IV. CLIMATS FUOIDS
Les climats fi'oids onl pour limites les lignes isothermes de -h 5 et de — 5“. Dans l’hémisphère nord l’isotherme de — 5" commence par 60’ de latitude (longitude 180°), traverse le détroit de Behring, suit la
CUMATOl.OdlK.
côte arctique de l’Amérique jusqu’à reinboucliuredu fleuve Maclicnzic, s’abaisse ensuite vers la baie d Hudson, sort de rAniériquc par la aàte nord du Labrador, et traverse le délroit de Uavis pour entrer dans le Groenland.
De Frederikshaab au golfe de l’Obi (Russie), elle forme les deux côtés d’un angle dont le sommet serait à la pointe sud du Spilzberg. En prolongeant le côté droit de cet angle depuis rembouebure de l’Obi jusqu’à Okhotsk, on a le parcours de cette ligne isotherme sur le continent asiatique ; elle rejoint ensuite le détroit de Behring, en lai.ssant dans le sud le Kamtschatka et touchant l’embouchure du fleuve Anadyr.
L’isotherme de — 5“ dans l’hémisphère sud n’est pas encore connue.
En Europe, l’Islande, le nord de la presqu’île Scandinave, la La|)onic et la Russie septentrionale; en Asie, la Sibérie et le Kamtschatka; en Amérique, l’Amérique russe et la Nouvelle-Bretagne, le Labrador, le Canada et l’île de Terre-Neuve, sont compris dans la zone des climats froids de l’hémisphère nord. Dans l’hémisphère sud, ces climats ne couvrent guère que la mer et quelques terres désertes ou peu connues : îles Powell, Shetland du sud, terres de Graham, de Palme, .Amélie, Louis-Philippe.
La moyenne hibernale de température sè maintient au-dc.ssous de 0“ et descend sur certains points jusqu’à — 27", la moyenne estivale oscille suivant les lieux entre 6 et 20°. Dans une même localité, l’amplitude des oscillations annuelles peut dépasser 53". La température sous les climats froids permet la culture de certaines espèces végétales, et la terre peut encore y nourrir ses habitants. On parvient même, dans une certaine mesure, à y acclimater les céréales ; le gouvernement russe et le gouvernement danois ont fait dans ce sens de louables efforts, l’un en Sibérie, l’autre en Islande. Le printemps et l’automne ont disparu, ils se confondent avec l’été qui a lui-même une durée fort courte. Dans la Laponie suédoise il est de deux mois : la nei'm fond à la lin de juin et reparaît à la lin d’août. Durant ces deux mois, la végétation suit son cycle régulier avec une rapidité surprenante. En Russie, le printemps apparaît en quelques jours.
Eu Islande, les jours dépassent vingt heures. A une latitude plus élevée, il y a une période durant hniuclle le soleil ne se couche pas; il s’a|)'proche de l’horizon vers minuit, mais il se relève hientôt pour décrire un nouveau cercle. Plus tard, il disparaît quelques instants, puis le temps de sa retraite se prolongeant, la durée du jour décroît jusqu’à l’approche de l'hiver ; le soleil décrit alors des arcs de cercle de
CUMATS FROIDS.
plu.s en plus petits; enfin, il cesse de se montrer et le pays reste plongé dans l’obscurité; ces longues nuits sont ordinairement illuminées par l’éclat des aurores boréales. M. Rochard les a observées à la cote de Terre-Neuve sous le cinquantième parallèle. Les pluies sont rares et remplacées par la neige. On observe très-peu d’éclairs. Un silence profond règne sur ces immenses étendues couvertes d’un manteau de neige ou de glace, ou d’une végétation presque aussi tri.ste.
On ne rencontre pas, dans ces régions, de ces endémies redoutables qui sévissent dans les zones torrides. Cependant quelques accidents y sont comparables à ceux des pays chauds.
Pendant l’été, les baies de Saint-Pierre de Miquelon sont infestées par une légion de moustiques dont les piqûres' déterminent une vive inflammation avec un œdème circonscrit. E. Cheval cite un cas de mort provoquée par ces piqûres. Pendant la saison chaude, les moustiques infestent les régions les plus froides de la Sibérie; un voyageur américain prétend que sur les bords de l’Anadyr les froids rigoureux de l’hiver sont moins pénibles à supporter que les piqûres de ces insectes. Les fièvres paludéennes sont rares et ne s’observent qu’en été, dans les points où la moyenne estivale s’élève jusqu’à 15°.
D’après Mühry, on pourrait admettre comme limite de la malaria en Asie la ligne qui passe par tous les points dont la température moyenne estivale est de 20° et dont la température annuelle est supérieure à 2°, 5. La fièvre paludéenne règne dans certains points de la Sibérie méridionale.
