‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 115 sur 141 · II. — TRAVAIL MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

II. — TRAVAIL MUSCULAIRE

Lo travail musculaire intéresse Thygiëne à deux points de vue : celui des professions et celui de l'éducation. « Il n*y a scientifiquement, dit » le ly Lagrange, aucune différence entre le labeur professionnel que le » besoin impose à Touvrier ou au paysan, et Texercice plus ou moins » élégant auquel s'adonne le sportsman » (1). Les mêmes considérations physiologiques s'y rattachent.

I. Le mouYement et ses conséquences. — Les muscles, agents immédiats du mouvement, représentent plus de la moitié du poids du corps tout entier ; de là l'importance de Texercico musculaire, comme modificateur de la nutrition. Le travail en effet change profondément la condition physiologique et la composition chimique de ces organes, et ces effets retentissent sur l'économie toule entière.

l"" Contraction musculaire. — Le mouvement est produit par la contraction musculaire qui s'opère sous l'influence de la volonté et par l'intermédiaire des cordons nerveux. 11 met donc en action deux des plus importants systèmes de l'économie ; il nécessite Fintervention du cerveau, ce qui rend compte de la fatigue cérébrale qui suit certains exercices physiques nécessitant, comme l'escrime par exemple, une grande attention et une certaine tension d'esprit.

Le moindre mouvement exige l'entrée en action d*un grand nombre de muscles ; le phénomène de Teffort les met presque tous en jeu, en y associant deux des plus grandes fonctions de Téconomie, la respiration et la circulation, qu'il arrête momentanément.

2^ Effort. — L'exécution d'un mouvement violent est précédée d*une grande inspiration, à la suite de laquelle le larynx se ferme pour empêcher la sortie de l'air. La poitrine se gonfle, les côtes sont écartées et soulevées en même temps qu'une contraction énergique des muscles abdominaux tend à les attirer en bas. L'air qui gonfle les poumons se trouve ainsi comprimé; les parois du thorax sont immobilisées et donnent un point d'appui fixe et solide à tous les muscles qui s'y attachent, et en particulier aux grandes masses musculaires qui meuvent les bras, la colonne vertébrale et le bassin. Ces muscles se contractent alors avec énergie et l'effort est produit. Aussitôt le mouvement accompli, la glotte s'ouvre et l'air est expulsé brusquement en produisant une sorte de soupir bruyant qui indique la fin de Teffort. Tant qu'il dure et que Tair est comprimé dans la cage thoracique, le sang refoulé dans les veines

(\) Va nf Lagrance, Physioiogie des exercices du corps ^ Paris, 1889, p. 1.

caves reflue dans les veines périphériques qui se gonflent et deviennent saillantes ; les capillaires sont gorgés de sang ; le cœur et les artères en subissent le contre-coup, et cette tension du sang dans tout le système vasculaire peut en se prolongeant déterminer des accidents sérieux.

Il n'est pas nécessaire que le travail soit très intense et que l'effort se produise pour que le cours du sang soit accéléré et qu'il afflue vers les muscles en contraction. Il y a congestion active et fonctionnement plus intense de tous les organes, au cours de tout exercice violent. Le poumon recevant plus de sang dans un temps donné, active son jeu pour aspirer plus d'air et, grâce à ce surcroit d'oxygène, les combustions deviennent partout plus énergiques.

S"" Combustions et chaleur produite. — L'exercice augmente l'intensité des combustions vitales, comme le rideau d'une cheminée baissé sur le foyer active la combustion du bois, en augmentant le tirage. Cet excès d'action, cette intensité de vie se transmet à tout l'organisme et le -cerveau y participe largement. Chez certains individus plus impressionnables, son excitation peut aller jusqu'à produire une sorte d'ébriété, une ivresse de la vie, comme celle qui semble animer les oiseaux. Sans aller jusque là, l'exercice produit chez tout le monde une excitation, résultat d'une légère congestion cérébrale analogue à celle que produit l'alcool. En somme, l'organisme tout entier fonctionne avec plus d'énergie sous l'influence de la contraction musculaire, et c'est pour cela que le mouvement est indispensable à la santé, que l'exercice est salutaire lorsqu'il est modéré et que son abus peut être dangereux.

Au point de vue du mouvement, le corps humain est une machine fonctionnant par la chaleur quil produit en brûlant des matériaux tirés de lui-même. Il y a une corrélation intime et un rapport constant entre la quantité de chaleur dépensée et la quantité de travail effectué. Le travail musculaire est soumis au principe de l'équivalent mécanique de la chaleur : mais les appareils les plus parfaits n'utilisent qu'une faible partie de la chaleur produite et le corps humain ne fait pas exception. Il en absorbe la majeure partie et si la chaleur perdue pendant le travail musculaire n'élève la température du corps que d'un à deux degrés, cela tient à un double phénomène dont la peau est l'organe. D'une part la grande quantité de sang qui afflue dans les capillaires de sa surface et y circule avec plus de rapidité pendant le travail, se refroidit au contact de l'air extérieur, de l'autre, la transpiration cutanée abaisse la température par son évaporation.

L'élévation de température favorise la contraction musculaire. L'aptitude aux exercices de corps est plus grande en été qu'en hiver, tandis que le froid engourdit les membres, ainsi que le prouve le phénomène de l'onglée et la difficulté qu'on éprouve à nager quand on se jette dans l'eau très froide. Les exercices de corps s'exécutent avec plus de vigueur et d'entrain quand les premiers efforts ont fait monter la température

des muscles, lorsque le sujet est échauffé. Ce travail préparatoire est le prélude habituel de tous les exercices qui demandent de la vigueur ou de Tadresse. La chaleur est donc un élément indispensable à la contraction musculaire. Il ne faut pourtant pas qu'elle atteigne un degré trop élevé, car alors elle détruit l'activité musculaire au lieu de Taugmenter. A 45 degrés, le muscle meurt définitivement. C*est par excès de température que succombe un animal forcé (1).

Travail et chaleur ne vont pas Tuu sans Tautre. Môme à Tétat de repos, même pendant le sommeil, il se produit des contractions musculaires, le cœur bat et dépense une force considérable pour mouvoir le sang, la poitrine se soulève et s'abaisse, le tube digestif est animé de mouvements. Le travail du corps humain est donc incessant comme la chaleur qui raccompagne, et comme les combustions qui en sont la source. Ces combustions sont des combinaisons chimiques qui s'opèrent dans Tintimité des tissus. L'oxygène en est le principal agent. On sait aujourd'hui qu'il n'est pas le seul ; qu'il y a d'autres corps, l'hydrogène par exemple, dont les réactions sont susceptibles de produire de la chaleur ; mais ce sont des quantités négligeables. Les combustions vitales peuvent donc être considérées comme résultant de la combinaison de l'oxygène, d'une part avec les substances alimentaires introduites dans le sang par la digestion, et de l'autre part avec les matières organiques qui font partie du corps et qui s'en séparent incessamment pour faire place à des éléments nouveaux dont les matériaux proviennent de l'alimentation.

C'est à l'aide de ces dernières que la chaleur et le mouvement s'entretiennent pendant le jeûne, car l'organisme, plus parfait que nos machines, peut fonctionner longtemps sans qu'on lui fournisse de combustible. Il commence par brûler ses réserves, c'est-à-dire les éléments bydrocarbonés, qui ne servent pas à autre chose dans Téconomie et dont les tissus graisseux constituent la majeure partie ; puis il consomme des principes plus utiles, comme Tinosite, sorte de sucre que les muscles renferment en proportion considérable ; il détruit ensuite les principes azotés de ces mêmes organes. Lorsqu'il entretient ces combustions avec ses propres organes, le corps maigrit, perd de sa force et de son poids : il s'use et finit par périr à la tâche, lorsque le jeûne se prolonge trop.

