‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 94 sur 298 · I.'limiMR (’.ONSlDÉnÉ COMMR INDIVIDi · texte numérisé non relu

I.'limiMR (’.ONSlDÉnÉ COMMR INDIVIDi

pieds du tid)lcnu de Sncllcn, et lisant couramment le n" 20 de ce tal)loau, doit pouvoir le lire encore malgré l’interposition de verres convexes faibles. L’emmétropie et la myopie sont, au contraire, l’exception. Hiontôt les proportions cliangent, quelques-uns restent hypermétropes, la plupart deviennent emmétropes pour rester en cet état ou devenir myopes un peu plus tard. A mesure qu’on s’élève dans les classes supérieures, on voit en effet la myopie devenir plus fréquente et atteindre un plus fort degré ; nous savons qu’elle est extrêmement répandue dans les écoles d’enseignement supérieur, auxquelles on ne parvient que par un travail excessif et un véritable surmenage de la vue. M. Giraud-Teulon cite une promotion de l'École polytechnique qui contenait 55 myopes sur 100 conscrits.

Le docleur Erisman a complété ses intéressantes recherches en déterminant d’une manière systématique l’acuité visuelle chez les myopes examinés. Il l’a trouvée en moyenne plus faible que chez les hypermétropes et les emmétropes de même âge. La différence, inappréciable dans les faibles degrés de myopie, devient frappante à mesuré qu’on arrive aux degrés élevés, au delà do 1/12'’ par exemple. 11 en est de même des lésions du fond de l’œil; à partir du même degré il y a toujours un peu d’atropbie choroidienne delà partie externe de la papille, et ce stapbylôme augmente rapidement à mesure que la myopie devient plus forte.

Les relevés antérieurs du docteur Hermann Colin de Breslau avaient déjà donné les mêmes résultats. Sur 10 060 étudiants et élevés de toutes catégories, cet auteur a trouvé 1004 myopes. Toutes les écoles dans lesquelles il a fait ses recberches en renfermaient; mais dans les écoles de villages la proportion était de 1,4 myopes pour 100 élèves, tandis qu’elle était de 11,4 pour 100 dans celles des villes. Dans ces dernières la proportion s’élevait en raison du degré d instruction.

Écoles primaires myopes p. 100

Écoles moyennes

Écoles normales. . , . . , . , i . • • •

Gymnases

Dans les gymnases, plus de la moitié des élèves de là première classe sont myopes.

M. Colin a constaté, de plus, que le degré de myopie s’élève assez régulièrement de deux en deux aus dans les diverses écoles ; il iTa pas trouvé de myopes parmi les élèves qui u’nvaient pas un dcumscmeslrc révolu de scolarité.

Il est doue bien démontré aujourd’bui que ce sont surtout les tra-

L’HOMME AU POINT DE VUE DES PROFESSIONS

vniLv de lecture et d’écriture qui amènent à la longue le dcveloppcruent de la myopie.

D autre part, il est certain que la myopie est héréditaire ; les enlants de parents myopes sont prédisposés au développement de cette affection par la structure même de leurs yeu-v ; ils devieadront donc certai-

nement myopes, s’ils se trouvent placés dans des conditions suffisamment mauvaises pour faire naître la myopie dans des yeux naturellement emmétropes. Nous sommes ainsi menacésd’un accroissement illimité du nombre de myopes, si des mesures sérieuses ne sont prises pour diminuer, autant que possible, l’influence nuisible de l’école sur la vue.

Mais avant de nous occuper de ces mesures qui sont en parfait accord, comme on le verra, avec ce que prescrit l’bygiène générale de l’enfant et de l’écolier, nous devons exjioser rapidement le niécanisme par lequel les efforts répétés d’accommodation amènent le résultat fâcheux que nous révèle la statistique. Se contenter de l’énoncé du fait serait insuffisant dans une question aussi importante.

