TYPHUS
qu il a envahi et qu’il se montre dans les grands ports de l’.Angleterre et dans l’Amérique du Nord.
De son deu.xième foyer européen, la Silésie, le typhus rayonne vers les côtes russes de la Baltique, la Prusse orientale, la Suède et le Danemark.
Pendant la guerre de Crimée, les armées rus.^es et alliées furent décimées par le typhus qui fut importé jusqu’au Val-de-Grâce par nos soldats, mais ne prit pas pied en France. En 1868, à la suite de la famine, 1 Algérie fut ravagée par une épouvantable épidémie typhique. Pendant la dernière guerre, le typhus ne s’est montré ni à Paris, ni à Metz, non plus chez les assiégés que chez les assiégeants.
Autant la contagion de la lièvre typhoïde est faible et obscure, autant celle du typhus est éclatante ; dans les hôpitaux et dans les armées en campagne, la maladie éprouve cruellement les médecins et les infirmiers. En Crimée, sur 456 médecins, 58 sont morts du typhus; en Irlande, dans une période de 25 années, sur 1220 médecins attachés aux établissements publics, 566 ont été frappés du typhus; 152 en sont morts (Murchison). Le séjour prolongé dans un foyer favorise la contagion, mais celle-ci s'observe aussi à la suite de quelques instants de visite et par le simple fait de traverser une salle. Les linges, les vêtements (J. Iranck) peuvent être le véhicule du contage.
Les conditions qui favorisent la propagation (et qui peut-être déterminent I éclosion) du typhus sont la misère, l’encombremeut, les souffrances physiques et morales (typhus de la faim, des prisons, des navires). La di.ssémination des malades amène l’extension de l’épidémie.
Les circonstances que nous venons d’énumérer sont-elles purement adjuvantes, ou bien peuvent-elles, soit réunies, soit isolées, engendrer de toutes pièces le typhus? Telle est la question encore en litige. Pour un certain nombre d’auteurs, Budd, M. Chauffard, et récemment Lebert‘, le typhus ne naîtrait jamais spontanément ; et lorsqu’il se développe, ce serait toujours à la suite d’une importation ; la faim, l’encombrement ne seraient là que comme causes prédisposantes et adjuvantes. .Malgré le talent et l'autorité de ses défenseurs, cette opinion est difficilement soutenable, et les arguments sur lesquels elle repose prêtent à la critique. Si le typhus, pendant la dernière guerre, n’a éclaté ni à Paris ni à Metz, malgré l’encombrement et les privations, cela ne prouve point qu’il ne puisse prendre naissance sans importation. mais simplement que dans ces villes toutes les conditions nécessaires à sou éclosion n’étaient pas réunies.
' Art. Flecktif])luts, in Ziemssen'a Uandbuch, t. II, !'• partie, p. 304.
MAI/ADIES VI mil, ENTES ET MIASMATIQUES.
Sans (louln, les épidémies de l’Angleterre, des Klats-Unis, peuvent s’expliquer par des importations irlandaises, et celle de Crimée |>eut être rattachée, par l’intermédiaire des Russes, à l’endémie silésienne. Mais l’épidémie famélique d’Algérie (1868), les épidémies du hagne de Toulon, des prisons de Reims (Landou/y), de Strasbourg (Forget), où certes l’importation ne joue aucun rôle ; celles que l’on a maintes fois vues naître à bord des vais.seaux en pleine mer, alors qu’aucun malade n’avait pu apporter le germe morbide, tous ces faits militent bien en faveur de la possibilité d’une génération autochthone du typhus. Cette opinion est, du reste, celle que professent des hommes éminents, notamment Griesinger, M. Fauvel et M. Rouebardat.
Existe-t-il, pour le typhus, comme on l’a prétendu, des immunités de races? cela est peu probable. Si le typhus est endémique en Irlande et en Silésie, cela tient à la misère et à la mauvaise hygiène de ces populations, bien plutôt qu’à leur origine.
Le typhus est une des maladies contre lesquelles l’hygiène a le plus de prise. C’est surtout dans les grands encombrements, dans les armées, dans les villes assiégées que la maladie éclate, et son éclosion peut être prévenue par la bonne installation des tentes et des habitations, par une alimentation convenable, en un mot par les précautions banales qu’enseigne l’hygiène courante. Quand le typhus a fait son apparition, c’est à sa propagation par contagion qu’il faut s’opposer. Pour cela, il faut isoler les typhiques dans des hôpitaux spéciaux où l’ou ne placera ni blessés, ni autres malades. On sait, en effet, combien dans les hôpitaux où ces mesures ne sont pas appliquées, sont nombreux les cas intérieurs. C’est ainsi que M. Fauvel donne, pour les hôpitaux de Constantinople, pendant un seul mois (février) le chiffre formidable de 1255 cas intérieurs de typhus, le nombre total des cas étant de
Le personnel hospitalier, autant que possible, devra se recruter parmi des sujets ayant déjà subi la maladie, et par conséquent, ayant acquis à peu près une immunité certaine.