CHAPITRE VII
TROUBLES PROFESSIONNELS DU CÔTÉ DE l’ORGANE DE LA VISION, ET PROFESSIONS QUI LES PROVOQUENT.
INFLUENCE DE l’ÉOOLB SUR LA VUE.
Biduograpiiif,. — Myopie acquise. Traités classiques des Jiialadies des yeux. — II. CoiiN. Examen dioptrique des yeux de dix mille écoliers, in Congrès ophllialm. d' Heidelberg, 1805. — ^ Giraud-Teulo.N. Du mécanisme, de la prodiiclion et du développement du Maphyléme postérieur, elc., in Annales d’ociiL, 1800.— Erisman. Hechcrches sur les yeux de 4,558 écoliers, in Arcliivs fur Ophthalm., 1871. — Macklakoff. Traité confirmatif du précédent, in Mémoires de la Société dé physique Médicale de .Moscou, 1871.
— ÎII. U. Liebbeicii. J, 'école et son influence sur la vue, in Revue scientifique (février 1873).
— Giuai!d-Teü[.ox. Art. Myopie, in Dict. cncycl., 1870. — F. Ahi.t. Vcber die Ehrsachen und die Enlslehuiig der KurzsiclUigkeil . Vienne, 1870. — Abadie. Elude sur la myopie progressive. Thèse (le Paris, 1870, et art. Myopie, in Traité des maladies des yeux, t. II, 1877. — Calaractes professionttelles. Classiciues. — Amblyopie par intoxication alcoolique et nicollinque. .1. HütcIiisson. Clinic. data resper.tiUg amaurosis more esjier.ially thaï form of supposcd to bc indured by tobacco, in tbe Lancet, 180). — Sichel. /te l'amaurose et de l’influence du tabac sur sa production, in Union médicale, 1805. — Art. Amaurose in D'ict. encycl. et pratique. — Amblyopie pat Intoxicnlion saluriline. Itrpi.Av. De l'amaurose, suite de la colique, de plomb, in Arch. gén. de méd., 1851. — lli rciiiNsoN. On lead poison hig as a caus of optic. neurilis. Ophthalm, Hosp. Reports, 1871.— Uësaut. Thèse d'agrégation, 1875. — Héméralopie. Voy. Dict. pratique. .Abadie. Art. Héméralo])ic (hihliographie). — Daltonisme.. Voy. Dict, cncycl, AVadiomont. Art. CMromato-pscudopsic (bibliograpliie). — FaviiE. Congrès de l'assoc. franç. pour ravanceinenl des sciehees. Lyuii, 1873.
Un certain tiombre do travaux, de professions ou de conditions d’existence, peuvent exercer sur les yeux une inHuence nuisible. Los désordres qu’ils produisent sont de deux sortes : les uns résultent d’uno tiiodificatiou survenue dans l’ensemble de l’organisme et doivent être considérés comme des manifestations do l’état général mauvais dans lequel sa manière de vivre place le malade. Los autres, au contraire, sont isolés ou du moins primitifs; ils proviennent directement du travail exagéré auquel est soumis l’appareil visuel et des mauvaises conditions dons lesquelles cet appareil fonctionne.
Cette distinction, moins rigoureuse qu’elle n’en a l’air au premier abord, mais cependant naturelle, sera observée, autant (jue [lossible, dans ce cbapitre.
L'HOMME AU POINT DE VUE DES PROFESSIONS
Nous devons nous excuser d’avance, auprès de nos lecteurs, de l’étendue assez considérable que nous avons cru devoir accorder à ce sujet. Son importance pratique, son application directe à un grand nombre de questions qui sont à l’ordre du jour, enfin les nombreux travaux dont il a été récemment l’objet, nous ont engagé à dépasser, dans une certaine mesure, les limites que nous nous prescrivons habituellement. Il ne s’agit pas, on elTet, comme dans les chapitres précédents, d’une simple question d’hygiène professionnelle : les dispositions qu’il convient de prendre dans les écoles, dans l’intérêt do la sauté do nos enfants, y sont également discutées. C’est là, ce nous semble, une justification suffisante.
I. — Etudions d’abord les lésions oculaires qui résultent directement des conditions dans lesquelles s’exerce la vision : ce sont de beaucoup les plus importantes parmi celles dont nous avons à nous occuper ici. Loin de n’intéresser, en effet, qu’un petit nombre d’ouvriers spéciaux, comme la plupart des maladies professionnelles, elles menacent des classes d’individus extrêmement nombreuses. Pour s’en convaincre, il suffit de savoir qu’elles peuvent être amenées par toutes les occupations qui, exigeant le concours de la vision de près, nécessitent des efforts longtemps soutenus d’accommodation.
On sait que dans un œil bien conformé, c’est-à-dire emmétrope, les rayons lumineux émanés d’objets éloignés, arrivant vers la cornée dans une direction sensiblement parallèle, tendent, par suite de la réfringence des milieux de l’œil, à converger naturellement sur la rétine où ils forment une image tout à fait nette. Au contraire, si l’œil est dirigé vers un objet placé à peu de distance, les rayons lumineux qui en émanent tombent sur la cornée dans une direction divergente ; si rien n’est changé aux conditions de'réfringence, ils iront donc former leur foyer au delà de la rétine, et ne donneront sur cette membrane qu’une image confuse et brouillée. Pour que les objets rapprochés soient vus nettement, il faut que les conditions dioptriques de l’œil soient moditiées, et elles ne le sont qu’au prix d un effort d’autant plus considérable, que le point à voir se rapproche davantage. Aiusi, tandis que la vision de loin, si prolongée qu’elle soit, n’a jamais sur l’œil ducune iniluence fâcheuse, la vision de près entraîne, à la longue, une fatiguo, puis certaines altérations particulières, que nous allons préciser.
