DES BAINS PUBLICS
11 est évident que c’est aux bains naturels que l’on dut, tout à l’origine, avoir recours, c est-à-dirc aux bains pris dans les rivières on dans la mer. Chez les Grecs, les bains chauds étaient tout d’abord consacrés à Hercule, et leur usage était lié à celui de la gymnastique. Les bains se réduisaient alors, si l’on s’en rapporte au récit qu’en fait Homère, à des ablutions d’eau tiède. Plus tard, les bains cessèrent d’être réservés uniquement aux athlètes, et furent ouverts au public. Aucun document grec ne parle de hainj pris dans dos baignoires; il ne s agit jamais que d’étuves et d’affusions.
Chez les Lomains, les bains semblent n’avoir été connus que vers les derniers temps de la république. Ils acijiiircnt sous les empereurs un degré de perfection très-grand, et leurs constructions, qui |)rirent le nom de t.li(‘ritws, contribuaient beaucoup à la popularité des souverains.
Les thermes se composaient d’un npodiileviuin ou spolialorinin, on pièce d’entrée où l’on se débarrassait de ses vêtements. Le laconicuin ou svdaüo était une étuve sèche chauffée par un fourneau par-
DES BAINS
ticiilier, fermé par une. soupape, (pii laissait par intervalle paswjr ia llanime et la chaleur, qui se répandaient dans cette salle. Quand, eu lieu d’air sec et chaud, on voulait de la vapeur, on faisait vaporiser de l’cau dans de vastes chaudières. L’étuve prenait alors le nom de vaporarium.
Dans le caldarium, qui venait après, on pratiquait des lotions ou dos affusions d’eau tiède, ou l’on prenait un bain soit dans une baignoire, soit dans une piscine tiède. Au sortir du caldarium, on pa.ssait dans le frigidarium, où l’on se plongeait dans une piscine d’eau froide. Le tepidarium était une salle d’une température modérée où l’on pratiquait des massages, des frictions, etc., et l’on enduisait le corps de graisses et d’huiles parfumées.
L’usage des bains était devenu une véritable fureur chez les Romains. La plupart se baignaient tous les jours; quelques-uns même plusieurs fois par jour, ce que permettait la grande modicité du prix. Sous l’influence de ce régime la peau devenait souple, élastique et brillante, et l’on reconnaissait immédiatement à son aspect extérieur un homme habitué à l’usage très-fréquent des bains.
La chute de l’empire romain et l’invasion des Barbares détruisirent la plupart des établissements balnéaires dans lesquels il s’était introduit, du reste, le plus effroyable et le plus honteux désordre, grâce à la promiscuité des sexes qu’on avait laissé s’y établir.
C’est la nécessité qui contribua à les relever. En Italie, le pape Adrien P'' avait ordonné à son clergé d’aller processionnellement se baigner, les jeudis de chaque semaine, en chantant des psaumes. De petits établissements particuliers se fondèrent, qui prirent le nom à' étuves (stuphæ). En France, des établissements de ce genre se créèrent également, et ce goût des bains semble surtout avoir été rapporté d’Orient par les croisés qui s’y étaient habitués; mais ces établissements étaient, selon toute probabilité, regardés principalement comme des lieux de plaisir, plulcit que comme établissements d'hygiène, car des prescriptions ordonnaient de les fermer pendant les épidémies graves.
Les étuviers ou propriétaires de bains donnaient aussi (juelques .soins de toilette, ce qui amena une fusion entre eux et les barbiers.
La réunion de ces deux corps de métiers fut déterminée par le. privilège que Charles V établit en faveur de son premier barbier. De ce l»rivilégc, et jiar conséquent de l’absence de concurrence, résulta une grande augmentation dans le prix des bains, cl ils furent de plus en plus désertés.
DAINS PUDLICS.
En Allemagne, où les bains n’ont jamais disparu, les éluviers et les barbiers, loin d’être l’objet d’un privilège, étaient au contraire dans un état d’abjection et de mépris, où ils restèrent jusqu’à la fin du dixseptième siècle.
En Espagne, les Arabes, après les Romains, avaient introduit l’usage des bains. Les désordres qui s’y produisirent les firent fermer, et, d’après un médecin espagnol, Monlau, cette proscription a porté ses fruits, les bains ont disparu des habitudes de la nation; il n’est pas rare de rencontrer des vieillards qui ne se sont jamais baignés.
C’est à la fin du siècle dernier seulement que l’initiative individuelle put créer des établissements de bains, par suite de la proclamation de la liberté industrielle par la Révolution française. Depuis cette époque, le nombre des bains ne fit que s’accroître, et la préfecture de police, ainsi que le comité d hygiène et de salubrité, créèrent une réglementation qui varie selon la nature des bains.
