ACCOUCHEMENTS
Dans les bureaux de bienfaisance
Chez les sages-femmes . .
Dans les hôpitaux ....
Chez les sages-femmes, la mortalité est donc beaucoup moins forte qu’à l’hôpital; elle se rapproche de la mortalité du domicile privé.
En présence de ce résultat, l’administration de l’Assistance publique est résolue à donner toute l’extension possible au placement des femmes en couches chez les sages-femmes qu’elle avait inauguré en 1865.
Depuis longtemps, M. Tarnier poursuit cette idée, qui n’est pas nouvelle assurément, mais qui n’avait jamais été réalisée d’une façon complète ; placer les femmes à l’hôpital absolument dans les mêmes conditions hygiéniques que celles qui accouchent chez elles, c’est-àdire donner à chaque femme une chambre particulière avec isolement complet.
Après avoir étudié cette question dans plusieurs publications successives‘, M. Tarnier a pensé qu’on pouvait soustraire les femmes en couches aux effets de l’encombrement, de l’infection et de la contagion, que celle-ci s’exerce soit par la contamination directe des femmes bien portantes par les accouchées malades, soit par la transniissioii du poison puerpéral par les murs ou le mobilier, soitenbn pei 1 intermédiaire du personnel. Dans ce but il a proposé de placer chaque femme en couches dans une chambre particulière, dont toutes
ilé De la fièvre puerpérale observée à la Maternité. Paris, 1858. — Du inêmCd
moire sur l'hygiène des femmes en couches. Paris, 1864. — Du même. Communicaa la Société de chirurgie. Paris, 1860. — Du même. Discours prononcé à la Société icate des hôpitaux. Union médicale. Paris, 1870.
raoiST, uiciÈsE, ",5
540 HABITATIONS. — KDIITCKS. — HOPITAUX KT MATEHMTÉS
les fenêtres et toutes les portes s’ouvriraient directement au dehors et seraient constamment balayées par tous les vents. Dans ce sYstème, les chambres seraient absolument séparées les unes des autres et ne communiqueraient avec aucun corridor intermédiaire.
La Société médicale des hôpitaux a suivi M. Tarnier dans cette voie ; elle a donné son approbation* au dernier plan qu’il lui a présenté, et l’administration de l’Assistance publique l’a adopté. Les travaux de construction furent commencés en 1875. Depuis cette époque, le Congrès médical de Bruxelles s’est prononcé en faveur de la meme idée*. Nous donnons ici la description du pavillon isolé, à chambres séparées, que M. Tarnier vient de faire établir à la Maternité.
Le nouveau pavillon d’accouchement est situé à l’extrémité des vastes jardins de la Maternité de Paris, dans ces emplacements où l’air circule de tous côtés. Il est entouré d’une palissade qui forme clôture; on y arrive par une avenue et une porte charretières. En temps de pluie, les voitures pourraient donc déposer les malades sous la marqui.se vitrée qui couvre le vestibule.
Ce pavillon comprend un rez-de-chaussée et un premier élage. Il a la forme d’un parallélogramme rectangulaire et mesure quatorze mètres vingt centimètres de long sur sept mètres quatre-vingts centimètres de large. Ses deux façades sont orientées au nord et au midi ; les deux pignons regardent le levant et le couchant.
Deux murs de refend, allant du sol au comble et d’une façade à l’autre, séparent le bâtiment en trois parties : l’une médiane, les deux autres terminales. Chacune de celles-ci est divisée en deux moitiés par une cloison parallèle aux façades. De sorte que chaque étage se trouve divisé en cinq compartiments : l’un central et les autres dispersés aux jjuatre coins du pavillon. Les quatre derniers compartiments sont destinés à être occupés par les femmes en couches.
Rez-de-chaussée. — Au rez-de- chaussée, le compartiment placé au centre du pavillon a été séparé en deux parties, communiquant entre elles : l’une sert de vestibule, l’autre de chambre de surveillance et d’office.
Dans le vestibule se trouve l’entrée de l’escalier conduisant au premier étage; on y voit, indépendamment de la porte principale, trois portes intérieures qui conduisent : la première à un cabinet d’aisances;
' Compte rendu de la Société médicale des hépilaux. Vnion mfdic/tlr. raris, IS/d, p. 701.
* Compte rendu du congrès medicnl de lïruxclles. ISij.
MATERNITES.
la seconde à un vidoir ; la troisième à rol'lice. Ce vestibule est éclairé par deux l'enètres donnant sur la façade exposée au nord.
„ J „ Echelle de 8 mill. pour 1 mètre
01 2 34 5 6 7 8 9 lo'mctrcs
D D. Chambres des roiiiinus.
I' P. Portes.
f f. FemHrcs I L LiU.
O O» Cheminées, r r. Hohinetb.
g g. Giaces dormutilca.
S. Surveillauls.
h h. Baignoire».
h fl. Fourneaux.
L Ïj. Latrines.
l t. Trottoirs sous les marquises.
L oflice ou chambre de surveillance, babituellernent occupée par le personnel nécessaire au service, contient un fourneau, une baignoire mobile, une table, des chaises et des armoires.
5t8 IIAIilTATlONS. — ÉDIFICES. — HOPITAUX ET MATEIt.MTÉS.
Elle est échlirce par deux lenêlres .s’ouvrant sur la façade regardant au midi. A ses deux extrémités se trouve une porte qui conduit soit au vestibule, soit au dehors.
Les quatre chambres d'accouchement sont indépendantes l’une de l’autre; elles ne communiquent ni avec le vestibule, ni avec l’office. Chacune d’elles a une porte et une fenêtre. La porte s’ouvre sur l’une des façades, la fenêtre sur l’un des pignons. Cette fenêtre descend jusqu’au niveau du sol.
Premier étage. — Le premier étage offre la même disposition que le rez-de-chaussée; mais les portes des chambres d’accouchement donnent sur un large balcon qui sert de voie de communication.
Les deux étages sont protégés sur chaque façade, par une marquise vitrée, qui met les gens de service à l’abri de la pluie. Cette marquise monte jusqu’à l’avant-toit, mais elle n’est pas appliquée directement contre le mur dont elle reste séparée par un intervalle suffisant pour assurer le renouvellement de l’air placé sous le vitrage de la marquise et chauffé par les rayons du soleil.
