NATALITÉ DE LA FD.VNCE
La natalité diminue en France depuis le commencement du siècle,
et dans tous les départements, avec une régularité normale et constante.
On peut considérer comme contribuant à cette décroissance :
Le développement et la dissémination de la civilisation ;
PUOUST, IIIOIÈNE.
DÉMOGUAPIIIE.
L’cmigralion vers les grandes villes;
La diminution de la mortalité.
Selon M. Broca, l’appauvrissement de la natalité a pour cause l’augmcnlalion de l’aisance générale ; on a également invoqué le nombre croissant des célibataires religieux qui, de 157,000 environ en 1850, s’est élevé en 1864 à 198,774.
D’après M. Broca, les mariages ont donné le chiffre suivant d’enfants légitimes ;
De '1800 à 1805 '. . . . 4,2} enfants.
De 1831 à 1855 3,47 —
De 1850 à 1800 5,10
De 1827 à 1868, le rafiport du nombre des naissances au chiffre de la population est descendu, d’après la statistique officielle, de 5,11 à 2,66, chiffre auquel il s’est maintenu depuis plus de vingt ans. C’est là un fait très-remarquable dans le mouvement de la population française. Aucune nation ne présente au même degré une natalité aussi faible et en même temps aussi constante.
En 1871, il y a eu 122,405 naissances de moins qu’en 1869. La natalité a été en 1869, de 2,57; en 1870, de 2,55; en 1871, seulement de 2,26 ; en d’autres termes, il y a eu en 1869, 1 naissance pour 58,8 habitants ; en 1870, pour 59,4 ; en 1871, pour 44,2. La natalité a subi alors, comme le mariage, l’influence désastreuse des événements de 1870-1871.
En 1872, bien que le nombre des naissances se soit accru de 180,879, le rapport ne s’est élevé qu’à 2,075 pour 100, ne dépassant que de 1 1/2 pour 100 celui de la période 1861-1868. La situation de la France n’a donc pas changé à cet égard, et les naissances continuent à n’apporter qu’un contingent très-faible à l’accroissement de la population. Les habitudes de faible fécondité ont persévéré en 1875 et 1874. Dans cette dernière année les naissances ont atteint le chiffre do 955,052: c’est seulement 7,288 de plus (jn’en 1875, et c'est 12.000 de moins qu’en 1872.
Si l’on tient coiu])te de la distinction très-importante des résultats, suivant qu’il s’agit du département de la Seine, de la population urbaine et de la |)opulation rurale, on voit qn’en 1869, année que l’on |)cnt considérer comme moyenne, la natalité a été, pour le département de la Seine, de 5 ; pour la population urbaine, de 2,85 ; et pour la population rurale, de 2,45; en 1871, département de la Seine, 1,95; population urbaine, 2,40 : population rurale, 2,22; on voit donc que.
NATALITÉ
dans les derniers événements, ce sont les populations urbaines, et principalement le département de la Seine, qui ont subi les plus rudes épreuves. La statistique (de 1855 à 1860 inclusivement) montre que l’on compte 1 naissance pour 58 habitants dans la France entière, et pour 51 habitants dans le département de la Seine.
En 1872, on oblient pour 100 habitants, dans le département de la Seine, 5,08 naissances; dans la population urbaine, 2,84 ; dans la population rurale, 2,58 ; dans celle de la France entière, 2,675. Cette apparente augmentation pour les villes tient simplement à ce que les populations agglomérées comptent, à nombre égal, plus d’adultes et, par suite, de femmes aptes à produire. La population adulte est au contraire moins féconde dans les populations agglomérées, ainsi que l’attestent les rapports suivants ; Pour 100 femmes de 15 à 45 ans, dans le département de la Seine, on n’a que 11,35 naissances, alors que dans les autres départements on en compte 11,89, et dans la France entière 11 ,84.
En outre, si on cherche le rapport des naissances à la population apte à la reproduction pour la France entière, la natalité du département de la Seine, loin d’être plus élevée, est égale ou même quelque peu inféfieure à celle des habitants de la France entière, résultat qui est en rapport avec la moindre fécondité depuis longtemps reconnue des mariages dans le département de la Seine, et qui entraînerait même une natalité totale notablement plus faible, sans la proportion considérable des naissances illégitimes.