On sait que les efforts continus d’accommodation, exigés par la vision de près, ne se font qu’au prix de la contraction énergique et prolongée du muscle ciliaire. Or les expériences de Donders et Grünbagen ont établi que la contraction de ce muscle, placé horizontalement autour de I équateur du cristallin, fait augmenter la tension intra-oculaire. Donders a vu diminuer le calibre des veines de la papille d’un chien quand il lui faisait fixer des objets rapprochés ; Grünbagen excitant directement les filets nerveux qui se rendent au muscle ciliaire sur un œil, dans lequel on avait introduit la branche libre d’un manomètre, a mesuré l’excès de tension ainsi produit et l’a trouvé assez considérable. Ce phénomène est dû à la disposition anatomique des artèrés destinées aux parties antérieures de l’œil; ces rameaux traversent presque tous le muscle ciliaire et se trouvent par suite comprimés lorsqu il se contracte, d’où l’accumulation du .sang en arrière et l’augmentation de la tension intra-oculaire.

Cette cause de distension est sans doute bien légère, mais, comme e e se reproduit .sans cesse, elle doit finir par vaincre la résistance des ve oppes de I œil, alors surtout que la sclérotique incomplètement ileve oppée n’a pas encore acquis la rigidité qu’elle aura plus tard. De P us e globe oculaire, étant soutenu latéralement par les muscles droits, ue cece pas dans toutes les directions, mais seulement dans le point le P us faible, c’est-à-dire en arrière : d’où rallongement de son axe anlero-postéricur et par suite la production de la myopie.

1 telle est la situation pour les individus dont l’œil est bien con-

oiO I.'IIÜMMK CONSIDÈUÉ COMJIE I.M)1VII)L'.

i'oriné, elle est lieaucoup plus grave encore pour les myopes de naissance. Chez eux, en elïel, par suite d’un vice de développement particulier, étudié par hvanoff, le muscle ciliaire, au lieu de comprendre des fihres circulaires et des fihres radiées comme dans l’œil normal, est presque exclusivement composé de ces dernières ; or leur contraction produit bien plutôt le tiraillement de la choroïde que la détente de la zonule de Ziiiii, et le changement de courbure du cristallin.

Le myope qui semblerait au premier abord être favorisé par la vision de près, puisqu’il voit nettement, sans effort, des objets rai)procbés que l’emmétrope ne distingue qu’avec le secours de l’accommodation, est

en réalité fort mal partagé. La structure défectueuse de son muscle ciliaire l’oblige à faire des efforts considérables et à exercer sur sa choroïde des tiraillements qui se font sentir jusqu’à l’insertion de cette membrane autour du nerf optique. Ces tiraillemenls ne sont pas sans inlluence sur le développement du staphylôme postérieur en ce point. On a, du reste, démontré qu’il se produisent réellement, en implantant des aiguilles dans des yeux fraîchement énucléés, un peu en arrière de l'insertion du muscle ciliaire sur la'choroïde, et en e.xcitant ensuite les nerfs ciliaires. .Aussitôt que le muscle ciliaire se contractait, ou voyait l’extrémité libre de l’aiguille se déplacer en arrière, preuve manifesle que la pointe, attirée par le déplacement de la choroïde, se portait eu avant.

Cette nouvelle cause de détérioration de l’œil vient donc s’ajouter, dans une certaine mesure, même chez les emmétropes, aux elfcls de l’augmentation de la tension intra-oculaire amenée par l’acte de 1 accommodation.

' Ce n’est pas tout. Lorsque nous regardons un objet éloigné avec les deux yeux, les rayons lumineux arrivant dans une direction sensiblement parallèle, les deux axes optiques restent aussi parallèles, et les muscles extrinsèques n’ont d’autre lâche (pie de diriger les yeux vers l’objet à e.xamincr. Au contraire, quand nous regardons de près, il faut que nous fassions converger les deux a.xcs optiipies de façon ipi ib se croisent précisément sur le point que nous voulons voir. Le premier effet des efforts de convergence longtemps prolongés est d augmenter la pression normalement exercée par les muscles droits et par les inuscles obliques sur le globe oculaire; il en résulte eim’ore une augmentation correspondante de la tension mlra-oculaiiT. Lllc vient .s’a'j'outer à celle que iiroduisait déjà la contraction du muscle ciliaire, et contribue avec elle à produire l’allongement de l’axe anlero-poslerieur de l’œil.

