‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 157 sur 298 · DISTRIBUTION DES EAUX · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DES EAUX

Rassembler les eaux sur un point central d’où elles puissent se répandre dans les réservoirs qui alimentent les habitations privées et sur tous les points on leur présence est nécessaire, tel est le problème qui se présente aux administrateurs chargés de distribuer l’eau dans une ville. La solution a varié suivant les lieux, suivant les époques et suivant les procédés en vigueur.

Les anciens, et par ce mot il faut surtout entendre les Romains, dont les travaux à cet égard ont dépassé de beaucoup tout ce qui s’était fait avant eux, les anciens employaient de préférence des aqueducs pour tran.sportcr dans les villes les eaux des sources lointaines. On a supposé que ces travaux dispendieux reposaient sur l’ignorance des lois de l’hydrostatique. Cependant les fouilles de Pompéi, en nous révélant l’aménagement intérieur des maisons antiques, et en particulier le service des bains, ont démontré que les anciens connai.ssaient parfaitement le principe en vertu duquel l’eau remonte, dans un tube fermé jusqu’au niveau de son point de départ. 11 faut donc supposer que

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c’élail dans le but d’obtenir des eaux mieux aérées, plus (raidies cl plus salubres, (lu’ils s’abstenaient de les l'aire couler dans des canaux souterrains. Au reste, à cette époque, le travail de l’homme était loin d’avoir la même valeur qu'aujourd’hui.

Les modernes ont construit quelquefois des aqueducs sur le plan des anciens; tel est, par exemple, l’aqueduc de Roquefavour, qui amène à Marseille l’eau puisée dans la Durance; celui de Montpellier, tpn transporte dans cette ville les sources de Saint-Clément et du Le/; cl la dérivation de la rivière Croton, pour l’alimentation de New- Vork. Rappelons enfin les travaux si considérables qui sont venus compléter le système des eaux de Paris.

Lorsqu’il est possible d’établir une prise d’eau à une hauteur telle qu’elle puisse couler naturellement jusqu à 1 un des points culminant» de la ville qu’elle doit alimenter, la question se trouve notablement simpliliée. Mais il n’en est pas toujours ainsi: souvent il faut recourir à d’autres moyens pour amener les eaux sur les points où 1 on veut les utiliser. Aujourd’hui, l’usage des tuyaux de fonte permet de faire franchir les vallées en siphon, et les machines élévatoires permettent aux villes d’employer des eaux qui coulent à un niveau plus bas que le leur. Arrivées à leur destination, les eaux sont concentrées dans des réservoirs ou châteaux d’eau.

11 faut que l’eau atteigne par sa hauteur le niveau des maisons les plus élevées, afin qu’elle puisse être distribuée à tous les étages, à moins qu’on ne préfère suppléer à celle condition par le travail des pompes. Le procédé le plus imparfait est celui des porteurs d’eau qui fonctionne dans une grande iiartie de Pans. C’est un système destiné à disparaître devant les progrès de l’admmislration

municipale.

Nous ne voulons point discuter ici les divers systèmes de distritnition des eaux qui ont prévalu dans diverses localités. Nous ierons seulement remarquer que les deux principales méthodes consistent dans un service intermittent avec réservoirs locaux pour accumuler 1 eau pendant un espace de deux à trois jours, et un service constant par Icipiel l’eau est fournie d’une manière continue, de telle sorte ipi’on peut toujours se procurer de l’eau par rouverlure des robinets.

Les avantages d’un service constant sont manifestes au point de vue hydéniiiue; la slagnalion de l'eau dans les réservoirs particuliers peu en'ainener l’altération à un très-haut degré, surtout dans les ménagé.» iiaiivres, où règne une certaine insouciance a 1 egard de tout ce qm concerne la propreté. Uiiaiil au système du service constant, il presen

CONSfinVATION ET DISTRIBUTION DES EAUX. .{7,1

des inconvénients au point de vue économique, qui ne doivent pas nous occuper ici.

