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ACTION DES VÊTEMENTS

1. Calorification. — Le principal usage des vêtements est de nous protéger contre le froid, ou plutôt de conserver le calorique que le corps produit incessamment et de l'aider ainsi à maintenir sa température propre indépendamment du milieu ambiant. 11 nous semble inutile de démontrer que les vêtements empêchent le corps de se refroidir. C'est une de ces vérités d'évidence que tout le monde constate chaque jour et que les expériences sur les animaux démontrent surabondamment. Les animaux tondus ou rasés maigrissent plus que les autres tout en mangeant

(1). A. BoucuAROAT, Traité d'hygiène publique et privée [loc, cit.), p. 766. (2) Séance du 21 janvier 1881. Revue ffhygiène, t. !H, p. 140.

autant, parce qu'ils emploient à faire de la chaleur les principes nutritifs qu'ils auraient, sans cette nécessité, convertis en leur propre substance.

Les lapins qu'on rase mangent plus que leurs compagnons et pourtant ils se refroidissent et succombent quand on les place dans un milieu froid. Le professeur Ch. Ricliet en a fait l'expérience. Le fait étant incontestable, il reste à en donner l'explication.

Tous les corps émettent du calorique rayonnant par tous les points de leur surface en quantité proportionnelle à cette surface et à leur température ; or, le corps humain est presque toujours plus chaud que l'air, il présente un grand développement en superficie et, sans les vétemelits, il se trouverait, sous nos latitudes, et dans Thiver, dans des conditions de rayonnement telles, qu'il ne tarderait pas à se refroidir jusqu'au-dessous du degré compatible avec la vie. Les habits jouent le rôle d'un écran, et comme ils sont très mauvais conducteurs du calorique, ils émettent par leur surface extérieure beaucoup moins de calorique qu'ils n'en absorbent par celle qui est en contact avec la peau. Ce qui contribue encore à réduire la perte du calorique rayonnant, c'est l'air emprisonné dans les mailles des tissus. S'il était immobile, ce serait le meilleur protecteur, mais il est sans cesse en mouvement et quand le corps est nu, il lui soustrait d'autant plus de calorique que la chaleur de la peau détermine des courants dans les couches d'air qui la touchent. Los vêlements le fixent à la surface, aussi les plus chauds sont-ils les tissus de laine et les fourrures parce qu'ils emprisonnent beaucoup d'air entre leurs fibres. Si la flanelle est plus chaude que la toile, c'est qu'elle offre à sa surface des villosités élastiques qui la tiennent à distance, tandis que la toile s'y applique immédiatement. L'air enfermé dans le tissu, s'échauffe au contact de la peau et la maintient dans une atmosphère agréable.

Les vêtements superposés sont plus chauds qu'un seul vêtement de même épaisseur, parce qu'il y a entre eux des couches d'air. Les vêtements flottants ne sont pas aussi chauds que ceux qui sont ajustés, parce qu'ils permettent un renouvellement trop rapide de l'air qui n'a pas le temps de s'échauffer.

Les habits manifestent leur pouvoir protecteur dans une direction opposée, quand la température extérieure est plus élevée que celle du corps humain. Le manteau dont s'enveloppe l'Espagnol, le préserve de la chaleur extérieure : le burnous blanc dont se couvre l'Arabe le soustrait, par son peu de conductibilité et par sa couleur blanche, à l'absorption des rayons solaires.

La protection contre la chaleur dépend en effet de la nature de l'étoffe et de sa couleur. Pour mesurer l'influence de la nature du tissu, Coulier s'est servi de tubes de verre à parois minces qu'il recouvrait de différentes étoffes et qu'il exposait aux rayons du soleil en observant, avec un

thermomètre très sensible, la température qui se développait au centre des différents tubes ; il a constaté les résultats suivants (1) :

OtmominationR.

