‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 97 sur 298 · iO I/HOMME CONSinÉRÉ COMME INDIVIDU · texte numérisé non relu

iO I/HOMME CONSinÉRÉ COMME INDIVIDU

([iiolconque, ils .se Irouvent dans un lieu fail)lcinent éclairé. Klin reprein) toute sa nctlelé aus-silèl (|u’ils passent an grand jour. Il est lacilc de le constater en ouvrant et en lermant alternativement les volets d’une chambre; on peut se convaincre ainsi (pie ce trouble ne doit pas être considéré comme périodique et rattaché à l’influence paludéenne, comme l’ont voulu quelques auteurs.

Les pupilles sont plus dilatées (pie d’habitude, surtout au crépuscule; jamais pourtant leur élargissement n’atteint celui que produisent les instillations d’atropine. L’amplitude de l’accommodation est diminuée, les malades ont peine tà voir de près, leur vue est brouillée comme s’ils étaient devenus hypermétropes.

Les mêmes troubles se produisent dans la paralysie de d’accommodation, mais la perte presque complète de la vision aussitôt que le jour baisse distinguera toujours facilement l’héméralopie de cette der- j nière affection.

Il est vrai que ce dernier phénomène se produit dans quelques affections oculairps de nature toute différente, telles que la rétinite pigmentaire et certaines formes d’atrophie simple des nerfs optiques. Mais alors la marche particulière de la maladie, et surtout l’exameu ophthalmoscopique, établiront nettement la valeur toute symptomatique de l’héméralopie et empêcheront une erreur de diagnostic.

Quant à la simulation, dont il faudra toujours se défier quand on sera en présence d’une épidémie, elle ne pourra produir.; la dilatation de la ])upille qu’eu recourant à l’atropine; mais alors elle dépassera le but, en produisant une dilatation e.vagérée ; de plus, eu employant le stéréoscope, dont on ouvrira plus ou moins la fenêtre de façon à donner un éclairage variable, on finira toujours par obtenir des réi)onses contradictoires qui dévoileront la fraude.

L’héméralopie essentielle est donc facile tà reconnaître, mais elle peut se développer sous l’influence de causes bien différentes de celles que nous avons signalées au début.

L’action prolongée d’une vive lumière rélléchie par une surface brillante peut en amener la production. C’est ainsi qu’elle a été observée chez les voyageurs qui avaient |)arcouru de vastes étendues couvertes de neiges d'une blancheur éclatante, et chez certains ouvriers obligés, comme les maçous, les phUriers, les peintres en hâltmeni, à regarder presque conlinuellemeut des surfaces blanches.

Dans ce cas, l'héméralojtic ne peut être attribuée à une dépression générale des forces; elle est toute locale, et pourrait, à ce litre, se ranger dans les maladies professionnelles primitives des yeux. On doil

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rattacher son apparition à l’excitation exagérée subie par la rétine. Celte excitation peut produire d'abord l’iiypéresthésie, signalée qnel- (pielbis dans les mêmes circonstances, et l’on a alors une photophobie plus ou moins intense; mais bientôt, l’excitabilité nerveuse s’épuisant, survient une torpeur tout à fait comparable aux paralysies passagères qui suivent les irritations nerveuses trop fortes. Chacun sait qu’en électrisant modérément un nerf moteur on obtient des mouvements, tandis que rien ne se produit plus, si rexcitalion dépasse une certaine mesure; c’est là une notion physiologique acceptée de tout le monde. L’épuisement nerveux dépend ici d’une cause toute locale, au lieu d’étre une conséquence de l’affaiblissement général ; mais en somme on peut supposer qu’il est de même nature dans les deux cas.