Les chambres d’accouchement sont au nombre de huit, quatre par étage. Chacune d’elles mesure : en hauteur, trois mètres, en longueur, quatre mètres trente centimètres, en largeur, trois mètres cinquante centimètres, le cubage de l’air y est de quarante-cinq mètres cubes, cent cinquante décimètres cubes.
Au . rez-de-chaussée, les quatre chambres ont leur sol recouvert d'asphalte. Au premier étage, deux chambres sont dallées en pierre, les doux autres en ardoises coupées en larges plaques. L’avenir apprendra quel est le meilleur de ces pavages.
Dans les huit chambres, les murs, les cloisons et le plafond sont recouverts de stuc et peints à l’huile. On peut donc, avec une grande facilité, nettoyer et laver toutes les chambres à grande eau, car le pavage y est incliné vers un caniveau aboutissant à une ouverture qui conduit l’eau dans un tuyau relié à l’égout.
Pour prévenir les amas de poussière ou l’infiltration de l’eau, tous les angles formés à la réunion des murs, des cloisons et du plafond, sont à courbes arrondies.
Dans chaque chambre se trouve une cheminée et une glace sans tain, enchâssée dans le mur de refend répondant à l’office. Cette glace permet aux personnes placées dans l’office de surveiller ce qui se passe dans les chambres, et réciproiiuement les femmes en couches peuvent depuis leur lit voir ce qui se passe dans l’office et faire signe aux gens
MATEHNITÉS. 549
de service. De cette façon, la surveillance est sauvegardée sans nuire au principe de l’isolement.
Le mobilier de chaque chambre se compose : r D’un lit en fer;
2“ D’un sommier fait uniquement avec ressorts et des lames métalliques ;
5" D’un traversin, d’un oreiller et d’un matelas remplis de balle d’avoine ;
4" De couvertures de laine et de coton ;
5“ D’une table de nuit en fer ;
6° D’un fauteuil en fer ;
7“ D’une chaise en fer ;
8“ D’un tabouret en fer ;
9° D’une petite table ronde en fer;
•10“ D’un berceau en fer avec la literie nécessaire pour le garnir.
A chaque lit aboutit un cordon de sonnette, dont le fd après avoir passé sous la marquise rentre dans l’office. Cette sonnette permet aux femmes d’appeler les gens de service.
Dans chaque chambre se trouvent, au-dessus d’un lavabo, deux robinets, 1 un d’eau froide, l’aulre d’eau chaude. Ces robinets sont alimentés par des réservoirs placés sous les combles. L’eau chaude provient (les fourneaux des offices.
Le personnel attaché au service du pavillon est logé dans un bâtit ment séparé, qui présente un rez-de-chaussée, un dortoir et un réfectoire pour les infirmières. Le premier étage contient deux logements pour une sage-femme et une sous-surveillante.
Dans la mise en activité de ce service, quand une chambre d’isole ment est vacante, elle devra être occupée par la première femme qui se présentera à la Maternité pour y accoucher. La sage-femme du pavillon procédé a 1 examen de cette femme et la reçoit si elle est en travail, ans le cas contraire, la lemme est envoyée dans la grande salle de la ‘ atermté; mais elle ne pourra plus rentrer au pavillon, car celui-ci ne prend que les femmes qui viennent directement du dehors.
La femme admise au pavillon accouche dans la chambre et dans le it qui lui sont destinés pour tout le temps de ses couches.
Quand elle est convalescente, elle peut sc promener dans le jardin réservé qui entoure immédiatement le pavillon. Lorsqu’elle est rétablie et qu elle demande son exeat, la chambre qu’elle occupait est ventilée
■mO habitations. — ÉDIFICES. — IIOT'ITAI'X ET MATERNITÉS.
et pour ainsi dire remise à neuf. Pour cela on la vide de tout son mobilier et toutes les parois : sol, murs, cloisons et plafond sont lavés à grande eau avec une brosse, une éponge et une lance creuse amorcée sur la conduite d’eau qui dessert le pavillon.
Le mobilier, qui est tout en fer, subit un lavage analogue, fait avec le plus grand soin.
La balle d’avoine qui remplissait les matelas, le traversin et l’oreiller, est brûlée.
Les taches de la literie et des couvertures sont lavées à la buanderie. Rien ne doit échapper au lavage et au lessivage.
Après un nettoyage de ce genre, la chambre, dont toutes les parois sont impénétrables est bientôt sèche et peut alors recevoir une nouvelle femme en couches.
Toutes les semaines les façades et les pignons du pavillon sont lavés à l’extérieur par un jet d’eau qui y est projeté.
L’isolement du pavillon, la séparation absolue des accouchées, le nettoyage complet des chambres, le lavage du mobilier, le lessivage de la literie, semblent devoir mettre les femmes à l’abri des effets pernicieux qu’on a attribués à l’encombrement, à l’infection et à la contagion directe d’une femme bien portante, par une accouchée malade.
Il reste à énumérer les précautions prises contre la contagion qui se ferait par l’intermédiaire du personnel.
Actuellement, le service du chirurgien de la Maternité ne se compose que de femmes enceintes ou en travail d’accouchement : on peut donc, sans inconvénient, le charger du service du pavillon. 11 en est de meme de l’interne du service de chirurgie. Toutes les autres personnes accouchées au pavillon sont logées dans un bâtiment spécial. Elles ne doivent sous aucun prétexte aller dans la salle de la grande maternité.
Les accouchées du pavillon sont visitées par l’aumônier de l’hôpital du Midi, hôpital très-voisin de la Maternité et qui ne reçoit que des hommes.
Quand une femme du pavillon deviendra malade, la porte de .sa chambre sera rigoureusement interdite au personnel ordinairement chargé du service. Un des médecins de l’hôpital du Midi sera prié de se transporter au pavillon d’accouchement pour y soigner cette malade, à laquelle on donnera, par exception, une garde spéciale, avec défense pour celle-ci de pénétrer dans les autres chambres.
S’il est nécessaire, un prêtre de la paroisse voisine, se transportera au pavillon comme à un domicile particulier.
TENTES ET BAUAQUES.
A l’hôpital Ménilmontant, encore inachevé, la Maternité est construite absolument d’après le plan de M. Tarnier, sauf quelques modifications de peu d’importance.