D’après M. Rochard, elle ne remonte pas au delà de l’isotherme de --I- 5°. Sa limite boréale peut être représentée par une ligne partant de Québec pour atteindre la côte de Norvège à la hauteur du degré. La fièvre est inconnue dans le Nord, aux Hébrides, aux Orcades, aux Shetland; il n’y en a pas un cas en Islande, ainsi que l’a observé Torteinson, médecin islandais, qui ne l’a vue que chez des marins étrangers ou des voyageurs. Des médecins de notre marine ont également constaté que la fièvre intermittente guérit rapidement en Islande.
L’influence du froid engendre une espèce d’ophthalmie particulière aux régions polaires et que l’on nomme ophlhalmie des neiges elle est déterminée par 1 éblouissante blancheur du sol et occasionne à la longue des lésions plus ou moins sérieuses de la vision. On l’observe en Sibérie; il ne faut pas la confondre avec les inflammations chroniques des yeux, auxquelles sont sujets les habitants des îles Aléoutiennes et qui ont pour cause l’atmosphère enfumée des huttes. Cependant les indi-
CLIMATOLOGIE
gènes (le In Sibérie jouissent d’une acuité visuelle extraordinaire, et qui dépasse celle des autres races humaines.
La grippe, acquiert dans ces hautes latitudes un degré de graviU; inconnu dans nos pays. A 1 île Sitka il se déclare chaque année une épidémie de grippe. En Islande, l’influenza appelée guef dans le pays règne à peu près tous les ans. Aux îles léroë, la srippe {hrugm) se montre au moins une fois par an. En 1858 sa manifestation épidémique doubla presque le nombre moyen des décès.
La phthisie paraît beaucoup moins fréquente qu’on ne l’a cru sous les climats froids. Cependant d’après E. Cheval, à Terre-Neuve, les pêcheurs vivant au milieu de conditions hygiéniques déplorables, sans cesse mouillés par l’eau de mer et les pluies, contractent des bronchites qui sont trop souvent le prélude de la phthisie pulmonaire; d’après Gras, la phthisie serait à Miquelon plus redoutable qu’aucune autre maladie : il faudrait lui rapporter les trois quarts de la iportalité de cette île.
Aux îles Aléoutiennes, la majeure partie des métis de Russes et d’Aléoutiçnnes, épuisés par la débauche et l’ivrognerie, meurent de phthi- .sie. Au Canada les Indiens y sont sujets ; suivant Landry de Québec, la population métisse du bas Canada, provenant du croisement des .Anglais et des Indiennes, serait sérieusement éprouvée ; mais d’un autre côté la phthisie au Canada est plus rare sur les troupes anglaises en station, que dans le Royaume-Uni. Dans les populations blanches du haut Canada, elle est, dit-on, presque inconnue (Orton.)
On ne l’observe ni aux îles Féroé, ni dans le Finmark. Enfin, à Pétersbourg même, elle est, d’après Dubois d’Amiens, beaucoup plus rare qu’en Angleterre. Toutefois, selon M. Rochard, il ne faudrait pas conclure de ces faits que le séjour de ces contrées puisse convenir aux tuberculeux nés sous un climat plus doux.
Pendant un séjour de quelques mois que la frégate la Psyché a fait dans la mer Rlanclie, en 1855. Gallerand a vu l’état de ces phthisiques s’aggraver rapidement. Par contre, les habitants des régions polaires deviennent tuberculeux lorsqu’on les transporte dans des climats plus tempérés : c’est ainsi que les Esquimaux deviennent phthisiques à New- York.
Ces faits et d’autres pourraient, dans une certaine mesure, justifier la conduite des médecins américains et allemands qui envoient souvent les poitrinaires dans des pays extrêmement froids, mais à température peu variable. On sait que la station de Saint-.Moritz. dans I Engadine, jouit d’une faveur toute particulière à cet égard. En Amérique,
on envoie depuis longtemps les phthisiques à Saint-Paul, dans le Minnesota, où règne un froid excessif, mais régulier. Cette petite ville, qui compte aujourd’hui plus de 20000 habitants, est peuplée de médecins phthisiques, d’avocats phthisiques, de pasteurs phthisiques et de poitrinaires de toutes les professions, venus de tous les Etats de l’Union Américaine, et qui ont fini par s’y acclimater et jouir d’une assez bonne santé. Il est évident toutefois que les climats rigoureux ne sauraient convenir à tous les poitrinaires, et qu’il y a, sous ce rapport, des catégories bien tranchées à établir.
Le rhumatisme et la goutte sont aussi des affections beaucoup moins communes dans les pays froids que dans les climats tempérés.
