‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 109 sur 141 · ARTICLE ^^ - PREMIÈRE ENFANCE § I'*^ — LK NOUVKAU-NÉ · texte numérisé non relu

ARTICLE ^^ - PREMIÈRE ENFANCE § I'*^ — LK NOUVKAU-NÉ

En parlant du mouvement de la population, nous avons dit combien la mortalité était grande au début de la vie (2). C'est au moment de la naissance que Tenfant court le plus de dangers, et c'est alors qu'il réclame le plus de sollicitude.

L Premiers soins. — Lorsque Tenfant est séparé de sa mère, que l'accoucheur a lié et coupé le cordon ombilical, que le nouveau-né a été lavé de la tète aux pieds à Teau chaude, enduit d'un corps gras et plongé dans un bain savonneux à 35 ou 3(S degrés, pendant trois ou quatre

(1) Chapitre ^•^ arliclc III, Ji I*^ p. 52.

(2) Chapitre l•^ article II, § II, p. 48.

minutes, on Yen retire ot on Tenveloppedans un linge bien chaad quik sèche complètement.

1° Pansemrnt du cordon. — Il faut alors procéder au pansement antiseptique du cordon.

Le pansement doit être renouvelé tous les jours, quand on donnes Tenfantun bain quotidien. Dans le cas contraire, on se borne à le refaire une couple de fois, en attendant la chule du cordon qui a lieu d'habitude au bout de cinq jours.

2» LAVA(iR ANTisEPTiouK DES YEUX. — Il cst uuc autrc précaulioD qu'il faut prendre au moment de la naissance, c'est de nettoyer les yeux avec des tampons d'ouate hydrophile trempée dans l'eau boriquée. Il faut enlever avec soin les mucosités qui couvrent les paupières, leur bord libre et les essayer ensuite avec de Touale sèche. Ce lavage doit être renouvelé à chaque toilette de Tenfant. Inutile de dire que les mains de la personne chargée de ce soin doivent être d'une propreté rigoureuse et que rien de ce qui a servi à la mère ne doit approcher de Tenfant.

L'Académie de médecine en 1894, fut consultée sur cette question par le Ministre de Tlntérieurquilui envoya en communication les instructions publiées par l'association Valentin Hafiy et intitulée: Conseils aujcmêret (/iii ne veulent pas que leurs nouveau-nés deviennent aveugles (1) Ces instructions parurent peu pratiques k l'Académie et, sur le rapport de M. Charpentier, elle se borna à renouveler les conseils qu'elle avait fo^ mules en 18ÎI2 et qui étaient ainsi conçus : « Dès les premiers moments » de la naissance de FcMifaiit, la sage-femme doit lui laver tout spéciale- »> ment les yeux avec de l'eau que Ton a fait bouillir pour la purifier et )> que l'on emploiera tiède {t). »

11 me semble qu'il n'y a aucun inconvéni(»nl à se servir pour ce lavage d'une solution boriquée an lieu d'eau simph^ et le danger de l'oplithalmie purulente est si f^rand qu'on ne saurait s'entourer de trop de précautions pour l'évitiM'. Sur U),000 aveiijrles que les derniers recensements joni constatés en France, il y en a 18.000 (près de la moitié) dont finfirmitc a été causée par ropiitlialmie des nouveau-nés. C'est pour cela que nous avons insisté sur l(*s soins minutieux à l'aide desquels on peut prévenir cet affreux danger. La précaution de laver ainsi les yeux de l'enfant, jointe aux injections vaginales antiseptiques pratiquées chez la mère dans les derniers temps de la grossesse et surtout au commencement du travail, ont suffi, d'après Doléris, pour réduire de 12,6 pour 100 à 4,70 pour 100 les cas d'ophthalmie chez l(»s nouveau-n^s.

Ouelques accoucheurs n(î croient pas la solution boriquée suffisante. M. Rilx'mont conseille d'instiller entre les paupières quelques gouttes de

(1) Cos insli'uctioiis sont rcprodiiitos dans le Hullcthi ftf IW^ndéntif de mèrierinp, séanc«> du 27 mars 18^, t. XXXI, [». :ilî).

(2) Btilk'tin de L'Aradthnin dn médecine, I. XXXI, |». 321.

jus de citron, et dans les cas où il y a Heu de craindre qu'il y ait eu contagion par les liquides vaginaux, on substituera la solution de nitrate d'argent au iOO''^ Dans les maternités allemandes, on emploie d*une manière courante, la solution de nitrate d'ai^nt au 200"*. Nous croyons qu'on peut, comme règle générale, se contenter de la solution boriquée.

3® Le maillot. — Ces premiers soins pris, il faut se hâter d'habiller l'enfant. Ses vêtements doivent le garantir contre le refroidissement, sans gêner les mouvements du tronc et des membres. On a renoncé complètement aujourd'hui aux maillots dans lesquels on emprisonnait autrefois les nouveau-nés comme des momies et qui les réduisaient à une immobilité absolue (1). Cet instrument de supplice auquel notre enfance a été condamnée est remplacée aujourd'hui par une enveloppe des plus simples. Elle se compose d'une chemise de toile ou de coton, d'une brassière de même Ussu, et d'une seconde brassière en eotonnade ou en flanelle, sur la partie inférieure de laquelle on fixe une pièce carrée de linge appelée lange doublée d'une pièce semblable en laine, enveloppant les membres inférieurs. Cette disposition permet d'enlever, sans •défaire le haut du maillot, la pièce de linge pliée en cravate, la couche qui enveloppe le siège et doit être changée, toutes les fois qu'elle est salie par les déjections de l'enfant. Le tout doit être assujetti à l'aide d'épingles anglaises. Du 5« au ô"" mois, on peut remplacer le maillot par la culotte anglaise qui rend les soins de propreté plus faciles. On recouvre alors les jambes de bas et de chaussons de laine.

Dans nos climats, la tête des enfants doit être couverte comme le reste du corps ; mais il faut se garder de la couvrir de ces bonnets épais et superposés dont on les affuble à la campagne. La meilleure coiffure est le petit béguin de toile fine recouvert d'un bonnet de percale ou de mousseline noué sous le mimton.

4* Le berceau. — La forme du berceau n'a pas d'importance, pourvu qu*il soit assez profond pour que Tenfant ne puisse pas tomber et assez mobile pour qu'on puisse le bercer au besoin. Il peut être en bois ou en fer, mais une simple barcelonnette en osier, légère et perméable, à l'air, est préférable aux berceaux les plus riches. Le contenu doit se composer d*un petit sommier do crin ou de varech recouvert d'un matelas rempli de balle d'avoine. Cette substance, est peu coûteuse et peut être remplacée toutes les fois que les déjections du nouveau-né l'ont salie.