11 résulte de calculs établis par M. Lagneau que la natalité vraie ou le rapport des naissances aux adultes de 1 5 à 60 ans, est en France et dans le département de la Seine, de 1 naissance pour 23 adultes, et (pie la fécondité des mariages ou rapport des naissances légitimes aux mariages est de, pour 100 mariages, 515 naissances en France, et 241 seulement dans le département de la Seine.
Si à vingt années d’intervalle, de 1851 à 1872, la fécondité générale a augmenté, cet accroissement a porté exclusivement sur les enfants naturels, qui de 1,65 naissances sur 100 filles de 15 à 45 ans, se sont élevées à 1 ,82 naissances, la fécondité légitime étant descendue dans cet intervalle de 20,75 à 20,69.
loutefois, comparativement à la période intermédiaire de 1861 àl866, le lait inverse s’est produit en 1872, c’est-à-dire que la fécondité légitime s est légèrement accrue, de 20,66 à 20,69, tandis qu’il y a une limnution coriespondante dans la lécondité des femmes non mariées de 1,85 à 1,82.
DÈMOCnAriIIE.
Cepcndavil la fccondilc légitime est plus faible dans le département de la Seine que dans le reste de la France. La fécondité naturelle y est, au contraire, 4 fois plus considérable. A égalité de naissances, le département de la Seine compte 2 fois plus d’enfants naturels que les villes de province réunies, et 6 fois plus que les campagnes.
Si, comme MM. Chevallier et Lagneau, on fait la comparaison des mariages aux naissances, aux dix-septième, dix-huitième et dix-neuvième siècles, dans la population parisienne, on voit que le rapport a décru considérablement, de près de deux cinquièmes en deux siècles. Au dix-septième, pour 1 mariage on comptait presque exactement 5 naissances ; au dix-huitième, pour 1 mariage, un peu plus de 4 naissances, et actuellement on n’en a guère plus de 5.
En rapportant les naissances de chaque année au nombre total des femmes de 15 à 45 ans\ on obtient pour la France entière les résultats suivants: sur 8,458,850 femmes de 15 à 45 ans, en 1869, 948,526 naissances annuelles; en 1870, 945,515, et en 1871,826,121. Le rapport est donc, en 1869, 11,21, en 1870, 11,15 ; en 1871, 9,77.
Ce calcul, appliqué au département de la Seine pour l’année 1871, donne le rapport 7,11. Jamais l’expression de la fécondité adulte n’était descendue plus bas ; mais on ne doit pas perdre de vue qu’en septembre 1870 et le mois précédent, un grand nombre de familles, et surtout de femmes, avait quitté le département.
La fécondité des adultes s’est élevée en 1872; pour 100 femmes de 15à45 ans, la natalité de 11,68 en 1861-1866, a été de 11,84.
L’influence de la guerre de 1870-71 sur la natalité a été également observable on Prusse ; déjà en 1866, lors do la guerre contre l’Autriche, le chiffre des mariages qui depuis 1857 s’était élevé à 18 pour 1 000, était redescendu à 15,5, et la natalité, qui, ayant suivi la tendance progressive du mariage, avait oscillé entre o7 et o9, s était trouxée réduite, en 1866 et 1867, à 56,8.
Un mouvement de compensation s établissait dans les années 18bî> et 1869, lorsque la guerre do 1870 fit rétrograder la matrimonialité jusqu’à 14,7, et 15,9 pour l’année 1871, année dans laquelle la totalité des naissances ne dépassa pas 55,8 p. 1000.
Enfin la paix fit atteindre à la natalité son summum d’élévation ; elle arriva en 1872, 75 et 74 jusqu’à 59,7 et 40, proportionnant cet
* Jl.llcriillon prend la limite de 15 à .50 ans au lieu de 15 54,5; les tableaux qn il a bien voulu nous cominuniiiuer sont élablis d’après cette base. W. F.arr, de Londi-cs, adopte la période trop étendue de 15 à ;>5 ans.
NATALITÉ. 53
énorme accroissement à celui des mariages, qui, dans ces trois années, donnèrent les chiffres de 20,6 et 19,5, les plus élevés qui aient été observés en Europe.
NATALITÉ COMPARÉE DE LA FRANCE ET DES DIVERS PAYS DE l’eUROPE.
Le tableau suivant détermine la natalité comparée des diverses nations de l’Europe ‘.
' La connaissance des signes abréviatifs suivants est nécessaire pour l’intelligence des tableaux que nous devons à M. Bertillon.