Les produits résultant des combustions vitales sont impropres à la vie et doivent être éliminés du corps, comme les cendres et la fumée doivent être rejeléesdu foyer; ils deviennent un danger lorsqu'ils s\ccumulent dans l'organisme. Les voies d'élimination sont au nombre de quatre, le poumon, le rein, la peau et Tintestin. Le rein est l'émonctoire principal ; c'est par la nature et la proportion des principes contenus dans l'urine qu'on mesure l'activité du mouvement de décomposition dont l'organisme est le siège.

(1) J. Lagrange, Uislohifif. dea exercices du corps (hc. ci/.^, p. 33.

4'' CoNsÉQURNGEs HYGIÉNIQUES. — On pcut tirer de ce qui précèdo des conclusions importantes pour l'hygiène. La première, c'est qu'il faut que la nourriture soit proportionnelle à la somme de travail produit. Lorsqu'elle est trop substantielle et que le corps reste au repos, les réserves'sont surabondantes, les tissus sont nourris outre mesure et il en résulte un état de pléthore qui n'est pas' sans danger. Quand l'alimentation est insuffisante et le travail trop intense, le corps maigrit, la santé s'altère et la porte est ouverte à toutes les maladies. C*est et qui arrive trop souvent dans les classes laborieuses.

La seconde conséquence à tirer au point de vue de l'hygiène des principes que nous avons posés antérieurement a trait à la fatigue et au surmenage.

II. La fatigue et le surmenage. — l"" Fatigue logaus. — lorsque sur un animal vivant, on fait passer un courant électrique à travers un muscle isolé, ce dernier se contracte d'une manière continue ; mais au bout de quelque temps, les contractions deviennent plus faibles, et finissent par cesser. On peut les faire reparaître en employant un courant plus énergique, mais il arrive un moment où le muscle devient insensible aux plus fortes excitations. Chez l'homme, jamais la fatigue ne va jusque là. Une sensation douloureuse que tout le monde connaît le force à suspendre le travail bien avant que la puissance contractile de ses muscles soit épuisée. On en a la preuve dans l'expérience qui consiste à tenir le bras tendu horizontalement. C'est le deltoïde qui supporte presque tout Teffort dans cette attitude, et peu d'hommes peuvent la supporter au-delà de cinq à six minutes ; mais, si lorsque la fatigue est devenue intolérable, on fait passer, dans le deltoïde, un fort courant électrique, la fatigue semble disparaître et le bras reste tendu. Le muscle n'avait donc pas perdu sa puissance contractile.

La contraction musculaire souvent répétée devient douloureuse mécaniquement par les secousses, les tiraillements qu'elle occasionne, par le froissement des filets nerveux sensitifs qui traversent les fibres ; mais elle occasionne un autre genre de souffrance due à l'accumulation dans le muscle des produits résultant des combustions dont nous avons parlé plus haut. Ces produits en déterminent la paralysie. Lorsqu'ils sont peu al)ondants, le sang les entraîne et les livre aux organes d'élimination ; mais si le travail se prolonge trop longtemps, ils s'accumulent dans le muscle, le paralysent et occasionnent les accidents graves qui constituent le surmenage. D'une autre part, l'effort de volonté nécessaire pour con* tinuer un travail fatigant se traduit par un ébranlement de la substance grise qui devient douloureux quand il est excessif.

La fatigue est le régulateur qui nous avertit lorsque nous dépassons la limite de Texercice utile et que le travail va devenir un danger. Cette sensation a son siège dans lo cerveau. A travail musculaire égal, la

e répètent, elles aboutissent à Temphysème ou à une affection du œur.

3» Surmenage. — La fatigue poussée à sa dernière limite engendre le aménage. Sous Tinfluence dun travail excessif et prolongé, les déchets «giniques s*accumulent dans Téconomie, qui devient impuissante à les UmiDer et qui succombe à cette intoxication. Dans le surmenage suraigu, d que celui qui se produit chez le coureur qui ne veut pas s'arrêter, ih^ le cheval qu'on force à galoper jusqu'à ce qu'il crève, c'est l'acide wbonique qui est le poison. De tous les produits de combustion, c'est séilû qui se forme avec le plus de rapidité et en plus grande abondance. 7mi aussi le plus redoutable pour Torganisme. La lutte n'est pas longue, Mvque le coureur ou Tanimal ne prennent pas des temps de repos. L*icide carbonique accumulé dans le sang augmente à chaque respiralipii ; il paralyse les centres nerveux puis le muscle cardiaque ; la circuiiilion s'arrête et la mort survient par asphyxie.

L'issue est moins prompte chez les animaux qu'on force à la chasse. l/animal a commencé par ruser avec les chiens, il a pris des temps farrét, il s'est ménagé le plus longtemps qu'il a pu ; mais il arrive un moment où les déchets s'accumulent dans les muscles, les jambes se liidissent et l'animal tombe ; il n'a pas besoin d'être étranglé par les JH^ens pour mourir; Tauto-infection suffit pour le tuer, et il arrive MTent que, le lendemain d'une chasse, on trouve dans un buisson le ^ipiàvre d'un chevreuil dont on avait perdu la voie et qui est mort de aménage. Dans ce cas, la rigidité cadavérique survient immédiatement ; ii; putréfaction arrive très vite ; la chair devient flasque, humide et malwjbie (1). On a attribué certaines épidémies de typhus à la consommation ni bestiaux qu'on avait fatigués en leur faisant suivre des armées en llûehe.

Le surmenage qu on pourrait appeler chronique, par rapport aux précédents, s'ot)serve chez les gens qui supportent pendant un temps prodes fatigues dépassant leurs forces, avec un repos insuffisant et

19 alimentation trop peu réparatrice. Il survient alors un état typhique

ton prend souvent pour la fièvre typhoïde et qui est dû à l'intoxication It nous avons indiqué plus haut les causes. Peters lui donnait le nom iimrio^typhisation.

Le surmenage prédispose du reste aux maladies infectieuses, en débilitant l'organisme et en altérant sa constitution. C'est presque toujours à il fin des épidémies que succombent les médecins, parce qu'ils ont dépassé la mesure de leurs forces. On voit souvent la fièvre typhoïde éelater dans des casernes qui ne sont ni plus malpropres ni plus malsaines que les autres, mais dont le personnel a été fatigué par des exer-

(1) U s'engendre vraisemblablement alors dans les muscles des principes toxiques de Tordre des piomatnes.

sensation de fatigue est d'autant plus intimse que Texercice exige Tintervention plus active des facultés cérébrales (1). Cest un surmenage qui s'ajoute à lautre.

2^ ESSOUFFLEMENT. — Indépendamment de la fatigue locale, certaines formes du mouvement déterminent des troubles particuliers qui constitue Vessouffletnent. Tout le monde connaît ce malaise profond, cette anxiété respiratoire, cette forme de la dyspnée qui survient à la suite d'une course prolongée, de sauts répétés ou d'une marche ascendante un peu rapide. Ce phénomène si pénible tient à l'intensité du travail musculaire; il est toujours en raison directe de la quantité de force dépensée en un temps donné. L'essoufflement est la forme générale de la fatigue, c'est la mesure physiologique de l'exercice musculaire, et doit servira le doser dans la pratique. Tant qu'il ne s'est pas produit, l'exercice est modéré, lorsqu'il se manifeste, il prouve que l'exercice a été pris à trop haute dose. Ce critérium est précieux, et il y a du danger à ne pas en tenir compte.

