‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 86 sur 298 · I.'IlOMilE CONSIDÉlif; COMME IXIdVIDII · texte numérisé non relu

I.'IlOMilE CONSIDÉlif; COMME IXIdVIDII

magmatique. Un seul cas de celle nature a pu être observé. Il s’anit d’un individu atteint de pneumoconiose siderosique. Il avait été occupt* à nettoyer avec du sable des plaques de tôle qui s’élaient recouvertes d’oxyde d’oxydule de fer.

L’expectoration de cet homme était d’un gris-noirâtre; l’analyse chimique y démontra la présence de petits granules noirâtres d’oxyde de fer, à l’état d’oxyde magnétique. La mort eut lieu au bout de deux mois.

L’autopsie permit de constater sur chaque poumon des amas grisnoir. Les poumons étaient indurés et offraient les caractères d’une phlegmasie chronique. Lesommet droit présentaitunecavernccommuniquant avec une grosse bronche. Les ganglions bronchiques, peu altérés, offraient cependant à l’intérieur une teinte noire. Sur 100 grammes de poumon desséché, il y avait 0,885 de fer. Cette observation a eu pour résultat de faire modifier le procédé de nettoyage des plaques de tôle.

Parmi les ouvriers employés exclusivement à la confection des ouvrages en fer, les forgerons, les ferronniers, les forgeurs de rivets, les serruriers, les cloutiers, offrent différentes déformations, provoquées par des altitudes vicieuses, que nous avons déjà mentionnées. Quelquesuns de ces ouvriers sont, en outre, exposés à l’action continue de températures extrêmement élevées' et à l’absorption de poussière fine composée d’oxyde de fer et de charbon, qui produisent sur leurs voies respiratoires une irritation continue; les forgerons souffrent en grand nombre d’un lumbago poussé à un degré de violence excessive.

L’hypertrophie du cœur et l’emphysème pulmonaire sont fréquents chez ces ouvriers.

Tôlieiis et cHAUDiiONNiERS. — Lcs iiidividus attachés à ce genre de travail ne subissent aucune influence patbogénique bien caractérisée, .*^i ce n’est cependant l’action exercée sur l'organe de l’ouïe par le bruit a.ssourdissant qui remplit incessamment leur atelier. Une cinquantaine d’ouvriers, frappant à coups redoublés de marteau la paroi métallique de vases creux et sonores, |)roduisent un tapage vraiment infernal que l’habitude la plus prolongée peut seule permellre de tolérer (Maison-

neuve).

• Les ouvriers des hauts fourneaux qui servent à la fabrication du fer et de facier. ont à SC livrer à un dénloicinenl de force excessif en présence d’un foyer «le chaleur intolArahle. ,1’ai assisté, dans Tusine de Terre-Noire, A la fonte de l'acier par une température de 2 OÜÜ deerés II y a là pour l’ouvrier danger d’accidents, de brûlures et de transpirations abondantes, suivies de froid et de frisson. Ile plus, il peut

iiinueiices nocives spéciales résultaiit des gazon .les vap.'urs .pic développe la inatiéie en fusion.

L llUMME AU l’OlM UE VUE UES l’UÜFESSIONS.

Ü” Affections pulmonaires succédant à l'inhalation des poussières de fer et de silice . Siderosis et clialicosis'.

BiDLiociiAi’iiii; . — JoiixSTO.v. On a nciv spccies of phthisis jieculiar to persans occupicd in pointiny ncedles [Mem. of the London medic. Society, vol. V). — Alp. Chevalueh. Des accidents auxqiiets sont exposes les couteliers, cmoulcurs et aiguiseurs [Annales d'hygiène iniblùpie, 1S5Ü). — Favell. De l'asthme des rémouleurs. — Moiiin. Dangers auxquels

l'emploi des meules de grés expose les ouvriers dans les fabriques d'armes. Quentin.

Fabrication de meutes artificielles. — J. C. W\i.i.. Maladies des aiguiseurs de Sheffield. l’EAcocii. — De la phthisie des tailleurs de pieire meulière. — Putéunat [do Lunéville). Quelques mots sur les maladies des verriers et des tailleurs de cristal, ou Une promenade medicale à la cristallerie de Baccarat. — Joiidan. Maladies des ouvriers dans les fabriques d’acier. — Uesaivee. Éludes sur les maladies des ouvriers -.de la manufacture d'armes de Chûtellerault. — Feltz. Maladie des tailleurs de pieirc.