Le traitement de cette dernière variété d’héméralopie essentielle découle naturellement de ce que nous venons de dire de ses causes. Le malade devra, au moins momentanément, quitter sa profession ; on le placera à l’abri de toute excitation rétinienne exagérée, en lui i)rescrivant le séjour dans une chambre obscure. Ces moyens, recommandés par MM. A^arton, Bouilhon, Netter, réussissent le plus souvent à faire disparaître 1 héméralopie de cause optique. Ils sont employés également contre celle qui résulte des mauvaises conditions hygiéniques et du surmenage; mais alors les toniques, un régime réparateur, le’fer, le vin de quinquina, les amers, l’huile de foie de morue, doivent avoir le premier pas; l’air vif et l’exercice étant des adjuvants utiles de ce traitement, on laissera sortir les malades, mais à la condition que leurs yeux soient protégés par de larges lunettes à verres fumés.

Gardner a eu des succès par la strychinne et l’opium à faibles doses; M. Galezowski a publié un cas de guérison par les instillations d’un collyre à l’ésérine. Si efficaces que soient ces moyens, ils ne dispenseront jamais du traitement général.

L’Iiéméralopie est, du reste, une maladie bénigne. Elle n’ciilraîne aucune altération sérieuse et définitive de l’œil, mais elle est quelquefois d une durée fort longue, et les sujets qui en ont été une fois atteints sont très-exposés aux récidives.

L un des effets les plus singuliers que produit sur la vision la fatigue cérébrale est 1 (unaurose passagère, qu’a signalée M. Dianoux. Le sujet, presque sans prodromes, éprouve un alfaiblissement, puis une suppression complète de la vue. Cette amaurose passagère n’est jamais de longue durée. Cet accident, arrivé en chemin de fer, il y a quelques années, à un homme politique célèbre, a fait courir le bruit menson-

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gcr qu’il avait été frappé d’une attaque d’apoplexie. Un de nos amis, quelques instants après avoir terminé une lc(;on publique, éprouva le même accident. 11 eut quebpie diflicullé à se rendre chez lui, et l'altération de la vue persista pendant quelques jours ‘.

Nous citerons seulement, pour être complet, les professions à poussière, qui peuvent causer et entretenir des conjonctivites chroniques, chez les individus prédisposés, mais ne les produisent Jamais de tontes pièces.

Enfin, c’est probablement dans l’alimentation qu’il faudrait rechercher la cause de la fréquence relative du cijslicerque de l'œil. En Allemagne, 1 sur 1000 des malades qui se présentaient à la clinique de de Graefe étaient affectés de ce parasite, qu’il est tout à fait exceptionnel de rencontrer en France.

Telles sont les affections oculaires qui se développent sous l'influence des conditions particulières d’existence où se trouvent placées certaines classes d’individus. Les autres ne sont plus de notre domaine. Cependant nous devons dire au moins un mot d’une question intéressante qui se rattache directement à l’hygiène professionnelle des yeux.

On désigne, sous le nom de daltonisme, l’impossibilité où sont certains individus de distinguer le rouge, et la confusion qu’ils font de cette couleur avec le vert. D’une manière générale l’impossibilité de distinguer une ou plusieurs couleurs quelconques se nomme chromatopseudopsie ou dyschromatopsie. Cette lacune, plus commune qu’on ne le croit, n’a pas dans la vie ordinaire une grande importance, et peut passer longtemps inaperçue ; mais, dans certaines circonstances particulières, elle prend tout à coup une importance exceptionnelle.

On comprend aisément qn’un daltonien ne puisse être ni peintre, ni tapissier, ni exercer aucune profession qui exige la connaissance des couleurs, sans s’exposer à de ridicules méprises ; mais ce n’est là, en somme, qu’un inconvénient accessoire, si on le compare aux dangers que nous allons signaler.

Les employés de chemins de fer se servent jour et nuit de signaux rouges et verts dont la signification est fort dilférente, car les premiers indiquent l’arrêt immédiat, et les autres le ralcnti-ssemcnt de la marche des trains. 11 est donc -essentiel ipie ces deux couleurs soient toujours distinguéesTacilement par tous les employés, et il est impossible, sans encourir la plus grave responsabilité, de permettre, à un individu

* ScoloHif Ttièse de Paris, 1874.

