Minimum
Classes élémentaires
Classes de grammaire
1 Troisième^ seconde, mathém.
' préparatoires
Réthorique, philosopjue, mathématiques spéciales
VI. Récréations, jeux, exercices. — La commission directrice des lycées nous parait s'être tenue dans une juste mesure en exigeant pour les plus âgés, un minimum de récréations et d'exercices physiques de 4 h. 35 dont il faut déduire la demi-heure nécessaire pour la toilette. Elle a de plus exprimé Tavis qu'il serait nécessaire de- réserver chaque jour une grande récréation à Tair libre, de trois heures pour les petits et les moyens et de deux heures pour les grands. Elle serait consacrée à des promenades, des excursions ou des jeux de plein air suivant le temps et la saison.
Il faut encourager les élèves à se livrer aux jeux de leur âge, en leur laissant la liberté du choix, il est bon même de les leur apprendre et de les diriger, comme on Ta fait de tout temps dans les établissements des jésuites et comme on le fait aujourd'hui dans les écoles primaires, ainsi que nous l'avons vu.
Les jeux qu'il faut encourager de préférence sont ceux qui sont adoptés* dans les écoles primaires : les barres ^ la crosse ^ le gouret; les différents jeux de paume et de balle^ ceux qu'on appelle les jeux français^ par opposition à ceux qui nous viennent d'Angleterre, comme le cricket, le laicn-tennis et le foot-ball. Le premier est un jeu tranquille qui convient mieux aux pensionnats de jeunes filles ; le second est dans le même cas et exige de plus toute une installation ; quant au foot-ball, c'est un jeu brutal et qui n'est pas sans danger. 11 cause plus d'accidents que tous les autres genres d'exercices. D'après un rapport de l'Académie militaire de West-Point, publié récemment par le British médical journal, sur 84 personnes se livrant au foot-ball, il y a eu, l'an dernier, 54 accidents entraînant 277 jours d'incapacité. C'est quinze fois plus qu'avec Téquitation et vingt fois plus qu'avec la gymnastique.
Les jeux qui conviennent aux jeunes filles sont de natufe plus tranquille, comme le volant, les grâces, la marelle, les rondes, qu*on danse en chantant nos bons vieux airs français ; les jeux qui procèdent de la course (1), comme les quatre coins, les voisins, le vêuf; enfin, le cricket
(1) La course proprement dite et le saut ne conviennent pas aux jennes filles. Il faut les
et le lawn-tennis dont nous parlions tout à Theure, et qni sont très à b mode aujourd'hui.
Si, dans la maison d'éducation, les élèves se livraient pendant deaz on trois heures chaque jour, avec Tardeur de leur âge, aux jeux qui demandent de la force, de l'adresse et de Tagilité, les exercices proprement dit ne seraient plus indispensables; mais nous n'en sommes pu encore là, et d*ailleurs il en est qui forment le complément d*une éducation bien dirigée. La gymnastique, l'escrime, Téquitation et la natâtioB rentrent dans cette catégorie. Peut-être faudra-t-il y joindre prochainement la bicyclette.
La gymnastique est une création de la pédagogie moderne. Elle ne remonte qu'à la fin du siècle dernier (1), et a été introduite en France, en 1818, par le colonel espagnol Amoros Y Undeano,qui s*était approprié la méthode de Pestalozzi en la perfectionnant. Malgré renthousiasme qu'excita cette innovation, il fallut quarante ans pour vaincre la routine scolaire. L'enseignement de la gymnastique n'a été rendu obligatoire dans les collèges que par le décret du 13 mars 1854 et dans tous les établissements d'éducation, par la loi du 27 janvier 1880. Pendant longtemps, ce fut une simple concession faite à regret à l'hygiène par la pédagogie. Deux leçons de vingt minutes par semaine avaient paru suffisantes dans le principe ; plus tard, on alla jusqu'à accorder 8 heures dVxercices musculaires par mois contre 280 consacrées au travail intellectuel. Encore si ces 8 heures avaient été bien employées : mais on s^était attaché à rendie ces leçons aussi fastidieuses que possible. Chaque élève devant répétera son tour le mouvement enseigné par le maître, avait environ trois minutes de travail musculaire par leçon ; il passait le reste dans l'immobilité et le silence (2).