L'HOMME AU l'OlJiT DE VUE DES l'UÜKESSlONS.

De plus la cornée étant dirigée en dedans, l’extrémité postérieure de l'œil se trouve forcément portée en dehors, et il en résulte un tiraillement assez violent sur le côté temporal du nerf optique dont l’extensibilité est très-limitée. Par suite de cette traction la gaine externe de ce nerf tend à se détacher de sa gaine interne; la sclérotique est entraînée avec elle et l’œil se trouve de plus en plus affaibli vers son pôle postérieur. Cet affaiblissement a son importance, car c’est précisément au point où il se produit que se manifeste de préférence l’atrophie choroïdicnne dans la myopie avancée; souvent même le staphylôme a exactement la même étendue que le décollement sclérotical.

Toutes ces causes réunies nous expliquent facilement comment la vision de près longtemps prolongée peut amener la myopie chez les enfants hypermétropes ou emmétropes, et augmenter progressivement les lésions déjà existantes chez les myopes de naissance.

11 y a donc là un danger considérable sur lequel l'attention doit être appelée. Mais comment combattre le mal? La statistique, la théorie et l’expérience démontrent que la véritable cause de la myopie est dans le travail forcé auquel sont soumis les enfants dans les écoles; cepeii ■ dant il est impossible de supprimer ce travail; loin de songer à le restreindre on l’augmente incessamment et on l’impose chaque jour à un nombre d’enfants plus considérable. Tâchons donc au moins qu’il SC fasse dans les conditions les moins désavantageuses.

Les inconvénients du travail de près sont en effet singulièrement augmentés par l’insuffisance et la mauvaise distribution de Védaircuje, ainsi que par la mauvaise disposition des pupitres et des bancs dont se servent les écoliers.

Examinons d’abord les conditions ^'éclairage.

En premier lieu, les classes et les salles d’étude devront être trèsbien éclairées le jour et surtout le soir. Il est évident, en effet, qu’un éclairage médiocre ou mal disposé nous oblige à diminuer la distance entre l’œil et le livre pour lire et écrire ; or nous ne pouvons voir distinctement de près qu’au prix d’efforts considérables d’accommodation et de convergence dont nous connaissons tous les mauvais effets.

La lumière arrivera latéralement et du côté gauche. La lumière venant de face est mauvaise, parce ([u’elle est ébloui.ssantc. Les enfants, en cherchant instinctivement à l’éviter, inclinent la tête aussi bas que possible pour abriter leurs yeux à l’ombre de leurs arcades sourcilières, ou bien se tournent de côté et se jilacent dans une position fatigante et vicieuse.

L'IlOMMIi CONSmKlïK CO.MMK /NDIVIOI',

La liiniièrc arrivant j)ar derrière est eoniplclemenl insiiflisanle, |iiiis- (|u’elle est masquée par l’ombre portée de la tête et de la partie supérieure du corps. Enfin celle qui vient de <lroile ne vaut pas celle qui vient de gauche, parce que l’ombre de la main (jui écrit cache le point que l’on doit regarder.

La disposition la plus favorable consiste donc à avoir des salles d’école pourvues de larges et hautes fenêtres placées sur un des côtés longs, et d’y’disposer les tables perpendiculairement à ce côté, de fa(;on que la lumière tombe sur le côté gauche des élèves '.

On a ainsi plusieurs rangs de tables parallèles, mais la surveillance n’en est pas plus difficile pour cela, si l’on a la précaution, soit d’élever tin peu .les bancs les uns au-dessus des autres en gradins, soit d’exbausscr d’une façon suffisante la place du surveillant.

Nous avons dit que les fenêtres doivent être non-seulement larges, mais très-hautes. En effet, la lumière qui vient de haut est toujours la meilleure ; c’est celle dont la distribution est le plus uniforme, quel que soit le côté d’où elle vient. Si l’on ne pouvait adopter la disposition indiquée, on compenserait, dans une certaine mesure, la position défectueuse des fenêtres par leur élévation.

