RAPPORT DE U NATALITÉ ET DE LA MORTALITÉ
‘29, 65 pour 100, chiffre de peu inférieur à la mortalité de 32,19 calculée d’après le rapport des décès aux vivants de 0 à 5 ans durant les années 1858, 59 et 60.
Mais, dans le département de la Seine, la réduction. est en 1861 de 51,05 pour 100, c’est-à-dire de plus d’un quart supérieure au chiffre de 36,83 exprimant la mortalité de 0 à 5 ans (années 1858, 59, 60), d’après le rapport des décès aux vivants.
L’énorme différence que présentent ces nombres proportionnels (51,03 et 36,85) s’explique lorsque l’on sait que l’émigration des nouveaux-nés de Paris seulement s’élève au moins a 20 000 annuellement, et que la réimmigration des enfants survivants de 0 à 4 ans parait être de moins d’un tiers de ce nombre. 11 faut tenir compte, en outre, de la proportion des naissances illégitimes, trois fois plus grande dans ce département que dans la France entière ; or on sait que l’illégitimité des conceptions double presque la mortalité des produits. Prenant donc comme expression de la mortalité durant les cinq premières années d’existence soit en France en général, soit dans le département de la Seine en particulier, les proportions de 29,65 et de 51,03 pour 100 qui résultent de la comparaison des naissances d’une année avec les enfants survivants cinq ans plus tard, on trouve que, dans la population de la France entière, sur 10 000 enfants nés vivants, il reste environ 7055 à la fin de la cinquième année, tandis que, dans la population du département de la Seine, sur 10 000 enfants nés vivants, il ne reste plus que 4897 enfants à la lin de cette cinquième année.
Donc, durant les cinq premières années de l’existence, la France perd plus d’un quart de ses enfants, et le département de la Seine plus de la moitié.
Pendant la période quinquennale, de 5 à 10 ans, d’après le recensement de 1861, par suite de l’équivalence des mouvements migratoires inverses, la population du département de la Seine se comporte à peu . près comme celle de la France entière, c’est-à-dire, subit une certaine diminution attribuable à la mortalité. Cependant durant cette période la mortalité proportionnelle est notablement moindre dans le département de la Seine. 11 y a là un fait presque exceptionnel observable seulement de 5 à 15 ans, et de 80 à 90 ans. Le mouvement contraire se produit à tous les autres âges.
De 10 à 15 ans commence vers Paris l’immigration qui, de 25 à oO ans, accroît de plus des trois quarts la population de cet âge.
Après la quinzième année, sur 10,000 enfants, il reste 6592 adolcs-
gg DÉMOGUAPHIE.
cents en Frfliicej et seulement 45G1 dons le (]ep3rtemcnt de Is Seine , <i la fin de la vingtième année, sur 10,000 enfants nés vivants, la [wpulation de la France compte 6111 survivants, celle du département de la Seine 4513 ; la France conserve encore près de la moitié du nombre initial, 4880 sur 10,000 à 40 ans, tandis que le département de la Seine est réduit à moins d’un tiers, 2918 sur 10,000.
Après 60 ans, lorsque la France compte 5353 survivants, le département de la Seine n’en a plus que 1588, soit moins de 1 tiers. Enfin, après la 80“ année, lorsqu’il reste en France 714 survivants sur 10,000, c’est-à-dire {i, du nombre initial, la Seine n’en offre plus que 246.
On a remarqué depuis longtemps que l’âge moyen des décédés du département de la Seine est notablement inferieur à celui des décédés de la France entière. Pour les années 1858, 1859 et 1860, cette infériorité est en moyenne déplus de-^.
Tandis qu’en France cet âge s’élève jusqu’à 55 ans 10 mois et 9 jours, dans le département de la Seine il n’atteint que 50 ans 5 mois et 14 jours.
Encore y est-il élevé par le fait des mouvements migratoires. Tenant compte en effet, d’une part de la grande mortalité des nouveaux-nés envoyés en nourrice, de l’autre de la présence des immigrés qui constituent près des 2 tiers de la population de la Seine, et chez lesquels la mortalité n’est que de 1 à 2 pour 100, M. Lagneau abaisse pour les natifs du département de la Seine 1 âge moyen à 24 ans 3 mois 11 jours. La vie moyenne des natifs du département de la Seine est donc près de 1 tiers plus courte que celle des Français en général.
M. Lagneau a cherché aussi à évaluer approximativement.la rapidité d’extinction des familles nées dans le département de la Seine. 11 montre que 10,000 natifs de ce département ne donnent approximativement que 5996 descendants à la deuxième génération, 5595 à la troisième, 2155 à la quatrième, 1292 à la cinquième; puis, li t, 464, 278, 166, 100, 59, 55, 21, 12, 7, 4, 2, et enfin 1 seul descendant à la dix-huitième génération.
La descendance des natifs du déparlement de la Seine diminuerait donc des 2 ciiujuièmes à chaque génération successive ; il suffirait d’une trentaine de générations pour voir s’éteindre la population parisienne. Mais cette population est formée d’un peu plus de 1 tiers de natifs pour près des 2 tiers d’immigrés. Cela suffit pour expliquer la rareté des familles parisiennes remontant au delà de la troisième ou de la quatrième génération. En effet, dès ce moment, ies descendants
RAPPORT DE LA NATALITÉ ET DE LA MORTALITÉ, de ces natifs ne constitueraient guère plus de la neuvième ou de la quatorzième partie de la population totale.