Tandis que, dès le dix-septième siècle, la maladie des tailleurs do pierre était l’ubjet de recherches et de travaux considérables, la maladie de même origine, mais d'une gravité bien plus grande, qui atteint les aiguiseurs, est mentionnée seulement à la fin du siècle dernier.

En effet, dès 164!), Diemerliroek reconnaît la présence de poussières pierreuses dans les poumons des tailleurs de pierre; Wepfer (1678) constate la présence de la phthisie clicz les ouvriers qui, àWaldshut, préparent les pierres à meules; et, dans le courant du dix-huitième siècle, cette étiologie des affections organiques du poumon est tellement monnaie courante, que Sauvage décrit un asthma pulveruleiUoniiii, lequel, dit il, dégénère souvent en phthisie.

Ces idées sont confirmées par Leblanc (1775), Will (1785), et cependant personne, pas même Rarnazzini (1760), ni Fourcroy ( I 777), ne parlent des maladies de poitrine chez les aiguiseui’s. Il faut arriver jusqu en 1 / 96 pour voir Johnston s’occuper d’une espèce de phthisie qu’il a observée chez les empointeurs d’aiguilles. Enfin, en 1850, Kiiight aborde la question des émoulcurs, et nous apprend que la maladie spéciale dont ils sont affectés est de date récente. « Autrefois, dit-il, les ouvriers travaillaient isolément hors des villes, dans des campagnes salubres, le long des cours d'eau qu’ils utilisaient comme force motrice. Leurs ateliers, dans lesquels ils n’étaient jamais qu’eu très-petit nombre, étai-nt largement aérés; ils aiguisaient rarement par la voie sèche. Les \ai iations, en plus ou moins, survenues dans ces cours d’eau, et les gelées de 1 hiver, interrompaient fréqueniinent leurs travaux, et les obligeaient de se livrer à d’autres occupations. »

L ada|)tatiüu des machines à vapeur à l’aiguisage amena, vers 1 786,

‘ Ue yà't.il, bilc.N, pion-e à fu.,il.

190 l/llOMMU CONSIUÉIIÉ COMME INDIMDE.

une rcvolulion coniplèlc et bien lâcheuse dans celle industrie, qui des campagnes fui amenée dans les villes. Les ouvriers furcnl enfermes, au nombre de douze ou quinze, dans di s pièces peu spacieuses, cxaclement closes, surlout pcndanl l’Iiiver ; ils Iravaillèrcnl là, peiidanl loute l’anuée, dix à douze heures par jour, el six jours par semaine. L’avilissement des salaires amena l’usage plus fréquent de la voie sèche, beaucoup plus expéditive. Enfin, les aiguiseurs vinrent demeurer en ville, el leur genre de vie se modifia du tout au tout.

Depuis Knighl, nous avons à enregistrer les belles recherches de Holland, celles deFavell, de Hall, en Angleterre, et celles de M. Desayvrc en France. Une des professions où la vie de l’ouvrier est le plus eu dan'^er, la fabrication des . armes, a été surtout l’objet des éludes de M. Desavvre. Là encore, les ouvriers aiguiseurs sont les plus exposé.-'.

On ressent habituellement dans ces usines, ditM. Desayvrc, el quelle que soit la température de l’air extérieur, un certain froid, qui dépend :

1” De la vapeur d’eau froide répandue dans l’usine et résultant de l’aiguisement par la voie humide, qui est en vigueur à la manufacture; 2" de l’eau qui mouille le pavé de l’usine et coule même dans les endroits les plus déclives; 5“ enfui du courant d’air qui s’établit entre les fenêtres nord et sud, quand elles sont ouvertes simultanémcut. H résulte de ces conditions physiques que les aiguiseurs, échauffés, et souvent mouillés de sueur par un travail pénible, respirent un air froid el saturé d’humidité; ce qui, joint à leurs imprudences, explique la fréquence des bronchites parmi eux, indépendamment de l’action de la poussière sur l’appareil respiratoire.

On se sert de préférence, pour l’aiguisement, de meules nalurelles, ainsi nommées parce qu’on les taille dans les carrières; elles sont faites avec le grès dit bigarré, et composées de sHrx uni par un cimciü calcaire. Elles sont d’une grande dureté et u’éclatenl presque jamais.

Pour V aiguisement des armes, il est nécessaire de creuser à la circonférence de la meule des cauuelures ; c est a celte opération que 1 ou donne le nom de ri/lage. Lorsque 1 ouvrier rillc la meule, il se dégage une grande quantité de poussière ; celle-ci prend deux direclioiis : une partie s’élève un peu et vient tomber sur la planche placée auprès de là meule; une autre partie, beaucoup plus considérable, tombe comme mie masse épaisse, et s’élève ensuite eu poussière fine pour rcmidir toute l’usine d’un nuage pulvérulent tellement éiiais, qu’on a peine

à voir à quelques pas devant soi.