L'abus de la course cause des palpitations et peut amener des hypertrophies du cœur. Dans les corps de troupe où on abuse du pas gymnas; tique, on est obligé de réformer tous les ans un certain nombre de jeunes soldats pour ce motif, et dans les sports qui sont devenus à la mode, dans ces derniers temps, on a eu quelques exemples d'accidents graves survenus chez des jeunes gens qui avaient dépassé la limite de leur force. Les fillettes qui sautent à la corde avec trop d'ardeur éprouvent également des palpitations qui ne sont pas toujours inoffensives.

L'insigne malaise qu'amène l'essoufflement et qui persiste pendant quelques minutes après que l'effort, a cessé, est dû à l'accumulation d'acide carbonique dans le sang et à Tinsuffisance de son élimination. 11 en résulte une sorte d'empoisonnement, une auto-intoxication par l'acide carbonique. La dyspnée, l'exagération des mouvements respiratoires qu'on observe alors sont la preuve de l'imminence du danger.

La promptitude avec laquelle se produit l'essoufflement est en raison directe de l'intensité de l'effort, du nombre de muscles qui y contribuent, en raison inverse de la vigueur du sujet, de l'ampleur do sa poitrine, de l'intégrité de son cœur et de l'habitude qu'il a contractée de faire agir ces appareils. Chacun à cet égard a sa mesure, mais on augmente son aptitude par l'accoutumance, par Tentraînement.

L'essoufflement quand il est modéré, n'est pas dangereux ; il active la respiration, il fait entrer en action la totalité des poumons, il introduit l'air dans des cellules habituellement affaissées, et n'est qu'une conséquence salutaire de l'exercice modéré, mais quand il s'exagère, lorsque le sujet ne tient pas compte du malaise, on voit parfois se produire des syncopes sérieuses, des attaques de dyspnée, et quand ces imprudences

(1) F. LAGRAMGEf Physiologie des exercices du corps (toc. c/Y.), p. 57.

se répètent, elles aboutissent à remphysème ou à une affection du cœur.

3** SuRMBNAGE. — La fatlgue poussée à sa dernière limite engendre le surmenage. Sous Tinfluence d'un travail excessif et prolongé, les déchets organiques s^accumulent dans l'économie, qui devient impuissante à les éliminer et qui succombe à cette intoxication. Dans le surmenage suraigu, tel que celui qui se produit chez le coureur qui ne veut pas s'arrêter, chez le cheval qu'on force à galoper jusqu'à ce qu'il crève, c'est l'acide» carbonique qui est le poison. De tous les produits de combustion, c'est celui qui se forme avec le plus de rapidité et en plus grande abondance. C'est aussi le plus redoutable pour l'organisme. La lutte n'est pas longue, lorsque le coureur ou l'animal ne prennent pas des temps de repos. L'acide carbonique accumulé dans le sang augmente à chaque respiration ; il paralyse les centres nerveux puis le muscle cardiaque ; la circulation s'arrête et la mort survient par asphyxie.

L'issue est moins prompte chez les animaux qu'on force à la chasse. L'animal a commencé par ruser avec les chiens, il a pris des temps d'arrêt, il s'est ménagé le plus longtemps qu'il a pu ; mais il arrive un moment où les déchets s'accumulent dans les muscles, les jambes se raidissent et l'animal tombe ; il n'a pas besoin d'être étranglé par les chiens pour mourir; l'aulo-infection- suffit pour le tuer, et il arrive souvent que, le lendemain d'une chasse, on trouve dans un buisson le cadavre d'un chevrt-uil dont on avait perdu la voie et qui est mort de surmenage. Dansée cas, la rigidité cadavérique survient immédiatement ; la putréfaction arrive très vite ; la chair devient flasque, humide et malsaine (1). On a attribué certaines épidémies de typhus à la consommation de bestiaux qu'on avait fatigués en leur faisant suivre des armées en marche.

Le surmenage qu'on pourrait appeler chronique, par rapport aux précédents, s'observe chez les gens qui supportent pendant un temps prolongé des fatigues dépassant leurs forces, avec un repos insuffisant et une alimentation trop peu réparatrice. Il survient alors un état typhique qu'on prend souvent pour la fièvre typhoïde et qui est dû à l'intoxication dont nous avons indiqué plus haut les causes. Peters lui donnait le nom iV (lutO'typIiisatlon .

L(» surmenage prédispose du reste aux maladies infectieuses, en débilitant l'organisme et en altérant sa constitution. C'est presque toujours à la fin des épidémies que succombent les médecins, parce qu'ils ont dépassé la mesure de leurs forces. On voit souvent la fièvre typhoïde éclater dans des casernes qui ne sont ni plus malpropres ni plus malsaines que l(»s autres, mais dont le personnel a été fatigué par des exer-

1) Il seiit;cn(lrc vraisemblablement alors dans les muscles des principes toxiques de l'ordre des ptomames.

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cices trop prolongés. Les épidémies de fièvre typhoïde, si fréquentes dans l'armée, sont souvent des fièvres de surmenage. Les médecins militaires ont signalé maintes fois leur explosion chez des troupes rentrant d'une expédition. Le professeur Arnould a montré que les grandes épidémies de fièvre typhoïde observées pendant la campagne de Tunisie et celle qui éclata en 1885 dans le camp du Pas des Lanciers étaient dues au surmenage de troupes jeunes, parties de leurs garnisons aviH? des germes de fièvre typhoïde qui seraient restés à Tétat latent dans les conditions ordinaires (1). Ces épidémies atteignent de préférence les jeunes soldats moins rompus à la fatigue; enfin, détail caractéristique, elles ne se propagent presque jamais dans la population civile qui habite près des casernes (2).

IjC \y Lagrange attribue également au surmenage la plus grande part d'action dans les accidents qu'on observe chez les troupes en marche pendant les grandes chaleurs de Tété et qu'on' désigne sous le nom d'insolations. Le soleil, dit-il, est un des facteurs de ce coup de chaleur; mais le travail en est un autre et c'est le plus important des deux, fi fait remarquer qu'on ne voit jamais survenir ces accidents chez les hommes au repos et qu'ils sont très rares dans la cavalerie.

Cette question a été récemment, à l'Académie de médecine, Tobjel d'une discussion intéressante soulevée par une communication de iM. Laveran (3). Ses expériences l'ont conduit à conclure que la mort par le coup de chaleur n'est due ni à l'altération du sang, comme Font avancé Hirsch, Lyndsoy, Oberner, etc., ni à lacoagulation des fibres musculaires du cœur, comme l'ont soutenu Claude Bernard et M. Vallin, mais à Taction directe de la chaleur sur le système nerveux. Elle l'excite d'abord et le paralyse ensuite.

Il est certain que l(»s accidents collectifs qui se produisent dans les troupes en marche sont dûs à des causes très complexes dans lesquelles le travail militaire entre pour une forte» part ; mais le coup de chaleur véritable, celui qui s'ol)S(Tve dans les régions torrides et qui est si souvent mortel, est dû à la chaleur seule, puisqu'il survient K^ plus souvent • chez des sujets au repos et à l'ombre. C'est du moins ce que l'on voit à bord des navires qui descendent la merUouge au mois d'août. Les coups de chaleur qui y sont fréquents et graves frappent presque toujours des passagers qui se tiennent immobiles dans l'intérieur du navire.

hr Accoi'TUMANCR ET E.vTUAi.NEMKNT. — Le rcpos absolu cst tout aussi nuisible que la fatigue et ses effets, à la longue, sont i>eut-ètre plus désastreux. Lorsqu'on cesse d'exercer ses muscles, ils deviennent au bout

(«) J. Arnould, Souvnaux élèmenU (Vhyyiène (hc. cit.), p. IHa.

(2) F. Lagrange, Physioloffiv des e.rrrci<:e^ du rorp<i Joe. cit.), p. 134.

(3) Laveran, Recherchcs'i v.vpàrimtmtale!^ sur le coup dfi dialeur ( Bulletin de V Académie de mâdecine du 27 novembre 18Ui, t. XXXII, p. .*)()!).