Dans les bains chauds, les cabinets doivent être pourvus de Ibermomètrcs, les garçons et femmes de service doivent s’assurer, pendant la duiTe des bains, que les baigneurs n’éprouvent aucune défaillance. Les cabinets doivent avoir au moins pour dimensions 1"',50 de largeur et 2 mètres en profondeur. Une sonnette d’appel doit être placée à portée de la main; les portes doivent pouvoir s’ouvrir facilement du dedans et du dehors; un vasistas doit être établi de façon à pouvoir ventiler le cabinet.
Les étuves ne doivent pas être en bois. Celui-ci s’échauffe et amène la raréfaction de 1 air. Elles ne doivent pas avoir une capacité moindre de 10 mètres cubes, être très-éclairées et prendre le jour par en haut, afin que l’on puisse surveiller le malade. A la voûte doit exister un vasistas de 40 centimètres de diamètre, et, dans l'intérieur de l’étuve, un robinet à eau froide. Une machine à vapeur doit être exclusivement consacrée au service des bains de vapeur, afin de ne jamais faire arriver dans l’étuve qu’une vapeur douce et graduée, et non sujette aux variations déterminées par un service commun. Un garçon spécial doit êtie attaché au service des bains de vapeur; le baigneur ne sera jamais abandonné, l’eau froide sera à sa disposition, mais jamais le robinet de vapeur*.
Les bains froids do rivière ont été soumis à une réglementation spéciale. Des ordonnances de police rappellent tous les ans les endroits où il est dangereux et défendu de s'e baigner.
Les bains ou écoles de natation doivent être entourés de planches
' Tai'dicii, f)irl. d’/ii/giànc publiijuc, arl. Bains.
DES liAINS.
el. formés ilopiiis le fond do la rivière jusqu’à son niveau par des prillos cpii einpêclient les baigneurs de passer sous les l)aleaux. Les liaiiis ne soiil, ouvcrls au public qu’après avoir été visités par rinspecteur général de la navigation, assisté d’un charpentier de bateau, etc.
Le nombre des établissements de bains s’accroît de jour en Jour. Kii 1789, il y avait à Paris 5Ü0 baignoires. En 1850, le nombre de bains donnés était de 2116 520. Le prix de chaque bain diminue également. Aujourd’hui, le prix est de 60 ou meme do 50 centimes; il est à désirer qu’il puisse être encore abaissé, pour mettre les familles les plus pauvres à même d’en profiter. Comme la grande difficulté pour résoudre cette question réside dans les moyens de se procurer de l’eau à bon marché, il serait possible d’y arriver en réunissant les bains publics aux lavoirs, ainsi qu’il se fait en Angleterre. C’est à Liverpool que s’est fondée, en 1842, la première institution des bains-lavoirs. Depuis, cet exemple a été suivi par plusieurs villes d’Angleterre.
Dans ces établissements, il est accordé 227 litres par bain. Ces bains sont donnés chauds et froids, à volonté, et partagés en deux classes. Dans la première, les prix des bains chauds varient de 40 à 60 centimes; froids, de 20 à 50 centimes. Dans la seconde classe, les bains chauds coûtent 20 centimes, les froids, 10 centimes. En outre, dans certains établissements, il y a des piscines où l’on peut nager.
Le système pratiqué en Angleterre réalise un grand progrès. Nous espérons que l’on trouvera le moyen de multiplier encore les établissements de bains, en utilisant certaines sources de chaleur perdue, comme au voisinage, par exemple, des grandes usines. Et d’abord, il serait à souhaiter que les grands industriels utilisassentl’eaude condensation des machines, qui a une température de 58“ en moyenne, à l’alimentation de bains; ces bains ne dussent-ils servir qu’aux ouvriers (le l’usine.
En un mot, ce que nous désirons, c’est que l’on multiplie, autant que possible, ce grand auxiliaire de l’hygiène publique et privée, que l’on appelle les établissements de bains*. « En favorisant l'hygiène publique, et en améliorant le plus possible le bien-être des individus, on diminue la masse de l’inqu'it que prélève rindigence; et, comme tout s’enchaîne dans l’ordre moral, en ius|)iranl des habitudes de propreté à l’ouvrier, on développe en lui le sentiment du respect de luimême, et raccomplissement de ce pixmicr devoir le prépare aux autres et les lui rend plus faciles. »
' Pluùdi', n.npp., clc., in CoU. sur Irs haiiis rl lav-irs.