En résumé, ce n’est pas seulement en donnant à chaque femme un lit pour elle seule, en plaçant exclusivement les femmes en couches dans une même salle ou dans un même hôpital, qu’on pourra détruire l'inlluence nosocomiale. Non, pour cela, au point de vue absolu, il faudrait détruire les hôpitaux, ou bien alors les transformer complètement, c’est-à-dire remplir ces deux conditions en apparence paradoxales : réunir les malades, mais les isoler.
TENTES ET BAUAQÜES-HÔPITAÜX
11 serait difficile, dit M. Ilusson*, d'assigner une origine exacte à l’idée de placer les malades et surtout les blessés dans des baraques de bois ou sous la tente, dans le but de les amener plus sûrement et plus rapidement à la guérison.
Bell, dans la guerre d’Espagne, a traité un grand nombre de blessés par cette méthode. En 1847, à New-York, on plaça, pendant une épidémie de typhus, les malades sous la tente.
Le point de départ vraiment scientifique de cette pratique semble être la guerre de Crimée. Mais l’impulsion réelle et décisive est venue des États-Unis. Pendant la guerre du Sud, de véritables hôpitaux sous tentes furent installés partout où l’on combattait.
Les magnifiques résultats obtenus par les Américains après les am- ])utations excitèrent bientôt 1 attention des chirurgiens européens. En 1864, à Berlin, 1 hôpital de Bethome transférait, pendant l’été, son senice de chirurgie sous tente.
La guerre de 1866 généralisa cette pratique en Allemagne. Aujourd hui la plupart des hôpitaux allemands soignent, pendant l’été, les malades sous la tente.
En 1868, sur la demande et les indications deM. Lefort, l’Assistance publique fit construire à l’hôpital Cochin une tente-hôpital.
Cette tente est munie d'un faux toit pour favoriser la ventilation.
Elle se compose de deux toiles partout séparées l’une de l’autre, et qui livrent passage à une couche d’air sans cesse renouvelée.
La toile extérieure j)erméable à l’air, mais imperméable à la pluie, peut jusqu à la partie inférieure du toit êtie relevée borizonta
llusson. Des lentes et üaratjues, 'm Mémoires de L'Académie de médecine.
552 HABITATIONS. — ÉDIFICES. — IIOPITAEX ET MATF.RMTÉS.
et former alors une galerie couverte, qui permet aux malades de s’a.sseoir à l’abri du soleil. La toile inférieure ligure un plafond horizontal, fendu au centre, dans toute sa longueur, pour le passage de l’air. Sur les côtés elle retombe en rideaux, qui, glissants à volonté sur des tringles de fer, permettent de donner à la tente la forme d’un toit teiminé par un auvent horizontal, et de mettre ainsi les malades tout à fait en plein air pendant la chaleur du jour.
Les deux petites tentes établies sur le modèle des tentes d’isolement ou des hôpitaux-tentes de campagne sont une modification de la tente américaine. L’une sert de salle d’opération et de salle de garde, pour l’interne de service, l’autre, divisée en deux compartiments par une cloison verticale, forme un cabinet pour la religieuse et une salle pour les gens de service.
Depuis cette époque, de nouveaux spécimens de tente ou de baraquehôpital furent essayés. M. Lefort, le premier, eut l’idée de chauffer les tentes afin qu’elles pussent servir l’hiver ; et cette idée fut assez bien réalisée pour que la température extérieure étant à — 14", le thermomètre marquât à l’intérieur -t- 12".
Des baraques entièrement en bois furent construites aussi bien en France qu’à l’étranger, et, depuis la guerre de 1870, quelques-uns de nos hôpitaux en possèdent encore.
Mais bien que de nombreuses statistiques publiées soit en Europe, soit en Amérique, aient démontré la supériorité au point de vue hygiénique des tentes et baraques-hôpital sur les hôpitaux monumentaux ; sans vouloir en aucune façon nier les services qu’on en peut retirer en temps de guerre ou d’épidémie, tout en constatant le progrès accompli, nous pensons que leur application ne pourra guère se généraliser; d’ailleurs, sur ce point, la science n’a pas dit son dernier mot.
DE LA VENTII.ATION, DU CHAUFFAGE, DE l’ÉCI.AIUAGE DES HABITATIONS miVÉES ET DES ÉDIFICES PUBLICS. — LATRINES. — LOGEMENTS INSALUBRES
Il est indispensable de renouveler, par la ventilation, l’air des édifices habités. Les exigences de la santé demandent une certaine somme d’oxygène, au-dessous do laquelle, si la vie est possible, 1 organisme s’étiole et dépérit. 11 est incontestable que, nicme dans les pays les plus civilisés, le renouvellement de l’air laisse à désirer dans un grand nombre d’habitations privées et môme dans certains édifices publics. Aous
VENTILATION
bô3
nous proposons d’étudier ici les principaux moyens dont on dispose dans l’Europe occidentale, et spécialement en France, pour remplir ce but.
Le moyen le plus simple, et en même temps le plus efficace pour opérer la ventilation, consiste à percer un édifice de larges fenêtres et à les ouvrir libéralement. Par ce moyen, comme nous l’avons déjà montré, on réduit presque immédiatement l’excès d’acide carbonique à la proportion normale. On dissipe moins facilement les miasmes organiques et les ferments pathologiques par des procédés aussi simples. Mais, dans nos climats à moitié froids, il faut pourvoir à la ventilation par d’autres moyens que l’ouverture des fenêtres, et le problème à résoudre peut se résumer en deux mots ; renouveler l’air sans abaisser la température.
Dans les maisons privées, les cheminées à feu ouvert et possédant un bon tirage sont l’un des meilleurs moyens de ventilation que l’on puisse employer, à la condition cependant que la prise d’air se fasse par les interstices des portes et des fenêtres, créant ainsi des courants d’air qui traversent l’atmosphère de l’appartement. Quand la prise d’air se fait directement à l’extérieur, par des tuyaux qui, perçant le mur, aboutissent d’un côté au foyer de combustion, de l’autre à la rue, la ventilation ne s’opère pas, à moins que par un système de canaux I air échauffé par le feu ne soit rejeté par des bouches de chaleur au dedans de l’appartement; et ces courants d’air chaud contractent pre.sque toujours une odeur désagréable par la combustion des matières organiques qui flottent dans l’atmosphère des lieux habités. Il faut nous occuper, par conséquent, des moyens de ventilation artificielle qui suppléent à l’insuffisance des conditions ordinaires; et ces moyens, qui peuvent être employés dans les habitations privées, seront étudiés avec bien plus d avantage dans les édifices publics où ils prennent leur entier développement.