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de quelque temps incapables de tout effort. Le moindre travail devient une fatigue. Les gens riches, qui ne sortent qu'en voiture, deviennent bientôt incapables de faire une promenade à pied sans fatigue et sans courbature, tandis qu*un facteur rural fait ses 30 ou 40 kilomètres dans sa journée, n'en éprouve aucun malaise, dort tout d*un somme et se réveille dispos. Ce n'est pas une affaire d'énergie morale, c'est le résultat d'une accoutumance toute physique et suivie d'un changement matériel dans la structure des organes qui les rend plus fermes, plus résistants, moins vulnérables.

Tout organe qui travaille subit une modification matérielle d'où résulte une aptitude plus grande à supporter le travail. Ces changements sont frappants chez les animaux. La chair d'un bœuf de labour n'est pas la même que celle d'un bœuf élevé pour la boucherie ; elle est plus ferme et plus savoureuse quand il n'a travaillé que très peu de temps; mais elle devient dure quand l'exercice se prolonge. Les animaux vivant à l'état sauvage présentent l'exagération- du type de l'animal entraîné. Les tendons, les aponévroses, les muscles ont pris la dureté du bois. Pour se faire une idée de l'endurcissement des tissus chez l'at^imal chasseur, dit F. Lagrange, il faut avoir disséqué un vieux loup. C'est à peine si le scalpel peut entamer les tissus fibreux.

Les articulations, les poumons, le cœur subissent des changements analogues, ils s'accommodent au travail qu'on exige d'eux; leur jeu devient plus parfait, plus facile, et c'est là le secret de ra,ccoutumance.

Touteif .»is, ce perfectionnement a une limite qui est marquée par le surmenage chronique. Apri*s avoir augmenté de force et de volume, les muscles s'atrophient et se paralysent lorsqu'on en a abusé. Le cœur s'hypertiophie d'abord et augmente de puissance, puis il subit, comme les autres muscles, le phénomène de l'usure, la dégénérescence des fibres qui diminue la force de résistance et l'amincissement des parois et la dilatation des cavités. Cela s'observe souvent chez les coureurs de profession, qui finissent par succomber à des affections cardiaques. Il y a des atrophies musculaires professionnelles, comme celle du deltoïde, qu'on observe chez les ouvriers dont le travail consiste à élever des poids au-dessus de leur tète à l'aide des bras pendant des heures entières. D'autres fois, ce sont des paralysies partielles comme la crampe des écrivains, des pianistes, des typographes, comme la paralysie des forgerons, le nystagmus des mineurs, etc.

L'application des principes qui précèdent et l'accomplissement méthodique de certains actes en particulier constitue ce qu'on appelle l'entrainement. A VMe d'un apprentissage prudent et gradué, ainsi que d'un régime spécial et d'un genre de vie particulier, on arrive à donner à des sujets d'ailleurs bien choisis la plus grande somme d'aptitude possible à un exercice déterminé. C'est ainsi qu'on entraine les jockeys, chez lesquels il faut diminuer le poids du corps, tout en augmentant la force.

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les boxeurs dont il faut surtout développer les muscles, les coureurs, les canotiers, etc.

L'entraînement est un art qui a ses règles, ses principes, et qui est surtout cultivé en Angleterre ; mais il n'a rien de commun avec i'hygièno, pas plus que les sports dont nous aurons à nous occuper bientôt.

III. Résultats généraux du mouvement. — Nous avons étudié rinfluence du mouvement sur la respiration et la circulation ; nous avons dit que les autres fonctions de l'économie s'associaient à ce surcroit d'activité. L'exercice facilite en effet le travail digestif par l'activité qu'il imprime à la circulation abdominale, par les secousses qu'il imprime aux viscères abdominaux ; mais il ne faut pas qu'il soit pris à haute dose immédiatement après le repas.

Les sécrétions sont également activées par l'exercice. La transpiration est celle que le mouvement impressionne le plus. Elle est d'autant plus abondante que le sujet y est moins habitué, et que la température extérieure est plus élevée. La transpiration est le moyen à l'aide duquel l'économie se défend contre l'excès de chaleur que produit la suractivité des combustions interstitielles. L'eau qui s'évapore ainsi est d'abord fournie par le sang et les tissus, puis par les boissons qu'on ingère. L'exercice est le plus sûr moyen d'exprimer de la fibre animale les liquides superflus et de concentrer le sang. Voit et Pettenkofer ont reconnu que la perte d'eau par les poumons et par la peau est plus que doublée par l'exercice ; en revanche, la quantité des urines diminue dans la même proportion. L'exercice augmente la force de résistance de l'économie, il rend moins impressionnable aux vicissitudes atmosphériques, et môme aux principes infectieux.

Le mouvement est un besoin de l'économie. Tout le monde le ressent plus ou moins, suivant sa nature et Thabitude qu'il en a contractée. Lorsqu'on est resté longtemps immobile, on éprouve le besoin de courir, de sauter, d'exercer ses muscles. Lorsqu'on ne cède pas à ce désir, les tissus de réserve représentés par la graisse s'accumulent, les muscles diminuent de volume et d'énergie, le sang devient moins riche, parce que l'appel d'oxygèn»? est moindre, son contact ne stimule plus suffisamment les organes ; l'appétit fait défaut, les digestions deviennent plus lentes et l'on voit apparaître les maladies dues à raccumulation des tissus de réserve, comme l'obésité et la goutte. En même temps que se produisent ces fâcheux effets, le besoin d'exercice cesse peu à peu de si* faiçe sentir; on s'habitue à l'inertie, et les organes languissants ne peuvent être tirés de leur torpeur que par un effort de la volonté. Les palpitations, la fatigue, l'essoufflement, les sueurs profuses se manifestent à la suite de tout exercice, et il faut une éducation nouvelle, un nouvel entraînement pour revenir à l'état normal.

LVxereice est le régulateur de la nutrition ; il est indispensable à

rentretien de la Scinté et nécessaire à tous les tempéraments; mais il ne peut pas être continu ; il implique la nécessité de repos fréquents et d'une suspension quotidienne pendant laquelle les fonctions de la vie de relation sont suspendues.

g III. — LES EXERCICES

Les exercices ne sont, suivant l'expression du professeur Arnould, que la pratique méthodique du mouvement. Ils n'exigent pas tous la même quantité de travail musculaire, et suivant la somme d'efforts qu'ils imposent, ils sont dits violents^ modèi'és ou doux. Ainsi la course est un exercice violent, la marche aux allures de route est un exercice modèfc\ la promenade à pas lents un exercice doux. .

Pour qu'un exercice soit violent, il faut qu'il impose au système musculaire tout entier des efforts considérables et répétés. Un effort trt*s énergique, mais borné à un petit nombre de muscles, comme celui qui consiste à gravir une échelle à la force des poignets, n'est pas un exercice violenl. D'un autre côté on peut, avec de l'habitude, arriver à accomplir, sans grand (effort, des mouvements qui semblent exiger une grande vigueur ; c'est ce qui arrive dans les gymnases où l'on exécute de véritables tours de force. Ils demandent un long apprentissage, mais l'élève les exécul(» avec facilité et sans fatigue, lorsqu'il en a découvert le procédé. Il n'est pas facile d'évaluer à priori la quantité de travail qu'exige un exercice déterminé, et de le classer dans la division que nous avons posée en commençant. Cela dépend beaucoup de l'habitude et des aptitudes individuelles. Le critérium est le résultat produit, la somme de fatigue déterminée. L'exercice après lequel un homme de force moyennes n'éprouve ni fatigue, ni essoufflement, peut être appelé doux; celui qui produit de la fatigue sans essoufflement, est modéré-, celui qui cause de V essoufflement, est violent. Ces distinctions sont importantes en hygiène.

