CHAPITRE IX
TIlICaiNOSE
La trichine enkystée dans les muscles de riioimne fut signalée jiour la première fois, en 1855, par Hilton. Üwen, Ilristowe, Rainey. llenlc, Leydy, Luschka. Leukekart et Küclicnmeister, etc., rétudièrenl au point de vue de l’iiistoire naturelle, et en constatèrent l’existence chez le porc, le rat et d’autres animaux. Mais jusque-là on n’y atUichail (ju’un intérêt de pure curiosité. Aussi grand fut 1 émoi dans le monde médical, (piand en 1800 Zenker montra que la présence de ce nématode dans le corjis de l’homme provoque une maladie des plus graves.
TltlCHTN'OSE.
souvent mortelle, la trichinose. Le professeur de Dresde établit avec une perspicacité remaiapiable non-seulement l’histoire clinique et anatomo pathologique de cette nouvelle maladie, mais encore les conditions étiologiques dans lesquelles elle se développe; et les travaux ultérieurs de Virchow, de Lcuckart, de Pagenstecher, ainsi que l’étude des différentes épidémies de trichinose, sur lesquelles nous aurons à revenir, confirmèrent, tout en les conq)létant, les données premières étahlies par Zenker. Pour certains auteurs, les épidémies de suette anglaise, et de cette aifection mystérieuse qui porte le nom d’acrodynie (Leroy de Mericourt), ne seraient autres que des épidémies de trichinose méconnues.
La trichinose est une maladie provoquée chez l’homme par l’ingestion de la viande trichincuse du porc. On sait que la trichine (trichina spiralis, Owen) est un nématode bisexué, dont la femelle, plus grande que le mâle, donne naissance à un grand nombre de larves vivantes qui percent l’intestin et font invasion dans les muscles striés. Elles pénètrent dans la gaîne du sarcolemmect développent autour d’elles une véritable myosite aboutissant à l’enky.stement du ver. Le plus souvent l’enveloppe du kyste devient calcaire, et alors il apparaît sous la forme de petits points blancs jaunâtres, visibles cà 'l’œil nu et tachetant le muscle. C’est là la trichine musculaire, enkystée, telle qu’on la rencontre dans la viande trichineuse du porc, telle qu’on la rencontre aussi dans les cas de trichinose anciens, guéris, de l’homme. Si l’on fait ingérer à l’homme (ou expérimentalement à un animal) de la viande ainsi altérée, le suc gastrique dissout la capsule d’enveloppe de la trichine; celle-ci se sexué dans l’intestin, s’accouple et donne naissance à une couvée de petits qui traversent les parois intestinales, émigrent dans les muscles et s’y fixent, passant aussi par les mêmes phases et les mêmes migrations que les trichines mères.
L’ingestion de viande trichineuse |)rovoquechez l’homme une série de manifestations morbides qui correspondent, pour ainsi dire, exactement aux diverses étapes du pullulement parasitaire. La trichinose humaine, en effet, consiste en un premier stade d’entérite, coïncidant avec le développement des trichines ingérées; vient ensuite un deuxième stade, stade de myosite, qui répond à l’émigration des jeunes couvées de larves trichineuses ; enfin, l’on peut admettre dans les cas (jiii ne sont ])as mortels et qui arrivent lentement à guérison, un troisième stade, amenant l’enkystement définitif du nématode.
Nous n’avons pas à entrer ici dans le détail des symptômes de la maladie trichineuse de l’homme, symptômes qui se rapprochent de la
MALADIES VIRULENTES ET MIASMATIQUES
lièvre lyplioïtle cL du rhumatisme articulaire aigu, affections avec lesquelles la Iricliiiiosc devait surtout être confondue avant les travaux de Zeuker. Ou sait que ce fut sur une jeune (ille entrée et soignée à l’hôpital sous la rubrique de fièvre typhoïde, que Zenker, alors occujté a rechercher la moysite typhique, constata le premier fait clinique de trichinose aiguë chez l’homme.
La trichinose humaine résulte toujours de l’ingestion de la viande trichineuse du porc. C’est une maladie assez commune chez cet animal, surtout dans certaines contrées, dans l’Allemagne, dans l’Amérique du Nord. Dans la ville de Brunswick, où l’examen microscopique de la chair de tout porc abattu est pratiqué, sur 95 099 porcs examinés de lî>ü6 à 1872, on trouva 18 sujets trichineux (soit 1 sur 51 72) ; à Blankenburg, dans le même espace de temps, sur 17 955 porcs, 7 trichineux (soit 1 sur 2562). En Suède, la proportion des porcs Irichinosés parait osciller entre 0,58 à 1,6 pour 100 (Axel Key).
Dans l’Amérique du Nord la race porcine paraît être atteinte dans des proportions plus graves encore, et le fait intéresse même les Européens, vu l’importation de plus en plus grande de jambons de provenance américaine. Sur 622 jambons américains examinés à Rostock, 12 furent trouvés trichineux; en 1875, à Brème, 40 personnes furent atteintes de trichinose pour avoir mangé d’un jambon d'importation américaine.
