CHAPITRE III
MORTALITÉ
BiBLiOGnAniiE. — Marc d’Espine. Influence de l'aisance cl de la misère sur la mortalité.— Annuaire de la moHalilé genevoise. 1844-1845. — Vacher. Élude médicale et statistique sur la mortalité à Pains, à Londres, à Vienne et à Neic-York en 1865. — .Ve- DiNG (Henri). Deuxieme congrès international de statistique sur le cadre nosologique des décès. 1857. — Bertillon. Statistique des causes de décès. 1856. — De la mortalité parisienne, croissante selon les morts, décroissante selon les ministres. i8G9. — Broeck et Matthïssens. Statistique nosologique des décès dans la ville d' Anvers en 1843. — Bormx. Essai sur les lois pathologiques de la mortalité. 1848. Ann. d'htjg. — Ixiis pathologiques de la mortalité, 2' mêm. — Influence de la densité des populations sur les étals sanitaii'es. 1848. Ann. d’hyg. — De Bouteville. Choix des tables de mortalité pour les rentes viagères. — Discussion à l’Académie de médecine sur la mortalité des enfants du premier âge. Discours de MM. Fauvel, Chauffard, llusson, Broca, Devilliers, etc., 1869. — Marc d’Espixe. Loi de mortalité et de survivance dans le canton de Genève. — Bertillon. Art. Mortalité in Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. — Congrès international de statistique à Budapest. !'• section : Théorie et population. 1870. — Congrès d’hygiène de Bruxelles, section d’hygiène médicale. 1876.
L’évaluation des chances de mort dans un espace de temps déterminé se trouve soumise à des diiïicultés et à des causes d’erreur considérables, et les résultats de la statistique acquièrent moins de valeur, par l’importance des cliilTres sur lesquels ils s’étayent, que par la prise en considération de l’àge, des conditions d’aisance, d»s professions, du sexe, enfin de l’état civil des individus.
MORTALITÉ
C’est aux deux extrémités de la vie, dans la première enfance èt dans la dernière vieillesse, que les dangers de mort atteignent leur summum d’intensité ; ces chances subissent d’ailleurs, suivant les âges de la vie, d’énormes variations.
C’est pourquoi les résultats basés sur la mortalité générale, et qui s’obtiennent en divisant, sans distinction d’âge, les décès (D) |)ar la population (P) ne peuvent avoir qu’une faible valeur au point de vue démographique. La mortalité suppose toujours une comparaison exprimée ou sous-entendue, elle doit être le résultat de cette comparaison.
Ainsi donc, pour que la mortalité générale pût servir de mesure relative permettant d’apprécier les conditions respectives de vie et de mort qui pèsent sur deux pays, il faudrait que, dans ces pays comparés, les nombres respectifs des vivants de chaque groupe d’âge fussent dans les memes rapports; or, il est loin d’en être ainsi.
Pour M. Bertillon, la mortalité est le rapport entre le nombre des décès et celui des vivants, qui les ont fournis dans l’unité de temps, ordinairement l’année, soit 1)/P.
C’est ce qu’il nomme avec W. Farr, rapport de mortalité, rapport qu’il distingue (pour la première enfance) de la probabilité mathématique ou dîme mortuaire (représentée par la formule D/N).
Le chiffre du rapport de mortalité (D/P) sera toujours plus élevé.
Les mortalités vont graduellement en s’atténuant depuis le comrnencernent de ce siècle.
Ln Fiance, de 28,6 deces par 1000 habitants, dans la première période de 1801 à 1810, la mortalité est tombée par une diminution continue à 2,85 dans la période de 1861 à 1869.
DE 1800 \ 1810, 2,77 DÉCÈS par 100 habitants
De 1810 à 1820
De 18.31 à 1840 ‘ '
De 1841 à 1850 '
De 18.51 à 1860 !
De 1861 à 1868
En 1861). . . . .' .
Eli 1870
En 1871.
En 1872. ... ! '.
m'* î ^ ^“'^s'^lcrer comme moyenne, la mor-
a l e e a lance a été de 86i,320 individus, ce qui représente 2 34 de la mortalité pour 100 habitants; en 1870, 2,85, et en 1871 3 48
PROUST, UrOlÈNE. ’
DÉMOGRAPHIE
La moKtalité de 1870 est supérieure à celle des années 1815, 1832 et 1854 pendant lesquelles ont sévi succc.ssivement et même simultanément la guerre et le choléra. Quant à celle de 1871, elle dépasse tout ce que nous savons des périodes les plus désastreuses de l’histoire.
Débarrassée des organisations débiles qui n’ont pu résister au.\ fatigues de la guerre, au.v privations qu’elle entraîne et aux maladies de tout genre dont nos populations ont été atteintes, la France compte 477,946 décès de moins en 1872 que dans l’année précédente, et 71,256 de moins qu’en 1869, année qu’on pouvait, à bon droit, considérer comme normale. Le nornbre des décès n’a été en 1874 que de 781,709; en 1875 il s’était élevé à 844,588.
Le département de la Seine a vu en 1872 sa mortalité diminuer juste de moitié, de 4,43 (1871) à 2,22 décès par 100 habitants. Les différences, quoique encore considérables, ont été sensiblement moindres pour la population des villes de province prises dans leur ensemble de 4,06 à 2,49, et surtout pour la population rurale, de 3,19 à 2,09.
Depuis le commencement du siècle, la mortalité n’était jamais descendue aussi bas.
Ces chiffres démontrent une longévité croissante. Toutefois, si l’on tient compte qu’au commencement de ce siècle, pour 100 habitants il y avait annuellement 3,19 naissances, alors qu’actuellement il n’y en a que2,67, on reconnaît que la diminution de près d’un sixième des nouveau-nés qui toujours présentent une mortalité bien plus considérable que celle des adultes, peut expliquer en partie cette décroissance de la mortalité générale de plus d’un cinquième.
Sur 950,000 décès annuels, on en compte en France plus de 500,000 avant la quarante-cinquièine année d’âge; les enfants de zéro à un an fournissent une énorme proportion de ces décès, or chaque année 40,000 à 50,000 de ces enfants pourraient être conserves.
La statistique, en nous faisant connaître de tels résultats, est pour nous d’un enseignement précieux. Nous ne craindrons pas d aborder, si aride qu’il puisse sembler d’abord, le détail scrupuleux des chiffres, et nous ferons remarquer, avec MM.Droca et Bertillon, que toute tentative de réforme doit être nécessairement précédée d une bonne statistique, qui, portant sur le nombre comparé des vivants et des morts, fera connaître et précisera les causes différentes de la mortalité.
MOnTALITÉ.