On a proposé de remplacer les matelas par du son dont on remplit le berceau aux deux tiers et dans lequel on enfouit l'enfant vêtu d'une chemisette, d'un petit tricot et d'une brassière. On lui met un petit oreiller sous la tête et on recouvre le J)erceau d'un drap qu'on double en hiver d'une peau de mouton, en été d'un lange de laine. Le tout est assujetti

(1) Pour riiistorique du maillot, voyez H. Napias et A.-J. Martin, Hygiène hospitalière {fincydo}}édie d'hyijiène et de médeeine publique^ t. V, p. 165).

à Taidc de cordons au bord do la couchette. Le son est changé toutes les trois semaines; dans Tintervalle, on se borne à enlever les pelottes formées par les déjections de Tenfant.

Cette pratique assez répandue dans le nord de TKurope et surtout en Angleterre, a été préconisée récemment par le docteur François Hue, professeur à l'école de médecine de Rouen (1). Il lui trouve Tavantage de laisser toute liberté aux mouvements du nouveau-né, et de l'empôcher de macérer dans son urine. J'ai vu des enfants élevés de cette façon et qui s'en trouvaient fort bien. La peau surtout était d*une intégrité remarquable. Je ne le conseillerais pas comme règle générale, mais je crois qu'on pourrait y recourir chez les malheureux enfants atteints de ces érythèmes douloureux que le moindre frottement exaspère.

Nous avons dit que le berceau devait être mobile pour qu^on puisse bercer l'enfant pour l'endormir quand il est malade; mais c'est une détestable habitude à lui donner quand il se porte bien. Il faut l'accoutumer à s*endormir quand on le pose dans son berceau. Il est également nuisible d'entretenir autour de lui le silence et robscurité ; il faut qu'il dorme au milieu du bruit et dans la iumirre. On doit éviter toutefois qu'elle tombe en plein sur son visage ; mais c'est une erreur de croire qu'elle peut le rendre louche quand elle arrive obliquement sur lui.

II. Accidents qui menacent le nouveau-né. — 1® Faiblksse EXTRKMK. — Les cnfants qui vienneni à terme et sont bien constitués ont en moyenne 50 centimètres de longueur si ce sont des garçons, 49 si ce sont des filles. Les premiers posent en moyenne 3,200 grammes et les secondes 2,900 (2) : mais tous les enfants ne naissent pas dans ces conditions physiologiques; il en est qui viennent au monde avant terme, d'autres qui, bien qu'arrivés au terme normal de la vie intra-utérine, sont tellement chétifs qu'ils ont besoin pour vivre de soins particuliers ; on parvient aujourd'hui à faire vivre des enfants qui ne p<»sent pas en naissant beaucoup plus d'un kiloj?ramme. M. Tarnier en a montré deux à l'Académie de médecine, le 21 juillet 1885, qui pesaient l'un 1,010 et l'autre 1,100 grammes.

Les enfants qui naissent à huit mois sont souvent robustes, toutefois il est prudent, surtout dans l'hiver, de les envelopper d'ouate sous leurs langes et de placer des boules d'eau chaude dans leur berceau. Au dessous de sept mois, cela ne suffit pas, il faut placer les enfants dans un milieu maintenu à une tempéralun» de 30 à 35 degrés, c'est-à-dire dans une couveuse,

(1) Médecine moderne, '}m\\ci 1803.

(2) A la Maternité de Copenhague, sur 3.450 enfants, la moyenne de poids a donné pour les garçons, 3.333 grammes et pour les filles, 3.27!K A la Materuité de Paris, 20.000 pesages ont donné pour moyenne des deux sexes 3.160 gramme^.

ENFANCE. - ÉDUCATIOX. ;78

La première idée de cet appareil appartient à Denuck^ de Bordeaux, qui l'aémiseenl85i. Elle» éliî reprise depuis parCrédt^, deLeipsick.en 1866, parPeyraud, de Libourne, en 1879, et réalisée par le professeur Taniier qui fil inslailer â la Mati^ruiti^ la première couveuse en 1880. C'est uuo caisseen bois launie d'un thermomètre, si^parée en deux compartiments, par une cloison horizontal»'. Le supérieur renferme l'enfant, l'inférieur contient des bouches d'eau chaude. Le dessus est vitré pour permettre la surveillance ; l'aération est assurée par des ouverlures opposées ; l'humidité de l'air est entretenue par une éponge imbibée d'eau et placéidans l'ouverture par laquelle communiquent les deux compartiments (fig. 104).

L'enfant est placé dans la couveuse vêtu comme tous les nouveau-nés. On l'en retire momentanément, pour le nettoyer et l'allaiter. La pièce doit être maintenue â une température de 18 à 20 degrés pour qu'il ne se refroidisse pas quand 11 est retiré de la couveuse.

M. Tarnicr a joint à l'emploi de cet appareil celui du gavage, indispensable pour ces petits êtres frop faibles pour pouvoir opérer la succion. Pour cette manœuvre, il se sert d'une sonde uréthrale en caoutchouc rouge, a" 16, de la filière de Chaniêre. Au bout de cette sonde on ajuste une capsule en verre dans laquelle on verse le lait après qu'on a introduit la sonde jusque dans l'estomac. Celui que préfère M. Tarnier est le lait de femme : huit grammes suffisent à chaque fois. On gave l'enfant toutes les heures impaires et aux heures paires la nourrice lui fait couler son lait dans la bouche. Le séjour do l'enfant dans la couveuse et le gavage durent un t^'mps variable cntrt; quelques jours et six semaines (1 ].

\\) Tarniek, Drf.

stia<M (lu SI juillc^l

ISSS, l

Grâce à l*emploi de ces moyens, on a sauvé, du 21 novembre 1881 au 21 novembre 1886, à la Maternité do Paris, 30 p. 100 des enfants nés à six mois, tandis que pas un enfant de cet âge n'avait survécu pendant les cinq années précédentes (1).

2* Mort apparente. — Les enfants viennent parfois au monde dans un état de mort apparente, avec suspension des mouvements respiratoires et affaiblissement ou même interruption des battements du cœur. Cet état peut provenir des causes les plus diverses. Il est le plus souvent produit par la longueur excessive du travail, Tenrouiement du cordon autour du cou de Tenfant ou sa compression entre la tête et ie détroit supérieur ; c'est alors une véritable asphyxie. Il peut provenir aussi d'hémorrhagies causées par des déchirures du cordon ou de la débilité extrême du nouveau-né dans les naissances prématurées ; c'est alors une sorte d'état syncopal. De là, deux formes essentiellement différentes. Dans la première, la peau est turgescente et violacée ; dans la seconde, elle est décolorée, ainsi que les muqueuses.