Il est du plus haut intérêt de connaître la façon dont le porc devient trichineux. On a remarqué que dans les foyers de trichinose les rats sont fréquemment trichineux; on a supposé que le porc qui, comme l’on sait, est omnivore, gagnait la maladie en mangeant les rats. C’est Leuckart surtout qui s’est fait le défenseur de cette opinion. Mais Zenker, par des recherches attentives, montra que cette théorie est erronée, et qu’en réalité c’est le porc qui est, par excellence, l'animal trichineux et que c’est lui qui est la source où l’homme, ainsi que le rat et léchât, puisent la maladie. En effet, c'est surtout dans les endroits où le rat est en contact avec des détritus animaux, chez les rats d’équarrissage, de boucherie, (jue la trichinose est fréquente, ce qui prouve bien qu’il gagne et non pas qu’il donne la maladie. C’est ain.<i que les rats vivant dans les enclos d’équarrissage sont trichineux dans la proportion do 22 |)our lÜO; les rats de hourherie. dans celle de 2.5 pour 106; les rats pris au hasard uu peu partout, .seulement dans la proportion de 0,5 pour 100.
Il est probable (juc la trichinose se perpétue et se transmet chez le porc j)ar le fait qu’il dévore tout ce <pi d trouve, des déchets de viande,
TRICHINOSE .
(tricliinée), des mntières fécales, d’origine humaine ou porcine, contenant des trichines libres, femcdlcs et fécondées, etc. En Allemagne, les équarrisseurs élèvent tous des porcs qu’ils nourrissent de viandes de toutes sortes, et les enclos d’équarrissage constituent, selon l’expression de Zenk, de véritables foyers de culture de la trichine.
Depuis le peu de temps que l’on sait reconnaître la trichine chez l’homme, on a eu malheureusement de trop fréquentes occasions de l'observer là l’état sporadique et surtout à l’état de véritables épidémies. La plus redoutable fut celle de Ilœdersieben en 1865 ; dans celte localité de 2000 habitants, 537 tombèrent malades, 101 succombèrent! C’est surtout une maladie germanique; en Angleterre, en France, elle n’a encore été constatée qu’à l’état sporadique ; il est probable, quoique les documents précis fassent défaut à cet égard, qu’elle est fréquente dans l’Amérique du Nord.
I.a prophylaxie ressort directement et à la fois de l’hygiène publique et de l’hygiène privée. A l'hygiène publique incombe la mission d’empêcher le débit et l’importation de la viande trichineuse. La trichinose est une maladie légère et bien supportée par le porc, et l’examen à l’œil nu de la chair, sauf dans les cas très-intenses, ne révèle pas la lésion. L’examen microcospique est absolument indispensable. Il ne nécessite du reste qu'une technique assez facile à acquérir, quoique cependant l’examen ne puisse guère être pratiqué que par un homme du métier (médecin, pharmacien ou vétérinaire). Dans certaines villes d’Allemagne, à Brunswick notamment, la chair de tout porc abattu est réglementairement examinée au microscope. Les parties de l’animal qu’il faut surtout inspecter sont le diaphragme, les muscles de l’œil et le larynx, sièges de prédilection des nématodes; quand ces muscles ne contiennent pas de trichines, on peut affirmer, d’une façon presque absolue, que l’animal entier est sain. On trouvera dans les traités spéciaux l’indication des altérations musculaires (sporospermes de l\,ainey, corpuscules de guanine de Virchow), qui, à un examen superficiel, pourraient être confondues avec la myosite trichineuse.
L’hygiène privée fournil aussi un certain nombre d’indications prophylactiques. 11 faut s’abstenir absolument de l’usage de la viande de porc crue ou mal cuite, et c’est assurément à l’habitude germanique de consommer la viande de.celtc manière que doit être attribuée en partie la fréquence des épidémies trichineuses d’Allemagne. Il ne faut |)as se contenter d’une cuisson superliciclle; mais il est nécessaire de porter les partie.s profondes de la viande aussi bien que les jjarlies périphéri-
’f"’ MALADIES VIItULENTES ET MIASMATIQUES.
(jiics à une tempéralure de 55 à 00", température qui amène la mort des nématodes. En règle générale la viande ne doit pas être ros/;e, ni surtout saignante, mais blanche ou grise par le fait delà cuisson. ’
On sait que la viande de porc est utilisée non-seulement à l’état frais, mais encore conservée soit par le fumage, soit par la salai-on. 11 paraît que la salaison suffisamment prolongée tue les trichines. Cependant il e.xiste dans la science deux cas de trichinose après l’ingestion de viandes salées depuis dix et même depuis trente-cinq jours. La fumigation prolongée et chaude, est efficace, mais il faut se méfier de ^s jambons superficiellement fumés et surtout de ceux où l’action de la lumée est remplacée par un simple badigeonnage d’eau créosotée.
Il est en outre nécessaire de recourir à tous les moyens capables d'empêcher la production de la trichine chez le porc et d’en restreindre la propagation. Nous avons vu plus haut que la trichinose du porc lui est transmise par le porc lui-même et presque toujours par l’ingestion de détritus ou de viandes provenant d’un sujet préalablement infecté.
Il importe donc de prévenir les éleveurs de la nécessité de ne jamais, comme cela se pratique habituellement, faire entrer dans l’alimentation du porc des débris (boyaux, lavures de sang) provenant d’un porc que 1 on vient de sacrifier. Comme le dit Zenker, « quand un fermier tue un cochon, pas la moindre parcelle de son corps ne doit entrer dans 1 alimentation des autres porcs. » Il va de soi que quand il existe un foyer avéré de trichinose porcine, il faut sacrifier les individus contaminés et les enfouir profondément, de façon à empêcher les rats de les dévorer. Vu la fréquence incontestable de la trichine chez le rat, il faut autant ijue possible aussi en purger les étables à porcs.