PRÉFACE
L'hygiône (du mot grec uy^ivo;, sain) est l*art de conserver la santé. Cet art remonte, comme la médecine, aux premiers âges de rhumanité, mais il n*a pris ie caractère d'exactitude qu'il présente aujourd'hui qu'à la suite des découvertes réalisées dans le domaine des sciences naturelles par la génération dont nous faisons partie. C'est de ce moment que datent l'importance de l'hygiène, son extension et l'intérêt qu'elle inspire à tout le monde.
Tant que ses règles se sont bornées à quelques formules banales, à quelques aphorismes basés parfois sur l'observation, et plus souvent sur les préjugés populaires, les populations ne l'ont pas prise au sérieux ; mais le jour où elle est venue, preuves en main^ leur montrer qu'elle a les moyens de prévenir les maladies qui les déciment, en supprimant ou tout au moins en atténuant leurs causes ; quand elle leur a prouvé que la préservation de la santé n'était plus un rêve, ce jour là les choses ont changé de face. Les savants, les gens du monde ont senti qu'une science nouvelle venait de naître et, comme elle procédait avec la clarté, la précision et la eertitude des sciences exactes, elle a conquis les esprits les plus sévères.. Tous ont compris que l'art de prévenir les maladies avait sa place à côté de l'art de guérir, que son domaine était plus vaste parce qu'il s'adressait aux masses et que son action était plus puissante parce qu'il est plus facile d'empêcher jiiille personnes de tomber malades que d'en guérir une seule. Cette sorte d'infaillibilité frappe tous les yeux.
I*a médecine a des incrédules ; Thygiôno n'en a pas. On no suit pas toujours ses avis, mais on n'en conteste jamais l'utilité ;
Traité d'hygiène publique ut privée. 1
ij l'RÊKACE.
les hommes qui dirigent aujourd'hui Topinion Tenvisagent comme la dernière expression du perfectionnement social accompli par le progrôs scientifique et les pouvoirs publics commencent à compter avec elle.
Si ce mouvement s'est accompH de nos jours, il est juste de reconnaître qu'il avait été préparé par les savants du siècle dernier. Les chimistes avaient défriché le terrain, les physiologistes Pavaient profondément remué, et c'est dan^ le sillon creusé par Lavoisier, par Fourcroy et par Dumas, par Magendie, par Cl. Eiemard et ses élèves, que M. Pasteur est venu semer les germes féconds de sa doctrine. Toute Thygiène contemporaine part de là, et, quand on mesure le chemin qu'elle a fait depuis vingt ans, on comprend combien l'impulsion que ces splendides découvertes lui ont communiquée a été puissante et féconde.
Jujkju'alors elle n'avait été qu'une annexe de la physiologie. Dams l'enseignement, on Tarait réléguée panni les sciences accessoires, et les Facultés lui avaient adjoint la médecine lêgnle pour en faire la matière d'un examen ; non pas qu'il y eut entre elles le moindre rapport^ mais parce qu'on les reganlait comme des personnes de peu d'importance qu'il fallait nêunir pour leur donner un peu de corps. Lorsqu'il s*est agi de faire entrer Thygiéna à TAcadémie de médecine, on n'a pas trouvé que le concours de la médecine légale fut suffisant ; on leur a adjoint la police médicale pour composer h huitième section. Le règlement du 10 nuu^ ISS>6 a consacré ceue association hybride et les choses en sont encore là ; mais il est facile de prévoir qu'avant la fin de c* sièeK\ les cour? d'hygiène seron: assiégés par les étudiants, que les amphithéiîros dovienda^nî iiv^p petits pour les contenir et que cette scienvV fv^rmera à elle soûle Ij» maîière d*un examen. J'esjvr* aussi que r.X^adomïc de mcvîeoine, lorsqu'elle célébrera sïi>n c^Mitenaire, aur^ n^vvîînc îe groupemen; de ses membres et que rhygiône oonVjV>si^ra à cîie sev.jo une de s^es stectioos.
iVî Avonir Un osî assuré Mr îos prot^ros ou'elle fait chaque jour oans l'opinion depuis qu'clJc a pris îa sAr*îe publique pour i^j<vî;f oî quVUo a îromo U s<>ha:on des priîKipaux problèmes quî 1 i:r40T\>sst^nr 1! n'y a }\*s bien î.^nJ:::l^mî\s q^jc les jHJministraijons qui no;)s nyissjonî ont songe a '.;:: f^.re afç^I. Sc*n existence
PHEFACE. iij
officielle ne date que de 1802, époque à laquelle le préfet de piolice Dubois, à l'instigation de Cadet de Gassicourt, créa le Conseil de salubrité de Paris, Ce comité permanent réunissait dans son sein tous les savants que le préfet avait jusque-là consultés séparément. Il déploya tant d'activité^ qu'en dix ans il a statué sur 4,430 questions d'hygiène publique. Quelques grandes villes suivirent l'exemple de la capitale. En 1836, l'Académie de médecine fut invitée, par h Ministre, à lui soumettre un plan général d'organisation pour les Conseils de salubrité départementaux, et ceux-ci furent créés par un arrêté du chef du pouvoir exécutif en date du 18 décembre 1848. Le Comité consultatif d'hygiène publique de France avait été constitué quatre mois auparavant (décret du 10 août 1^48).
Les conseils de salubrité départementaux n'ont pas rendu à l'hygiène tous les services qu'elle était en droit d'en attendre. Sauf dans quelques grandes villes qui en ont compris l'importance, le décret du 18 décembre 1848 est resté à l'état de lettre morte par l'indifférence des municipalités et l'avarice des conseils généraux qui se sont refusés presque partout à voter les fonds nécessaires pour en assurer l'exécution. La loi sur la protection de la santé publique que les Chambres vont être appelées à voter au courant de la session prochaine, va mettre un terme à cette incurie (1). Son titre IV y a pourvu. Il impose aux conseils généraux l'obligation d'organiser le service de l'hygiène publique et de le doter d'une manière convenable. Si le conseil général s'y refuse, il y est pourvu par un décret rendu dans la forme des règlements d'administration publique.
L'impulsion officielle sans laquelle l'hygiène publique ne peut pas fonctionner a été puissamment secondée par l'initiative privée. Les médecins ont invoqué le concours de tous les hommes de bonne volonté qui pouvaient leur venir en aide pour sauvegarder la santé des populations. Les ingénieurs, les architectes^ les vétérinaires, les chimistes, les physiciens, les admiîiistrateurs, les légistes ont répondu à leur appel. Des sociétés d'hygiène se sont
(i) Le rapport sur le .projet de loi pour la protection de la santé publique, rédigé par M. Laiiglet au nom d'une commission de 21 membres présidoe par M. Lnckroy, a v\i* disposé le i3 juillet 1802 sur le bureau de la Cliambrc des déput(^'i(.