I. Exercice de force. — Ce sont ceux qui exigent un travail considérable et continu. Le déplacement et le transport des lourds fardeaux en offrent l'exemple le plus fréquent, et les professions manuelles pénibles sont celles qui permettent le mieux d'en étudier les effets. Les exercices dans lesquels l'homme doit produire toute sa force exigent l'intervention de deux facteurs, les muscles et la volonté; ils démontrent l'importance de l'influx nerveux comme agent du travail. A force musculaire égale, l'énergie de la volonté assure une supériorité marquée à celui qui en est doué, en donnant à la fibre motrice une excitation plus rapide et plus vigoureuse.

Les exercices de force entraînent presque toujours rinterv€»ntion de l'effort avec les conséquences que nous avons exposées plus haut.

La lutte corps à corps est le type des exercices de force, celui qui demande la contraction la plus violente du plus grand nombre de muscles et qui produit Tessoufflement le plus prompt. C'est le plus brutal de tous les exercices du corps, celui dans lequel la masse musculaire forme l'appoint le plus essentiel du succès, celui qui tend le plus à donner au corps du volume et du poids.

Les exercices de force et les travaux de peine ébranlent peu le cerveau et font plutôt sentir leur influence sur la nutrition que sur l'innervation. Les exercices atblétiques, lorsqu'ils ne dépassent pas la limite des forces du sujet, le mettent dans de bonnes conditions bygiéniques ; les professions où le travail est intense sont celles où on trouve les sujets les plus vigoureux, à la condition toutefois que ceux qui les embrassent niaient pas de tare organique, qu'ils soient bien nourris et qu'ils prennent un repos suffisant. Si toutes ces conditions ne sont pas observées, le sujet tombe dans le surmenage, il maigrit et. s'use promptement.

II. Exercices de vitesse. — Ce qui caractérise essentiellement ce genre d'exercice, c'est la répétition très fréquente des mêmes mouvements musculaires. Beaucoup d'entre eux sont des exercices violents, la course par exemple ; d'autres nécessitent une si petite dépense de force que c'est à peine s'ils méritent le nom d'exercice. L'action de jouer du piano est le type de ce dernier genre.

Les exercices de vitesse qui exigent une dépense considérable de force musculaire sont rapidement suivis d'cssouffiement, La course excite très vile la soif cV air qui caracjtérise ce phénomène, et l'amène sans qu'il y ait une fatigue musculaire exagérée, lorsqu'on ne la pousse pas trop loin. Klle développe l'ampleur de la poitrine en forçant à multiplier les mouvements respiratoires; mais elb» n'augmente pas sensiblement le volume des muscles, parce qu'elle ne leur demande pas un travail exagéré. C'est pour cela que les jeux (fui procèdent de la course sont ceux qui conviennent le mieux aux enfants.

Les exercices de vilesse entraînent une dépense excessive d'influx nerveux, parce que l'effort de volonté nécessaire pour faire contraster très rapidement la fibre musculaire est d'autant plus intense que les mouvements sont plus rapides, que le passage alternatif de la contraction au relâchement est plus souvent n'*pété pendant un temps donné.

Il résulte de cette dépense plus grande d'influx nerveux que la fatigue qui suit un exercice de vitesse a un caractère particulier. Elle s'accompagne d'un certain malaise, d'une sorte d'énervenumt analogue à celui que cause une tension d'esprit trop soutenue et qui exige un long repos. A la suite des travaux de force, la faim est surexcitée, le sommeil est calmt» et profond, la fatigije due à la vilesse ôte souvent l'appétit et le.

sommeil. C'est ee qu'on observe chez les enfants qui ont trop couru et chez les chevaux nerveux après une journc^e de chasse trop vivement menée. A la longue, cette différence entre Tabus de la force et celui de la vitesse se traduisent par des modifications permanentes de Torganisme. Les portefaix, les hercules de foire ont une structure massive qui devient de Tembonpoint avec les années, tandis que les coureurs, les danseurs deviennent sveltes et sont généralement maigres.

III. Exercices defond. — Nous désignerons ainsi, avec le D'Lagrange les exercices qui nécessitent un travail de peu d'intensité, mais soutenu pendant longtemps. Ils ne doivententraîner ni essoufflement, ni fatigue, ni courbature. Dans ces conditions, ce sont des exercices modérés ; mais ils d(^viendraient violents si on les prolongeait outre mesure. Ces exercices exigent un équilibre parfait entre l'intensité de Teffort musculaire et la résistance de l'organisme ; ils demandent aussi un véritable enlraînemt^nt. Le petit galop est un exercice de fond pour le cheval arabe qui peut maintenir cette allure pendant des heures entières, c'est un exercice de vitesse pour le cheval de trait, habitué à aller au pas. Les mêmes différences se remarquent dans l'espèce humaine. Certains sujets sont épuisés après quelques minutes d'un exercice que d'autres soutiennent très longtemps sans se fatiguer. C'est également une affaire d'accoutumance. Lorsqu'on manie l'aviron pour la première fois, on est à bout de forces au bout de quelques minutes, tandis qu'un batelier de profession continue cet exercice presqu'indéfiniment.

Les exercices de fond ni^ doivent jamais provoquer Y essoufflement^ et par conséquent n'amènent jamais aucun des accidents de la respiration forcée, de même qu'ils ne causent pas de palpitations. L'absence d'effort dans ces exercices en exclut également les compressions des gros vaisseaux et du cœur. Ils ont pour effet de ménager les organes, tout en activant le jeu des fonctions dans une mesure salutaire. Aussi sont-ils accessibles à tout le monde et doivent-ils être préférés par les sujets qui ont quelque tare organique, dont les appareils respiratoires et circulatoires ne sont pas dans un état d'intégrité parfaite et qui doivent s'interdire, pour ce motif, l(»s exercices de force et de vitesse. Les exercices de fond donnent à l'organisme le bénéfice d'une acquisition supplémentaire d'oxygène, sans forcer la respiration ; ils activent la circulation sans fatiguer le eœur et les gros vaisseaux ; en un mot, ils ménagent toute la machine, en lui faisant accomplir beaucoup de travail.

IV. Sports. — Nous avons déjà parlé de ce genre d'exercice, dans le ehapiln» consacré à l'éducation (1). Nous avons dit comment le goût s'en était dév(»loppé en Franc<* à la suite de la campagne entreprise par les

(1) Chupilre VI, article II, !^ 2.

hygiénistes pour réagir contre le surmenage intellectuel et XdiSèdenlaritê scolaire. Sous Tinfluence des deux sociétés dont nous avons raconté l'origine, une révolution s'est faite dans les jeunes esprits. II y a cinquante ans, la force physique et Tadresse étaient complètement dédai- ' gné^s. La gracilité des formes, la pâleur du teint, la finesse des attaches jointes à la myopie et à un air maladif, s>^mblaient le supn^me de la distinction ; aujourd'hui cette débilité et cette molesse ne sont plus de mode. L'adresse, la vigueur et la santé ont repris Icuirs droits dans Tadmiration de la jeunesse, et nous nous en félicitons, il vaut mieux être fier de son biceps, de son agilité et de son coup d'œil, que de caresser sa gastralgie et de flatter sa demi cécité.

Les exercices et les jeux de plein air ont rapidement dépassé l'enceinte des lycées. Le goût s'en est répandu parmi les j(»unes gens qui sont depuis longtemps sortis de l'école. On n'entend plus parler que de championnats, de matclis, de lendits. C'est un plaisir de voir aujourd'hui la jeunesse s'ébattre au grand soleil, sur les pelouses et les nuées de bicyclettes s'élancer sur toutes* les routes avec leur prestigieuse vitesse.