Aujourd'hui, on comprend mieux les règles de l'éducation physique. Un a substitué le plus possible les jeux de plein air à la gymnastique, aux agrès. On a toutefois conservé celle-ci, mais en la rendant plus attrayante. Elle permet de faire de l'exercice sans sortir du lycée el d'habituer le corps à des mouvements méthodiques qui lui donnent une souplesse et une agilité particulières.
Le 1)'' Lagrange a puissamment contribué par ses écrits à rendre la gymnastigue hygiénique, à en faire ressortir les dangers et les avan-
surveiller quand elles suulcnt ù la corde, puur qu'elles ne l'obstinent pas. M. Lâgraiige a calculé qu'une jeune fille qui saute à la corde fait le intime effort musculaire que si elle montait encourant et d'un trait au sommet de l'Arc-de-Triomphe. Lorsque rémulalion s'en môle, qu'on ne veut pas interrompre une série brillante, le cœur bat avec une telle force qu'il en résulte des pali»itations, quand cette imprudence se répète souvent.
(1) Le premier gymnase fut fondé à Dessau en 1776, le second à Schncpfeathal en 1186; ils .s'étaient multipliés en Suéde, en Danemark, en Allemagne et en Suisse, avant que la Franco s'en occupât.
(2) Rapport du recteur de l'académie de Moulins {Extraits des rapports de MM. let Recteurs [toc, a7.}, p. 141).
tages (1). Il l*a soustraite à la tyrannie des professionnels qui auraient fait de nos enfants des clowns ou des lutteurs de barrière, si nous les avions laissés libres. La gymnastique n'ennuie plus les élèves et il n'y aurait, à mon avis, aucun inconvénient à leur laisser, pendant les récréations, la libre disposition des agrès, en les surveillant pour qu'ils ne se livrent pas à des exercices périlleux en l'absence des maîtres.
Vescrime est un exercice qu'il faut encourager. Indépendamment de la vigueur, de l'agilité, de la précision des mouvements, il donne aux jeunes gens une attitude hardie et dégagée qui contraste avec la taille voûtée de ceux qui ont trop pâli sur leurs livres. C'est un art essentiellement français, et daqs un pays où tout le monde doit passer sous les drapeaux, il est bon que ceux qui sont appelés à porter une épée apprennent de bonne heure à s'en servir. C'est toutefois un exercice très fatigant par la dépense considérable d'influx nerveux et de force musculaire qu'il impose, et le EK Lagrange estime que cet exercice ne convient pas aux hommes d'études et aux enfants dont le cerveau travaille avec excès. Il me semble que pour prévenir le danger d'ajouter un surmenage à Tautre, il suffit de rendre les leçons courtes et d'empêcher les élèves de s'emballer dans les assauts. Quant à la courbure latérale du rachis que signale le EK Lagrange, elle ne s'observe que chez les maîtres d'armes et les prévôts.
Véquitation a, comme l'escrime, sa place marquée dans toute éducation libérale. Elle est indispensable aux jeunes gens qui se destinent aux carrières militaires ; elle est pour les autres une école d'assouplissement et de bonne tenue. Malheureusement, c'est un art dispendieux et un exercice qui n'est pas sans danger. Dans le rapport de TAcadémie- militaire de West'Poînty dont j'ai parlé à propos du foot-àall, on relate 17 accidents ayant entraîné 57 jours d'incapacité sur 181 jeunes gens suivant le même manège. On sait d'ailleurs combien les chutes de cheval sont fréquentes et graves dans l'armée comme dans la vie civile.
La natation, comme nous l'avons dit en parlant de son enseignement dans les écoles de Paris, est l'art le plus hygiénique, le plus utile et le moins répandu. Dans les ports de mer, on mène les internes des lycées à l'établissement de bains une fois par semaine pendant l'été et lorsque le temps le permet. Dans quelques villes traversées par un fleuve, on les conduit à l'école de natation ; mais nulle part il n'y a d'enseignement régulier comme celui des écoles de Paris. Il serait indispensable de combler cette lacune, en commençant par installer des piscines de natation dans tous les lycées qu'on élève aujourd'hui (2). 11 n'y aurait qu'à imiter
(1) Fernand Lagrange, Physiologie des exercica du corps, Paris, 1S89. Deuxième édition.
