P K ÉTAGE
Résumer en quelques lignes l’objet, les limites et la portée d’une science, est toujours une entreprise dil'licile, et, à mon sens, peu profitable, surtout quand il s’agit d’une élude aussi vaste et aussi complexe que celle de l’bygiène. On ne s’étonnera donc pas de ne point Irouvcr ici l’énumération de toutes les définitions qui on ont été données jusqu’ici, et peut-être le lecteur nous saura-t-il gré de ne ]>as venir, à notre tour, lui en proposer une nouvelle.
L’bygiène, a-l-on dit, est l’art de conserver la santé; mais, au seuil même de la question, nous nous heurtons à une première difficulté, et qui en soulève toute une série d’autres. Qu’est-ce que la santé? qu’est-ce que la maladie? Où commence l’une? où finit l’autre? Eternelle et vide querelle de mots, dans laquelle nous nous garderons bien de nous stériliser.
Que pen-ser aussi de ces divisions surannées en « sujet de l’bygiène, matière de l’bygiène, etc., » que l’on trouve dans presque tous les traités classiques, et qui donnent une allure pédante et scolastique à une science vivante et jeune entre toutes? Il est temps, ce nous semble, de renoncer définitivement à toutes ces subtilités.
D une façon générale, l’hygiène peut être envisagée sous deux points de vue différents.
Pour les uns, .se tenant strictement à l’acception étymologique (•jyieta, santé), elle se borne à l’étude des moyens dont nous disposons pour conserver la santé, c’est-à-dire pour éviter les ma-
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PRÉFACK.
ladies: l’hygiène ne sérail donc, à [tropreincnl dire, que de la prophylaxie pure el simple.
Il est une autre manière de comprendre l’hygiène, plus haule et plus large. Avec elle le programme de celle science s’étend singulièrement; il ne s’agit plus d’un hul purement préventif et prophylactique, d’un rôle surtout défensif : tout ce qui peut conduire à l’amélioration de l’homme, à l’accroissement de son bien-être physique et moral, de son activité somatique et intellectuelle, devient du ressort direct et légitime de l’hygiène. Ainsi envisagée, elle franchit les limites étroites de la médecine; el la biologie, l’anthropologie, la législation, l’histoire entière de l’humanité, se réunissent pour constituer le fonds et comme le domaine propre de celte science. Tout ce qui touche à l’homme appartient à l’hygiéniste ; il n’a le droit de se désintéresser de rien, et il peut s’appliquer la pensée du poète ; Nil hummi a me alienum puto.
Vaste et séduisante entreprise, qui a tenté tous les philosophes, depuis Platon jusqu’à Fourier, et qui ne vise à rien moins qu’à formuler les lois générales que reconnaissent le progrès el la civilisation. Énoncer un tel programme, c’est indiquer du même coup combien il est difficile à réaliser, et tout en l’acceptant dans sa généralité, et comme résumant la tendance même de l’hygiène, il faut s’appliquer, selon nous, non pas à élargir un cadre déjà naturellement immense, mais au contraire à le restreindre en le précisant. Il nous convient de faire œuvre de médecin et de biologiste, et non de philosophe ou de réformateur ; et pour cela, abandonnant les horizons trop vastes, nous devons nous borner aux problèmes prochains et immédiaLs que soulève notre science. Ainsi réduite à des proportions plus modestes, la portée réelle de l’hygiène n’en est pas moins considérable, et bien faite pour effrayer les esprits même les plus robustes.
A tout prendre, l’hygiéniste ainsi que le philosophe poursuivent un seul el même but, qui est le bien, 1 amélioration de 1 es-
pèce humaine; mais si le but est commun, bien différents sont les moyens à l’aide de.siuels l’un et l’autre cherchent à le réali-