent dans le poumon avec l’air inspiré.... Si l’ouvrier est sujet aux maux de poitrine, il n’a point d’autre remède que de quitter son métier. »

Desbois de Rocliefort, dans une dissertation demeurée célèbre, sur les ouvriers de Villedieu-les-Poî‘les\ a tracé do leur situation le tableau le plus exagéré. « Régnant ibi Inclus communis, publicus dolor, sqiialor imiversus, habitus corporis macic livida torridus; ibi vullus et capilli sera crinita metiunlur ; ibi verligo, cæcitas, surdilas, omnium sensuum hebetudo ; colli, spinæ, artuumque disloiiionc.s. Toliiis corporis tremor et imbccillilas, juvenem, adole-sccnlcm, pucrum queniquc

’ Thèse (le l’.iris, 1751 .

1/HOMME AU POINT DE VUE UES PUOFESSIONS

immaluro senio conficiunt; vix el ilia tliscornitur æ.tas. Qiiicl causa osl? Molallica do cælo ducilur anima, sedatup stannco potu sitis, æreo pane vivitur ; nec mirum, lociim eum incolunt ærarii mille Pyraemones, qui fabrica sua veneno, Jovem, Cererem et Bacchum indesinenter inficiunt. » Cette efl'rayante description fut reproduite avec fidélité par Combnlusier dans ses observations sur la colique de Poitou. Cependant les habitants de Villedieu-les'Poêles protestèrent. M. Gilbert, notable do la localité, réfuta ces assertions, et par le dépouillement des registres do la paroisse de Notre-Dame de Villedieu, fit voir que la longévité était loin d’être chose rare, et que les septuagénaires et octogénaires s'y montraient aussi nombreux que partout ailleurs. Ces détails furent confirmés par le docteur Letellier, médecin de Villedieu; les coliques métalliques, dit-il, y sont extrêmement rares, à peine 15 ou 20 par an sur 4 à 500 individus employés au travail du cuivre. Le savant et spirituel Bordeu s’est vivement attaché à réfuter les fantastiques accusations de Desbois, et il a cité divers exemples, notamment celui de Baygorri, près de Saint-Jean-Pied-de-Port, où l’on exploite une mine de cuivre, sans que les habitants attachés à ce travail, eux, et leurs familles, en éprouvent le moindre inconvénient.

11 est aisé de reconnaître partout, dit Briende ‘, ces ouvriers en cuivre ; ils ont, en général, le visage pâle et cadavéreux; leurs cheveux sont luisants, huileux et verdâtres; la toux chronique, l’asUime sec et tuberculeux, la phthisie de même espèce, la colique métalli(|ue, sont les effets ordinaires des miasmes cuivreux qu’ils respirent continuellement, et qui acquièrent toute la causticité dont ils sont susceptibles, dès qu’ils ont été humectés dans le corps humain.

Mérat admet les coliques métalliques provenant de la manutention do différents métaux, mais il se demande si ces accidents ne tiendraient pas à des particules de plomb ou de cuivre mêlées à d’autres corps*.

.Vujourd hui, le plus grand désaccord règne parmi les hygiénistes, au point de vue de l’intoxication cuprique. On peut diviser en trois classes les opinions différentes exprimées sur cette question.

A. Les uns contestent absolument au cuivre toute influence perni" cieuse. Dans une Note publiée sur la santé des ouvriers qui préparent le vert-de-gris ’, M. Chevallier admet la parfaite salubrité de cette

‘ Biiemle, Snc. demétl.. 1782-85, p. 327.

- Pâtissier distingue la colique de plomb de la colique de cuivre : pour lui. cetia dernière ne réclame que l’emploi des émollients.

^ -’Ihh. fi’Uyg.^

1,’IIOMJIK CONSIDICUK COMME INDIVIDU.

iiidiislfic. Ilnn ivcaii même résullal, dans son travail publié en collalioralion avec M. Hoys de Loury, sur la santé des ouvriers qui préparent le cuivre et ses alliages, en exceptant, toulclois, les rondeurs l'ondant‘. Cependant plusieurs l'abricants interrogés par MM. Chevallier et Boys de Loury sur ces données, ont conclu à l’existence de la coli- (|ue de cuivre, de malaises, et surtout d’accès fébriles. D’autres en ont à peine observé quelques exemples.

Quant aux symptômes décrits par Gombalusier, M. Chevallier fait remarquer qu’ils paraissent se rapporter plutôt à la colique saturnine; ce n’est pas la peinture verte faite avec du vert-de-gris sur des barreaux de bois qui provoqua la mort ou de graves maladies chez sept personnes ; les accidents eurent lieu parce qu’elles avaient employé l’oxyde de plomb qui est très-utile pour donner de la solidité à toute jieinlure. '

Pour M. Galippe, il parait parfaitement démontré aujourd’hui (pic, non-seulement les ouvriers qui travaillent le cuivre et ses alliages, mais encore ceux qui préparent le verdet, n’en éprouvent aucun inconvénient, et la poussière fine qui s’élève lorsqu’on expose le verdet au soleil ne fait que provoquer une légère irritation à la gorge, comme le ferait toute autre substance pulvérisée®.