(2) Il existe au petit lycée de Beu-Akaoum à Al(|^r, un petit bassin de natation situé près de la cour de gymnastique et alimenté par une noria. A Pau, on conduit les élèves au bassin du parc; à Montpellier, à celui qui se trouve sur TEsplanade.
celle du Lycée de Yanves. Elle a H mètres de long sur 16 de large et une profondeur graduée d'un bout à Tautre pour que les enfants de tout âge puissent s y baigner. L'eau peut être échauffée par des appareils conft> truits dans l'épaisseur du radier. Quarante-huit cabines sont disposées autour du bassin dont elles sont séparées par des pelouses galonnées sur lesquelles les élèves peuvent jouer et courir sans se blesser les pieds. Je ne sais pas quel parti on tire à Yanves de ce magnifique t)assin au point de vue de renseignement de la natation.
Je ne parle pas du canotage, pas plus que des autres genres de sport; j'y reviendrai dans le chapitre suivant à propos du travail musculaire: je me bornerai à dire, pour le moment, que si les exercices de corps sont indispensables aux élèves des lycées, je ne crois pas qu'il soit utile d'y encourager les sports proprement dits. Avec leur publicité, leurs concours, leurs luttes, dans lesquelles on dépasse souvent la limite de ses forces, ces jeux ne conviennent pas à l'enfance. A cet âge, les organes sont encore trop délicats pour qu'on puisse leur imposer de pareils tours de force. Le caractère dominant de cette période de la vie, dit H. Legendre, est le développement inégalement rapide et variable, suivant les individus, des divers appareils de l'organisme (1), c'est l'époque où ils demandent le plus de ménagements, et c'est aussi le moment où le désir de l'emporter sur ses rivaux fait commettre les pires imprudences. Dans les discussions qui ont eu lieu au sein des Sociétés savantes, tous les arguments qui ont été avancés pour prouver les dangers cle Ventraînetnent ont été empruntés à l'enfance. Au Congrès de Caen, les hygiénistes se sont élevés, pour la plupart, contre le développement exagéré que les différents genres de sport ont pris dans les établissements d*instruction publique. M. de Coubertin qui a été l'un des plus ardents promoteurs des exercices physiques dans Téducation, s'est fait le défenseur de cette innovation. Il a rappelé, non sans un certain orgueil, que Y Union des Sociétés françaises de sports athlétiques comptait soixante-deux associations scolaires, et qu'on pouvait compter, au 1^' mai 1894,5.000 lycéens français formés en association pour la pratique des différents sports. Ces arguments n'ont pas convaincu la majorité dos trois sections réunies pour discuter cette question intéressante et elles ont formulé leur opinion par le vœu suivant : « Encourager Texercice, mais Faire la guerre au sport dans les établissements scolaires » (2).
Yll. Promenades. Excursions. — La promenade est l'exercice le plus salutaire et le plus attrayant à tous les âges de la vie, mais surtout
(1) Legendre, Sur les danger. i que peuvent offrir pour tes enfants les exercices de Ajoor/ (Association française pour l'avancement des science^y 1894. Comptes-rendus, première partie, p. 207).
(2) Association française pour l'avancement des sciences, 23< session tenue à Ca^n au mois d*août 1894. Vœu émis parles 12«, \6^ et 17» sections réunies (comptes-rendus de la 23* section, U' partie, p. 271).
pondant l'enfance. Les hygiénistes s'efforcent depuis longtemps de faire comprendre aux maîtres de l'enseignement la nécessité de faire sortir davantage les élèves, de ne pas se contenter des deux promenades du jeudi et du dimanche, souvent empêchées par le mauvais temps. On pourrait tout au moins en accorder une troisième pendant la semaine.
On a fait pour cela des efforts qu'il faut savoir reconnaître. Les travaux des commissions dont j*ai parlé n'ont pas été stériles. Les recteurs d'Académie ont été chargés par le Ministre d'adapter leui*8 prescriptions aux exigences des régions qu'ils habitent. Dans quelques lycées, on a adopté la coutume des grandes promenades durant toute la journée, dont M. Jules Simon a fait ressortir les avantages avec tant d'autorité. Dans les pays de montagne, les proviseurs organisent parfois des excursions durant plusieurs jours, et il serait à désirer qu'on profitât des grandes vacances pendant lesquelles les familles ne savent que faire de leurs garçons, pour organiser des voyages scolaires qui n'auraient pas pour les lycéens les inconvénients que nous avons signalés à propos des enfants des écoles primarres. Ils seraient à la fois un plaisir et un enseignement, et quant aux Trais, la plupart des familles seraient heureuses d'y concourir.