Mais l’iin des points qui intéressent le plus directement l'iiygiéniste est celui de l’action des eaux sur les conduits qui servent à les transporter. Jusqu’à ces derniers temps, ce sont des tuyaux en plomb qui ont presque exclusivement rempli cet office. Mais il est aujourd’hui démontré que l’eau dissout ce métal en quantités appréciables, et cela avec d’autant plus d’énergie qu’elle est plus pure et plus oxygénée; on attribue aussi une certaine action aux matières organiques, aux azotates, aux azotites et aux chlorures que peut renfermer l’eau. Par contre, les eaux riches en acide carbonique, en carbonate et en sulfate de chaux, et surtout en phosphate de chaux ( Frank land), paraissent agir beaucoup moins sur les tuyaux de jilomb. Les observations de Graham, de llofman et de Miller allribuent une action protectrice très-considérable à l’acide carbonique dissous; il se forme, en effet, en présence de ce gaz, du carbonate de plomb, sel éminemment insoluble. Il paraît aussi que le plomb, au contact d’un autre métal, fer, zinc, étain, se dissout beaucoup plus rapidement en présence de l’eau; dans ces conditions, en effet, il se forme un courant galvanique. Voilà pourquoi les tuyaux en zinc, qu’on a cherché quelquefois à substituer aux tuyaux en plomb, abandonnent une quantité considérable de ce dernier métal aux eaux qui les traversent, car le zinc employé pour les travaux de ce genre renferme presque toujours une proportion plus ou moins forte de plomb.

La proportion de ce métal qui suflit pour déterminer des accidents toxiques a été diversement estimée, mais il est certain qu’elle est Irèsfaible. Angus Smith a rapporté des cas de paralysie saturnine occasionnée par l’usage d’une eau qui ne renfermait qu’un centième de grain de plomb par gallon, soit environ 1 milligramme par litre. Adams rapporte aussi des cas analogues. Dans le cas célèbre de la famille de Louis-Philippe à Clarernont, la quantité de plomb trouvée dans les eaux dont se servait la famille s’élevait à 7 dixièmes de grain par gallon. Cette quantité de plomb produisit des accidents chez un tiers des personnes qui faisaient usage de ces eaux insalubres.

Mais la (juestion reste moins simple en ce qui concerne l’emploi des tuyaux de plomb pour la conduite des eaux potables. Car à peine 1 action chimique a-t-elle commencé qu’une légère couche de carbonate de chaux et de carbonate de plomb se dépose à l’intérieur des tuyaux, et le métal, n’étant plus en contact direct avec l’eau, peut servir |)eudant longtemps a la conduire, sans aucun inconvénient pour

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la sanie, surlout lorsqu’on a soin de n’employer pour les usages alimentaires que de l’eau préalablement filtrée (\N ürtz). Il en serait autrement si l’on faisait usage d’une eau trouble, qui pourrait contenir en suspension du carbonate de plomb.

Pour combattre ces inconvénients,, dcu.v procédés sont surtout en usage. Souvent on protège l’intérieur des conduites en plomb en les recouvrant d’étain, de sulfate de plomb, et de vernis divers. Aucun de ces moyens nè paraît mettre complètement à 1 abri du danger. L autre procédé consiste à employer des tubes dans lesquels le plomb est complètement éliminé. On se sert, à cet effet, de tubes en fonte ou en 1er forgé, dont l’intérieur peut être recouvert d un enduit vitreux; de tubes d’étain ou de cuivre étamé, qui sont excellents au point de vue hygiénique, mais trop dispendieux pour être généralement employés; de” tubes en zinc, qui sont bientôt recouverts d’un enduit insoluble, lorsque les eaux contiennent du carbonate de chaux; enfin, de tubes en pierre, en carton-pâte, en gutta-percha, en papier bitumé. Dans certains pays, l’eau traverse des conduites en bois (Genève), mais elle contracte invariablement une saveur désagréable due à la presence de matières organiques en décomposition. En somme, le procédé le plus irréprochable paraît consister à employer des tubes en fonte ou en fer revêtus intérieurement d’un enduit protecteur.

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