Commençons par nous occuper de la quantité d’air nécessaire pour maintenir l’atmosphère dans un état de pureté suffisant*. D’après Parkes, on pourrait prendre la quantité d’acide carbonique que contient l’air d une pièce pour mesure de l’impureté générale de l’atmosphère. En olfet, la quantité de matières organiques suspendues dans l’air d’une chambre habitée est, en général, proportionnelle à la quantité d’acide
ParifTxrT (Commission sur Ic vhauffage et la ventilation du Palais de justice
J)54 HABITATIONS. — KDIFICES. — HOPITAUX ET MATEB.MTÉS.
carbonique que renferme l’air; et si cette règle est loin d’être sang exception, elle est du moins applicable à la grande majorité dejs cas. Or, comme il est très-facile d’apprécier la proportion d’acide carbonique, très-difficile, au contraire, de^ doser les matières organiques, il est extrêmement commode, en pratique, de réduire ces deux opérations à une seule.
D’après l’observateur que nous venons de cfter, on peut tolérer, sang inconvénient, une proportion de 0,6 par 1,000 d’acide carbonique dans l’atmosphère d’une chambre haliitée. Au delà de ce point, l’air commence à prendre une odeur de renfermé. Quand on arrive à la proportion de un millième, l’odeur devient positivement désagréable. 11 est bien entendu que pour percevoir cette sensation, il faut arriver de l’extérieur. Dès qu’on a séjourné quelques instants dans une pièce, on est acclimaté.
Il faudrait donc se tenir dans les limites que nous venons d’indiquer. Pour atteindre ce but, d’après de nombreuses expériences et des calculs que nous ne rapportons pas ici, Parkes établit le chiffre de 2,000 pieds cubes d’air frais par tête et par heure (environ 59 mètres cubes).
Le général Morin donne les chiffres suivants :
Casernes, de jour 50 mètres cubes
— de nuit 00 —
Ateliers 00 —
Écoles 50 —
Hôpitaux ■'*0 —
— en temps d’épidémie T 00 —
Dans les mines, on injecte environ 40 mètres cubes par tète et par heure, et lorsqu’on craint le feu grisou, ce cbillre est quelquefois porté à 160 mètres. Notons en passant que les animaux consomment aussi une quantité d’air proportionnée à leur masse. Un cheval exigtt environ 70 mètres cubes d’air par heure; mais il est évident que ce chiffre doit varier avec la taille. Il faut aussi tenir compte de l’éclairage et du chauffage qui absorbent de l’oxygène.
Les proportions que nous venons d’indiquer ne s’appliquent qu’aux hommes et aux animaux en bonne santé. Les conditions sont tellement changées en cas de maladies, qu’il est a ]ieu près impossible de lixer un minimum. Tout ce que l’on peut dire, cest que 1 on najamais assez d’air, à moins d’en avoir tro|).
11 est évident, d’après ce ([ui précède, que la quantité d’air nécessaire à chaque individu étant toujours la meme dans un temps déter-
VENTILATION
miné, plus l’espace dans lequel il est enfermé sera grand, moins il sera nécessaire de renouveler l’air, et réciproquement.
Or le renouvellement rapide de l’atmosphère d’une chambre produit nécessairement des coitranls d'air. Leur intensité est proportionnelle à la rapidité du mouvement, à l’étroitesse de l’ouverture, et (au point de vue de la sensation perçue), à la différence de température entre l’intérieur et l’extérieur.
On peut admettre qu’à une température de 15", un courant d’air dont la vitesse est de 0,50 par seconde est imperceptible ; quand la vitesse est doublée, on commette à le percevoir. Toute vitesse supérieure à i mètre par seconde détermine une sensation plus ou moins pénible.
On le voit, trois éléments concourent à la production du phénomène. Aussi, pour avoir une ventilation parfaite, il faut des chambres spacieuses, un appel d’air régulier, et une bonne température. Lorsque ces deux dernières conditions sont observées, on peut se dispenser de la première. C’est ainsi que le laboratoire de Pettenkofer, à Munich, dont le cubage n’est que de 424 pieds cubes, reçoit, à l’aide d’une machine à vapeur, 2,640 pieds cubes d’air frais par heure, et cela sans qu’il se produise aucun courant d’air perceptible. L’air est donc renouvelé, dans cet étroit espace, 6 fois par heure. Mais les moyens mé- ' caniques employés pour obtenir ce résultat sont trop dispendieux pour être généralement adoptés.
Il est extrêmement important, et en même tenq)s fort difficile, de distribuer également dans toutes les parties d’un appartement l’air frais qui vient de l’extérieur. Dans une vaste salle, dans un hôpital, par exemple, on ne saurait négliger cette condition sans exposer certains individus à respirer constamment de l’air à peine renouvelé, tandis que leurs voisins, plus ou moins éloignés, recevraient de l’air froid. Il est impossible de formuler aucune règle générale à cet égard ; tout ce que l’on peut dire, c’est que l’air de la salle doit être expulsé par en haut, tandis que l’air frais doit arriver par en bas. En cllet, l’air respiré, en raison de sa température, tend à s’élever vers le plalond, ce qui iacilite le travail. On a proposé de renverser le courant, d’attirer en bas l’air contenu dans la salle, et de faire arriver I air pur par en haut. Cette méthode est la plus parfaite au point de vue de la température, car l’air froid venu de l’extérieur a le tenq)s de s échauller avant de descendre jusqu’aux lits ou aux sièges occupés par les personnes qui habitent l’appartement. Mais, par malheur, il faut une lorce bien plus considérable et une dépense plus sérieuse pour
550 HABITATIONS. — ÉDIFICES. — IIOI'ITALX ET MATEK.MTÉS.
obtenir ce résultat, puisqu ou agit en sens inverse de la pesanteur.
Nous avons exposé les principes généraux sur lesquels repose la théorie de la ventilation, occupons-nous maintenant des principaux procédés qui ont été rais en usage. Nous serons brefs sur ce point,
car c est à des médecins et non à des ingénieurs que cet ouvrage est destiné.