§ IIL — MALADIES SCOLAIRES
Le milieu scolaire ne peut pas être considéré comme malsain. Les enfants des écoles primaires y sont assurément dans de meilleures conditions hygiéniques que chez eux et ceux des lycées y sont aussi bien pour la plupart ; ce qui rend leur séjour insalubre, c'est Tabus de la sédentarité, c'est l'entassement et la promiscuité avec leurs conséquences. Le milieu scolaire ne crée pas de maladies, mais il fait naître des prédispositions à les contracter.
I. Infirmités scolaires. — Il n'y en a que deux en réalité ; la myopie (*t les déviations rachidiennes.
A. Myopie. — Cette demi-cécité est une des conséquences les plus fâcheuses de l'éducation actuelle. Extrêmement rare à la naissance, elle va s*aggravant avec les années. Hermann Cohn (de Breslau) (l)ra prouvé le premier d*une façon péremptoire.
Dans des observations qui ont porté sur plus de 40,000 élèves, il a constaté qu'il y avait à peine un myope sur 100 dans les écoles rurales, qu'on en trouvait de 5 à 11 pour 100 dans les écoles élémentaires, de 10 à 24 dans les écoles de filles, de 30 à 40 dans les écoles reaies, de 50 à
(i) Hermann Cohn, Conférences faites à la séance générale de la 53* réunion des naturalistes et médecins allemands, le 18 septembre 1880.
56 dans les gymnases et jusqu'à 60 pour 100 dans les deux dernières années de renseignement.
Erikmann (de Moscou), Conrad (de Kômsberg) ont trouvé des chiffres analogues, et les ophthalmologistes français sont arrivés aux mêmes conclusions. Tout le monde sait d'ailleurs que la myopie est aussi fréquente à Técole polytechnique qu'elle est rare chez les paysans et surtout chez les marins dont la vue s'exerce sur de grands horizons.
La myopie scolaire est la conséquence de l'effort d'adaptation qu'exige la vision à courte distance des objets de petite dimension, lorsque cet effort est continu. Son mécanisme consistçdans les pressions multipliées que l'œil subit pour cette accommodation, dans Taction des muscles de l'œil qui se contractent un nombre incalculable de fois pour exécuter les mouvements qu'exige la lecture. Il est probable que la stase veineuse due à l'attitude des enfants qui se penchent trop sur leurs livres y contribue également. Sous l'influence de ces pressions constantes le globe oculaire finit par céder à l'endroit où il est le plus faible, c'est-àdire en arrière et c'est ainsi que se produit l'allongem'ent du grand axe de l'œil (1).
Pour prévenir la myopie scolaire, il faut d'abord largement éclairer les classes comme nous l*avons indiqué précédemment (2), il faut ensuite exiger que les livres soient imprimés sur du papier blanc jaunâtre (Javal), en caractères de 1™™,5 de hauteur avec des interlignes de 2™",5. On doit repousser tout livre qui, tenu verticalement et éclairé par une bougie placée à un mètre de distance, ne peut pas être lu à 80 centimètres par une vue normale. Les cartes do géographie, les atlas ne doivent pas être surchargés d'indications microscopiques ; les cartes murales ne doivent porter qu'un petit nombre de mots en gros caractères et ne doivent pas être vernies (3). 11 faut surveiller les enfants pour les empêcher de se trop approcher de leurs livres ou de leurs caliiers. Cette précaution est préférable à Vaveytisseur de Maurice Perrin. Enfin, il serait indispensable d'exercer les enfants pendant les récréations et les promenades à reconnaître les objets situés à de grandes distances.
B. DÉFORMATIONS SCOLAIRES. - Les déformations de la colonne vertébrale tiennent à des attitudes vicieuses que prennent les enfants, dans la station assise qu'on leur fait garder trop longtemps. Elles ont été étudiées avec soin par Daily, par Vallin, par Thorens en France, par Guillaume (de Neufchàteau), par Fahrner (de Zurich), par Scheneck (de Berne), par Eulcnberg et par Yirchow. La plus fréquente consiste en une courbe unique, à grand rayon, avec convexité à gauche, élévation correspoQ-
(1) Au|;. Gartner, Précis (V hygiène publique et privée, 1895, p. 292.
