CHAPITRE PREMIER
MATRIMOM.VLITÉ
BiBLioGnAMiiE. — Statistique de la France. — Mouvement de la population pendant ta période de 1861-65, et les recensements de 1856-1861-1866. — Statistique de population des divers états de l'Europe. — Statistique internationale (population) publiée par Quetelet et llEBScnuxo. 1865. — Bertillon. Art. Mariage (Dict. encyclopédique.)
Le mariage intéresse l’hygiéniste par des côtés multiples. Après avoir fixé son degré de fréquence, l’état civil et l’àge des conjoints, nous aurons à faire ressortir l’influence exercée par le mariage sur la santé, la criminalité, l’aliénation mentale, le suicide et la mortalité.
FliÉOUCNCE DO MARIAGE.
M. Bertillon a fait observer que les statistiques ayant, pour but de déterminer la proportion relative des- mariages dans un pays, n’avaient de valeur qu’autant qu’elles portaient, non sur le nombre des mariages en rapport avec la population générale, mais seulement a\ec la population mariable (de 15 à 60 ans).
En effet, comment établir une base d’après rcnscmblc d’une population, lorsque dans certains pays, comme par exemple la Prusse, la Jloimrie, l’Espagne, il y a un nombre considérable d’enfants; que d’auU-es contrées, la France par exemple, présentent une proportion
plus grande de vieillards? .
Faisant donc subir aux statistiques d’ensemble ces éliminations nécessaires, M. Bertillon a pu déterminer les chiffres suivants :
En Angleterre, 14,76 mariages par 1000 habitants; l’élimination faite en outre de la population étant à l’état do mariage, le résultat
MATRIMONIALITE.
est de 64 mariages sur 1000 habitants mariables ; tel est le chiffre définitif indiquant l’aptitude matrimoniale de l’Angleterre.
La France est représentée par 57,2 ; le département de la Seine par 52,9 ; le Danemark 58,6 ; la Belgique 42,7 ; les Pays-Bas 52,5 ; et la Norvège 55,7 (voy. article Mariage, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, premier tableau).
La moyenne annuelle des mariages en France pour chacune des sept périodes quinquennales de 1851 à 1865 est la suivante : 259,754 — 272,552 — 282 7o5,— 277942,— 280 759,— 294864, — 296 525. 11 y a donc comme on le voit un accroissement évident, mais l’augmentation est beaucoup plus sensible dans d’autres pays; l’Angleterre donne la moyenne suivante: 118061, — 119495, — 128 226, — 142875, — 1 5 7 869, -162475,-175 421 .
M. Bertillon a montré d’une façon saisissante cette différence dans ce tableau :
ÉTATS
PÉRIODES
1853-18i0jl840-1845
France. . .
Angleterre.
Il résulte de la Statistique de la France (nouvelle série) publiée par le ministère du commerce, qu’en 1869, le nombre des mariages, exclusion faite de l’Alsace-Lorraine, a dépassé celui des dix années précédentes. En 1870, ce nombre a subi une diminution considérable (1870, 225 705 ; 1869, 505 482) ; cette situation a pris fin avec la guerre, et, sans atteindre leur chiffre primitif, les mariages se sont accrus dans une assez forte proportion. On en compte en 1871 262 476. ’
Le nombre des mariages contractés en 1872 s’est élevé à 552 754, soit 0,98 pour 100 habitants. C’est le chiffre le plus élevé qui ail été atteint dans notre pays, même aux époques les plus prosperes, cai jamais la proportion des mariages n’avait dépassé 0.8- pour 100, mais il ne faut pas oublier qu’en 1870 l’appel de tous es ce ibataiies sous les drapeaux avait fait descendre ce rapport à
, , et qu en 1871, année où s’est tei'minée la guerre, ce rapport ne
s est e evé qu à 0,72. Beaucoup d’unions ont été alors retardées et se sont accomplies en 1872.
38 DÉMOCnAPHIE.
Dans le département de la Seine, l’insurrection de la Commune a suspendu la progression que l’on y observait depuis plusieurs années, et produit un mouvement rétrograde qui ne s’est arrêté qu’après la fin de 1871 . Ainsi, en 1870, ce département, qui avait fourni 16 702 mariages, n’en a donné que 14 714 en 1871.
C’est le département de la Seine qui, à population égale, fournit le plus grand nombre de mariages (1872, 1,13 pour 100 habitants).
Mais cela tient uniquement à ce qu’on y compte relativement plus d’adultes, c’est-à-dire un plus grand nombre d’individus aptes à se marier. Dans le département de la Seine, la proportion est de 33 pour 100, tandis qu’elle n’est que de 23 en province. Si au contraire, on recherche l’aptitude au mariage de la population mariable, on trouve pour 100 mariables, 7,0 mariés dans le département de la Seine, et 8,1 mariés dans les autres départements.
Les chiffres mensuels de 1869, comparés à 1871, dénotent d’une façon évidente l’influence inverse de la guerre et de la paix au commencement et à la fin de 1871.