La majuscule en caractère ordinaire P signiOe Population en général, sans distinction d'état civil, ou mieux nombre de vivants de tonte catégorie, et N le nombre des Naiisances qu’ils produisent dans l’unité de temps (l'année moyenne, si rien autre n’est spécifié).
La capitale P bâtarde se rapporte exclusivement aux célibataires adultes, et ÎY^ aux naissances illégitimes qu’ils fournissent.
La capitale en caractère semi-gras ou égyptien P s’applique exclusivement à la population mariée, et N aux naissances légitimes qu’ils produisent.
Enfin la capitale en caractère gras 1* représente la population des veufs et des veuves. Mais les naissances illégitimes dues aux veuves n’ayant été jusqu’à ce jour presque jamais distinguées de celles des célibataires, les naissances illégitimes qui leur sont imputables sont incluses dans les N produites d’ailleurs en grande majorité par les célibatairesjîlles. P P P et P s’appliquent à la population sans distinction de sexe ni d’âge; P'; P'; P'; P'; etc., à la population mâle,et P"; P''-, P"; P" à la population féminine des diverses catégories d’état civil ; enfin pour spécifier qu’il s’agit des deux sexes réunis, P'" ; P'" ; P'" ; etc.
Lœ âges sont indiqués par de très-petits chiffres placés au pied des majuscules ; ainsi Po..is; Pis.so; P50..U (oméga, dernière lettre de l’alphabet grec) désignent les groupes de vivants dont l’âge est compris ; entre la naissance (zéro âge) et le début de la 15” année; entre 15 et 50 ans; et de 50 jusqu’aux derniers âges (w).
En outre, il y a à considérer deux catégories de nombres supputant les naissances : les uiw qui comprennent toutes les naissances N, N' N", et leurs diverses spécifications N, N, etc.; les autres qui ne comptent que les naissances vivantes, ouïes survivants à 1 accouchement; ils sont représentés par le signe So (survivant à zéro âge). Quant aux naissances mort-nés, elles sont désignées plus généralement par dn, et par dn pour les mort-nés illégitimes.
NATALITÉ
La natalité diminue en France ainsi que nous l’avons dit, avec une régularité constante ; l’examen des périodes décennales, depuis 1801, établit les chiffres de cette décroissance successive ; 32,9, — 51,7, —
Il y a là une contradiction avec le mouvement de la matrimonialité qui tend à s’accroître ; c’est qu’en réalité, la France ne suit pas un mouvement fatal d’affaiblissement, et la fécondité des ménages, volontairement limitée, arrête le mouvement de la natalité.
L’Angleterre suit une pente inverse, ainsi que l’attestent ces chiffres :
52.6, — 54,1, — 55; il en est de même de la Prusse : 37,7, — 57,6, — 58,1 ; — Hollande ; 54,7, — 35, — 55,5.
Depuis un siècle, la Suède, après avoir décliné pendant 40 ans et être tombée de 56 à 52, a regagné pendant la période 1790-1800 le chiffre de 55,4. Durant les guerres de l’Empire, la natalité a rétrogradé jusqu’à 50,8 de 1810 à 1820, et de 1820 *à 1850 a atteint 33,4, puis 54,7, et enfin s’est maintenue depuis oscillant entre 51,5 et 52,5.
La comparaison du nombre des naissances aux chiffres des décès conduit aux mêmes conclusions.
L’excès moyen annuel des naissances sur les décès est, en France, de 5,68 par 1000 habitants, de 1811 à 1820; c’est-à-dire que dans cette période on comptait annuellement par 1000 habitants, 31,75 naissances et 26,07 décès; c’est-à-dire que la natalité l’emporte sur la mortalité de 5,08. Ainsi, chaque année de cette décade, la population française s’est accrue de 0,00508, ou bien de 5 à 6 individus par 1000 habitants ; dans les décades suivantes , jusqu’en 1870 exclusivement, le même e.\cès des naissances a été de 5,8 ; 4,1 ; 2,56 par 1000 ; et enfin de 5,16 pour 1861-1869.
Pendant cette même période 1861 à 1869, cet accroissement a été de 12,92 en Angleterre; 8 en Autriche; 9,8 en Bavière; 8,2 en Belgique; 10,8 en Danemark; 13,4 en Écosse; 8,8 en Espagne ; B en Italie ; 15 à 14 en Norvège ; 10 en Hollande ; 9 à 10 en Prusse; 15,8 en Piussie ; 9 à 10 en Saxe; 11 en Suède, et 9,75 en Irlande.