Dans la forme asphyxique, il faut se hâter de couper le cordon et de laisser couler une ou deux cuillerées de sang avant la ligature ; dans la forme anémique, il faut au contraire différer de quelques minutes la section du cordon et ne pas laisser perdre une goutte de sang. Dans les deux cas, il faut se hâter de désobstruer la bouche et le pharynx des liquides et des mucosités, en y passant le doigt couvert d'un" linge sec, pendant qu'on frictionne tout le corps avec un liquide alcoolique en frappant de petits coups secs sur le siège. Tout cela doit se faire tK'S rapidement, et si la respiration ne se rétablit pas immédiatement, il faut recourir à dos moyens plus efficaces.

Il en est trois qui méritent la confiance à des degrés différents : la respiration artificielle par le procédé Sylvester, l'insufflation pulmonaire et les tractions rythmées de la langue. Cette dernière méthode a été préconisée, il y a trois ans, par le doetourLaborde dans le cas d'asphyxie par submersion (2). Depuis il l'a étendue à tous les cas de mort apparente et en particulier à celle des nouveau-nés (3). Elle a donné incontestablement de bons résultats; mais les accoucheurs lui préfèrent l'insufflation pulmonaire, tout en reconnaissant que ce dernier moyen est d'un emploi plus difficile et réclame une main exercée, tandis que les tractions linguales peuvent être faites par tout le monde. Les deux

(1) Avec le traitement de M. Tarnicr, les entaiiti» do G inuis et demi ont survécu dans lu proportion de 53 p. 100, ceux de 7 mois dans celle de 64.7, ceux dt; 7 mois et demi ont donné 83,7 de succès et ceux de 8 mois yi,*> p. 100.

(2) Laborde, De ta mort apparente a la suite de Vasphi/xie par su/)mersion ci ttu» moyen inconnu, on jusqu'à présent inespliquc, d'y remédier (Coinmunicaliou à FAcadémie de médecine, séance du 5 juillet 1802).

(3) Laborde, Communication à rAcadt-niic de médecine, séance du 22 novembre 1S92, {. XXYUl, p. 718 du bulletin.

moyens ne s'excluent pas du reste et peuvent être mis en œuvre tour à tour. Cette question a donné lieu à une discussion intéressante, au sein de TAcadémie de médecine, au mois de janvier 1895, mais elle est plutôt du ressort de la thérapeutique que de celui de Thygiène et nous ne pourrions insister sur ce sujet sans sortir de notre cadre.

III. Etablissement des principales fonctions. — l*" Respiration ET CRI. — C'est par le cri que Fenfant signale son entrée dans la vie. A ce moment, tout est douleur pour lui : Tair qu'il respire lui est pénible, les langes dont il est couvert froissent sa peau habituée au poli de la poche amniotique, la différence de température lui est sensible, mais il s*y habitue vite, ses cris cessent quand on a fini de le nettoyer, de le vêtir et qu*on le couche dans son petit berceau. Il s'y endort paisiblement et si les cris persistent, c'est qu'il y a quelque cause de malaise ou de douleur qu'il faut rechercher jusqu'à ce qu'on l'ait trouvé.

Dans le sommeil, la respiration du nouveau-né est fréquente et irrégiilière ; les mères doivent en être prévenues pour ne pas s'en alarmer. Il respire en moyenne 39 fois par minute suivant Roger, et 35 d'après Chomel. Les irrégularités ne se produisent que pendant le sommeil,

2* Circulation. — Le pouls est également accéléré, la moyenne est de 120 pulsations pendant le sommeil et de 130 à 140 pendant la veille. D*àprès Depaul, le pouls va à 150 immédiatement après la naissance.

3*» Température. — La température du nouveau-né oscille entre 37' et 37®,5 comme celle de l'adulte. Elle est en moyenne de 37" ,6 d'après Roger. Pendant les premières heures, elle tombe à SO**, parfois même à 35" 5, mais le lendemain elle est remontée à 37**;

Les nouveau-nés se refroidissent facilement; l'expérience l'a démontré. Edwards, en éloignant des chiens nouveau-nés de leur mère, les a vus se refroidir peu à peu et arriver à la température du milieu ambiant, tandis qu'au bout do quinze jours, ils se comportaient comme des adultes, il n'est pas rare dans j'hiver de voir des nouveau-nés mourir de froid dans leur berceau pendant la nuit. Quand la mère s'en aperçoit à temps, elle ranime immédiatement l'enfant en le prenant dans son lit. Les statistiques prouvent que, dans nos climats, il succombe notablement plus d'enfants naissants dans l'hiver que dans l'été.

Le froid détermine la mort dek nouveau-nés de deux façons* différentes : par une asphyxie véritable due à une rigidité contracturale des muscles respirateurs ; par la production de broncho-pneumonies presque toujours fatales à cet âge de la vie ou de maladies spéciales comme le sclérèmc et le trismus des nouveau-nés.

Les médecins se sont élevés de tout temps contre les exigences légales et religieuses qui forçaient à transporter les nouveau-nés à la mairie pour les inscrire et à l'église pour les baptiser. On a renoncé à cette coutume meurtrière. Dans l'hiver, on remplace provisoirement le

baptême par rondoiement et à la mairie on se contente de la déclaratioi du père assisté do deux témoins. CVst du moins ce qui se passe dans les petites villes où tout le monde se connaît. A Paris, lorsqu'une naissance est signalée à la mairie, on envoie à domicile un médecin de l*état-civil qui constate la réalité du fait et le sexe de Tenfant.

lY. Protection du nouveau-né. — L'enfant a besoin d'appui même avant sa naissance. Il doit être protégé dans la personne de sa mère. Les femmes des classes aisées sont entourées de soins pendant leur grossesse et n*ont besoin que de conseils ; les mères indigentes ont besoin de secours.

1® Assistance maternelle. — Dans tous les pays, on so préoccupe de créer pour elles des asiles où elles puissent accoucher sans se faire connaître ; il existe déjà quelques établissements de ce genre ; mais ce sont des faits isolés et, en France, dans ces derniers temps, on a entrepris de généraliser la mesure. Ce sont les médecins qui ont pris l'initiative. Le docteur Drouineau en a fait la proposition en 1878 et en 1879 (1). Lunier Ta renouvelée à l'Académie de médecine le 2 février 1885 ; elle a été discuiée au Congrès international de la protection de l'enfance en 1890, formulée à la Chambre des députés le 11 novembre de la même année (2).