En outre pourM. Galippe, sauf peut-être dans le cas de suicide, 1 empoisonnement aigu lui-même par les composés de cuivre ne doit pas être réalisable, tant en raison de la saveur horrible de ses conqiosés que de leur propriété émétique énergique, qui sufüsentà iairc évacuer le toxique. Quant à la possibilité de l’empoisonnement lent, il n’y croit ])as; car il déouit de ses expériences et de celles de M. Bourneville cette conclusion, qu’à petites doses la tolérance s établit sans inlluence fâcheuse sur la santé

Le docteur Toussaint, qui a fait des expérienses a Kœuigsbcrg, divise ainsi les maladies des ouvriers (jui travaillent le cuivre .

1® Des maladies causées par le froid ;

‘i® Des maladies d’intestin, à la suite d’irritations mécaniques qui se présentent également chez les ouvriers des autres prolcssions ;

5® Des symptômes morbides, causés par les métaux qui sont souvent mêlés au cuivre, comme le plomb, le zinc, l’arsenic. Mais le cuivre n’est pas un poison.

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i h'huir tnTtioloaiaiie sur le cuivre et SCS composes. IM'IS,

= mX m et Uoussin. le sulfate de cuivix. peut produ.rc des acc.dents

L’HOMME AU l’OlîiT DE VUE DES PROFESSIONS.

H. Cüppiulant il est d’autres auteurs, eu dehors de ceux que nous avons déjà cités, qui considèrent le cuivre comme toxiiiuc. M. Perron, admet des phénomènes d’intoxication et Corrigau croit que le carbonate de cuivre est susceptible d’agir comme un poison lent; de produire de l’amaigrissement, la perle des forces, des coliques et un aspect cachectique.

C. Enfin, un certain nombre de médecins nient le caractère toxique du cuivre, tout en admettant (lu’il exerce sur l’économie une iniluencc nuisible.

Dans les usines d’imphy, il a été constaté :

r Que, dans les ateliers où la fonte du cuivre se fait en grand, il n’y a jamais eu d’ouvriers malades ;

2“ Que, dans le local où l’on s’occupe des alliages de cuivre et de /inc, de cuivre, de plomb et d étain, des individus ont été incommodés par de violents maux de tète, par delà fièvre;

5“ Que, ‘sur ceux qui travaillent à froid le cuivre de toute espèce, on a constaté de temps à autre quelques petites colicjues ; jamais de maladies à proprement parler.

D’après .MM. Pecholier et Saint-Pierre ', les ouvrières en verdet absor bout du cuivre et cependant leur santé est e.xcellente, et elles ne ressentent jamais de coliques. Les poussières de verdet peuvent irriter, chez des personnes non accoutumées, les muqueuses des yeux et des voies respiratoires, et amener de légères ophthalmies, des angines sans gravité, de la toux. Afin d’éviter ces accidents, on devra engager les ouvrières à tamiser l’air qu’elles respirent, en plaçant au devant des ouvertures des voies respiratoires un simple liiouclioir attaché à la manière d’un cache-nez. Mais pour ces auteurs, au point de vue de l’hygiène publique, la fabrication du verdet est absolument sans iucoiivénieiit*.

M. Maisonneuve, de llochefort, qui a étudié l’inlluence e.xercée par les émanations cuivreuses sur les ouvriers des arsenaux maritimes, a constaté que dans quelques circonstances elle pouvait être délétère; il a conclu ;

ti’cmpoisonnenieiit à la dose de 0,40, 0,50, 0,00. Au contraire, d'après Werber (Trailc tic toxicologie pnUiguc. Erlangen, 1800), la plus petite dose de sulfate de cuivre nécessaire pour empoisonner un adulte est de 28 grammes.

' tUiule sur l'hijgiènc tics ouvriers cmplogés à la fabricalion du vcrtlcl.

• MM. Pecholier et Saint-Pierre injectèrent, à l’aide d’une sonde oesophagienne, deux grammes de verdet à une chienne : vumissements, diarrhée, alTaissement. Trois jours après, la chienne étant complètement rétablie, on lui injecta en deux fois 0 grammes de verdet : la mort survint au bout de trois ([uarts d’heure. Le foie renfermait une grande quantité de cuivre.

I, 'HOMME CONSIOftUÉ COMME INDIVIDU.

1“Ln trnvnil cl In manipiilalioii du cuivre froid «ont inoffonsifs; mais dans les ateliers où les mohicules d’oxyde ou de «cl de cuivre voltigent dans l’air en grande abondance, leur ju^nétralion dans les voies aériennes détermine de l’oppression et une dyspnée lrè.s-intense, avec spasmes bronchique et laryngien.

2° La colique de cuivre, niée par quelques auteurs, existe; elle est de courte durée et très-peu grave.

M. Bailly, médecin d’une grande usine où plus de 500 ouvriers travaillent le cuivre, a communiqué à la Société des Hôpitaux (1875| un travail duquel il résulte que l’imprégnation lente de l’organisme par le cuivre est fréquente chez les individus qui manient ce métal.