La résistance des murs et des cloisons à la diffusion des gaz est beaucoup moins considérable qu’on ne le suppose généralement. Un mur de pierre ou de brique de plusieurs centimètres d’épaisseur laisse as.sez facilement circuler les gaz, de telle sorte qu'après un certain espace de temps la composition de l’air intérieur deviendrait identique à celle de l’air extérieur. Le vent perce facilement des cloisons de bois et des murs peu épais de brique ou de pierre. Une curieuse expérience de Pettenkofer sert à mettre ce fait en lumière. Un mur de brique, partiellement recouvert de cire (mur de Pettenkofer), laisse passer le vent, à travers un point dénudé, avec une telle facilité qu’on peut souffler une bougie de l’autre côté de la cloison. Pour atteindre ce résultat, il faut que l’air contenu dans l’intérieur de la brique soit amené à un état de tension considérable.
D après Marcker, la quantité d’air qui passe eu une heure à travers un mur d’un mètre carré d’épaisseur pour une différence de température de 1" est la suivante :
Grès I“-,09
Pierre calcaire 2“-'-,32
Brique 2“-‘-,85
Tuf.
Brique poreuse 5“-'‘,I2
Quand les pierres sont humides, le passage de l’air est considérablement diminué. Il est presque entièrement aboli par l’application de plâtre ou de stuc et surtout des papiers peints qui tapissent la plupart de nos appartements.
Dans nos climats froids on craint la pénétration directe de Pair extérieur. Dans les pays chauds au contraire, les maisons sont habituellement construites eu matériaux légers et poreux qui laissent filtrer une atmosphère tiède et produisent ainsi la meilleure et la plus agréable de toutes les ventilations. Dans l’Inde transgangétique, on construit des maisons dont les murs sont en treillage de bambou tapissé de nattes; l’air y circule librement, sans produire de courant, grâce aux mille obstacles contre lesquels il se brise en entrant. Dans d’autres |)ays, on laisse, à la partie supérieure des pièces habitées, de larges on-
VENTILATION. 557
vertures qui font communiquer les appartements avec l’air extérieur. Mais il est évident que de tels procédés ne sont applicables qu’aux climats privilégiés de la zone tropicale et que c’est à d’autres moyens qu il faut recourir dans les pays soi-disant tempérés.
Le vent est un agent de ventilation des plus puissants. Supposons, dit Parkes, qu’une masse d’air marchant avec une vitesse de deux milles par heure, environ i mètre par seconde, passe librement à travers un espace d’une section de 20 pieds carrés, l’air de cet espace sera changé 528 fois en une heure. On voit par là l’immense avantage que présente la ventilation qu’on obtient en ouvrant simultanément les portes et les fenêtres. Aucun autre moyen ne lui est comparable.
^ 11 est une autre manière par laquelle le vent agit sur la ventilation d un appartement, soit pour la faciliter, soit au contraire pour lui opposer une résistance souvent insurmontable. On sait qu’un courant d air met en mouvement une portion considérable de l’atmosphère. Pour peu que le courant soit intense, il refoule l’air devant lui et produit un vide derrière lui vers lequel l’air ambiant se précipite. Il en résulte que l’air qui souffle au-dessous d’un tube ouvert et plus parti- .culièrement d’une cheminée, produit un appel, un tirage, qui varient suivant sa rapidité. D’un autre côté, la même force peut contrarier le tirage et renverser le sens des courants par une résistance directe.
C est là l’écueil de presque tous les systèmes artificiels appliqués au renouvellement de Pair. Ils fonctionnent admirablement tant que l’atmosphere est calme. Ils échouent misérablement quand ils ont à lutter contre la résistance souvent formidable du vent.
On a souvent utilisé la force du vent comme moyen de ventilation. Un dispose des cheminées dont l’ouverture mobile se tourne vers les courants d’air de manière à les capter; l’air descend.alors dans les caves ou il est chauffé par des calorifères. Il remonte ensuite pour être disnbue dans les pièces habitées de l’appartement, et s’échappe par des clieminees dont le sommet se tourne directement en sens opposé du en . . un des principaux inconvénients de ce système est qu’il cesse de onctionner quand l’air est tranquille. 11 faut alors user de moyens ailihciels (propulsion) pour le remplacer. Sur mer, des procédés anaogues, mais beaucoup moins compliqués sont employés pour ventiler cale et l’entrepont du navire.
La force du vent ne peut être utilisée que comme moyen accessoire ourassurer un fonctionnement régulier, il faut des appareils spéciaux ont nous allons dire quelques mots. Deux systèmes principaux résu- <cnt tous les procédés employés. Dans le premier, l’air est aspiré, dans
âü8 IIADITATIOSS. — ÉniI-ICES. — HOPITAUX ET MATEUMTÉS.
le second il est refoulé. Les deux systèmes fonctionnent côte à oile à riiôpital Lariboisière.
Les salles d’hommes de cet hôpital sont ventilées par la propulsion mécanique; ce système a été inventé il y a un siècle et demi par Desaguliers (1754) qui employait dans ce but une roue à palettes enfermée dans une boîte. L’air pénétrait par l’axe de la roue et se trouvait propulsé dans un grand tube par le mouvement des palettes. Ce système a servi de point de départ à tous ceux qui ont été employés depuis.
L’appareil de Thomas et Laurens qui fonctionne à Lariboisière a pour élément caractéristique un ventilateur qui, mis en mouvement par une machine à vapeur, aspire de l’air pris dans un point élevé et le pousse dans un tuyau qui se ramilie dans toutes les pièces à ventiler; au moment où il entre dans les salles, cet air s’échauffe au contact des tuyaux de vapeur et des poêles à eau chaude.
On ajoute à cet appareil un fourneau d’office à feu nu, placé au rezde-chaussée de chaque pavillon, et dont la cheminée, montant des caves jusqu’aux combles, opère la ventilation des cabinets d’aisances par un appel établi au moyen d’un canal souterrain.
L’air est porté à chaque étage par des canaux en maçonnerie, couverts de plaques de fonte, dans lescjuels circulent des tuyaux à vaj>eur qui vont chauffer des poêles à eau, placés dans chaque salle. Il s’é- ‘ chappe par des grilles ménagées dans des plaques de fonte qui correspondent à l’intérieur des poêles. L’air vicié sort par des ouvertures d’appel disposées en haut et en bas des murs. D’après .M. Grassi, la moitié de Tair qui circule dans le tuyau porte-vent est puisée dans des caves, mais à l’aide de quelques modifications, on pourrait n’envoyer dans les salles que de l’air puisé à une grande hauteur dans l'atmosphère.