En 1892, la question a été prise en main par le Ministre de Tintérieur. Il a soumis au Conseil supérieur de l'Assistance publique un projet de loi sur la protection des femmes enceintes qui les assimile à des malades et décide qu'il sera créé, dans chaque département, un service d'assistance maternelle, pour celles qui sont dénuées de ressources. Elles seront secourues à domicile, lorsque cela sera possible, ou reçues dans les maternités hospitalières, dans les maternités secrètes ou dans les asiles ouvroirs fondés à cet effet (3). Nous ne pourrions, sans sortir de notre cadre, décrire Torganisation et le fonctionnement de ces établissements; nous renvoyons pour cela aux ouvrages spéciaux. 11 ne suffit pas de protéger les nouveau-nés contre la misère, il faut encore les défendre contre l'ignorance et le crime. Nous avons dit dans le premier chapitre comment le taux de la mortinatalité s'élevait sans cesse et quelle part considérable devait être attrii)uée à l'infanticide. Les lois sont impuissantes à le réprimer ; leur sévérité même en entrave l'application. Le jury a des trésors d'indul^'cnce et de pitié pour les mères qui tuent leurs

(1) Drouineau, De l'assistance aux filles-mères et atix enfants abandonnés, Paris, 1878 p. 91. — De V assistance de l'enfant avant la îiaissince [Congrès intetmational d'assistance, t. !I, p. 1-12).

(2) Pour le projet de loi, voir les Comptes-rendus des séa?ice$ du Conseil supérieur de l*assistance publique, session de juin 1892, fascicule n® 39.

(3) Encyclopédie d'hygiène, t. V, chap. Il, article IV, § !«', page 212.

Enfance. — éducation. 183

enfants. C'est à peine si le dixième des infanticides est poarsnivi et cenx qui passent devant les tribunaux s'en tirent à si peu de frais que cela n'intimide personne [l]. Il ne faut pas le regretter, en pareille matière, il vaut mieux prévenir le mal que de le punir. Pour cela, il faut que les femmes coupables puissent cacher leur faute sans être forcées d'en di^truii-e le produit. II est évident que s'il leur est possible de déposer

Fis- loa.

lears enfants en lieu sûr et sans se faire connaître, elles préféreront l'y porter que de le jeter dans la fosse d'aisances.

2* Tours et bureaux ouverts. — La pensée de créer un refuge aux enfants condamnés à mort par la mis('>re ou par le crime remonte à des

(I) D'apri-a un rclevû rail par M. le contciller ficrryal de SaintPrii, tur 5.591 inr>nticidei qui oQl paué en cours d'auÎN», <li 1K33 A IB62, il y a en 1 .998 icquillemeiils, 95i eoDdimmlioi» k t ans au pluj de prifon. S.8S4 ani Iraraui tanH st SS condamoationi à morl dont 10 onl élé commuéca. De IStS A IS62, il n'y a eu que Iroii «xAcutloni eapiUlei pour infanlicidc.

784 TRAITÉ D'HYCilÈNE PUBLIQUE ET PRIVEE.

temps fort anciens. On en trouve des traces dans les chroniques do moyen-âge ; mais son application légale ne remonte qu'au commeneement du siècle. Les tours ont été établis par le décret du 10 janvier 1811, lequel n'a pas été abrogé.

La figure ci-dessus représente un tour de date fort ancienne et dont le modèle figura à l'Exposition universelle de 1889 (fig. 105). Il donne une idée suffisante de Taspcct et du fonctionnement de cette machioe pour que nous n'ayons pas besoin de la décrire.

Les tours sont peu à peu tombés en désuétude. Sur 250 qui furent institués en vertu du décret do 1811, il n*en restait plus que 6 en 1862 et le dernier a été fermé à Marseille en 1866 (1). Depuis cette époque, les hygiénistes n*ont pas cessé d'en réclamer le rétablissement. Les docteurs Marjolin, Brochard, Bertillon, Coudreau, Guignard, ont fait campagne dans ce sens. La question a été traitée dans les Conseils généraux, dans les congrès d*hygiène et dans les assemblées délibérantes (2). La discussion a été ardente, passionnée et enfin elle a abouti à une sorte de compromis auquel beaucoup de médecins se sont ralliés et qui consiste à remplacer les tours par des bureaux ouverts avec obligation du secret absolu. Cette solution a été acceptée par le Conseil supérieur de l'assistance publique. L'Académie de médecine, à la suite de mon rapport (3) vota, le 5 mai 1891, des conclusions au nombre desquelles figure le vora que des tours soient établis dans tous les départementSy que dans le inémc local soient réunis un tour et un bureau ouvert et que des secourt soient accordés aux femmes ne pouvant ^ faute de ressources suffisantes^ élever leurs enfants.

Celte solution conciliante n'a contre elle que le chiffre des dépenses qu'elle doit entraîner. Elle est restée du reste, comme les autres, à Télal de simple aspiration.

J^ IL — ALI.AITKMENT

Lorsque le nouveau-né a été nettoyé, vêtu et qu'il s'est endormi dans son berceau, on l'y laisse reposer jusqu'à ce qu'il se réveille ; c'est alors le moment de commencer à Tallaiter. La coutume assez répandue de nr lui donner le premier jour que de l'eau sucrée est condamnée par tous les hygiénistes. H faut le présent(T au sein, aussitôt qu'il se réveille.

(1) Louis PÉNARD, Du rétaUissement des tours {Annales d'hygiène publique^ 181*, l. I, p. 506).

(2) Elle a éïè au Sénat rubjel d'un rapport de M. Bércngcr, le 21 février 1S77, et tnitéc à la tribune de la Chambre des députés par M. de la Ferronnays, le 11 novembre 1890.

(3) Jules HocHARD, Rapport sur le faible accroissement de la population en France {Bulletin de VAcadémie de médecine, t. XXV, p. 367).

KNFANCE. - ÉDUCATION. 78d

Lorsqu'il est bien constitué, il saisit le mamelon avec les lèvres et suce avec avidité le liquide séreux et légèrement laxatif que secrète la glande mammaire de la nouvelle accouchée et qui porte le nom de colostrum^ Au bout de quelques jours, la sécrétion du lait est établie et devient, pendant les six premiers mois au moins, la nourriture exclusive de l'enfant.

!• ÂLLAiTEMEiNT MATERNEX. — La nourriture normale du nouveau-né est le lait de sa mère et c'est un devoir pour elle de le lui fournir, à moins d'impossibilité absolue. C'est, dit Fonssagrives , le second acte de la maternité physique. Ce devoir est du reste bien compris aujourd'hui dans les familles de la classe moyenne. Il n'en est pas de même dans les sphères élevées de la société et dans le monde interlope qui les imite. Dajis ce milieu, d'après le docteur Tarnier, l'allaitement maternel ne s'élève pas à plus de 12 p. 100. D'après un relevé du D' Nivert, sur 300 accouchées, dans la ville de Paris, 50 seulement ont voulu nourrir et pu le faire avec succès, 30 autres ont essayé et n'ont pas pu réussir ; 220 n'ont même pas fait de tentatives. Dans la population rurale au contraire, le nombre des mères qui allaitent leurs enfants s'élève à 64 p. 100.