Myopie. — On a remarqué, depuis longtemps, que la myopie est très-lréquente chez les individus qui se livrent à des travaux assidus et sédentaires; qu elle se développe surtout pondant le temps d’école, et qu elle n est nulle part plus fréquente que dans les écoles supérieures
-Ki I/IIOMME CONSIDÉIlf; COMME INOIVIItU.
(lu gouvernement, et en pnrticiilier V Ecolo poliilcchniqup^ Vilenie des (Jiartcs, etc.; on sait également qu’elle est beaucoup plus commune dans les villes, où tout le monde lit plus ou moins, (ju’à la campagne, où, même dans les régions les plus favorisées, la lecture n’est jamais qu une occupation e.xceptionnelle et de courte durée.
Cet ensemble de faits d’observation courante et vulgaire serait certes déjà suffisant pour indiquer dans quel sens agissent sur l'œil les efforts prolongés d’accommodation. Cependant, on pourrait se demander s il n’y a pas là certaines coïncidences dont on ne se rend pas bien compte au premier abord. Au point de vue de l apparition de la myopie, pendant le temps d’école en particulier, on pourrait supposer que dans d’autres conditions les mêmes lésions se produiraient peutêtre sous la seule influence de l'àge et du développement. Mais desen- (| mîtes ont été faites qui ne laissent subsister aucun doute.
11 a été démontré just|u’à l’évidence que c’est bien à In vie d'école qu’il faut attribuer le développement de la myopie chez les enfanls. Nous nous contenterons de lapporler ici le résultat des intéressantes recherches de F. Erisman, de Saint-Pétersbourg*. Ce sont, croyonsnous, les plus imporlantes (jui aient été faites sur ce sujet.
Elles portent sur le nombre considérable de 4558 enfants, pris dans sept écoles russes diverses, et quatre écoles allemandes. Dans les premières, l’àge variait de 10 à 21 ans; il était de 8 à 20 ans dans les secondes. La détermination delà réfraction était faite parle procédé ordinaire, au moyen des tables de Snellen; pour chacun des sujets on notait l’âge, le nombre d’années d’étude, l’éclairage employé et le nombre total d’heures de travail.
Voici les principaux résultats obtenus :
Sur un total de 4558 sujets, il y avait :
Myopes
Emmétropes
Hypermétropes
Amblyopes
Sur 5260 garçons, on trouva :
Myopes
. . . 1017soit51,l
p. lOtt.
Emmétropes
Hypermétropes
Amblyopes
' Hci'ltcrrhcs fiir les ijeiu ilr 4r»r)8 )<foliers, in Arth. fur üplilhnlm. ol Annnt. d'ocuL. 1871.
I/IIOMME AU POINT DE VUE DES PROFESSIONS
Sur 1002 filles :
Myopes. . .
Emmétropes. .
Hypermétropes Amblyopes. .
.)00 soit 27,5 p. 100.
Sur 2554 élèves russes, il y avait :
Myopes 800 soit 54,2 p. 100.
Emmétropes 054 25,8
Hypermétrope.^ 100,3 oo'r,
Amblyopes \-, 0 5
Sur 1824 élèves allemands, il y avait ;
Myopes 451 .soit 24,7 p. 100.
Emmétropes .47X oo 2
Hyperméu-opes 880 — .'j.slo —
Amblyopes <) 05
Ainsi les gan;on.s, généralement soumis à des travau.x plus assidus et plus sérieux, donnaient une proportion de 51,1 myopes pour lÛÜ, tandis que les filles ne donnaient que 27,5 pour lÜÜ. De plus, la diPlérence entre les écoles russes, avec 54,2 pour 100 de myopes, et les écoles allemandes, avec24,7 pour 1 00 seuletiient, était très-marquée, ce qui doit être attribué à ceque les premières renfermaient exclusivement des pensionnaires, et les autres exclusivement des externes. En effet, ces derniers sont soustraits, dans une certaine mesure, à riniluence de I école ; ils sont d’habitude moins surchargés de travail, et se trouvent places dans de meilleures conditions hygiéniques générales; enfin, et surtout, ils passent chaque jour un certain nombre d’heures en plein air, et peuvent alors relâcher complètement leur accommodation, tandis que les pensionnaires, toujours enfermés dans des salles d’étude, ou dans des cours plus ou moins étroites, ne fixent jamais les yeux que sur des objets rapprochés, et ne peuvent, à aucun moment, détendre tout à fait leur muscle ciliaire.
L inlluence fâcheuse de l’iiiternata, du reste, été établie directement, ans une même école, sur 597 pensionnaires, on trouva 167 myopes, cest-a-dirc 42,1 pour 100, tandis que sur 918 externes on n’en trouva que 525, c’est-à-dire 55,4 pour 100.
Le docteur Erisrnan ne s’est pas arrêté à ces résultats généraux : di- • sujets par classe et par âge, il a constaté que dans les classes
1 eiieures, chez les enfants de 6 à 7 ans, le nombre des hypermétropes
ai jusqu à 76 à 78 pour 100. L’hypermétropie est doue l’état iior- "al et physiologique à cet âge; un enfant de 6 à 7 ans, placé à vingt