‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 42 sur 298 · MORTALITÉ DE LA PREMIÈRE E^F^VNCE · texte numérisé non relu

MORTALITÉ DE LA PREMIÈRE E^F^VNCE

La mortalité absolue et relative du début de la vie est considérable ; elle peut dépasser 900 pour mille E La mortalité des enfants trouvés, avant 1789, était représentée par le rapport de 900 pour 1000 ; c’est encore pour les mêmes enfants (zéro à un an) celle qui est signalée par Ilusson dans la Loire-Inférieure ; elle 'est encore de nos jours de 700 dans la Nièvre.

Il résulte de l’examen de la statistique officielle que, en France, de 1857 à 1866, sur une population de 1000 enfants de zéro à un an, la mortalité a atteint 204,2, chilfre qui, pour M. Bertillon, représente une augmentation notable sur la période décennale de 1840 à 1849, les relevés de cette époque ne donnant que 182, soit 18,2 pour 100.

D après le même auteur, cette progression se serait poursuivie de 1859 à 1868, puisque, pour celte dernière période, l’on arrive au chiffre de 217, soit 21,7 pour 100. Au contraire, le professeur Broca considère que depuis le commencement du siècle, la mortalité effroyable qui sévit toujours sur les enfants de zéro à un an, accuse cependant une tendance décroissante, et il s’étaye des résultats suivants: 1806-1809, 22,27 pour 100. — 1855-1859, 20,26 pour 100. — 1800-1864, seulement 17,03 pour 100.

Quoi (|u il en soit de la totalité des décès, elle est loin de s’équilibrer dans les différentes régions de la France. Une des cartes de la démographie figurée de la France*, par .AI. Bertillon, dans laquelle les départements sont classés par ordre de mortalité, fait bien apprécier l’énorme irrégularité de cette disséminatioir. (V. la carte I indiquant la mortalité de zéro a un an, les deux sexes réunis pendant la période 1857-1866.)

commè^il^i^riv!^nî?T 1000 sur lOGO, ou la totalitcS des enfants de 0 à 5 ans,

en Egypte, au Sénégal, etc.

avec tablpaMT^D-ro France, ou Étude statistique de la population française,

ra rcs qui expriment la mortalité sont représentés sur celte carte par des

DÉMOGRAPHIE

Le département de la Creuse avec le cliiffre de 131 pour 1000, soit moyenne de décès 13,1 pour 100, y représente le plus faible degré de la mortalité.

A coté, se placent dans la région du Centre et de l’Ouest, avec une mortalité de 14,8 pour 100, le département des Deux-Sèvres, l’Indre avec 15,2 pour 100.

Deux centres de forte mortalité où le cliilTre total s’élève de 27,1 pour 100 à 37 pour 100, dus uniquement à l’émigration des enfants et à l’industrie nourricière, sont représentés par deux agglomérations de départements à teintes noires ou très-sombres : l’une, la plus frappante et la plus étendue, comprend une large zone de quatorze départements rangés autour de Paris; l’autre se compose de dix départements appartenant au bassin du Rliône et à la région subalpine entre Lyon et Marseille*.

Ce sont, au Nord et dans le rayon de Paris, les deux départements normands de l’Eure et de la Seine-Inférieure, pays manufacturiers, où s’ajoutent aux effets de l’industrie nourricière et de l’allaitement artificiel au petit pot, des habitudes d’ivrognerie qui se répandent parmi les femmes, puis la Marne, Seine -et-Marne, l’Oise, l’Yonne, le Loiret et Eure-et-Loir, pays d’industrie nourricière et d’allaitement artificiel ®.

Le signe X placé sur les départements de la Seine et du Rhône indique que le coefficient de la mortalité infantile y est inconnu.

Cette ignorance provient des lacunes que présente encore notre statistique officielle. En effet, des enfants nés à Paris ou à Lyon vont en

teiütes graduées, au nombre de 9, qui vont du blanc jusqu’au noir absolu. Les teintes les plus l'oncécs y sont représentatives des mortalités les plus intenses, et les plus claires des moindres mortalités. Les départements que nous venons de citer sont donc absolument blancs. La neuvième ou dernière série est au contraire tout à fait noire.

' M. Bertillon a déclaré devant la commission de l’Assemblée nationale (projet de loi de M. Tli. Roussel sur la protection des enfants du premier âge), que si l’on parvenait à réduire la mortalité de 20 départements noirs à ce qu’elle est d.ans les départements gris ou à mortalité moyenne, on conserverait chaque année environ 16,000 enfants qui succombent dans la première année de leur vie. Or toute la population du premier âge de l’un des deux départements de notre Alsace perdue n’atteint pas ce chiffre.

* On trouve dans le rapport de M. Roussel une communication intéressante du docteur Monod, qui a pour lieu d’ohscrvalion le Morvan (Nièvre). Pour les nouveau-nés qui viennent de Paris (petits Paris), ahandonnés au trafic des meneuses et des novirrices mercenaires, la mortalité (dîme) s’élève à 710 pour 1000; pour les enfants assistés du département de la Seine sous le contrôle des agents de l’administration, et recevant les visites trimestrielles des inspecteurs, elle descend à 240; pour les nourrissons attentivement surveillés par le personnel de la Société protectrice do l’enfance, elle descend encore et oscille entre 120 et 90. Enfin, lâ où les filles mères ont reçu des secours suliisants et ont pu soigner leur enfant, d’après le docteur Monod, la mortalité a été abaissée au chiffre de 70 pour 1000.

MORTALITÉ

nombre inconnu mourir en nourrice dans les départements circonvoisins, sans que le rapport en soit fait sur le registre mortuaire de ces villes. La mortalité ne peut donc y être déterminée, même approximativement.