Les médecins ne doivent pas se rendre complices de la mauvaise volonté des mères, comme J.-J. Rousseau le reprochait à ceux de son temps. C'est à eux et sous la responsabilité de leur conscience, qu'il appartient de décider si elles doivent nourrir ou non.

Les causes qui peuvent s'opposer à ce que les femmes nourrissent leurs enfants tiennent à leur constitution ou à leur condition sociale.

Au premier ordre appartiennent les vices de constitution tels que la tuberculose et la syphilis ou l'extrême faiblesse qui arrive parfois à la fin de la grossesse à un degré tel que les femmes épuisées ont à peine assez de force pour se relever de la rude épreuve qu'elles viennent de subir. Dans le même ordre d'obstacles, il faut ranger la mauvaise conformation du mamelon et les gerçures du sein. Il est rare pourtant qu'on ne puisse y remédier. Le peu d'abondance du lait, lorsqu'il est bon, n'est pas un obstacle absolu à l'allaitement, parce qu'on peut y suppléer à l'aide du biberon. Cet allaitement mixte donne de très bons résultats, lorsqu'il est conduit avec les précautions et les soins nécessaires.

Les obstacles qui tiennent à la condition sociale sont plus nombreux. Dans les villes, il est des professions qui rendent l'allaitement impossible. Les femmes forcées de passer toute leur journée dans un comptoir, les domestiques ne peuvent pas nourrir leurs enfants.

En dehors de ces conditions, le médecin doit encourager les mères à nourrir et résister aux insinuations de la famille. Il ne doit pas perdre de vue que l'enfant de la nourrice mercenaire dont il va faire choix est trop souvent sacrifié, ainsi que le montrent les statistiques.

Il est des cas où Tobstacle à l'allaitement vient de l'enfaut et non de la mère. Le bec de lièvre, la brièveté du frein de la langue, l'extrême débi-

lité du nouveau-né sont dans ce cas. Un peut remédier aux difformités par une opération et à la faiblesse par le gavage^ comme nous l'avons dit en parlant des enfants venus avant terme.

Lorsque la lactation est bien étal)lie, il faut régler le régime de Tallaitement ; les tétées doivent être espacées régulièrement le jour et la nuit, en dépit des petites colères et des fantaisies du nourrisson. Pendant le jour, un intervalle de deux heures est indispensable ; la nuit, on peut le porter à quatn^ ou cinq heures. Au bout de quelques mois, Tenfant s*habitue parfaitement à ne téter qu'une fois pendant la nuit ; puis la mère u*. l)orne à le mettre au sein en se couchant et il dori jusqu au lendemain malin.

(Juant au régime de la mère, elle ne doit rien y changer lorsqu*il est convenable. 11 faut seulement qu'elle évite les veilles, les fatigues et, si faire se peut, les émotions trop vives. Ses vêtements, comme ceux qu'elle a portés pendant sa grossesse, ne doivent exercer aucune compression sur la poitrine.

11. Allaitement mercenaire. — Lorsque la mère est dans Timpossibilité de nourrir son enfant, il vaut mieux le confier à une nourrice que de rélever au biberon. Elle peut la prendre chez elle ou envoyer son enfant à la campagm*. Dans les deux cas, le choix doit être aussi rigoureux. Xulle nourrice ne doit être acceptée sans un examen médical. On préfère les femmes de iSO à 30 ans, ayant le teint coloré et les dents saines, et accouchées depuis moins de 7 mois. La préférence qu'on accorde aux brunes n'est pas justifiée. C'est une affaire de race. Le médecin doit s'assurer (jue la nourrice ne porte pas de cicatrices de scrofule, de traces de syphilis, que la poitrine est saine, que la peau et le cuir chevelu nt» pn'*sentenl pas d'éruption suspecte; il doit constater qu'elle a été vaccinée ou qu'elle a eu la variole ; enfin, il faut qu'il examine les seins et qu'il s'assure de la qualité du lait.

Les seins doivent ètn» volumineux, plutôt hémisphériques que piriformes, avec (l(*s mamelons bien conformés et faciles à saisir, il faut rejeter les nourrices (jui n'allaitent que d'un côté, par suite de Tatrophie de l'autre glande^ mammain*. Le fait est assez commun, si Ton en jugi* par h^s statistiques recueillies dans les bureaux de placement.

Le lait doit être d'un blanc mat et former une goutte opaline sur l'ongle de l'observateur. C(»lte épreuve, dont on se contentait autrefois, n't»sl plus considérée comme suffisante. Les hygiénistes réclament une analyse. Le lait de femm*» doit marquer iiO au lactoscope de Donné, ce qui représente à peu près ^3-'' de beurre par litre; il doit avoir une densité approchant de I03i). Kxaminé au microscope, il doit présenter des globules homojrènes, et en renfermer de 200.000 à 500.000 par centimètre cube.

L'enfant de la nourrice doit être également l'objet d'un examen mé-

dical. 11 ne suffit pas de constater qu'il a bonne apparence, il faut examiner les orifices de la muqueuse buccale pour s'assurer qu'elle ne présente pas de traces de syphilis et la région anale, qui est souvent le siège d'un érythème intense. Cette rougeur peut tenir au défaut de soins, mais elle peut être également un symptôme d'entérite.

La nourrice une fois admise dans la maison, il faut surveiller son régime. Lorsqu'elle vient de la campagne, ce qui est le cas le plus ordinaire, elle est habituée à une alimentation dans laquelle dominent les féculents et les légumes. Une fois en place, elle mange plus de viande, fait usage de mets plus épicés que chez elle, et se laisse aller volontiers à dépasser les limites de son appétit. Il en résulte souvent des troubles digestifs qui retentissent sur l'enfant. Il faut donc y veiller et, sans la soumettre à un régime spécial, comme celui que M. Constantin Paul a tracé pour les nourrices de la crèche de la Charité (1), il faut lui donner une nourriture qui ne s'éloigne pas trop de la sienne. Il est bon de lui conserver la boisson fermentée dont elle a l'habitude ; mais il faut lui interdire l'usage des spiritueux, car l'enfant est presqu'aussi impressionnable à l'alcool qu'à l'opium.

Il est certains aliments qui, sans troubler la santé de la nourrice, altèrent parfois celle de l'enfant. Les choux, l'oseille sont dans ce cas. Le D' Delthil a observé un fait curieux d'intoxication par les moules chez un enfant qui était atteint d'urticaire toutes les fois que sa nourrice en mangeait,' sans qu'elle éprouvât aucun trouble. Le D^Bergeron a observé un cas analogue. Il s'agissait cette fois d'un enfant qui était pris de violentes coliques toutes les fois que sa nourrice mangeait du cresson (2).