Les salles du premier pavillon reçoivent 152 mètres cubes d air |»ur par heure et par malade. Le pavillon n“ 2 reçoit 120 mètres euhes; le 5' pavillon, 88 mètres cubes. L’air sortant a donné à l’analyse 0,001 1 d’acide carbonique.
Enfin, lorsqu’on trouve l’air trop sec, ou peut facilement augmenter son degré hygrométrique par un courant de vapeur d’eau (jne I on injecte dans le ventilateur. On peut considérer ce système comme un type de la méthode par propulsion qui est employée dans un grand nombre d’édiliccs publics et d usines.
Il existe ])lusieurs autres systèmes dont nous no croyons pas utile de donner ici la description et dont le i)Ius important est celui de \an
VENTILATION
Ilecke. Une étude plus approfondie de ce sujet nous entraînerait au delà des limites qui nous sont imposées.
Le système par aspiration, depuis longtemps employé, a été considérablement amélioré par M. Léon Duvoir. Nous indiquerons plus loin les moyens de chauffage que comporte cet appareil. Disons seulement qu’au point de vue de la ventilation le procédé consiste surtout à faire arriver l’air chaud par la partie supérieure de la pièce, ce qui permet d’égaliser la température. Pour attirer l’air de haut en bas, on pratique une aspiration constante au niveau du plancher, à l’aide d’une bouche d’appel qui communique avec le foyer du calorifère. Los parties de l’édilicesiluéesà plus de 30 mètres de l’appareil sontventilées par des tuyaux particulière qui, partant du fond du réservoir supérieur, descendent dans un des angles des pièces échauffées et finissent par se réunir au retour d eau dans la partie intérieure de la chaudière. Ces tuyaux de ventilation sont logés dans une enveloppe de zinc percée d’ouvertures au ni-‘ veau du plancher des chambres. L’air vicié sort par là, se dilate au contact du tuyau d’eau chaude, et s’élève jusqu’aux combles où il est rejeté au dehors. Le reflux de l’air vicié d’une chambre dans une autre est empêché à l’aide de cloisons qui partagent la cavité intermédiaire entre 1 enveloppe de zinc et le tuyau en autant de compartiments qu’il y a de pièces à ventiler. Lorsque la température extérieure n’exige point de chauffage, comme en été, le système de M. Léon Duvoir permet encore de ventiler, 1 air frais étant appelé par le déplacement de l’air vicié dont la température est plus élevée. Au reste, en été, c’est par 1 ouverture des portes et fenêtres qu’on subvient le mieux aux besoins de la ventilation.
Les appareils de M. Léon Duvoir, tels qu’ils fonctionnent à Lariboisière, ont certainement l’inconvénient de ne fournir qu'une ventilation insuhisante. Heureusement que dans ce grand hôpital la disposition des fenêtres permet d’éviter les inconvénients qui résulteraient d’un pareil état de choses.
Dans les établissements chauffés par le gaz, les théâtres parexenqile, on profite de la chaleur que développe le mode d’éclairage pour venhler la salle.
On y parvient au moyen d’un tirage opéré par une cheminée d’appel placée au-dessus du lustre; la chaleur de celui-ci dilatant la colonne d’air •foi le baigne, en détermine l’ascension; les canaux de communication entre cette cheminée et le plafond des différentes loges contribuent au renouvellement de l’air de celles-ci; l’air nouveau qui vient du dehors remplacer celui qui s’écoule ne doit pas s’y précipiter de manière
50Ü llAIilTATIONS. — ÉÜIFICES. — HOPITAUX ET MATEIlNlTÉS,
à former des courants d’air incommodes; c’est pourquoi l’on divise les canaux destinés à le fournir de manière à le faire pénétrer dans la salle au-devant du plafond de chaque loge.
On devra faire en sorte que l’air introduit soit à 15“ et à demi saturé d’humidité.
Ce mode de ventilation peut sembler simple, mais le problème est bien plus complexe. M. Joly fait en effet remarquer que, si la ventilation est facile dans une enceinte close ordinaire, il n’en est plus de même du théâtre, cette capacité unique composée de trois autres capacités à températures très-différentes, la salle, la scène et les corridors.
M. Joly propose donc de rétrécir la cheminée du lustre au moyen de trappes mobiles, puis d’installer dans les sous-sols un petit moteur à gaz ou à vapeur de la force d’un ou deux chevaux pour aspirer l’air pur du dehors et l’injecter, au moyen d’une machine foulante, soit •dans les corniches, soit sur le devant des loges.
On arrive à un résultat satisfaisant par la méthode aspiratrice au nouvel Opéra, dans cette salle où plus de 2,000 spectateurs peuvent se placer. La ventilation y est produite par 14 calorifères à eau chaude et à air chaud donnant un renouvellement d’air équivalentà 80,000 mètres cubes par heure.
On a proposé de produire une aspiration par l’impulsion d’un jet de vapeur dans l’intérieur d’une cheminée. Le cône de vapeur met en mouvement une masse d’air qui représente 217 fois son volume. Cette méthode a été employée pendant quelque temps, à Londres, à la Chambre des pairs, mais elle est abandonnée aujourd’hui.
Enfin on a proposé d’extraire l’air vicié à l’aide d’une vis d’.\rchimède. Cette méthode est surtout employée dans les mines de houille. C’est ainsi que dans le pays de Galles, aux mines d’Abercarn, le ventilateur ayant 14 pieds de diamètre, lorsqu’il se produit 60 révolutions par minute, le courant d’air obtenu parcourt 782 pieds par minute, ce qui donne une extraction de 45,000 pieds cubes d’air.
Nous no poursuivrons pas plus loin cette étude. Ou’il nous suffise de faire observer que toutes les ventilations artificielles se rattachent a l’aspiration et à la propulsion, ou aune combinaison plus ou moins ingénieuse de ces deux systèmes.