Tliermomèire à Tombre

— exposé aa soleil

Tube non recouvert d'étofle ,

Etoffe A. Colon pour chemises

— B. Colon pour doublures

— C. Chan'.Tc écru ,

— D. Drap bleu foncé pour soldat

— £. Drap garance pour soldat

— F. Drap gris de fer bleuté pour capote . . G. Drap garance pour sous-ofTicier

— K. Drap bleu-foncé pour sous-oflicier

Températore des tobes.

Différent arec la tempéramre da tube no.

Ces expériences prouvent que les étoffes de coton préservent le corps contre les rayons du soleil et sont le véritable vêtement des pays chauds. Coulier a constaté qu'en superposant une étoffe de coton à mailles serrées à un vêtement de drap, on procurait à celui qui le porte un abaissement de 7 degrés qu'il estime devoir aller jusqu'à 10** ou 12* en Algérie, dans les fortes chaleurs.

L'influence de la couleur est un fait de connaissance vulgaire qui a été démontré expérimentalement par Franklin, par Davy, par Stark, d'Edimbourg (2). Coulier et Bâche ont fait remarquer depuis que les différences d'absorption selon la couleur ne sont sensibles que pendant l'exposition au soleil. Les couleurs ont été classées par les différents observateurs de la manière suivante :

No*

Franklin.

Daty

Stark.

I^inc teiott* en

Boale da thermomètre teinte en

Noir.

Noir.

Noir.

Noir.

Bleu foncé.

Bleu.

Bleu foncé.

Bleu tendre.

Brun.

Vert.

Vert.

Vert foncé.

Vert.

Pourpre.

Rouge.

Rouge.

Ecarlate.

Rouge foncé.

Jaune.

Jaune.

Jaune.

Blanc.

Blanc.

Blanc.

Blanc.

La couleur blanche est, on le voit, celle qui convient le mieux pour les vêtements dans les pays chauds bien que Rumford et Ev. Home soient

(1) CouLiEB, Expériences sur les étoffes qui setwent à confectionne^' les vêtements militaires (Journal de la physiologie^ I, 1858).

(2) Stark (d'Edimbourg), Annales d* hygiène publique, Paiis, 1834, t. Xil, p. 54).

arrivés à une conclusion contraire. Dans toutes les colonies, les Européens ont adopté les habits de cotonnade blanche et s'en trouvent fort bien ; cela ne les empêche pas de porter des gilets de flanelle.

Les tissus absorbent d'autant plus d'humidité qu'ils sont de coloration plus foncée et, comme l'eau à l'état vésiculaire est le véhicule des miasmes et des principes toxiques, il en résulte que les vêtements noirs sont un péril dans les milieux où régnent des maladies infectieuses (1). Aussi, les chirurgiens ont-ils raison de se débarrasser de leurs habits sombres, pour revêtir des blouses blanches, quand ils entrent dans les salles d'opérations. Ce n'est pas la couleur qui les fait rechercher, c'est la facilité de les nettoyer et de les désinfecter.

n. Electricité, lumière. — La soie, la laine, les fourrures, les plumes possèdent à un haut degré la propriété idioélectrique, c'est-à-dire la faculté de développer et de retenir le fluide électrique ; le chanvre, le coton, le lin sont au contraire de bons conducteurs de l'électricité. Ces propriétés doivent exercer leur influence sur les parties du corps avec lesquelles les vêtements sont en contact ; mais nous ne possédons à cet égard que des données très vagues et la seule application pratique qui nous soit connue, est la coutume qu'ont certaines personnes peureuses de se couvrir d'étoffes de soie pendant les orages, pour se préserver de la foudre.

Nous sommes dans une ignorance plus profonde encore en ce qui concerne la lumière. Nous connaissons son influence vivifiante, son action sur les parties du corps qui y sont exposées ; nous sommes en droit de supposer que les rayons lumineux qui traversent les vêtements avec plus ou moins de facilité ne sont pas indifférents au point de vue des fonctions de la peau, mais nous n'en savons pas davantage.