M. Bertillon voudrait que les décès des nouveau-nés fussent enregistrés par jour quant au premier mois, par semaine de sept jours quant au premier trimestre, et par mois pour le reste de l’année. Or la France les recense par semaine de sept et de huit jours pour les deux premières semaines, par quinzaine pour le premier mois, puis par deux mois, par trimestre, enfin par semestre ; la Belgique, le duché de Baden procèdent par mois; la Hollande, par mois durant les six premiers mois; l’Angleterre, l’Écosse, l’Italie, relèvent ces décès par trimestre ; la Suède, par année.

Le manque d’uniformité des éléments de recensement joint au mode vicieux d’inscription des mort-nés rend difficile la comparaison de la mortalité infantile de la France avec celle des autres pays.

MOliT-NÉS.

Sous la dénomination de mort-nés, la statistique officielle entend non-seulement les mort-nés proprement dits, c’est-à-dire ceux qui sont morts avant ou pendant l’accouchement, mais encore tous les enfants décédés avant que-leur naissance ait été déclarée à l’officier de l’état civil*.

La proportion entre ce nombre et celui des conceptions (total des nés vivants et des mort-nés) a été pour 100 conceptions, de 1851 à 1855, 5,91 ; de 1856 à 1860, 4,50; de 1861 à 1865, 4,56; de 1866 à 1868, 4,48; en 1869, 4,56; en 1870, 4,57, et en 1871, 4,65.

Si 1 on compare les chiffres des mort-nés dans le département de la Seine, dans la population urbaine et dans la population rurale, on voit quen 1869, qui peut être considéré comme année moyenne, cechiffre a ete pourle département de la Seine, 7,50, la population urbaine 5,15, a population rurale 4,04; et en 1871, de 8,4 pourle département de la Seine, population urbaine 5,58, population rurale 4,06.

moins trois catéo-nri?» “ registre destiné aux mort-nés, on établisse au

enfants morts ne^ndim i’ ' évidemment morts avant l'accouchement; 2« les

premières catéioriesnni enfants ayant respiré ou crié. Les doux

comprendrait fes enfantw**'^"^ réunies sous la rubrique de mort-nés. La troisième le registre des vivants respiré, seraient morts avant leur inscription sur

DEMOGRAPHIE.

C’est dans la catégorie des enfants naturels que les mort-nés sont relativement le plus nombreux. Leur proportion dépasse du double celle des enfants légitimes; ce résultat constant établit l’influence nuisible des unions illégitimes sur le développement de la population. Le nombre considérable des mort-nés constatés dans le département de la Seine en 1871 explique le chiffre relativement minime des enfants naturels pour cette année.

Le rapport des naissances de garçons et de filles est liabituellement de 105 pour 100 ; pour les mort-nés il s’élève à 144. Cette différence de mortalité se continue dans l’enfance; il en résulte que, quoiqu’il naisse plus de garçons que de filles, la proportion des deux sexes s’équilibre vers l’àge adulte ; plus tard, grâce à une moindre mortalité, c’est le sexe féminin qui l’emporte. On s’explique ainsi son e.xcédant dans tous les dénombrements de la population.

Pour M.M. Broca et Bertillon, le chiffre des mort-nés n’est pas en voie d’accroissement, comme on le dit généralement. Cette opinion ne leur paraît pas établie sur une juste appréciation des documents officiels. En effet, l’enregistrement des mort-nés est une institution relativement nouvelle, et bien postérieure à l’établissement de l’état civil. Il n’a commencé qu’en 1840, et la période de 1840 à 1845 doit éire considérée comme une période de mise en train et d’apprentissage de cette enquête, période pendant laquelle la population s’est peu à peu habituée à l’idée de faire enregistrer à part un mort-né. 11 est probable que dans les campagnes on les enfouit sans déclaration, ainsi que les avortons .

Quoi qu’il en soit, après une période d’accroissement rapide et continu des mort-nés, de 52 par 1000 naissances générales en 1840, à 41 vers 1857, ce mouvement se ralentit, et il n’y en a que 45 dans la période de 1856 à 1860, et 44 dans la période suivante de 1861 à 1865; enfin, à peine 45 dans les trois années do 1866 à 1868.

Môme mouvement dans les villes.

En 1872, la proportion des mort-nés aux conceptions a été de 4,53, celle des mort-nés légitimes étant de 4,05, celle des mort-nés illégitimes de 8,02. Pour un mémo nombre de conceptions, la proj)ortion des mort-nés hors mariage reste deux fois plus considérable que celle des enfants légitimes. Les accouebements simples donnent lieu à trois fois moins de mort-nés que les accouebements doubles et cinq à six fois moins que les accouebements triples.

11 résulte de ces remarques, (juc raccroissement absolu du rapport des mort-nés aux naissances est moins marqué et même moins certain

MORTALITÉ

qu’on ne l’a prétendu et qu’il doit en partie être imputé aux progrès de l’enquête et de l’enregistrement des mort-nés dans les villes.

En Angleterre, l’enregistrement des mort-nés n’est pas obligatoire.

La loi, qui en France prescrit sous trois jours l’inscription des nouveau-nés, accorde dans ce pays un délai de cinq jours, qui souvent même est dépassé. Une proportion notable des décès survenus dans le cours des premières semaines échappe ainsi à l’inscription.

Au contraire, le mode de dénombrement qui, en Bavière et dans le grand-duché de Baden, fait considérer comme mort-né l’enfant seul qui n’a pas respiré, charge considérablement la mortalité de la première enfance’.

Les résultats suivants extraits d’un mémoire lu à l’Académie des sciences morales et politiques, par M. Antony Bouilliet, donne des indications sur les mort-nés dans les divers pays de l’Europe.

Ces résultats sont classés dans un ordre décroissant :

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