Une réforme radicale a été introduite dans l’hygièiie de la profession

L’HOMME AU POINT UE VUE DES PIIOEESSIONS

des aiguiseurs, et a apporté à leur sort une amélioration considérable ; c’est l’introduction du ventilateur, ou plutôt de l’appareil ventilateur, qui a pour base essentielle une roue à aubes courbes placée en dehors de l’usine.

Tous les aiguiseurs ne sont pas dans les mciries conditions pendant leur travail. L’aiguisement de la cuirasse est très-fatigant, principalement à cause du poids considérable de cette armure, que l’ouvrier doit supporter pendant tout le temps de l’opération.

L’aiguisement en travers, qui s’applique à la baïonnette et aux autres armes, moins la cuirasse, mérite aussi une mention spéciale; cet aiguisement se fait, ou plutôt se laisait, sur une meule d’environ cinq centimètres de diamètre. L’ouvrier travaillait assis, appuyait la lame sur ses genoux, et se courbait très-fort pour voir son travail, d’où résultait d’abord une très-grande fatigue ; ensuite, il travaillait à sec et était obligé de retailler à chaque instant la meule, ce qui l’exposait à aspirer énormément de poussière. M. le colonel Ancelin, frappé de tous ces inconvénients, a lait établir un nouveau système de meules, qui ofirent le double avantage de permettre l’aiguisement par la voie humide et de donner à l’ouvrier pendant son travail une attitude droite. Les ouvriers ont ap])récié les effets bienfaisants de ces meules.

La cause spéciale qui fait naître parmi les aiguiseurs une maladie particulière et véritablement professionnelle, consiste dans l’aspiration des poussières siliceuses que lancent les meules, et des particules métalliques qui s’échappent des instruments qu’on émoud. Les mêmes inconvénients se retrouvent pour toutes les catégories d’aiguiseurs, quelle quç soit la madère aiguisée ; le degré du danger varie toutefois considérablement, suivant que l’aiguisage est fait à sec ou par la voie lumide ; ce dernier étant beaucoup moins funeste, et n’attaquant pas directement la vie.

Les lourchettes, les aiguilles, réclament l’aiguisage à sec ; les rasons, ciseaux, couteaux de table, sont soumis à l’aiguisage mixte, c est-à-dire que, façonnés d’abord sur la meule sèche, ils sont ensuite aiguises sur une meule humide.

Enn,i, la fabrication des scies et des faux demeure, grâce à l’aiguisage humide, une des moins nuisibles.

C’est à Sheffield que Holland a recueilli la plupart de scs observulons. ette ville est, comme on le sait, le siège principal des grandes manufactures de coutellerie et de quincaillerie de l’Angleterre.

Les de fourchettes, travaillant à sec, paraissent, entre

ous, es P Us happés par la maladie, et ceux qui succombent le plus

L'HOMME CONSIÜEKÉ COMME INDIVIDU

vite. Plus l’aiguiseur est jeune et plus il se montre sensible à cette influence. La poussière, incessamment produite par la rotation rapide de la meule, est si déliée, dit Holland, (pi’elle peut pénétrer dans les ouvertures les plus étroites; elle remplit tout l’atelier, et se dépose sur tous les objets qui s’y trouvent renfermés. L’atmosphère est chargée d’un nuage de ces particules, en grande partie siliceuses.

Les polisseurs d'acier, qui emploient l’émeri et le rouge d’.Vnglcterre, se rapprochent des aiguiseurs par les poussières nuisibles qu’engendre leur travail. 11 s’exécute également au moyen d’une meule dont la circonférence est garnie d’une couche d’émeri destinée à rendre le frottement plus rude.

Ï1 faut encore ranger parmi les ouvriers chez lesquels la phthisie professionnelle sévit de la façon la plus redoutable, les aiguilleurs (fabricants d’aiguilles), et, parmi eux surtout, l’ouvrier enipoinleur.

L'empointage se fait à la meule sèche; des particules méLdliqucs jaillissent sans cesse en étincelles brûlantes, en même temps que l’ouvrier respire un air chargé de poussière de grès. La gravité de la maladie des empoiiiteurs et l’urgence des moyens préservatifs ont été tour à tour signalées par Johnston, Knight, Villenné, Desayvre.