Dans celte période notre accroissement n’est donc que le tiers ou le quart de celui des autres nations de l’Europe.
Si fa\orablement que puisse être interprété cet excédant des naissances sur la mortalité, il ne saurait faire préjuger d’une manière absolue de l’étal d’une population.
En effet, 1 Irlande suit une voie constante de dépérissement tout en conservant un excès de naissances annuel de 1 0 pour 1000 ; résultat contradictoire que M. Bertillon explique par le fait d’une émigration formi-
50 DÉMOGRAl'IllE.
rlable ; ccl auteur considère également que l’émigralion, en enlevant à de grands pays, tels que l’Angleterre, la Prusse, l’Allemagne et surtout l’Écossc et la Norvège, une fraction importante de mortalité, élève par conséquent en apparence la proportion d’excédant des naissances. Si l’on tient compte de ces réserves importantes, le faible excédant de la France se trouve comparativement un peu relevé.
Enfin M. Bertillon rapprochant l’état de notre population et celui de la population de l’Allemagne, met en opposition leur tendance contraire; la France, dit-il, amasse des capitaux ; la Prusse*, plus pauvre, mais plus riche en population, capitalise des hommes, et après une série de calculs, qui ne sauraient trouver place ici, il arrive à la conclusion suivante : C’est un milliard un quart que capitalise la France au détriment de sa descendance, et c’est plus d’un milliard un tiers que l’-Allemagnc paye à sa multiplication.
Chez nous on compromet l’avenir en assurant le présent. La diminution de notre population proportionnellement à celle de l’ensemble des peuples civilisés nous fera perdre, si elle continue, une partie de notre prestige, de notre puissance, de l’autorité qu’ont nos lois, nos mœurs, notre langue.
L’émigration est une force qui enrichit un pays; les émigrants sont les meilleurs missionnaires commerciaux. Dans la phase présente de l’histoire du monde, un peuple est d’autant plus riche qu’il a plus de débouchés au dehors, plus de commandes venant de l’étranger. Or cet accroissement de débouchés et de commandes est peu compatible avec une population l’clativeraent stationnaire.
M. de Candolle eberebant à calculer, d’après les différences dans la natalité, le nombre des hommes qui, dans cent ans, parleront l’anglais, l’allemand et le français, est arrivé au. résultat suivant :
On compte aujourd’hui tant on Angleterre qu’en Amérique, au Canada ou en Australie 77 millions d’hommes parlant anglais. Dans cent ans, la population doublant en Angleterre et quadruplant aux États- Unis, au Canada ou en .Australie, ce nombre sera de 860 millions d’habitants.
60 millions d’bommes dans les divers États allemands et *2 millions en Suisse doublant en 56 et 60 ans dans le Nord et en 167 ans
* Quand la Prusse donne 38 enfants nous en produisons 20.
En France (1874), l’excédant des naissances sur les décès s’est élevé à 171,043, ce qui est à peu prés le môme chiffre (lu’cn 1872. En Allemagne, le chiffre des naissances cicôde chaiiue année d’environ 4.50,000 celui des décès. Dans le Rojanme-uni de la Grande-Dretagne et de l’Irlande, l’excédant des naissances sur les décès a été en 18/5 de 385,000.
NATALITE.
dans le midi, donneront dans un siècle un total de 124 millions d’hommes parlant allemand.
Il n’existe au contraire que 56 millions et demi de Français, 2 millions de Belges et 500,000 Suisses, 1 million environ d’Algériens ou de colons parlant la langue française. Cette population, ne doublant qu’en 140 ans, s’élèvera dans un siècle au chiffre de 69 millions et demi .
Il résulterait de ces données que, si l’émigration continuait avec les mêmes caractères, et c’est la une question dont la solution est difficile à donner aujourd’hui, la langue anglaise tendrait de plus en plus à remplacer le français, l’univers devenant anglo-saxon.