Ces luttes, ces concours ont commencé par I equitation et les matchs de cavalerie, dont on a gardé le souvenir, ont eu lieu à Tétronger ; puis est venue l'ère du vêlocipôde qui est arrivée à son paroxysme, puis les courses à pied, avec ou sans obstacles; les rallies ont eu leur leur, en même temps que le canotage se développait sur nos rivières, que la Seine et la Marne assistaient à des luttes rappelant les matchs célèbres do Cambridge et d'Oxford. Des classes aisées, la passion des luttes physiques a gagné les travailleurs ; on a vu s'organiser des courses à pied sur les routes de France; puis on a imaginé de lutter de vitesse» avec des poids énormes sur les épaules, et nous avons assisté aux matchs des coltineurs, des forts de la halle, des Dahoméens, suivis du raid des portefaix du Havre et de celui d(»s porteurs d'eau ; enfin, il y a eu des concours de femmes, des courses d'éehassiers dans la Gironde.

Cet engouement pour des exercices si longtemps dédaignés, est partagé par le public. Tout le monde suit av<'c intérêt les péripéties de ces luttes qui sont racontées dans le plus grand détail par les journaux ; les autres nations s'y associent, et enfin nous avons vu tout récemment restaurer en Grèce les jeux ohjmpujuns.

Je suis loin pour ma part de me plaindre de ces tendances nouvelles. Malgré les accid(»nts qu'ils causent parfois, je trouve que les sports ont du bon. C'est l'effort libre, c'est Tendurcissement, c'est la culture de la force et de la volonté ; seulement il ne faut pas les mettre tous sur la même ligne et l'hygiène a besoin de dire son mot, même pour ceux qu'elle encourage.

Je ne parlerai que de ces derniers, c'est-à-dire de la marche, de la course, du canotage, du vélocipède, l'équitalion et la natation ayant été déjà étudiées dans le chapitre consacré à l'éducation (1).

(1} Chapitre VI, arliclc II, § 2.

{" Marchk. — C'est un exercice tellement habituel, qu'il ne peut être que salutaire, fut-il poussé jusqu'à Textrénie fatigue. Il convient à tous les âges et à toutes les constitutions. La promenade à pied est le premier exercice qu'on permet aux malades et le dernier qu'on leur interdit ; mais il n'est pas question ici de cette déambulation paisible et digestive à laquelle on se livre tous les jours, il s'agit du concours de résistance et (le vitesse des luttes dans lesquelles on va jusqu'à la limite des forces humaines.

Les frères Webcr ont calculé le maximum de vitesse qu'up homme de moyenn<» stature peut acquérir par là marche accélérée, et ils sont arrivés aux résultats suivants : Longueur du pas, 0",8656 ; durée du pas, 0%332; espace parcourue en une seconde, 2"',608; chemin parcouru en une heure, 9,389 mètres. Ce dernier chiffre a été dépassé dans les concours modernes. Dans le match organisé par la Société française de marche de Paris et qui eut lieu le 14 mai 1893, le parcours consistait à aller de la Porte-Maillot à Versailles et à revenir au point de départ. La distance à parcourir était de 35 kilomètres. Sur 15 concurrents, 5 l'ont franchie en moins de quatre heures, et le vainqueur en 3 heures 36 minutes, ce qui fait plus de dix kilomètres à l'heure.

Dans la marche qui eut lieu à la même époque, de Saint-Brieuc à Brest, et dans laquelle plus de 200 concurrents étaient engagés ; dans celle de Paris à Belfort, organisée par le Petit Journal au mois de juin 18î)2 ; dans celle de Berlin à Vienne au mois de juin 1893, on est arrivé à des moyennes surprenantes sous l'influence de l'émulation, llémogé, le vainqueur du match de Paris à Belfort, a franchi les 500 kilomètres v\\ quatre jours, et Duval a fait 139 kilomètres en 24 heures.

Ces tours d(^ force sont presque toujours inoffensifs, tant la marche est naturelle à l'homme. Les rares accidents qu'on a signalés peuvent être mis sur le compte de la chaleur ou d'imprudences commises par des concurrents qui avaient méconnu leurs aptitudes physiques. On ne peut pas en dire autant des marches accomplies en portant de lourds fardeaux. I)ans les concours de coltineurs et de forts de la halle, dont nous avons parlé plus haut, les concurrents étaient des gens entraînés de longue main, d'une vigueur peu commune, et les vainqueurs sont arrivés dans un état déplorable^ (1). L'hygiène n'a rien à revoir avec des excentricités pareilles. Elles prouvent tout au plus jusqu'où peuvent aller l'énergie et la force de volonté ; mais cette démonstration peut se faire d'une façon plus intelligente.

(Il Le gagnant du concours qui a eu lieu au Champ dc-.Mar», dauH le pavillon des Ar s libéraux, est arrivé fourbu. Il a eu une défaillance à 200 uièlres du poteau. Presque nu, haletant, la têtu penciiée sur Tépaule, en proie à une crise nerveuse, il n'a repris ses sen5 qu'après avoir bu du café noir et du Champagne. Celui qui est allé de Paris au Havre avec un poids de lOU kilogi animes sur le dos. était également fourbu^

2o Course. — La course est le type des exercices de vitesse dont nous avons parlé plus haut. A Tétat de sport elle n'est pas aussi inoffensive que la marche et peut devenir dangereuse pour certaines personnes. Elle exige, comme nous Tavons dit, un effort considérable, et imprime une activih* exagérée aux principales fonctions. Le coureur, forcé d'immobiliser le tronc dans la position de Tc^fforl, pour donner un point d'appui fixé aux muscles des membres inférieurs, ne respire que par le sommet des poumons ; l'activité respiratoire n'est plus chez lui en rapport avec celle de la circulation accélérée par la contraction des muscles, et il sVssouffle vile.

Pour affronter la lutte, il faut donc une haute capacité respiratoire et une intégrité parfaite de l'appareil de la circulation. Ce genre de sport doit être interdit aux gens débiles et aux obèses ; il est dangereux pour les asthmatiques et peut causer la mort subite chez les cardiaquc*s. Inoffensif chez les jeunes gens bien constitués, il exige pourtant un cntrninemeni préalable, et il ne faut pas en abuser, sous peine de contracter des hypertrophies du cœur.

Le I)'' Teissier a montré à l'Académie de médecine des graphiques qui démontrent l'effet produit sur le cœur par une course longtemps soutenue (1).

Dans les concours qui ont eu lieu récemment, on est arrivé comme pour la marche à des résullats surprenants. Les frères Weber fixent à 7'",600 par seconde la plus grande vitesse d'un bon coureur; on cite partout le coureur Toronsed pour être allé de Londn^s à Brighson en huit heures, ce qui fait 16,()88 mètres à l'heure, et dans le grand steeplechase national de l'Union des Sports athlétiques qui fut couru le 16 avril 1893 sur la piste du Raciny-Club de France, la dislance à parcourir était de 4,000 mètres avec 20 obstacles. Le vainqueur l'a franchie en 14'îf"îfo5, ce qui donnerait 17,100 à riieure, si on pouvait maintenir aussi longtemps une pareille vitesse. C'est h» meilleur temps qui ait été fait.

^-^ Spout .nautique. — Le canotage nous est venu d'Angleterre. Dans ce pays, c'est le premier des sports. La lutte annuelle des équipes de (Cambridge et d'Oxford a la même importance et passionne autant les populations que les courses de Ncw-Market. On s'y prépare plusieurs mois à l'avance, à l'aide d'un entraînement sérieux. En France, ce sport est de date récente En 1830, Alphonse Karr forma à Paris, pour le faire connaître, une société de laquelle faisaient partie Théophile Gautier. Adolphe Adam, Louis et Théophile (nidin, Victor Deligny, etc. A cetti* époque, les courses avaient lieu sur des canots de navires v<»nus du Havre. Depuis on en a construit de spéciaux pour la course en rivièn*.