(2) Chap. m, article IV, § V, p. 477.
(3) Commission d'hygiène des école.% instituée par arrêté du Ministre de rinslniction publique en date du 24 janvier 18S2. Rapport de M. Javal.
ENFAiNCE. - EDUCATION. 821
dante de Fépaule et inclinaison compensatrice du bassin. Elle survient de six à quatorze ans (1) et est plus commune chez les filles que chez les garçons parce que ceux-ci sont plus remuants. Le [y Dubrisay (2) cite une école Suisse où sur 709 élèves, 640 présentaient cette déformation typique. La moyenne des observations publiées jusquMci m'a donné une proportion de 30 pour 100.
Les déformations de la colonne vertébrale tiennent d'abord à la mauvaise disposition des sièges, qui ne sont pas en rapport avec la taille et la croissance des enfants. S'ils sont trop hauts pour la table, ils les forcent à se courber pour l'atteindre ; si c'est la table qui est trop basse, ils se courbent en avant et se voûtent. La grande courbure typique du rachis a été attribuée par Daily à l'attitude que prennent les enfants lorsqu'ils écrivent à Yanglaise. Pour tracer ces caractères très inclinés, ils sont forcés de s'asseoir de côté, en appuyant sur la fesse gauche et en inclinant la tète du môme côté. Le coude correspondant s avance, afin de maintenir le papier, tandis que le droit s*applique contre le tronc. Le corps, reposant alors sur l'ischion et le coude gauche, la colonne vertébrale pressée entre ces deux points s'infléchit et se courbe en entraînant la poitrine dans son mouvement. L'épaule gauche se relève et le bassin s*incline en sens inverse. Avec le temps, les ligaments se relâchent, les surfacfïs articulaires se déforment et la courbure du rachis devient définitive. Les enfants qui fréquentent les écoles sont à Tàge de la croissance ; les muscles rachidiens n*ont pas encore toute leur vigueur ; ils se fatiguent à soutenir la colonne vertébrale dans sa rigidité ; le corps s'affaisse dans une pose de nonchalance et, quand on condamne les jeunes gens à garder cette posture, quand on les force à rester assis pendant six heures par jour, ils se déforment presque fatalement.
La première condition pour prévenir cette difformité consiste à ne pas prolonger aussi longtemps ces études, à les entrecouper par de petites récréations, la seconde à donner aux élèves des tables et des bancs en rapport avec leur taille et enfin de renoncer dans les écoles à l'écriture anglaise pour en venir au principe dont la commission ministérielle a emprunté la formule à Georges Sand : écrit tire droite sur papier droit, rorps droit, et que M. Javal s'est appropriée par les efforts qu'il a faits pour la répandre (3). L'écriture droite est devenue réglementaire dans beaucoup d'écoles à l'étranger.
IL Maladies et épidémies scolaires. — La sédentarité et le surmenage intellectuel créent, dans les internats, des prédispositions morbides incontestables, et la réunion d'un grand nombre de jeunes sujets
(1) Kui.CNBERt; a trouvé que sur 1,000 scolioses, 887 soûl contraictées d« six à quatorze aub.
(2) Dubrisay vi Yvon, Manuel tChy y iène tcolaire, 1887.
(3) Javal, Le mécan'Kme ffe récriture inertie srimtifitfite, 21 mai 1881); — Essai sur /tt phf/siotoffif (if l'^rriiure, Paris, 1892-
ravorise la propagation des épidémies. Les .névroses, Pépistaxis, la céphalalgie, la gastralgie sont au nombre des maladies qu'on peut mettre sur le compte d'une mauvaise hygiène, révolution de la pbthisie peut elle-même être favorisée par l'affaiblissement de la constitution et sa propagation par la promiscuité des dortoirs.
