CHAPITRE IH
MOYENS l’HATIQUES DE CONSEKVER ET DE DISTRIBUEE LES EAUX
Une quantité d’eau suffisante pour les besoins d’une localité ayant été trouvée, il est indispensable d’en faire provision, pour parer aux inconvénients qu’entraînent les inégalités, les variations que peut olfrir le volume des sources. II s’agit non-seulement de la conserver dans des conditions qui ne l’altèrent point, mais encore, s’il est possible, d’en corriger les défauts.
Il est des eaux qui se conservent aisément, d’autres qui se corrompent plus ou moins rapidement. C’est la présence des germes, d’animalcules ou de plantes, qui expose les eaux à ce commencement de putréfaction.
Pour éviter le dévelojipement des germes, le réservoir devra, autant que possible, être soustrait à l’action de la lumière et placé à l’abri de l’air. Les réservoirs doivent être plus profonds qu’ils ne sont étendus en surface. Cette précaution s’oppose à l'évaporation et donne à l’eau une plus grande fraîcheur.
Les meilleurs réservoirs sont construits en pierre de taille ou en béton reeouvert de ciment hydraulique. Pour des réservoirs plus petits, on peut employer l’argile, la brique, l'ardoise, enfin le fer, qui, poui éviter 1 oxydation, doit être vitrifié. Ces réservoirs en fer sont loi t communs en Angleterre et aux Indes. Mais il est nécessaire de les protéger contre les rayons solaires, et, autant que possible, de les entourer d’une couche épaisse de matériaux non conducteurs du calorique.
Il va sans dire que les réservoirs doivent être nettoyés à des époques plus ou moins rapprochées, pour les assainir et détruire la végétation qui se développe presque toujours en présence de grandes masses d eau. Cependant il est des plantes inférieures [pvolococcus, chara, clc.), qui émettent une quantité considérable d’oxygène, agissant ainsi comme des agents naturels de purification, et brûlant les matières organiques qui peuvent se trouver en suspension dans l’eau. Llievers nous apprend que dans certains réservoirs qui, par ordre du général Napier, lurent débarrassés des plantes aquatiques qu’ils renlerinaient, la qualité de l’eau se trouva notablement détériorée.
A bord des navires, on a conseillé des procédés fort divers. On peut
PROUST, UrGIËNE. „„ *
conserver l’eau dans des luis goudronnés ou carbonisés intérieiirenienl.
Sur les grands vaisseaux de l’Élat, on emploie la UMe galvanisée. On dil (pie le zinc n’exerce aucune influence fâcheuse sur la santé des marins (Gaulier). Cependant ce métal est attaqué par l’eau, et l’on a constaté, en Angleterre, des cas nombreux d’empoisonnement chez des personnes qui avaient fait usage d’eau conservée dans des vases en zinc ou qui avait traversé des tuyaux formés de ce métal. Mais le zinc était-il bien pur?
La purification des eaux se fait par épuration et filtration.
Chez les Romains, il y avait, au commencement et à la lin des aiiucducs, une piscina limaria destinée à opérer une décantation.
Vépuration de l'eau par le repos a été appliquée à .Marseille. Les eaux de la Durance étant toujours limoneuses, on a dû, pour remedier à cet inconvénient, disposer sur le parcours du canal quatre grands bassins d’épuration, où, la pente étant insignifiante, l’eau s’écoule lentement et se débarrasse de la majeure partie du limon'.
Ce procédé a le grave défaut d’exiger une superficie considérable cl de ne point toujours réussir, car MM. Maurin et Roussin ajoutent (pic,
« pendant les jours d’orage, de pluie et de tempête, moment où la décantation est surtout utile, l’eau n’abandonne pas dans les bassins d’épuration les matières qu’elle tient en suspension. » De plus, si les eaux restent trop longtemps stagnantes, elles peuvent s’altérer.
Ce premier procédé n’étant pointapplicable partout, ne réussissant pas toujours, on a recours à la filtration, soit naturelle, soit artificielle. , Les filtres naturels peuvent donner des masses d’eau destinées à toute une ville, mais une configuration spéciale du sol est encore necessaire. On établit des tranchées au contre-bas de l’éliage, et l’eau s y rend en traversant un terrain sablonneux perméable. Exemples : Toulouse,
Lvon, Glasgow. . , . , •
L’eau qui est distribuée aux particuliers doit subir une seconde épuration plus complète. Telle est l’utilité des filtres de ménage. Il en existe de différentes espèces. Ils doivent cssenliclleincnl se composer (le plusieurs compartiments mobiles formés par des couches de lame, de charhon et de sable; dans quelques appareils, l eau est reçue sur une énon-^e qui la laisse tomber goutte à goutte sur les compartimenls inférieurs. Enfin, il est des filtres de charbon qui sont destines surtout â débarrasser le li.iuide des éléments putrides .p.’.l peut Mais il est important de remarquer que, d apres M. Davaine, le
1 Eaux roUMcs de Cam ille. - Maurin cl Uuussiu.
CONSEItVATION ET DISTRIBUTION DES EAUX.
bon l'iivorisc le développement des vibrions en absorbant les gaz putrides.
Dans les ménages parisiens, on emploie volontiers un filtre à pierre l)oreuse ; mais cet appareil, (pii n’arréte qu’imparfaitement les matières organiques, doit être très-souvent nettoyé pour rendre véritablement des services. Au reste tous les filtres, quelle que soit leur disposition, doivent être souvent visités, si l’on veut qu’ils fonctionnent d’une manière satisfaisante.
Quand les eaux sont très-impures, la filtration ne suffit pas poulies assainir; le mieux serait de n’en point faire usage. Lorsqu’on est obligé de s’en servir, il faut les distiller, ou tout au moins les faire bouillir pour détruire les organismes inférieurs dont elles sont infestées.
Si l’eau est sélénîteuse, il faut l’additionner d’un peu de carbonate de soude; il se produit ainsi du sulfate de soude qui, s’il est en grande quantité, lui communique des propriétés laxatives qui n’ont aucun inconvénient pour la santé. Il ne faudrait point s’aviser d’employer dans ce but le carbonate de potasse ; le sulfate de potasse est, en effet, un sel vénéneux, à dose même peu considérable.
Si l’eau est incrustante, il faut y ajouter une faible quantité de chaux caustique, dont la proportion sera déterminée empiriquement.