,2) T£lssitR, Cu'ur, force et surf/icnai/e dans les e^ccreices fie sport (lecture faite .i 'Aoadéuiie le 26 iléceinbre 1801).

Il y (»n a mainienant de deux sortes : des yoles et des outriggers à huit avirons. Trois sociétés se sont formées avec leurs statuts, leurs embarcations et leurs barrages.

11 n'y a pas d'exercice plus hygiénique que celui là. 11 met surtout en action les muscles des bras, du tronc et des lombes ; il développe la poitrine et on peut le continuer longtemps sans s'exposer aux mêmes accidents que dans la course à pied.

4° Bicyclette. — Jamais sport, jamais exercice, même dans l'antiquité, n'a eu une pareille vogue, n'a excité un semblable engouement. C'est en ce moment une passion véritable de laquelle tout le monde est possédé. Il y a des cyclistes convaincus jusque sur les marches des trônes. On voit aujourd'hui des financiers, des députés, des savants, des gens de lettres, voire même des membres de l'Institut qui s'adonnent au culte de la pédale. Quant aux médecins, ils figurent au nombre des plus enthousiastes.

Dans tous les pays, on crée des pistes spéciales, des vélodromes pour permettre aux débutants de s'exercer. Il y en a dans les grandes villes d'Angleterre, de Hollande, d'Allemagne, .d'Amérique, etc. On compte à Londres une douzaine de pistes d'entraînement. A Paris, nous avons celles du Bois de Boulogne, du Ghamp-de-Mars et le vélodrome de la rue d'Edimbourg, en attendant la piste perfectionnée de Vincennes et celles que la ville de Paris s'apprête à créer. Le conseil municipal vient de plus de décider, sur la proposition de M. Quentin-Bauchat, qu'un grand prix international de vélocipédie serait offert par la ville de Paris en 1896. Le crédit de 10,000 fr. est ouvert à cet effet sur le budget de l'année.

Cette vogue est de date récente, bien que le vélocipède soit inventé depuis longtemps (i) ; elle est due à la perfection que les constructeurs ont atteint dans la confection des machines. Le poids en est si réduit, les frottements tellement atténués, les mouvements si doux, que l'effort est presque nul. sauf dans les montées. Aussi arrive-t-on à des vitesses considérables. Sur route on fait, suivant la durée des courses, de 'io à 30 kilomètres à l'heure, mais sur la piste le record de l'heure est de 4t^ kilomètres. Pour de petites distances, le résultat est plus remarquable encore. Zimmermann, dont tous les cyclistes connaissent le nom, a marché, pendant un espace de 400 mètres, à raison de 50 kilomètres à l'heure, et pendant KH) mètres, il a déployé une vitesse que, s'il avait pu la continuer, lui eut fait franchir 60 kilomètres à l'heure, c'est la vitesse des trains express 11 est impossible de la maintenir pendant de longs trajets : cependant dans le match de Paris à Brest, organisé par le Petit Jourjial en IHDîi. le vainqueur TcTront a fait le trajet de (WO kilo-

,1) On attribue m»ii iiivciilioii au docteur Elic Richard qui communiqua son idée à Ozanam, lequel Ta lit connaitrc en 1891 dans les Hécréations mathématiques et phy^i-

844 TRAITÉ D'HVr.IÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

m<*tn's en 33 heures, ce qui donne une moyenne de 18 kilomètres à l'heure. Ce m^*mc Terroni a fait quelque temps après, sur la piste da Champ-de-Mars, 1.000 kilomètres en 55i heures et quelques minutes, soit 19 kilomètres à Theure. il est arrivé accablé par la fatigue, par le besoin de sommeil, mais sans essoufflement marqué, et sept jours après, lorsque M. Just Championnière Ta examiné, il ne se ressentait plus de rien,

Cela prouve que des gens parfaitement organisés et vigoureux peuvent arriver, en sVntraînant de longue main, à une force île résistance qui leur permet de supporter ces prodigieux efforts ; mais il ne faudrait pas en conclure que Tabus de la bicyclette est sans danger pour tout If monde. Ses avantages et ses inconvénients ont été l'objet de nombreuses discussions dans ces dernières années. Soulevée par le D'' Legendre au congrès de Besançon, en 1893, la question de la bicyclette a été reprise, Tannée suivante, par le mémo médecin, au congrès de Caen (1], où les sections de pédagogie, d'hygiène et de médecine se sont réunies pour la trait(»r. L'Académie de médecine Va. discutée pendant trois séances ii). Elle a été l'objet d'un long débat à la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle (3) ; .la plupart des sociétés savantes de l'étranger l'ont agitée ; il n'est guère de sujet d'hygiène qui ait été mieox élucidé que celui-là.

Le nouveau genre de sport a beaucoup gagné à ces discussions scientifiques. On l'avait attaqué, dans le principe, avec une exagération contn' laquelle les médecins ont réagi. Il a inspiré une telle passion à certains d'entre eux qu'ils ne sont pas loin de le considérer comme une panac^. La vérité est entre les deux extrêmes. L'exercice de la bicvclette accélère les battements du cœur, mais à un moindre degré que les autres, et notamment que la course, à laquelle il ne saurait être assimilé. C'est une marche dans laquelle chaque pas fait franchir 2"', r50 ; mais elle n'a jamais les allures de la course et ne peut pas produire les mêmes phénomènes.

Sir W'ard Richardson a communiqué le 14 janvier 1895, à la Société dt» médecine de Londres, les expériences qu'il a faites surjui-inéme pendant sept années d'exercice. H a constaté que l'usage de la bicyclette accélère au début les battements du cœur qui peuvent aller jusqu'à îiOO par minute ; mais, au bout de quelque temps, la circulation se ralentit, bien qu'en restant toujours accélérée. Il n'a jamais vu ctiez personne d'essoufflement, de vertiges, de douleurs précordiales (4). Des observations

(1) Le Gendiie, De qudtjues acddnih canné'; par Cahus des exercices sportifs pendant la croissance (Coiiiple rendu de la 220 seclion de l'Association française pour l'avanccnient des sciencess, sc^ancc du l*""" aoiU 1893, l»"*^ partie, p. 220 ; — Du même : Sur /es dangers ffue peuvent offrir pour les enfants les exerrires de sport (Compte rendu de la 21' session lie TAssociation franraise du 11 aoilt 18ÎM, f^ partie, p. 207).

(2) Bulletin de IWradèmie de me//t'cm^, séances des 11, 1 8 septeuibre cl 2.3 octobre iS9i.

(3) Revue d'hygiène et de police sanitaire, t. XVI. p. 9o3, 980,982, 1096, t. XVII, p. W.

(4) Semaine médicale, n*» du 23 janvier 1891.

TRAVAUX El' PROFESSIONS. 845

analogues ont été faites par le D' Blagevitsch (de Saint-Pétersbourg) ; toutefois, après deux ou trois mois de courses exagérées, il a vu se produire parfois le tableau du cœur forcé (i). M. Hallopeau pense également que Tusage modéré de la bicyclette ne peut pas causer de troubles circulatoires (2). M. Just Championnière pense également que les exercices trop violents et mal dirigés peuvent seuls amener des désordres du côté du cœur (3). La seule conclusion à tirer de tout cela, c*est qu'il est prudent d'interdire Tusage de la bicyclette aux cardiaques et particulièrement à ceux qui sont atteints d'insuffisance aortique ou d'affection mitrale non compensée : mais on doit leur interdire au même titre tous les exercices de corps demandant quelqu'activité musculaire.