La maladie des aiguiseurs consiste en un engorgement du tissu pulmonaire, quelquefois avec excavation, entretenue et aggravée par la présence de corps étrangers, lesquels ne peuvent être expulsés ni résorbés.

La première période correspond à la présence seule des corps étrangers dans les poumons ; la deuxième, à 1 altération du tis§u pulmonaire (engouement et induration) ; la troisième, à l’existence de cavernes.

Dans la première période, caractérisée par la présence des corps étrangers dans les poumons sans altération du tissu de ces oigancs, nous trouvons de la toux sèche, ou plus souvent suivie d une expectoration blanchâtre, lilante, peu abondante, excepté le matin. Point d’hémoptysie. Le malade vomit souvent a son réveil des matières bilieuses, glaireuses; la respiration est vésiculaire, mais moins moelleuse qu'à l’état normal, et l’on perçoit à l’auscultation de très-légers craquemenU. La sonorité est bonne. Du reste, point de diminution des forces.

Dans la seconde période, qui correspond à rengorgement du tissu pulmonaire, le malade tousse, il expectore des crachats blancs ou blancsverilàlrcs, quelquefois mémo rougeâtres, et éprouve assez souvent do peti:c.i hémoptysies. 11 ressent de la dyspnée par le moindre exercice:

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la sonorilé de la poitrine est beaucoup diminuée, et la respiration est sourde, dure. Des râles se lont entendre, ils dépendent de la bronebite (pii coexiste presque toujours. Du reste, point de lièvre ; l'appélil, les Ibrccs sont en assez bon état.

^ Dans la troisième période, des cavernes existent dans les poumons; raigmseur est forcé, bon gré, mal gré, de s’arrêter; jusqu’alors, oii dépit de 1 induration partielle de leurs poumons, beaucoup d’entre eux n’ont pas interrompu leur travail. La toux est très-fréquente, l’expectoration très-abondante ; il se manifeste de temps en temps des hémoptysies, effrayantes par la quantité de sang rejeté. A l’auscultation, on n’entend presque plus la respiration vésiculaire, mais à sa place des râles ronflants et sibilants généralisés, et, dans certains points, des râles caverneux. A la percussion, on ne trouve presque partout que matité. L’état général est en rapport avec l’état local; fièvre continue avec exacerbation le soir, sueurs, insomnie, amaigrissement, dyspnée vomissement; la mort arrive enfin.

Cette maladie se développe lentement et insensiblement. On la voit se poursuivre di.x-luiit mois, deux ans, trois ans, quatre ans inênie.

11 résulte d’une analyse faite par M. Malapcrt, que les grains noirs trouvés dans le poumon, renferment une énorme quantité de silice,’ du fer et du phosphate de chaux, mais en quantité moins considérable’ Les corps étrangers se présentent sous la forme d’une tache noire trèspetite, puis sous celle de points noirs très-petits également. Ouelques-

mssont blancs-jaunâtres; d’autres, tout à fait blancs, ont l’àspcct du alex brut. ‘

Les plus petits sont très-mous, sans résistance sous la pression du loigt, qui en change la forme comme il le ferait de la cire molle La plupart se laissent couper par l’ongle, toutefois avec une certaine dificu te. Les grains blancs, siliceux, à aspérités, se trouvent surtout lans le tissu pulmonaire très-induré, à la périphérie des cavernes dans c dcNeloppement desquelles ils semblent jouer un grand rôle.

La sihce est donc la base de la matière pulvérulente.

Le poumon indim; n’est pas crépitant à la pression; il est dur au auclier; a la coupe, il a un aspect marbré et semblable â la Iruffe. Le li’Su qui environne les cavernes est toujours atteint d’induration.

CS crachats d’un aiguiseur qui travaillait à sec rcnlcrmaicnt, outre -s ce Iules d épithélium provenant de la bouche et du pharynx, des obulcs de sang, des globules de pus et de mucus, et enfin des parti-

<^1-' Sautant

jgj L'IlüMME CÜNSIDÉKÉ COMME ISÜIVIÜU.

plus abondante qu’il s’étail écoulé un temps moins long depuis la cessation du travail*.

Ainsi donc, les poussières inspirées ont été la silice et le ter, c està-dire qu’il y a eu à la fois chalicosis et siderosis. Celte forme de pneumoconiose est très-grave. Un caractère imporlaiil, l absence d hérédité, la distingue de la phthisie tuberculeuse, avec laquelle elle ofire certaines analogies *.

Le tableau suivant donne le chiffre de la vie probable chez ces différents groupes d’ouvriers.

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