D’ailleurs, par le fait des unions incessantes, contractées entre natifs et immigrés, on conçoit que les familles parisiennes remontant à plusieurs générations, sans mélange de sang immigré, doivent être regardées comme très-exceptionnelles. Si l’on considère l’ensemble des résultats numériques obtenus, on est forcément amené à reconnaître que les grandes agglomérations humaines, quoique favorables au développement scientifique, artistique et industriel d’une nation, sont extrêmement préjudiciables à l’accroissement de la population. En terminant cette étude statistique sur la population parisienne, M. Lagneau a repris cette phrase de Jean-Jacques Rousseau : «Les villes sont le gouffre de l’espèce humaine ». Il a voulu mesurer la profondeur de ce gouffre.
D’un autre côté, MM. Lagneau et Chevallier ont recherché le rapport des naissances aux décès, à Paris, aux dix-septième, dix-huitième et dix-neuvième siècles. Au dix-septième siècle, de 1670 à 1 675, les naissances n’excèdent annuellement les décès que de io!o'ôô’- 10,000 naissances, il y a eu 9953 décès.
Au di.x-huitièmc siècle, de 1764 à 1775, les naissances excèdent annuellement les décès de proportion plus que double de celle
de la période séculaire précédente. Pour 10,000 naissances, il y a 9853 décès.
Enfin, au dix-neuvième siècle, de 1864 à 1869, les naissances excèdent les décès de 7^7!^, proportion de 10 fois plus forte que la période du dix-huitième siècle, et plus de 21 fois que la période du dix-septième siècle. Pour 10,000 naissances, il n’y a que 8573 décès. Le nombre des naissances surpasse de \ celui des décès.
L’accroissement remarquable de cet excédant des naissances sifr les décès ‘ ne peut être attribué qu’à une moindre mortalité, car on a vu précédemment que la fécondité de la population parisienne, loin de s’accroître, semble diminuer considérablement.
On a prétendu, tant en France qu’à l’étranger, que la dégénéres-
' Il résulte d'un travail récent de M. Vallin* que :
1* les Français en Algérie, même dans la période néfaste de 1867-1872, ont réellement couvert leurs décès, 54,6, par leur naissances, 37,7.
2” En 1872 l’excédant des naissances, 37,5 pour 33 décès, a été un peu supérieur à ce qu’il est en France en temps normal.
3” Les Européens en Aigérie ont eu, en 1872, un excédant considérable de naissances, 38,5 pour 31,8 décès; à ce compte, ils doubleraient leur population eu 104 ans, alors que la France ne double la sienne qu’en 198 ans.
* Du mouvement de la population européenne en Algérie. Vallin, Ann. d'Iiyg. 1876.
DÉMOGRAPHIE
ccnce delà population française était accusée non-seulement par le défaut d’accroissement, mais par d’autres signes encore. On s’est surtout appesanti sur la diminution de la taille qui constitue pour notre race une infériorité évidente, par rapport à d’autres nations. On peut, en effet, se demander pourquoi la taille élevée des Gaulois ne se retrouve guère chez les Français d’aujourd’hui, qui sont en moyenne plus petits que tous leurs voisins. On ne tient pas assez compte, selon nous, de la différence fondamentale entre les Gaulois et les Celtes, indiquée cependant de la façon la plus nette par tous les historiens de l'antiquité. Les Gaulois étaient de haute stature ; les Celtes, quoique vigoureux, étaient de petite taille. Ces deux races se sont mélangées, pour former la masse de la population française sous la domination de Francs. Il est donc probable que, par la suite des siècles, le type celtique a fini par l’emporter, soit parce qu’il était plus nombreux, soit comme conséquence d’une fécondité supérieure, soit par un de ces effets d’atavisme qui font si souvent prédominer un type sur les autres.
Ce qui nous confirme dans cette manière de voir, c’est que les descendants incontestés et incontestables des Gaulois, les Montagnards d’Écosse (Gaëls) et les Irlandais de l’Ouest, sont encore aujourd’hui des hommes d’une taille fort élevée et présentent tous les caractères physiques et moraux que l’on attribue à leurs ancêtres.
En résumé, la diminution de la taille ne parait nullement correspondre à une décroissance de la vigueur physique et de la vitalité.
D’un autre côté, si l’accroissement de la population a subi en France un arrêt remarquable, il ne faut pas oublier qu’en même temps la longévité moyenne et les chances de vie de chaque individu se sont très-notablement accrues depuis le siècle dernier. Il semblerait donc que la tendance actuelle de la société française serait celle d’un État où le nombre des naissances est peu considérable, mais où chaque individu, entré dans la vie, jouit d’une sécurité plus grande et présente des chances plus sérieuses pour atteindre une longévité élevée. Il est incontestable que ces résultats sont dus au développement de 1 ais-ance dans toutes les classes de la population et aux progrès de 1 hygiène qui en sont la conséquence nécessaire.
En terminant ce chapitre, sur le rapport de la natalité et de la mortalité, nous donnons le nouveau Bulletin hebdomadaire de statistique, adopté par le Congrès international de statistique de Pesth, 1876 (section de la statistique des grandes villes). .M. Janssens, qui dirige avec tant de distinction le bureau de statistique de Bruxelles, était le rapporteur de la commission.
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