Il est très important de ne pas garder les nourrices constamment à la maison. Habituées à vivre au grand air, elles s'étiolent et s'anémient dans l'atmosphère des appartements, et il faut les envoyer à la promenade dans l'intérêt même de leur nourrisson.

La mère qui se voit forcée de renoncer à nourrir son enfant n'abdique pas pour cela le droit de veiller sur lui. Elle doit au contraire redoubler de sollicitude, surtout au début, alors qu*elle ne connaît pas encore la nourrice à laquelle elle l'a confié. Il est bon de la surveiller quand elle sort et surtout pendant la nuit. Beaucoup de nourrices laissent prendre aux enfants la mauvaise habitude de leur donner le sein aussitôt qu'ils crient et, pour plus de commoditiS elles les tirent de leurs berceaux pour les coucher près d'elles. Or, il arrive souvent qu'elles s'endorment en même temps que l'enfant et Tétouffent pendant leur sommeil.

La nourrice sur lieu n'est possible que dans les familles aisées. Dans le petit commerce, chez les ouvriers, les ressources du budget sont insuffi-

(1) Voyez J. Bergeron, Hygiène de la première enfance (Encyclopédie d'hygiène, l. VIII, chap. Il, p. 61).

(2) Bergeron, Encyclopédie d'hygiène^ t. VIII.

788 TRAITÉ D'HY(ilKNK PUBLIQUE ET PKIVÉE.

santés, et quand les mères ne peuvent pas nourrir, elles sont obligées de laisser aller leurs enfants à la campagne. Ce n'est assurément pas une mauvaise condition, lorsqu'on est si\r de la nourrice, qu'elle habite à peu de distance et qu'on peut lui faire de fréquentes visites. Cela se trouve facilement dans les petites villes ; mais il n'en est plus ainsi dans les grands centres. C'est là que règne YinduMrie nourricière avec toutes ses fraudes et tous ses dangers.

111. Allaitement artificiel. — C'est une déplorable ressource à laquelle il ne faut recourir que quand on ne peut pas faire autrement. Avec beaucoup de soins, de sollicitude et d'habileté, on peut arriver k élever des enfants au biberon sans en perdre un trop grand nombre: mais comme toutes ces conditions se trouvent rarement réunies, le fait brutal c'est que partout, les enfants artificiellement allaités meurent en plus grand nombre que ceux qui sont nourris au sein (1). Cependant, comme il y a plus d'enfants que de bonnes nourrices, que l'offre du lait de femme est sensiblement inférieur à la demande, il est indispensable de s'occuper de l'allaitement artificiel et, grâce aux progrès de Thygiène contemporaine, on peut aujourd'hui en atténuer sensiblement les dangers.

Le lait de vache est à peu près le seul auquel on ait recours partout pour remplacer celui de femme. 11 n'a qu'une chose contre lui, c'est la fréquence de la tuberculose chez les i)ovidés et la crainte de la transmission de cette maladie par le lait. Nous dirons bientôt comment on évite ce danger par la stérilisation. Le lait de chèvre est substitué au lait de vaciie dans certains départements du Midi. Le laitd'ânesse a été conseillé par Parot, pour nourrir les enfants astiistés atteints de syphilis, dont la mortalité était effrayante. M. Tarnier pense qu'il y aurait de l'avantagea donner du lait de chèvre aux nouveau-nés et à en prolonger l'usage jusqu'à six semaines ou deux mois, de lui substituer, pendant quatre autres mois, le lait de vache coupé de moitié d'eau, puis enfin de faire prendre ce dernier sans mélange, jusqu'au sevrage. Ces raffinements ne sont pas très pratiques et M. Tarnier en convient lui-mémo. Le lail d'ànesse se rapproche beaucoup par sa composition du lait de la femme. 11 convient, dit le D»" Péricr {Hi/girne aUmcntaire des enfants. Bibl. (]harcot-Debove, Paris, 1895), dans les premiers jours de la naissance, pour les enfants qui attendent une nourrice, pour ceux qui sont frêles el délicats ; mais il est très cher. A Paris, il conte () francs le litre pour les

(1) En Norwèfçc oh presque tous les enfants sont nourris par leui's mères, il n'en meurt que 10 à 12 p. 100. Dans le Wurtemberg, où c'est le contraire, on en perd 42 p. 100 ; en Bavière, 50. A Munich, il meurt l.") p. 100 des enfants nourris au sein et 85 de ceux qui sont allaités artinciellement. A Paris, la mortalité ilcs enfants dans la première année est de 20 p. 100 et prse surtout sur les enfants nourri^ au biberon.

ENFANCE. - ÉDUCATION. im

particuliers et 4 francs pour les administrations qui en prennent de grandes quantités. En somme, c*est un lait dVxception (i).

Le lait de chèvre est trop fort, difficile à digérer; il donne aux enfants qui en boivent une odeur hircine et il manque environ quatre mois de Tannée. C'est plus de raison qu'il n'en faut pour y renoncer (2). En réalité on n'a guère recours qu'au lait de vache. M. Tarnier conseille de le couper avec de l'eau bouillie additionnée de 5»' de sucre pour 100*^»^ d'eau, et de diminuer la quantité d'eau progressivement jusqu'à six mois, époque à laquelle on peut le donner pur.

Autrefois, on recommandait de donner le lait à l'enfant tel qu'il sortait du pis de la vache ; on attachait quelque importance à ce que ce fût toujours le même animal qui le fournît. On a même essayé, pour l'avoir plus pur et pour ainsi dire vivant, de mettre l'enfant au pis de l'animal. Au siècle dernier, à Aix (Provence), on faisait téter les chèvres par les enfants assistés. De nos jours, le U'' Boudard s'est efforcé de vulgariser cette pratique. Parot faisait mettre les enfants syphilitiques auprès de l'ànesse. On a renoncé à ces pratiques. Les idées suivent aujourd'hui un tout autre courant.

Le lait est un liquide si altérable, qu'on n'est sûr de l'obtenir à l'état de pureté que par la stérilisation. Nous avons longuement décrit cette opération dans le lY*"* chapitre, nous n avons donc pas besoin d'y revenir. Aujourd'hui, presque tous les accoucheurs ont adopté le lait stérilisé. Il avait été déjà préconisé par Uhlig, Conrad, Noor, Comby, Vinay et Davis pour combattre la diarrhée des enfants à la mamelle ; mais, en France, on en a fait l'application dans tous les cas d'allaitement artificiel. H. Budin, dans deux communications faites à un an d'intervalle à l'Académie de médecine (3), a démontré la supériorité du lait stérilisé sur tout autre mode d'allaitement artificiel, après l'avoir expérimenté pendant deux ans dans son service à la Charité. Il a constaté que les enfants qui en font usage ne présentent pas de troubles intestinaux, bien qu'il le donne pur, ayant remarqué que les nourrissons s'accroissent moins lorsqu'on le coupe. M. Budin fait stériliser le lait dans son laboratoire, en le chauffant au bain-marie à iOO degrés avec l'appareil de Soxhlet, ou avec celui de Gentile. 11 en fait préparer chaque jour la quantité nécessaire pour la journée et la nuit. Il recommande de

1) Tarmer, VAUaitement (r^minunication à TAcadémic de médecine, séance du 26 septembre 1982 [Bulletin de l'Académie^ t. XI, p. 1075).