11 est évident que ces calculs, malgré leur justesse au fond, sont empreints d’une certaine exagération. Notons d’abord qu’en .Amérique, ou pour parler plus exactement aux États-Unis, l’énorme accroissement de la population est dû, en totalité, à l’immigration européenne. La race primitive, celle qui a proclamé l’indépendance il y a cent ans, se trouve dans des conditions presque identiques à celles de la France. La population véritablement américaine, les descendants de Washington, si l’on peut ainsi parler, tend à diminuer plutôt qu’à s’accroître, et dans certains États, le Massachusetts par exemple, cette diminution est un fait acquis.
D’autre part l’immigration se compose de quatre éléments principaux ; l’élément anglais, l’élément écossais, l’élément irlandais et l’élément allemand. Ce dernier tend à devenir de plus en plus prépondérant, et beaucoup d’Allemands d’Europe ont déjà caressé le rêve d’une Allemagne américaine. [Amerikanisches Deulschenlhum) .
11 est certain, en tout cas, que les Allemands d’Amérique vivent ensemble, ont des opinions, des coutumes et des intérêts souvent opposés à ceux de la race anglo-saxonne, et qu’il existe aux États-Unis plus de quatre millions d’individus dont l’allemand et non l’anglais est la .langue maternelle. Ce chiffre, loin de diminuer, tend à s’accroître tous les ans.
D’un autre côté, parmi les émigrants parlant anglais, il est évident que les Irlandais ne sauraient passer pour des Anglo-Sa.xons ; leur religion, a défaut d’autres caractères, suffirait pour les en distinguer. Or il existe plus de huit millions d’Irlandais et de descendants d’Irlandais catholiques aux États-Unis.
Les quatre millions de noirs que renferment les États du Sud ne peuvent guère passer non plus pour des Anglo-Sa.xons.
Enfin, il existe aux États-Unis près d’un million de Canadiens par-
«ÈMOGRAPIIIK.
lant français ; et la langue française est parlée par plus d’un million d’individus au Canada.
il y a donc une exagération visible dans le procédé qui consiste à prendre pour base le chiffre de la population dans chacun des pays où 1 anglais est la langue prédominante, a le multiplier par le coefficient séculaire d’accroissement de la population, et à déduire de ce calcul le chiffre total des habitants du globe qui parleront anglais dans cent ans.
D un autre côté, parler la même langue ne signifie pas toujours avoir les mêmes sentiments. Citons l’exemple de l’Irlande par rapport à l’Angleterre, et de l’Alsace par l’apport à l’Allemagne.
Pour ce qui touche à la langue française, les évaluations de M. de Candolle nous paraissent un peu trop défavorables. En effet, si la population de langue française s’accroît lentement en France, il n’en est pas de même en Suisse et en Belgique. Et d’ailleurs l’un des éléments les plus importants du problème est le ralentissement forcé de l’accroissement d’une population, lorsque les limites de capacité de son territoire et de ses ressources sont à peu près atteintes. Voilà pourquoi l’Irlande qui comptait 7 millions et demi d’habitants en 1846 n’en compte plus guère que 5 millions aujourd’hui. Nous assisterons probablement à un développement considérable de l’émigration vers les Etats-Unis et l’Australie jusqu’au jour où, le territoire étant suffisamment peuplé, il n’y aura plus aucun avantage pour le prolétaire à quitter son pays d’origine. ’ '
Pour la France, au contraire, l’Algérie offre un champ de colonisation qui pourrait aisément nourrir de 8 à 10 millions d’Européens, avant que la population fût gênée par le manque de terrains cultivables.
Enfin, dans le calcul de l’importance relative des peuples de l’avenir, il ne faut point oublier le développement prodigieux (|u’cst appelée à prendre la population de la Russie, qui s’élève aujourd’hui à près de 90 millions et qui dans un siècle aura plus que doublé, Ciir le terrain ne saurait ici manquer sous les pas des générations futures. Si l’on réfléchit en outre à l’attraction qu’exerce la Russie sur les races slaves, on voit qu’il existe à l’Orient un centre de population bien capable de confre-balancer l’inlluence de l’élément anglo-saxon et des races germaniques en général.
Concluons donc que s’il existe dans l’amoindrissement de la natalité en France un danger réel qui doit sérieusement nous préoccuper, il ne faut point exagérer le mal, ni s’abandonner à un découragement
' NATALITÉ
qui, en nous ôtant tout espoir de succès, ne nous laisserait point la force de réagir. Ne soyons ni optimistes, ni pessimistes, contentonsnous d’être suffisamment éclairés pour comprendre la situation actuelle et pour agir en conséquence.