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qui ne les reconnaît pas l’une de l’autre, de garder un emploi sur la voici

Les médecins des compagnies doivent porter sur ce point toute leur attention, et il serait même à désirer que l’examen pour les couleurs fût prescrit pour tous les candidats aux emplois actifs dans les cliemins de fer. En Angleterre il se pratique depuis longtemps. Le docteur Favre l’a institué depuis plusieurs années en France, sur la ligne de Paris à Lyon et à la Méditerranée, et l’administration des chemins de fer belges vient de la décréter à son tour*.

C’est au même point de vue que l’on a critiqué avec raison les couleurs choisies pour les signaux ; les couleurs rouge et verte sont de beaucoup celles qui sont le plus souvent confondues par les daltoniens, et, de plus, ce sont des couleurs complémentaires, ce qui fait que, dans certaines conditions, leur réunion peut donner la sensation de la lumière blanche. L’expérience suivante le démontre®. Tyndall ayant placé au bout d’un tunnel d’une certaine longueur deux lanternes ordinaires, l’une rouge et l’autre verte, presque constamment un employé placé à l’autre extrémité du tunnel a dit apercevoir une lumière blanche signifiant que la voie est libre.

Ne vaudrait-il pas mieux adopter, par exemple, le jaune et le bleu, dont lîl réunion ne donnera jamais la sensation d’une lumière blanche, et qui, de plus, sont presque toujours distingués par les personnes chez lesquelles la perception des couleurs est la plus imparfaite? On éviterait ainsi la plus grande partie des dangers causés par la dyschromatopsie. '

Enfin, dans la marine, l’emploi de pavillons et de feux de différentes couleurs rend également très-considérables les inconvénients du daltonisme. Pendant le jour, les erreurs sur les pavillons des différentes nations doivent être très-fréquentes, mais, comme une grande partie de l’équipage est toujours sur le pont, elles sont faciles à rectifier. Dans

* Sur une série de 1050 candidats à des emplois dans les chemins de fer, le D' Favre a trouvé 08 daltoniens qui se sont trompés sur une ou plusieurs couleurs; 37 ont rectitié leur erreur après hésitation, il restait donc encore Cl daltoniens, c’est-à-dire \ sur 17,2 incapables de reconnaître certaines couleurs; sur ce nombre, H ne pouvaient reconnaître le rouge.

L. Krohn a passé dernièrement une inspection du personnel du chemin de fer de in andB’ à ce même point de vue. Il a constaté que 43 individus n’étaieiit pas en état de distinguer le rouge du vert, et parmi eux un inspecteur do station, et un aiguilleur employé depuis huit ans à lu gare de Sainl-Pélersbotirg.

Des inspections de ce genre ont été passées en Suède eC en Hongrie. Sur une dos Ignés de Suède, ou a constaté que 10 pour 100 des employés étaient atleints de cette inllrmité au point de ne pouvoir distinguer entre eux le rouge, le blanc et le vert. Eil loiigrie, sur 400 employés visités, un seul individu était atteint d’inOapacité totale; et 3 pour 100 d’incapacité partielle.

’ Warlonlonl. Art. Chromatopseudopsie, DicL. cnci/cl.

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la marino de l’ICtat, la présence d’un grand nombre d’honiines etd’ofliciers rend également les erreurs beaucoup plus rares pendant la nuit, mais, dans la marine marcbunde, les équipages ne comprenant guère (m’une vingtaine de personnes, les inconvénients du daltonisme sont beaucoup plus sérieux.

La visite des marins pour les couleurs est donc aussi indispensable que celle des employés de chemins de fer, et les signaux colorés étant rouges et verts, la connaissance de ces couleurs devra être exigée des hommes qui naviguent*.

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