SCORBUT
ques mots sur l’étiologie et la nature probable de raffection, ainsi que sur les moyens prophylactiques dont nous disposons contre elle.
Lind, dans sa magistrale monographie, invoquait surtout 1 intluencc de l’air froid et humide, « et c’est parce que les vaisseaux sont le logement le plus humide qui se puisse imaginer que le scorbut y règne si souvent. » Pour lui, la privation de végétaux frais ne joue qu’un rôle de moindre importance; le scorbut de terre (armées, villes assiégées, prisonniers, etc.) reconnaît le plus souvent la meme étiologie; cependant, comme le scorbut se montre sur les plages ai ides de l’Égypte, ou dans les plaines de l’Algérie, aussi bien que sur le littoral de la Baltique, on voit que l’humidité n’est pas une condition indispensable. Pour M. Fauvel, le scorbut dérive surtout d’un régime alimentaire défectueux et de la privation de végétaux frais ; de là la Iréquence de cette maladie dans notre armée de Crimée. On sait, du reste, les résultats remarquables obtenus, à la fin du siècle dernier déjà par le célèbre capitaine Cook, par l’usage à bord de ses navires de la choucroute dans l’alimentation du matelot. 11 put ainsi lairc impunément plusieurs voyages de circumnavigation sans que son équipage fût frappé du scorbut. L’emploi du jus de citron, actuellement ordonné dans presque toutes les marines, donne encore de meilleurs résultats. C’est également à la privation de légumes frais qu’il faut attribuer les cas de scorbut observés à Paris à la fin du siège (Lasègue et Legroux); la fatigue, le froid humide n intervenaient que comme causes prédisposantes. La viande fraîche elle-mcme, substituée à la viande salée ou fumée, ne saurait suppléer à 1 absence de légumes.
On a parlé d’un scorbut végétol, se développant à la suite d une alimentation purement végétale; ces faits sont à reléguer dans le domaine de la fable. Le scorbut n’a jamais été observé à la Trappe (Leroy de Méricourt, Fonssagrives).
On trouve dans les auteurs anciens de nombreuses relations do faits de contagion de scorbut; mais la plupart de ces cas tiennent à la confusion qui existait avant Lind entre le scorbut et le typhus pétéchial, fout récemment, M. le professeur Villemin a tenté, avec un talent incontestable, de faire revivre l’idée de la contagiosité du scorbut; mais son o|)inion ne nous paraît pas conlorme à la réalité des laits. « Est -il besoin de démontrer (pic le scorbut n’est pas contagieux? Où donc a-t-on vu un médecin prendre le scorbut au contact des malades qui en sont affectés? En Crimée, les médecins militaires ont été décimés par le typhus; aucun n’est mort du scorbut; à bord des navires, les
'î'- MALADIES VrUL'I.ENTES ET MIASMATIQUES.
olliciers, mieux nourris que les soldats, sont épargnés par le scorbutdans les épidémies de prison, les gardiens n’ont rien à redouter de leurs rapports continuefs avec les scorbutiques ; si aulrefoLs on a pu soutenir la contagion, c est que le scorbut était confondu avec le typhus pétéchial. » (A. Laveranh) ^
Le scorbut est donc décidément une maladie d’alimentation, due surtout à la privation de fruits et de légumes frais. Sont-ce les sels de potasse contenus dans ces végétaux (Garrod, Chalvet), ou bien les acides organiques, malique, citrique, etc., ou bien l’albumine végétale elle-même, qui constituent la profiriété antiscorbutique des végétaux fiais? c est là un point dont la solution n’est pas encore trouvée, .\coup sûr ces principes chimiques, à eux seuls, ne possèdent point cette vertu préventive, puisque le citrate de potasse est sans efficacité, alors, au contraire, que les oranges en nature ou le lime juice sont souverains.
Le scoihut est prévenu par une alimentation suffisante, et surtout pai 1 usage des légumes frais. Une fois déclaré, il guérit par les mêmes soins diététiques (Lind, Bouchardat, Brouardel). Tous les fruits, tous les végétaux frais entrant dans l’alimcnlation des marins, des prisonniers, des assiégés, etc., sont d’excellents antiscorbutiques; ils préviennent à la fois la maladie et la guérissent. La pomme de terre, grâce a sa facile conservation et à son bas prix, est à citer en première ligne, et son usage est précieux à bord des navires et dans les prisons. Le lime juice-, sorte de citronnade additionnée d’un peu d’alcool, entre à bord des navires anglais dans l’alimentation régulière et quotidienne du marin. Il est donc administré à titre d’agent prophylactique. Dans notre marine, on ne le donne malheureusement qu’à titre de médicament, le scorbut une fois déclaré (Leroy de Méricourt). La viande fraîche est assurément préférable aux salaisons, et ne saurait remplacer 1 usage de légumes Irais. Le vin bouilli, qui renferme beaucoup de bitartrate de potasse, est efficace et pour la prophylaxie et pour le traitement de la maladie IBrouardelL Il va de soi qu’une bonne ventilation des cabines et des casemates,
1 absence d’humidité, l’exercice, etc., préviennent également les cas de scorbut, et contribuent singulièrement à la guérison des cas une fois déclarés. •
* Traité des maladies et épidémies des armées. Paris, 1875, p. 4%.