On voit donc que le froid, porté à un degré excessif, produit sur l’économie des accidents d’une tout autre nature que lorsqu’il agit, pour ainsi dire, à faible dose. Dans les climats tempérés, il semble produire surtout des affections thoraciques et rhumatismales; dans les pays vraiment froids, au contraire, lorsqu’il frappe, il tue : c’est la mort par congélation. Cet accident, qui se produit dans tous les pays froids, se montre en Islande avec une certaine fréquence. On constate aussi, sous la moindre influence, des troubles cérébraux et une sorte de délire particulier.
En Laponie, un jeune officier du navire sur lequel était Gallerand s’égara dans les neiges, aux environs d’IIammerfest. Lorsqu’on le , retrouva mourant de froid et de faim, il était en proie à ce que l’on pourrait appeler le ragle des neiges, à des hallucinations.
Gmelin a désigné sous le nom de tara de Sibérie une maladie épidémique contagieuse qui règne ordinairement aux mois de juin et juillet dans la ville de Tara et sur les bords de l’Irtisch. .Aux îles Shetland, Samuel Hilbert (1822) parle d'une maladie convulsive qui s’y perpétue depuis un siècle. 11 s’agit d’une chorée épidémique par imitation ; ce sont les femmes qui en sont le plus souvent atteintes.
Schleissner a décrit en Islande, sous le nom de handardofi ou naladofi, une espèce de névralgie de la partie extérieure des bras, affectant surtout les femmes. La douleur est aiguë ou brûlante, elle se propage le long du bras; si l’accès se prolonge, il survient une sorte d’anesthésie de la peau et de paralysie du muscle. N’est-ce pas là tout simplement une névralgie ou une névrite du plexus brachial?
La maladie hydatique atteint en Islande un degré de fréipience qu’elle ne présente dans aucune partie de l’Europe. D'ajirès certaines évaluations I individu sur 7, et même sur 6, en est affecté. D’après d’autres,
''f*'"' CMMATÜI.OfilE.
In proportion ne sernil que de 1 sur 20; mais celte moyenne est beaucoup au-dessous de la réalité (Iljaltelin) .
bien que le foie en soit le siège le plus ordinaire, on trouve des hvdatides dans tous les viscères abdominaux ; dans les plèvres, dans les poumons, dans la cavité crânienne et même sous la peau.
Ce mal est beaucoup plus fréquent dans l’intérieur du pavs que sur les côtes; il est commun aux deux sexes (Guérault). On pourrait l’attribuer à 1 usage presque exclusif du poisson séché comme nourriture.
Le scorbut autrefois endémique, paraît-il, aux îles Féroé est, d’après Manicus, devenu excessivement rare (Hirsch). Toutefois, il est répandu à Touroukhansk (Sibérie), et s’observe dans la région glaciale de la Sibérie, particulièrement au printemps; on a remarqué que les Tongouses étaient moins souvent atteints que les Ostiakes. Le remède populaire contre cette maladie est le sang du renne ou de tout autre animal, que l’on boit chaud.
En Islande, Nielly appelait ulcère du sel, ou des saleurs, une ulcération de couleur noire cendrée, sèche, le plus souvent indolore, ayant son siège à la pulpe des doigts. Il n’existe que chez les saleui-s de morue, et ne guérit qu’autant que le malade renonce à sa profession.
On a signalé aussi chez les hommes des hâtiments de pêche un ulcère de nature particulière que ces pêcheurs appellent fleurs d'Islande. Il se développe sur les mains et les avant-bras ; c’est une sorte de pemphigus dont les bulles apparaissent sous les manchettes de cuir avec lesquelles ils se recouvrent les avant-bras, pour les protéger contre le frottement de la ligne de pêche (Chastang).
On a observé en 177Ü et 1780, au Canada et principalement à la baie Saint-Paul, une endémo-épidémie que l’on avait décorée du nom de maladie nouvelle et qui n’est autre, comme l’admettent M.M. Rollcl et Rey, qu’une maladie syphilitique. Elle se communique souvent en dehors de tout rapport sexuel et plus volontiers à la période secondaire, c’est-à-dire quand les accidents syphilitiques ont envahi la bouche et le gosier. Les habitants appellent cette maladie le mal anglais, parce qu’ils prétendent la tenir des Anglais. On la connaît à la baie de Saint- Paul sous le nom de maladie des eboulements -, à Roucherville, sous celui de lustra cruo, et à Sorel, sous celui de mal de Chicot; dans plusieurs districts on l’appelle simplement le mauvais mal, ou le vilain mal (Swediaur).
CMMATS PnUIRES.