Les maladies épidémiques qui sont à redouter dans les établissements scolaires sont, en premier lieu : les fièvres érupUves (rougeole, scarlatine^ variole, varioloïde)^ la varicelle^ la diphtérie, la coqueluche et les oreillons ; c'est dans cet ordre qu*elles ont été rangées par l'Académie de médecine, lorsqu'elle a été chargée par le Ministre de rinstruction publique de fixer la durée de l'isolement que les enfants atteints de maladies contagieuses doivent subir avant d'être réadmis à l'école (1).
Dans la seconde catégorie se rangent : le choléra, la fièvre typhoïde, la grippe et la dysenterie. Celles-là n'ont rien de spécial aux écoles.
Dans le troisième groupe se rangent les maladies dont la sphère d'action est plus bornée et qui ne menacent guère la population du dehors. Ce sont les affections cutanées et les ophthalmies contagieuses.
Enfin, nous plaçons dans la quatrième classe les névroses contagieuses par imitation, comme l'épilepsie, Thystérie, la chorée, parce qu'elles peuvent exiger l'éloignement des élèves qui en sont atteints ; mais elles n'entraînent jamais de mesures d*ensemble.
Les maladies qui ont ét^ l'objet d'une réglementation spéciale sont celles des deux premières catégories. Le Comité consultatif d'hygiène s*en est occupé (2) et le Conseil supérieur de l'instruction publique, sur la proposition de M. Brouardel, a soumis au Ministre un projet de règlement qui a été sanctionné par un arrêté en date du 18 aoOt 1893 (3). La Commission d*assainissement et de salubrité de l'habitation a de son côté, dans sa séance du 17 avril 1894, adopté un projet de règlement sur la prophylaxie des épidémies qui lui a été soumis par le D"" A.-J. Martin (4'î. On trouve dans ces documents les indications nécessaires pour tHiter Téclosion et s'opposer à la propagation des maladies épidémiques contagieuses à l'école. Le D"" Mangenot, médecin inspœteur des établissements scolaires de la ville de Paris, les a résumées de la manière suivante au congrès international d'hygiène de Budapest .
1" En temps d'épidémie, l'école doit être tenue dans un état de pro-
(1) A. Olliviek, Rapport sur les modifications à apporter aux règlements i/c 1882 et 1887, relatifs à la durée de l'isolement y dans les écoles et le< lycées, des élèves atteints de maladits contagieuses (Séance du 25 juillet iSO^Î, Bulletin de l'académie, t. XXX, p. 130).
(2) Napias, Rapport au comité consultatif d' hygiène publique de France sur la désinfection des locaux et du mobilier des écoles en cas d'épidémie, approuvé daos la bù'AïKC du 3 juillet ISîTJ (Bulletin municipal officiel, des 13. H, 15 et 16 septembre 1893».
{'^\ Journal officiel du 20 août 1893.
\\) Bulletin municipal officiel du 23 mai 189 i.
prêté plus rigoureux encore que de coutume, il faut veiller avec plus de soin encore à la propreté des enfants et de leurs vêtements, leur faire laver les mains et la bouche avec un liquide antiseptique, plusieurs fois par jour et surtout avant les repas ;
S^" Il faut éloigner immédiatement tout enfant atteint de la maladie ou soupçonné de Tôtre, ainsi que ses frères et sœurs ;
S^" L'école doit être désinfectée en dehors des heures des classes ;
4"" On doit mettre à la disposition des élèves comme eau de boisson de Teau de source ou bouillie ;
5^" Enfin, il faut enseigner les éléments de l'hygiène dans les écoles (1).
Lorsqu'un enfant a été éloigné de Técole, pour cause de maladie contagieuse, il est adressé à la famille une instruction lui enjoignant de ne l'y renvoyer qu'après lavoir baigné, lavé au savon et avoir désinfecté ses habits ainsi que les objets à son usage (2).
La durée de Tisolement imposée aux élèves des écoles et des lycées est comptée à partir du premier jour de l'invasion. Elle est de quarante jours pour la scarlatine, la variole, la varioloîde et la diphtérie (3), de seize jours pour la rougeole et la varicelle* de trois semaines pour la coqueluche, après cessation des quintes, de dix jours pour les oreillons, après disparition des symptômes locaux (4).