(2j Pour la composition et les propriétés du lait de femme, de vache, d*ànesse et ( e chèvre, voyez chap. IV. article l*"", § 3.

;3) Soie $ur l'allaitemetit des nouveau-nés, par M. Bi'Dix en collal)oration avec M. Chavanne. Séance du 19 juillet 1892 {Bulletin de CAcadémie de médecine, t. XXVIII, p. 99) ; — Df l'emploi pour les nouninsons du lait stérilisé à 100 degrés au hain-marie. Allaitement mixte. Artifinel, par MM. Budin vi Chavanne (séance du ?3 juillet 1893 (Bulletin de V Académie de médecine, l. XXX, p. 151).

ne jamais laisser une bouteille en vidange et pour le faire boire aux enfants, il adopte au goulot un petit appareil auquel il a donné le nom ie ffalactophore (l).

Plus récemment, M. Rodel, dans un long mémoire sur la stérilisation du lait, inséré dans la Revue iVhygiùne et de police sanitaire (2), est arrivé aux mêmes conclusions. Les faits pratiques observés par ces auteurs nous paraissent plus probants que les expériences de laboratoire faites par Flugge et d'après lesquelles Tébullition prolongée pendant trois quarts d'heure ne détruit pas toutes les bactéries. « Ckï>lles qui j» résistent à cette stérilisation, dit-il, ne sont pas toutes inoffensives. j» Si les agents pathogènes des maladies spécifiques à germes bien » étudiés : tuberculose, fièvre typhoïde, choléra, diphtérie sont tués » même par une simple pasteurisation, les agents insuffisamment connus » et sans doute très divers qui déterminent chez les enfants les accidents » gastro-intestinaux, ne sont pas détruits même par Tébullition (3) i». Cette assertion nous semble victorieusement combattue par les observations recueillies à la Charité par M. Budin, et dont nous avons parlé plus haut. Le lait porté à liO" comme il le faut pour tuer sûrement tous les germes, est un liquide altéré. La stérilisation elle-même ne respecte pas sa composition d'une manière absolue. Des recherches comparatives faites par le D*" Alb. Boissard, à Tasile municipal Ledru-Rollin, sur Tallaitement maternel et Talimentation au lait stérilisé, lui ont démontré la supériorité du premier mode au point de vue des digestions de l'enfant (4).

Le lait stérilis»* est sans doute infiniment supérieur au lait toujours suspect qu'on p<Mil se procurer dans les villes ; mais à la campagne, dans les pays d'élc^vage, lorsqu'on a sous la main des vaches saines, bien nourries, qu'on peul traire quand on veut, je trouve, comme le D*" Laurent (de Rouen), qu'il vaut nu(Mix faire boire aux enfants ce lait cru et naturel que de lui faire subir une préparation quelconque.

Le lait naturel est le seul aliment qui convienne à l enfant jusqu'à six ou sept mois. Toutes les préparations qu'on a essayé de lui substituer, laits artificiels ou conservés, farines lactées, conserves de crèmes, farines de N(»sllé, du \Y Coffin, alimc^nt de Houcbut, bouillon gras, thé de veau, etc., constituent une alimentation détestable, quand on les administre à Pexclusion du lait, dans les premiers mois de la vie. On peut les faire intervenir comme adjuvant, lorsque l'enfant a fait ses premières dents;

(1) Cet appareil est décrit et tigure dans le Bulletin de C Académie, t. XXVllI, p. 112.

(2) Mémoire sur la stériltsation du lait^ par le I)' A. UoDET, professeur agré{^ i la Faculté de médecine de Lyon (Ht^vue dhugiène^ t. XVI, p. 1026).

(3) Flugge, Zcitsvhrift fur hyyiene and inf'ectio?is krankheiten, 1894, XXVU. p. 272-3*2.

(4) AU). Boissard, De Valimentation du nouvcnu-né par le lait maternel {La Frame médicale et Paris médical^ n« du 10 août 1895 .

mais à cette époque, il faut encore que le lait soit sa nourriture principale.

On peut se servir de différents procédés pour le faire prendre à Tenfant. Le plus usité est le biberon, il a pourtant des inconvénients sans nombre. Le plus grave est d'altérer le lait et d'y faire naître des micro-organismes ainsi que Ta démontré M. Fauvel (1) ; aussi M. Tarnier y a-t-il renoncé d'une manière complète. A la Maternité, il fait donner le lait à la cuiller ou à la timbale. Les enfants qui n'ont jamais tété, s'habituent facilement à boire de cette façon ; les autres s'y refusent (2). Le biberon répond mieux à l'instinct de succion, le premier qui s'éveille chez le nouveau-né. il permet au lait de couler lentement dans la bouche de l'enfant et de se mêler à sa salive ; mais il faut qu'il soit entretenu avec une propreté scrupuleuse.

Les biberons à éponge, à tube en caoutchouc doivent être absolument re jetés. On préfère généralement aujourd'hui les biberons en verre qu'on peut nettoyer et passer à l'eau bouillante.

IV. Pesées. — Le critérium d'un bon allaitement, quelqu'en soit le mode, est la boline santé de l'enfant et son augmentation progressive de volume. Celle-ci ne peut s'apprécier exactement qu'en le pesant à intervalles périodiques. Cette habitude s'est maintenant répandue dans les ramilles aisées. Elle permet de suivre les progrès de l'enfant, de s'assurer que le lait de la mère ou de la nourrice est suffisant, comme qualité, comme quantité, et de reconnaître les indispositions du nourrisson. Les moindres affections sont dénoncées par une diminution de poids.

Le poids du nouveau-né est en moyenne, avons-nous dit, de 3.200»' pour les garçons et de 2.000 pour les filles. Il diminue pendant les trois premiers jours, par suite de l'évacuation du méconium des urines et de l'insuffisance de l'alimentation. La perte est en moyenne de 170*^ et peut aller jusqu'à 200 ; mais au bout de trois jours l'enfant commence à reprendre et il récupère son poids initial vers le 7" ou le 8* jour. A partir de ce moment, si son alimentation est suffisante, il augmente en moyenne de 3^ par jour pendant le premier mois ; 30*^ par jour pendant le second ; de 28 pendant le 3*. A six mois, l'accroissement quotidien n'est plus guère que de i^.