Cependant, nous devons signaler ici un autre danger : la lumière venant directement d’en haut, comme celle que donne un plafond vitré, n’est bonne en aucun cas. Elle porte à placer le livre horizontalement pour qu’il reçoive le plus de lumière possible, et nous verrons plus loin que cette disposition entraîne une attitude funeste, non-seulement à la vue, mais encore à la santé générale; de plus, les rayons lumineux, rélléchis par la surface blanche du livre, sont directement renvoyée vers l’œil ; d’où la même sensation d’éblouissement que quand la lumière vient d’en face et les mêmes iiiconvénients que dans ce cas.

Le soir, les lampes doivent être, autant que possible, disposées de façon à produire un éclairage semblable à celui dont nous venons d’indi(|uer les conditions. On ne doit pas emi)loycr les becs de gaz à feu nu qui ne donnent qu’une lumière vacillante, m.iis les entourer d’un cylindre de verre (jui rend la llamme plus fixe et plus brillante; des réllccteurs amélioreront encore l’éclairage sans augmenter la dépense de combustible. Un les disposera de façon à ce (pie la lumière arrive en abondance sur les tables, mais ne frappe pas directement les yeux.

Enlln, si l’on a le choix, on préférera toujours la flamme riche eu rayons jaunes de la lampe à huile à la flamme trop blanche du gaz;

• Voy. E. Troliil. 6(0' la ncccssilé d'edairer les salles d’deolc par an jour unilalt'ra/.

L’IIOMMIi AU l'ÜINT DE VUE UES PIIOEESSIÜXS.

1.1 lumière qu’elle donne est aussi éclairante sans être aussi éblouissante.

Le verre dépoli qu’on pourrait être tenté d’employer serait très-mauvais. La remarquable propriété qu’il possède de diffuser la lumière peut être utilisée pour l’éclairage général d’une chambre, mais poulie travail il ne donne qu’un éclairage insuffisant. Il est même nuisible, s’il est placé directement devant les yeux, parce qu’il forme une surface d’un blanc éblouissant dont la vue est insupportable. Aussi ne faut-il jamais s’en servir, comme on le fait quelquefois, pour empêcher les écoliers de regarder au dehors par les parties inférieures des fenêtres. 11 vaut mieux fermer ces parties, d’ailleurs peu utiles au point de vue de l’éclairage, avec un écran tout à fait opaque. Le verre dépoli doit être réservé pour les plafonds, dans les salles de dessin, par exemple, et pour les parties les plus élevées des fenêtres lorsqu’on veut faire parvenir la lumière dans des points mal éclairés directement.

Les tables horizontales ou peu inclinées, dont on se sert le plus souvent, favorisent le développement de la myopie en exigeant j)our la lecture ou l’écriture une forte inclinaison de la tête en avant. Gettc position amène bientôt, par l’effet de la pesanteur, une congestion passive de toute la tête et de l’œil ; il en résulte une augmentation de la tension intra-oculaire, dont les effets insensibles en apparence deviennent très-mari|ués par suite de son action incessante. D’autre part l’enfant, prenant l’habitude de se tenir constamment penché en avant, approche plus qu’il ne devrait ses yeux du livre et est obligé, par suite, à des efforts exagérés d’accommodation, de sohe que la position vicieuse entraîne 1 apparition de la myopie et que celle-ci aggrave les déformations causées par celle-là.

11 y a là une sorte de cercle vicieux qui nous force à élargir la question. Nous ne pouvons, dans la recherche de la meilleure forme à donner au inobüiev scolaire, nous borner à ce qui intéresse les yeux ;

I enchaînement des faits nous oblige à examiner, au moins rapidement, la question tout entière.

La multiplicité des recherches, faites à ce sujet dans les i).iys où I on apporte le plus de soin à l’aménagement et au développement es écoles, est une preuve de I importance de la question qui nous occupe. L’unanimité des conclusions, quant aux causes du mal cl aux moyens d’y remédier, est une garantie de leur exaclitude.

Les principaux inconvénients du mobilier ordinaire sont !

;l° L’absence de dossiers ;

2 L écartement exagéré du siège dt du pupitre ;

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