Le chauffage intérieur des maisons et le simple fait de la présence de l’homme et des animaux élèvent leur température, en hiver, fort audessus de l’air extérieur; il en résulte une différence de densité qui est toujours utilisée par les architectes pour favoriser le renouvellement de l’air. 11 s’agit pour atteindre ce but de disposer convenablement
CIIAUFI’AÜE. 501
les ouvertures qui doivent servirai! passage de l’air, soit à l’entrée, soit à la sortie. Il n’entre pas dans notre plan de donner ici les règles qu’il convient d observer : elles sont connues des constructeurs et des architectes, et ne doivent point nous occuper ici.
CHAUFFAGE
Nous nous proposons, dans cet article, d’étudier rapidement les principaux moyens de chauffage employés dans notre pays. Celte question étant intimement liée <à celle de la ventilation, nous pourrons peut-être nous dispenser d’entrer dans d’aussi longs détails.
Le procédé primitil employé pour chaulfer les lieux habités consiste a allumer du feu sur le sol, au milieu de l’habitation, et à laisser la fumée s échapper par une ouverture ménagée dans le toit. C’est le procédé des Indiens d’.4mérique, celui des peuplades primitives et des sauvages que la rigueur de leur climat oblige à faire perpétuellement du feu. D après Darwin, les Fuégiens, ou habitants de la Terre de feu, Irés-incomplétement vêtus sous une température des plus sévères, cherchent à résister au froid par des brasiers allumés qu’ils transportent partout, et même à l’intérieur de leurs bateaux de pêche. Nos aïeux, en plein moyen âge, ne connaissaient guère de meilleur procédé. Une ouverture pratiquée au plafond laissait échapper la fumée d'un feu allumé au beau milieu de la salle. C’est beaucoup plus tard que l’usage des cheminées se répandit.
En Espagne et en Italie, on employait des brasiers, braseros, sortes üe bassines en cuivre dans lesquelles on brûlait du charbon. Il est évident qu’un tel procédé n’est applicable que dans les pays chauds, où le mauvais état des clôtures, et souvent l’absence de vitres aux fenêtres, permettent à 1 acide carbonique de s’échapper librement.
Chez les Ilomams, les habitations des riches étaient chauffées par le sol, dans lequel se trouvaient des tuyaux en briques traversés par la umee d’un foyer placé en contre-bas (lujpocaustum). Un procédé ana ogue est actuellement employé par les trappeurs américains pour réchauffer leurs lentes. On creuse devant l’entrée un trou peu profond qui aboutit à un tuyau souterrain ijui traverse le sol de la tente dans outc sa longueur, et qui s ouvre au dehors derrière celle-ci. On allume c feu, on le recouvre; et la fumée, s’échappant parla seule ouver-
uiequi lui est laissée, entretient une chaleur suffisante pendant une nuit entière.
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5ü2 HABITATIONS. — ÉDIFICES. — IIOI'ITACX ET MATEB.MTÉS.
Qiiaiil au.v cheminées, leur existence ne peut être fixée avec certitude avant l’année 1547. Une inscription trouvée à Venise, et portant cette date, nous apprend qu’un tremblement de terre en renversa un grand nombre. C’était là incontestablement un grand perfectionnement ; mais pendant tout le moyen âge la disposition des foyers était extrêmement vicieuse, la forme carrée du foyer ne se prêtait nullement à la réflexion du calorique. L’ampleur de la cheminée ne permettait guère à la chaleur de l’ayonner dans l’appartement : elle était entraînée pre.sque tout entière au dehors, et ce qui le prouve c’est qu'on prenait plaisir à installer des sièges dans l’intérieur de la cheminée elle-même pour jouir plus directement de la chaleur du feu. C’était probablement la seule place un peu chaude dans toute l’étendue de la salle.
Les progrès réalisés sous ce rapport ont complètement modifié l’état de la question. Nous allons indiquer les principaux appareils de chauffage employés en France, en discutant leur valeur comparative.
Le chauffage se fait par des cheminées, par des poêles, par des calorifères, par la circulation de l’air chaud, de la vapeur et de l’eau chaude.
Les cheminées se composent d’une cavité de forme variable adossée aux murs ou creusée dans leur épaisseur, et au-dessus de laquelle s’élève un tuyau qui monte verticalement, autant que possible, pour déboucher à l’extérieur. Nous avons vu plus haut que les cheminées sont un agent actif de ventilation; les gaz qui résultent de la combustion, plus légers que l’air en raison de leur température, s’élèvent rapidement et provoquent un appel d’air qui pénètre par tous les maljoints des portes, des fenêtres, etc. On peut aussi puiser l’air à l'extérieur par un tuyau spécial qui le verse en avant du foyer.
Le plus grave inconvénient des cheminées provient de la perte de calorique qui résulte de ce mode de chauffage. Nous ne voulons pas enlrcr ici dans les considérations de physique et de mathématique que soulève celle question; disons seulement que, d’après M. Coulier, la proportion de chaleur utilisée ne s’élève, pour le bois, qu’à 1/16 environ delà chaleur totale. Les 15/16 sont employés à chauffer l’air qui s’échappe par le tuyau. Le charbon de bois, le charbon de terre, et surtout le coke, utilisent 1/<S de la chaleur totale. Pour augmenter le rayonnement, on a placé autour du foyer des pans inclinés de fa'icncc blanche qui réfléchissent vers l’appariement le calori(|ue qui vient les frapj)er. Enfin l’usage des liùches économitiues rend de grands services à cet égard. Celles-ci s’échauffent au contact du combustible, et, comme son pou‘ voir rayonnant est considérable, elles transforment le calorique de contact (01 calorique' rayonnant, et par conséipienl utilisable. Ilicn n est
plus agréable que le chauflage par les cheiiiinces ouvertes; mais il n’est réellement pratique que lorsqu’on no vise pas à l’économie.
Lorsqu on veut utiliser une plus grande proportion de la chaleur iirodu.te, il aut recourir à d’autres appareils, et principalement aux ooé/cs. Ce sont des appareils de chauffage dans lesquels la combustion se produit dans une capacité close. La fumée s’échappe par un tuyau (lu’oii engage dans une cheminée ou qui traverse l’appartement. Leur disposition intérieure est toujours à peu près la même. Le combustible est rclenu par une grille qui laisse arriver l’air nécessaire à la combustion et laisse passage aux cendres. Une porte à coulisse établit la communication avec mr extérieur et permet de régler le feu. Plongé au milieu de 1 atmosphère d une chambre, le poêle, qu’il soit en maçonnerie en .uence ou en métal, rend à l’atmosphère une proportion beaucoup
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lauL les chemmees les mieux construites
J^US emprimtonsàM Co^^^ le tableau suivant dans lequel ou a >..su t le poids de combustibles nécessaire pour dégager une même
cCnîi re '’‘^PP''‘'^™’l«^ec différents appareils de
Cheminée ordinaire
— Rumford
— Desarneau . . . .