Les pesées quotidiennes, à Taide desquelles ces moyennes ont été établies, sont inutiles dans la pratique ; il suffit de peser les enfants tous les huit jours, et pour cela il n'est pas besoin de ces balances spéciales qu'on désigne sous le nom de pèse-bébés^ celles de l'office suffisent.

(1) H. Fauvel, Sur les altérations du lait dans les biberons {Académie des sciences, séance du 16 mai 1881).

(2) Tarnier, V Allaitement {Bulletin de t Académie de médecine, t. XI, p. 1075).

192 TllAlTÉ DHYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

Y. Sevrage. — Nous avons dit que le lait devait être la seule nourriture de Tenfant jusqu'à six ou sept mois ; mais, à cette époque, les mères et les nourrices ont rarement assez de lait pour le satisfaire, et le moment est venu d*y joindre quelques aliments légers, c*est alors que les bouillies, les farines lactées trouvent leur emploi et préparent peu à peu les enfants au sevrage.

A Paris et dans le Nord de la France, on a l'habitude de supprimer Tallaitement entre 12 et 18 mois, dans le Midi et dans les colonies on \% jusqu'à deux ans pour éviter la diarrhée et les convulsions qui enlèvent beaucoup d'enfants dans les pays chauds. On se règle en général sur la saison ; on évite l'hiver à cause de la brièveté des jours et de la rareté des sorties, et l'été à cause des chaleurs qui favorisent Tathrepsie. Le printemps et l'automne sont les saisons les plus favorables. On tient également compte de l'évolution dentaire et on profite du moment do calme qui s'opère entre chacune des cinq phases de cette évolution {I). H est bien entendu qu'on ne sèvre jamais un enfant au cours d'une maladie même légère.

11 semblerait logique de sevrer Tenfant peu à peu en diminuant chaque jour le nombre des tétées ; mais l'expérience a fait renoncer à cette méthode. De même on a reconnu qu'il était inutile d'éloigner la mère ou la nourrice ; il suffit d'enduire les mamelons d*un extrait amer quelconque pour que Tenfant refuse de prendre le sein.

Au moment du sevrage, Tenfant a déjà contracté Thabitude des aliments légers ; il n'y a qu*à en continuer Tusage ; il faut seulement espacer ses repas davantage et n'en donner que six par jour. On introduit successivement les œufs, le poisson, la viande et les légumes, dans ce régime dont le lait et ses dérivés form(»nt encore longtemps la base ; puis peu à peu l'enfant s'accoutume à la nourriture de la famille et ne fait plus par jour que quatre repas dans rinlervalle desquels il faut interdire les pâtisseries et les friandises.

§ III. — KVOI.I TION DE LA PREMIÈRK ENiWNCE

I. Habitudes hygiéniques. — i" Somhkil. — Le nouveau-nc dort presque continuellement et ne se réveille que pour téter. Peu à peu les périodes de sommeil deviennent plus courtes ; au bout de quatre ou cinq mois, Tenfant ne dort plus guère que la nuit et une couple d*heure dans la journée. A mesure qu'il grandit, il se sèvre de lui-même et peu

(1) Le 1<?«" (groupe (les 2 incisives médianes inférieures gortenl d'habitude au T' mois ; le 2* groupe (les 4 incisives supérieures) au 10'' ; h* li*' ^Ics 2 incisives lalérales supérieures cl les 4 petites molaires) au 1 î'' mois ; le i<^ (cuniives) au 16* ; le 5<^ (grosses molaires) au 20'.

ENFANCE. - ÉDlCATlON. 1S3

à peu du sommeil diurne ; mais ce n'est que vers Vige de trois ans qu'il peut s'en priver tout à fait. Dans Tété de nos climats, ainsi que dans les pays chauds, Tusage de la sieste est extrêmement favorable aux petits enfants. En tout temps, il faut les coucher de bonne heure et les réveiller de grand matin ; ils en prennent très facilement l'habitude.

i? Soins dr propreté. — Nous avons parlé des soins minutieux qu'exige le nouveau-né ; en grandissant, la propreté est tout aussi indispensable mais elle est moins difficile à entretenir. Les enfants convenablement élevés prennent de bonne heure l'habitude de manifester leurs besoins et de ne plus souiller leurs linges. 11 est cependant indispensable de les laver très souvent. £n Angleterre, on a coutume de plonger les enfants tous les jours dans l'eau tiède, pendant quelques minutes seulement, le temps d'éponger le corps tout entier et cette habitude se répand de plus en plus en France; toutefois la pratique la plus générale consiste à laver deux ou trois fois par jour le visage et les mains, à nettoyer le siège toutes les fois que Tenfant s*est sali et à ne donner de grand bain que tous les deux jours ou deux fois par semaine. A la rigueur cela peut suffire ; mais il faut habituer l'enfant dès sa naissance à être plongé dans l'eau, pour qu'il y entre sans résistance, le jour où sa santé l'exigera ;

3<* Sortirs. — Le grand air est plus indispensable encore à la santé de Tenfanl qu'à celle de l'adulte, il faut le faire vivre au dehors le plus longtemps possible en le préservant avec grand soin du froid contre lequel il a peu de force de résistance.

i^a première sortie peut avoir lieu dans la belle saison, du i(K au 15^ jour en choisissant un temps sec et ensoleillé. Dans Thiver, il faut attendre un mois ou même plus, profiter d'une éclaircie et jamais ne faire sortir l'enfant quand le thermomètre est au-dessous de 0®. Le meilleur moment pour la première sortie est de midi à trois heures, mais il faut toujours le rentrer au moins une heure avant le coucher du soleil, à cause de l'abaissement brusque de température qui se fait en ce moment. En rentrant, lorsque l'air a été un peu vif, on fait bien de mettre Tenfant devant un bon feu pour le réchauffer.

A la promenade, le petit enfant doit rester dans les bras de la nourrice; il y a chaud ; il suit les mouvements doux que la marche lui imprime et ne peut échapper un instant à sa surveillance. Les petites voitures qui sont devenues à la mode, ont l'inconvénient de maintenir l'enfant immobile, de le laisser se refroidir, de lui imprimer des secousses trop dures sur le pavé, et de permettre à la nourrice de l'oublier.

11. Première dentition. — La sortie des premières dents n*est pas un phénomène pathologique, mais elle s'accompagne de troubles qui appellent l'attention des hygiénistes et parfois d'accidents, mais ceux-ci sont du ressort de la pathologie.

Les soins à premire pour prévenir les uns et les autres consistent dans

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Y. Sevrage. — Nous avons dil qn ritiin» (\o reiîfant jusqu'à six ou sopt mères ol les nourrices ont raronienl n moment est venu d'y joindre quelq»

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