ni. Qygrométrie. — La propriété que les corps possèdent à différents degrés de condenser dans leurs pores ou à leur surface, l'humidité du milieu ambiant ou de s'imprégner de l'eau qu'ils reçoivent, s'exerce pour les vêtements en deux directions différentes, suivant qu'ils prennent cette humidité dans l'atmosphère ou qu'ils absorbent la transpiration qui s'exhale de la peau. Dans les deux cas, leur conductibilité pour le calorique est augmentée. Plus ils sont hygrométriques et moins ils sont chauds. L'eau qui les imbibe se substitue à l'air emprisonné dans leurs mailles et devient une cause du refroidissement par son contact et par son évaporation. Les tissus trop faciles à imbiber sont à éviter également, dans les pays froids et humides parce qu'ils se laissent facilement

(1) Stark a reconnu que la couleur des corps influe sur la faculté qu'ils ont de sMmprégaer des odeurs et qu'elle est proportionnelle à leur capacité pour le calorique. Le noir absorbe le plus, le bleu, le rouge, le vert, le jaune viennent ensuite et le blanc en dernier lieu.

traverser par la pluie et qu'ils glacent le corps au lieu de le protéger, dans les pays chauds par les suppressions de transpiration qu'ils amènent. Tout le monde connaît le sentiment de froid qu'on éprouve dans Tété, après une marche qui a excité la transpiration, lorsqu'on s'arrête à l'ombre ou dans un courant d'air. Le frisson qu'on éprouve alors est aussi pénible qu'il est dangereux. Il faut donc que les vêtements préservent de ce refroidissement, c'est pour cela que dans les colonies, tout en se couvrant de cotonnades légères on a soin de conserver son gilet de flanelle. Les Arabes de TÂlgérie portent des vêtements de laine blanche. Les Kabyles qui travaillent la terre avec énergie n'ont que le haîck et le serouell de coton pendant la chaleur du jour ; mais le burnous de laine est au bout du champ pour être repris aussitôt que le soleil baisse.

Si les tissus trop perméables sont à éviter, il en est de même de ceux qui ne le sont pas du tout. Les vêtements de caoutchouc quoique très légers, sont accablants par leur imperméabilité absolue et leur peu do conductibilité. Ils retiennent la chaleur et, condensent la transpiration; ils placent l'homme en mouvement dans les conditions de l'étuve humide ; plus ils accumulent sur lui de chaleur, plus ils l'exposent aux refroidissements. Comme on s'en couvre par les temps de pluie, alors que l'humidité de l'air extérieur est au maximum, ils empêchent l'évaporation de la peau qui ruisselle de sueur, tandis que Teau pluviale coule à la surface extérieure du vêtement imperméable. En France, le conseil de santé des armées consulté à deux reprises sur l'adoption des vêtements imperméables pour les troupes, s'y est opposé d'après l'avis de Michel Lévy (1). Pendant la guerre de Sécession, les Américains avaient donné à leurs soldats une couverture doublée de caoutchouc d'un côté. Si la pluie survenait, les hommes déroulaient cette couverture sur leurs armes et sur leurs sacs, en tournant le caoutchouc à l'extérieur, mais dans cette situation, le vêtement avait la forme d'une chasuble, c'est-à-dire qu'il tombait en avant et en arrière, en laissant les côtés ouverts pour l'évaporation (2).

On peut communiquer aux étoffes une imperméabilité moins complète en la trempant dans une solution d'acétate acide d'alumine à 1 pour 100. L'eau glisse sur ce tissu sans le traverser et il continue, d'après Arnold Hiller, à être perméable à l'air.

Des expériences ont été faites pour mesurer le pouvoir hygrométrique des divers tissus par Coulier en 1878 et par Klas Linroth en 1881 ; nous reproduisons le tableau dressé par ce dernier, parce qu'il a tenu compte de la température et de l'humidité de l'air.

(1) Michel Lévy, Traité d'hygiène publique et privée^ t. II, p. 115.

(2) J. Arnol'Ld, Nouveaux éléments d'hygiène, {loc. cit.), p. 802.

Quantité d'eau hygrométrique absorbée À saturation (1)

TEMPÉRATURE de Tenceinte.

HUMIDITÉ de l'air.

27 pour 100 Saturation

Flanelle.

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