Le signe caractéristique de celte imprégnation est un liséré gingival bleu-verdâtre, d’autant plus foncé qu’il est plus ancien, très-marqué au niveau des incisives, manquant souvent au niveau des molaires, très-adhérent et composé d’un acide organique et d’oxyde de cuivre. La présence du cuivre dans ce liséré est facilement décelée par le cyano-ferrure de potassium, qui en présence des sels de cuivre produit j un précipité brun-rougeâtre caractéristique. Le liséré cuprique apparaît après deux ou trois mois de travail, quelquefois en moins de temps. M. Bailly le constate chez un ouvrier huit jours après son entrée dans l’usine. Sa disparition est très-lente. Il persistait encore chez des individus qui avaient cessé le travail du cuivre depuis trois mois'.

Dans les ateliers de polisseurs, où l’air est chargé d’une abondante poussière de cuivre, le métal se dépose sur les dents et y produit facilement le liséré ; et dans les ateliers où l’on place et où l’on compte les pièces, là où il n’y a pas de poussière, on voit aussi survenir ce liséré. Les femmes, les enfants des ouvriers de cette usine, le présentent également*.

M. Bailly croit qu’il n’y a pas lâ un simple dépôt du cuivre sur les gencives, mais que le liséré résulte d’une absorption du métal par les voies respiratoire, digestive ou cutanée.

M. Milon décrit ainsi les caractères de la maladie professionnelle :

« Saveur âcre, styplique, cuivreuse; sécheresse de la langue, sentiment de conslriction â la gorge avec grande irritation ; rapports acides et crachotement, puis nausées et vomissements tantôt abondants, tantôt avec beaucoup d’efforts ; tiraillements d’estomac, douleurs fixes dans cet

* M. Bailly l'a vu survenir sur une cuisinière après le nettoyage de sa batterie de cuisine, et cliez un soldat du génie qui astiquait avec le pouce les boulons de sa luniqiw-

’ Coirigan avait dèjft décrit un signe particulier à la suite de l'.absorplion du rarnonate de cuivre, consislaul dans la réli-aclion des gencives, avec un liséré d'un rougepourpre.

niOMME AU POINT DE VUE DES PUOFESSIONS.

organo; (’oliques violonlcs qui laissent, après elles une impression douloureuse; déjections alvinos souvent sanguinolentes, mêlées de mucosités blancliàtres; quelquefois ballonnement de l’abdomon, qui est douloureux à la pression; la peau est sèche; le pouls quelquefois serré, fréquent, ordinairement dur; la chaleur tantôt naturelle, tantôt élevée ; soif ardente, anxiété précordiale, urines rares, abattement général, douleurs dans les membres, crampes nerveuses. »

Quant à la colique de cuivre, elle est caractérisée, pour M, Blandet, pai' des accès de douleurs abdominales qui s’accompagnent d’une prostration extrême. Le ventre n’est pas toujours indolent, et on observe tantôt de la constipation, tantôt, au contraire, de la diarrhée.

Toutefois, la colique de cuivre a été niée par beaucoup de médecins qui ont été à même d’observer les ouvriers en cuivre.

Requin, Sandras, Vasseur (médecin d’une Société d’ouvriers fondeurs), Noirct (médecin do l’Association des brônziers), la regardent sinon comme imaginaire, du moins comme excessivement rare. Leurs observations n’ont pas porté chez les ouvriers travaillant à la fonte. Rlles ont trait à ceux qui sont exposés aux particules cuivreuses seules (tourneurs, ciseleurs, ajusteurs*).

Les accidents (malaises et vomissements) frappent surtout les individus occupés dans de petits établissements où l’on prépare des alliages de cuivre, dans lesquels ce métal est mêlé à une trop forte proportion de zinc ; les ouvriers y subissent, en outre, l’influence fâcheuse d’ateliers encombrés, d’alimentation et de logements insalubres.

En résumé, si, au milieu de ces divergences, que nous avons voulu rendre saisissantes pour le lecteur en donnant d’aussi nombreuses citations, la réalité de l’intoxication cuprique peut être contestée, il n’en est pas de même de l’influence nuisible de ses émanations. Sans admettre le sombre tableau tracé par Desbois de Rochefort, nous ne pouvons non plus conclure, avec MM. Chevallier et Boys de Loury, à la négation absolue de la colique de cuivre.

Quant à l’absorption du cuivre, on ne saurait la nier ; l’urine contient du cuivre ; les cheveux, les fragments d’os, en renferment également; etM. Tardieu a reconnu la présence de ce métal dans des lames assez épaisses d’épiderme, faciles à enlever sur les mains calleuses

' On comprend sous le nom d’ajustage les travaux ((ui consistent à l'aboter, percer, limer, tourner , buriner, finir, en un mot, les outils en métal et diverses pièces des machines. I, 'ajustage se fait à la main ou à la machine; l'ajustage ii la main se divise luiméme, suivant qu'il est fait à l'étau ou avec des tours.

I/IIOMMK CONSmÉIU': COMMK IMtIVIüL’.

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