Poêle Curandeau, en tôle.
— Desarneau, lôle et fonte
Les poe/es mclalhques ont l’iiicouvénicnt de chauffer très-rapidcnent, ce cjui est quelquefois un avantage; mais comme ils n’ont point de réservoirs de calorique, la température s’abaisse très-vite dès que
ta lion, 0,1 coinl,n.«,o„ des |.„i,s,ièr«, orB«ni,|nes, soit
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■'Pherc cnlaiL‘’T“‘'°“
, en raison de son pouvoir toxique bien connu.
5Ct
lI.VniTATIOSS. — ÉDIFICES. — HOPITAUX ET MATERNITÉS.
Les poêles en terre ou en faïence different des poêles en nuHal par le peu de conductibilité de leur paroi et par la lenteur beaucouj) plus grande avec laquelle réchauffement se produit. Ces appareils donnent beaucoup moins de chaleur que les poêles en fonte, mais ont l’avantage de garderie calorique plus longtemps. C’est pourquoi, dans les pays vraiment froids, en Russie, en Suède, on leur donne la préférence. Dans l'Engadine on voit, au milieu de toutes les pièces d une habitation, un meuble en bois de forme carrée, qui va du haut en bas de la pièce ; c’est le revêtement extérieur d’un poêle qui règne dans toute la hauteur de la maison, et sert à y maintenir une température constante.
D’après Pcclet, le nom de calorifère doit être donné anx appareils qui puisent au dehors l’air qu’ils échauflent. Selon M. Coulier, ce nom doit être réservé aux appareils dans lesquels le foyer est loin de la pièce à chauffer, de telle sorte que la chaleur est portée du premier a la seconde. Le transport du calorique s’effectue en chauflant un gaz ou un liquide qui circule à l’aide de tubes dans l’intérieur des appartements. J1 existe quatre systèmes principaux : ce sont les calorifères à air, les calorifères à eau, les calorifères a vapeur, enfin les caloii-, fères mixtes.
Quelle que soit la méthode adoptée, les calorifères présentent le triple avantage de réaliser une grande économie de combustible, de ne jamais donner de fumée et de pouvoir entretenir une température égale dans toutes les pièces d’un grand établissement (hôpitaux, collèges, amphithéâtres, etc.).
Les calorifères à air chaud consistent essentiellement en un foyer placé dans le sous-sol et traversé par un tube qui aboutit d’une part à l’extérieur, d’autre part à l’intérieur des appartements. 11 font ménager, en outre, une sortie pour l’air vicié. 11 y a donc deux tirages distincts dans l’appareil : celui de l’air et celui de la fumée. S’il n'cxistait aucune fuite dans ces tuyaux, les choses marcheraient toujours régulièrement; mais c’est par les joints du tuyau à air, plus eu moins altéré par l’usage, que s'opère le mélange des deux gaz, et, suivant que l’un ou l’autre des deux tirages l’emporte, de l’air pénètre dans le foyer ou de la fuinée s’introduit dans l’air. 11 faut donc disposer les choses de telle sorte que le tirage du tuyau à fumée soit toujours le plus énergique, de manière à ce que les habitants ne puissent jamais être incommodés. On comprend facilement que l'air venu de l’cxlericur, au lieu de traverser simplement le foyer, devra faire, dans son intérieur, plusieurs circuits pour s’échauffer davantage; c’est donc surtout sur
CHAUFFAGE
I agencement des tubes et les circuits qu’on leur fait parcourir que repose la dilférence entre les principaux appareils fondés sur le principe de 1 air chand. Il nous paraît inutile d’entrer ici dans de plus grands details , nous ne voulons point sortir des limites de l’hygiène proprement dite.
Notons seulement que les calorifères à air les mieux construits présentent, au point de vue de l’hygiène, toutes les qualités et tous les défauts des poêles. Construits en maçonnerie, ijs s’échauffent lentement, mais conservent longtemps la chaleur, même après l’extinction des feux. Sont-ils construits, au contraire, en tôle ou en fonte, c’est le phénomène inverse qui se produit. Leur principal défaut consiste à dessécher 1 air trop énergiquement. On lutte contre cet inconvénient par une variété d appareils qui ne peuvent y remédier que très-imparfaitement. On leur reproche d’ailleurs de dégrader les appartements, en laissant déposer de la vapeur d’eau condensée sur les carreaux des fenêtres, ainsi que sur les murs. Aussi les constructeurs sont-ils peu favorables à leur emploi.
Les calorifères à eau chaude sont à haute ou à basse pression, selon qu’ils communiquent ou ne communiquent pas avec l’atmosphère.
Supposons une chaudière en cuivre, se terminant à sa partie supérieure par un vase ouvert. Un tube part des parois de cette chaudière pour se répandre dans l’appartement et finit par revenir en un point inlerieur de ce même réservoir. Lorsqu’on chauffe l’eau contenue dans 1 appareil, elle s’élève dans le vase d’expansion, pénètre dans le tube supérieur, le parcourt dans toute son étendue et revient à la chaudière après avoir perdu la plus grande partie de sa chaleur. On peut faire décrire au tube à eau chaude une série de courbes variées qui diri-mnt 1 eau .sur les points où elle est utile. Enfin, lorsqu’on veut obtenir°une cia eur plus élevée sur un point, on peut contourner le tube en spirale de manière à accumuler la chaleur à l’endroit voulu. Cette disposition porte nom àe poêle d'eau. On entoure le tube contourné un cylindre en fonte ou en tôle; on ne doit pas employer le cuivre po I qui réduit considérablement la force de rayonnement.
Ce système offre de nombreux avantages. En effet, la chaleur spéciique e 1 eau étant très-grande, elle est éminemment propre à remplir le r(Mc de réservoir de chaleur. Le tableau suivant, que nous enipruntoiis üulier, met en lumière cette propriété avec la dernière évidence.
ILVniTATIONS. — ÉDIFICES. — HOPITAUX ET MATEIîMTÉS.
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