‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 100 sur 141 · P^ — MATIÈRES DU VÊTEMENT · texte numérisé non relu

P^ — MATIÈRES DU VÊTEMENT

Les matières premières qu'emploie l'industrie du vêtement sont empruntées au règne végétal ou au règne animal.

L Substances végétales. — Les fibres ligneuses d'un grand nombre de végétaux peuvent être utilisées pour tisser les étoffes ; les plus employées en Europe sont le chanvre, le lin et le coton.

Le chanvre et le lin sont les plantes textiles de notre pays. Le chanvre est surtout employé pour la confection des cordages et de l'étoupe ; la toile qu'il constitue est grossière et ne vaut pas la toile de lin. La finesse

de ce dernier se prête admirablement à la fabrication des tissus les plus délicats.

Les toiles de chanvre et de lin ont été longtemps les seules employées pour le linge de corps et pour la literie ; mais elles cèdent le pas aujourd'hui aux tissus de coton dont Tusage se répand de plus en plus parce qu'ils coûtent beaucoup moins cher. On est complètement revenu sur le préjugé qui consistait à considérer le linge de coton comme moins hygiénique que celui de toile. Il est moins bon conducteur du calorique ; les aspérités qu'il présente le rendent d'un contact moins agréable pour la peau et doivent le faire rejeter par les personnes atteintes d'affections cutanées ; mais en dehors de ce cas particulier, il convient très bien à tout le monde ; il est moins froid, moins hygrométrique que la toile et quand il est mouillé, l'impression qu'il produit sur la peau est moins désagréable.

Les tissus de coton ne sont pas seulement utilisés pour le linge de corps et pour la literie, ils servent à la confection des vêlements extérieurs des deux sexes dans les pays chauds, où on ne porte guère que des cotonnades au moins dans les classes pauvres. Parmi les tissus de coton qui servent à cet usage, il en est un qui présente un danger particulier. On le désigne sous le nom de pïlou. C'est une sorte do molleton très employé pour les vêtements de femme à bas prix et notamment pour les peignoirs et les robes de chambres. La surface extérieure de cette étoffe est pelucheuse, couverte de fils longs et soyeux qui prennent feu comme du fulmi-coton au contact d'une flamme quelconque. Cette flamme s'éteint le plus souvent d'elle-même, mais quelquefois elle prend à l'étoffe et donne lieu à des brûlures très graves. En décembre 1889, une cuisinière succomba de cette façon ; le Conseil d'hygiène et de salubrité de la S(îine, consulté par le préfet de police, après avoir entendu le rapport de M. Schutzenberger, émit l'avis que le pilou devait être considéré comme dangereux pour la confection des vêtements offrant des parties flottant librement (1) ; malgré cette proscription, l'usage des vêtements on pilou a continué à se répandre et les accidents à se multiplier. En quelques mois, M. Balland a eu Toccasion d'en observer cinq dont un mortel (2).

On peut encore citer parmi les plantes textiles, le phormium tenax ou lin de la Nouvelle-Zélande dont on ne se sert en France que pour faire des cordages et dé la toile à voiles ; le Jute ou chanvre de l'Inde qui fournit une toile grossière tout au plus bonne à faire des sacs ou des emballages, la ramie et certaines urticées qui ne sont usitées qu'en Chine et enfin le caoutchouc qui est employé à divers usages dans l'industrie

(1) Bulletin tmmuipal officiel de la ville de Paris, n» tlu 20 janvier 1890.

(2) Balland, Accidents produits par CinftammabiUté du pilou [Joxwnal de pharmacie et de. chimie, n» du l" mars 1894, p. 226).

744 TRAITÉ D'HYGlfiNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

vestimentaire. Il sert à imperméabiliser les étoffes ; découpé en fils minces, il entre dans la confection de certains tissus élastiques dont il forme la trame et dont on fait des bas, des guêtres, des genouillères et des ceintures. Enfin, il sert à la fabrication d'une foule d'objets de toilette qui ont quelque rapport avec le sujet qui nous occupe. Notons enfin l'emploi de la tige de certaines graminées, de quelques joncées pour la confection des chapeaux de paille.