Le licenciement d'une école est une mesure grave à laquelle on ne doit recourir que dans les cas où l'éviction successive de tous les enfants atteints n'a pas suffi pour arrêter le mal, et que le personnel enseignant est lui-même atteint. Il ne doit être ordonné que dans les maladies de la première catégorie (variole, scarlatine, rougeole, diphtérie) (5). Tous les hygiénistes le repoussent pour le choléra et la fièvre typhoïde, sauf quand il s'agit d'épidémie grave implantée dans l'école.
Le licenciement de l'école doit être suivi d'un nettoyage à fond et d*une désinfection complète, après laquelle on laisse les fenêtres ouvertes pendant quelques jours. Lorsqu'il s'agit d'une épidémie de variole, tous les élèves et tout le personnel de l'école doivent être revaccinés.
(5) Dr Mangenot. UEcoie et les maladies épidémiques (Revue d^hygiène et de police sanitaire, li94, t. XVI, p. 872)..
(2) Article 14 du projet de règlement adopté par le conseil municipal de Paris le 8 mai
(3) Les travaux récents sur lu diphtérie ont démontré la persistance prolongée du bacille de Locflcr et conduisent à n'admettre les diphtéritiques guéris ù Técole qu*aprés examen bactériologique, ou tout au moins à continuer l'isolement, après les quarante jours, lorsqu'il y a encore du jetage par les fosses nasales.
(4) En Allemagne, lorsqu'un cas de diphtérie se produit dcns une école, on renvoie Ihs voisins directs du malade pour 14 jours. S'il y en a deux, l'école entière est licenciée, et les élèves ne rentrent que quand le médecin s'est assuré qu'ils ne présentent plus de traces de la maladie, ce serait là le cas de recourir à l'examen bactériologique.
{'S) Instructions approuvées par l'Académie de médecine, sur le rapport d'Ollivier à la séance du 25 juillet 1893 [Bull, de VAcad., t. XXX. p. 150).
821 TliAlTÉ D'HYGIËNfi PUBLIQUE ET PRIVÉE.
III. Inspection hygiénique et médicale des écoles. — L'exécution de mesures d'hygiène aussi délicates ne peut être confiée qu'à des médecins* L'inspection sanitaire des écoles est la conséquence logique de l'instruction obligatoire. La Seine est le premier département qui l'ail oi^anisée. Elle y a été établie par un arrêté préfectoral du 13 juin 1879. Quelque temps après, le Ministre de l'instruction publique adressa aux préfets une circulaire pour les engager à l'oi^niser et pour définir les attributions des médecins-inspecteurs. Quelques grandes villes s'y conformèrent (1), mais 35 départements ne donnèrent aucune suite à la circulaire ministérielle. Les Conseils généraux refusaient de voter les fonds nécessaires, et il n'y avait pas de loi pour les y contraindre. Celle du 30 octobre 1886 sur l'organisation de l'enseignement primaire en a fourni les moyens par son article 11 et 'un décret en date du 18 janvier 1887, a défini les attributions des médecins-inspecteurs et les garanties qu'ils doivent offrir (2). Les instructions qui leur y sont données comprennent tous les sujets relatifs à l'hygiène des écoles que nous venons de passer successivement en revue et sur lesquels il est inutile de revenir.
Les médecins-inspecteurs doivent visiter les écoles publiques au moins une fois par mois, et beaucoup plus souvent en temps d'épidémie. Qoant aux écoles privées, leur action doit se borner à signaler les mauvaises conditions hygiéniques qu'elles peuvent présenter. En cas d'épidémie, ils doivent provoquer les mesures nécessaires pour en arrêter les progrès. Les médecins-inspecteurs sont tenus d'adresser, à l'autorité municipale, trois sortes de rapports : le premier, rapport unigue^ sur l'état hygiénique de l'école, n'est pas renouvelé. Le second, rapport annuels comprend les observations faites pendant Tannée sur l'état saniotire des enfants. Le troisième, rapport occasionnel, n'est envoyé que lorsqu'un fait grave s'est produit dans l'école ou qu'une épidémie s'y est déclara (3).
(1) LyoQ et le Havre, puis Saint-Elienne, Reims, Amiens et Lorient.
(2) D*" Blayac, Inspection hygiénique et médicale des écoles^ Paris, 1888, p. 8.
(3) Df Mangenot, L'inspection hygiénique et médicale des écoles (Revue d'hygiène et de police sanitaire, 1887, p. 59).
TRAVAIX ET PROFESSIONS. 823