II. Substances animales. — Il faut placer en première ligne la peau des animaux qui fut le premier vêtement de l'homme et qui lui fournit encore aujourd'hui les plus chaudes et les plus riches parures. Modifiées par le tannage qui les rend imperméables et imputrescibles, les peaux servent à la confection des chaussures et de certaines parties des vêtements qui demandent de la résistance et de la solidité.

Les poils des animaux, en particulier ceux des moutons et des chèvres, servent à confectionner les draps, les étoffes autres que le linge. La laine est surtout recherchée à cause de sa finesse, de sa douceur et de sa résistance. Sa faible conductibilité pour le calorique, ses propriétés évaporatoires et hygrométriques jointes à son affinité pour les couleurs, donnent aux étoffes de laine la légèreté, la souplesse, la richesse de nuances et les qualités hygiéniques nécessaires aux vêtements, aux tentures et aux tapis. Elle jouit à un haut degré de la propriété de conserver la chaleur ; elle peut devenir humide sans être froide et les aspérités qu'elle présente causent à la peau une excitation favorable. L'usage de la laine sur la peau devient chaque jour plus commun. Le gilet de flanelle est entré dans nos mœurs et c'est un vêtement hygiénique quoiqu'on en ait dit.

La soie, dit Michel Lévy, est aux matières textiles ce que l'or est aux métaux. Seule elle est donnée à l'homme toute filée et filée avec une finesse qu'aucune machine ne peut atteindre. Le ver à soie produit en effet un fil tellement fin que dans les tissus les plus légers, on est obligé d'en réunir plusieurs brins pour s'en servir. Non seulement la soie a cette finesse idéale, mais par sa résistance, son élasticité, ses propriétés caloriques et électriques, par son brillant et sa teinture, elle constitue un fil unique absolument supérieur à tous les fils connus et dont le seul défaut est de coûter très cher (1).

m. Teinture des étoffes. — A part le linge qui est seulement blanchi, et les fourrures qui demandent une préparation spéciale, toutes les étoffes qui servent à nos vêtements sont soumises à la teinture. La matière colorante peut s'appliquer sur la matière première, sur les fils ou sur les tissus déjà confectionnés. Ces opérations intéressent l'hygiène

(i) BoucHARDAT, Traité d'hygiène publique et privée {loc. cit.), p. 519.

par les accidents que certaines matières colorantes peuvent causer. C*est presque toujours l'arsenic qui est le coupable. Autrefois on accusait avec juste raison, le vert arsenical de Schweinfurth et Tarseniate d'alumine (violet, jaune ou rouge brun) ; le toxique y était contenu en si grande proportion qu*on en retirait plus de deux grammes par mètre de certaines étoffes.

Il y a trente ans environ, Devergie signala la présence de Varsenite de cuivre dans des étoffes moirées pour bal provenant d'Angleterre et le Conseil d'hygiène de la Seine en prescrivit immédiatement la destruction (1). Aujourd'hui les accidents sont causés par des couleurs d'aniline, surtout par la fuschtne et la coraïine obtenues en traitant l'acide rosalique par l'ammoniaque.

La fu^schine n'est pas toxique par elle-même, mais on se sert pour l'obtenir de deux corps très dangereux, le nitrate acide de mercure et V acide arsénique; de telle sorte qu'il est rare que la fuschine ne renferme pas de principes vénéneux. Yiaud-Grandmarais et Richardson ont montré que les vêtements teints à la fuschine et appliqués immédiatement sur la peau y déterminent des éruptions vésiculeuses avec symptômes généraux.

La société de médecine publique et d'hygiène professionnelle a eu l'occasion de s'occuper de la question en 1880. Le docteur Baraduc lui adressa un échantillon de laine rouge ayant servi à fabriquer des chaussettes qui avaient occasionné, chez ceux qui les portaient, un érythème de toute la surface recouverte par le tissu et une éruption pustuleuse confluante très douloureuse de la plante des pieds. Cet échantillon, examiné par MM. Girard et Pabst, avait été teint avec un sel de rosaUne renfermant des quantités notables d'arseniate de rosaline (2).

Page 1