De l'avis de tous les médecins, l'exercice de la bicyclette est favorable au développement des poumons. Pour eux tout serait bénéfice s'il n'y avait pas à craindre les refroidissements résultant de la sudation provoquée. Le vélocipède accroît comme tous les exercices, l'intensité des combustions organiques. Il augmente la quantité de l'urée et diminue celle de l'acide urique, ainsi que l'a constaté M. Albert Robin (4). A ce titre, il convient aux gens qui ne font pas assez d'exercice, qui prennent trop d'c^mbonpoint et surtout à ces jeunes obèses comme on en voit tant à Paris.

On a reproché à l'exercice du vélocipède de ne mettre en action que les muscles des membres inférieurs et d'incurver la colonne vertébrale. Le premier reproche n'est pas fondé, les physiologistes en ont donné la preuve. Quant au second, il pourrait s'appliquer aux professionnels qui passent leur vie sur leur machine, au même titre qu'aux professeurs de gymnastique qui abusent du trapèze ; mais ce n'est pas un exercice de quelques heures qui peut déformer la colonne vertébrale, lorsqu'on a toute la journée pour se redresser.

Lorsque l'usage de la bicyclette a commencé à se répandre, on a craint que la pression de la selle sur le périnée et les cahots ne déterminassent (les affections de voies urinaires. Les docteurs Damain et Misse ont cité à la Société de médecine publique une dizaine de cas d'uréthrite ainsi contractée ; mais on n'a plus entendu parler de ces accidents, depuis qu'on a augmenté l'élasticité des selles et garni les roues de pneumatiques (5). Il est prudent toutefois d'interdire cet exercice aux vieillards

(1) D"" Blagevitsch, Influence de la bicyclette (Thèse de Saint-Pétersbourg, !894).

(2i JrsT (>HAMi»U)NNiÈRK, Conférence de Caen {loc. cit.), p. 37i.

(li- Bu'fetin de rAcadémie de médecine, séance du M septembre 1891.

(i) Alttert Rorin, Artion de l'evercice modéré à bicyclette sur Vacide urique (Bulletin de l'Académie, 23 oclt»bre 1894\

( >) Le l)** nodiournic a prcscnié le 23 novembre, à la Société de médecine publique, un modèle de ^elle hi/yiénif/ue pour bicyclette, sur lequel M. Gariel a fait un rapport favomble tout en vantant également la Touriste iiventée (uir M. VMaix (Hevue d'hygiène, 1895, t. XYII, p. 1009 et 1084).

iJiO TIUITÉ D'HYGIENE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

qui ont des liypertrophics de la prostate, mais on peut le permettre aox hommes âgés, lorsqu'ils sont bien portants.

La bicyclette est sans inconvénients pour les enfants, lorsqu'ils n'en font pas abus. Elle les excite à prendre un exercice salutaire qui développe à la fois la force musculaire et l'adresse.

Pour les femmes, la question est plus complexe : elle a été plus controversée. H parait toutefois résulter des discussions qui ont eu lieu dans les Sociétés savantes précédemment énumérées, que Tusage modéré de la bicyclette est un bon exercice pour les femmes chez lesquelles il n'existe pas de troubles des fonctions génitales, ni de lésions utérines. 11 est bien entendu qu*il faut Tinterdiro pendant la période menstruelle et la grossesse. Les cas d'érotomanie qui ont été observés s*expliquent par des prédispositions individuelles aidées d'une certaine bonne volonté. 11 convient surtout aux jeunes filles anémiques, pâles, nerveuses, mal réglées, vivant dans l'atmosphère tiède et dans la demi-obscurité des appartements à la mode. Pour elles, comme pour les jeunes obèses, il a Tavantage d'être attrayant et à la mode. 11 est accepté avec plaisir cl souvent avec enthousiasme, tandis que tout autre exercice (*st repoussé.

Dans tout ce qui précède, nous avons réservé à d(^ssein la question de décence qui n'a rien à revoir avec l'hygiène. Il est possible qu'on s'habitue un jour à voir des femmes en culottes, à califourchon sur une selle étroite et se trémoussant avec une activité qui n'est pas dans les coutumes de leur sexe.

En somme, la bicyclette est entrée dans nos mœurs. C'est une des créations les plus heureuses de la mécanique contemporaine: un exercice gracieux, élégant qui procure, avec une fatigue modérée, cette ivresse de la vitesse que donne aussi l'équitation, mais dans laquelle la force et l'adresse du eiclyste remplacent l'énergie du cheval. Le vélocipède est «h^venu de plus un outil professionnel ; il rend le plus grand service dans toutes les fonctions qui exigent un transport rapide ; il a sa place dans nos armées, (4 tout fait croire que ce n'est pas la vogue éphémère d'un exercice amusant, mais un mode nouveau de locomotion qui vient de naître et de s'acclimater parmi nous.

v^ IV. - RKPOS F.T SOMMKIL

La nature entière subit la loi de la périodicité diurne, de ralteriiance clans le repos et le travail ; l'homme y est plus particulièrement assujetti.

1. Repos. — Le repos (»st le mode de réparation de la machine animale. (Contrairement à celles que crée Tindustrie, elle a la faculté de se réparer ell(^-mème ; elle compense» les pertes que lui cause le travail par dt*s

acquisitions nouvelles, et c'est pendant le repos qu'elle les assimile, que les muscles éliminent leurs déchets et les remplacent par des éléments nouveaux que le sang leur apporte : Si le repos est insuffisant, les matériaux transformés par les combustions s'accumulent, et la réparation ne se fait pas. De plus les muscles, comme les filets nerveux qui les traversent, comme le cerveau qui les commande, ont besoin de repos pour faire une nouvelle provision d'énergie. Des phénomènes analogues se passent pendant le travail intellectuel pour lequel le repos est aussi nécessaire. 11 faut donc, dans l'hygiène de l'exercice, équilibrer avec soin les périodes de repos et les périodes de travail.

Tous les exercices ne d<miandent pas le même temps de repos et ne comportent pas les mêmes intervalles. Un coureur est obligé de s'arrêter au bout d'un temps assez court, parce qu'il est essoufflé ; mais il peut repartir au bout de deux ou trois minutes ; le marcheur, au contraire, peut persévérer pendant plusieurs heures ; mais il est obligé de se reposer longtemps ensuite. C'est que, dans le premier cas, ce sont des produits gazeux qui s'accumulent, menacent prochainement la vie, mais s'éliminent promptemént, tandis que, dans le second, ce sont des produits azotés, solides, pour lesquels l'organisme est plus tolérant, mais qui exigent en échange un temps plus long pour s'éliminer.

Pendant le repos, les fonctions organiques diminuent d'activité, la respiration se ralentit et devient plus faible, le pouls perd de sa plénitude et de sa fréquence, la température tend à s'abaisser.

l-.es suspensions momentanées de Tactivité morale ou physique dont nous venons de nous occuper constituent le repos diurne ; mais il ne suffit pas à la réparation de l'économie, il faut le repos nocturne (\vl on désigne sous le nom de sommeil.

H. Sommeil. — L'étude du sommeil, de ses causes, de ses manifestations est du ressort de la physiologie ; l'hygiène ne doit s'occuper que (le son influence sur la sanlé et des règles qu'il faut lui imposer.

L'influence bienfaisante du sommeil s'étend à toute l'économie, il la retrempe, il la régénère ; mais pour êlre salutaire, il faut qu'il soit complet et d'une durée suffisante. Nous avons déjà parlé de la nécessité du sommeil pour les hommes de cabinet ; elle est moins tyrannique pour les travailleurs qui font surtout fonctionner leurs muscles. Ils ont d'ailleurs moins souvent la tentation de s'en priver et, leurs occupations finies, ils s'endorment de ce sommeil profond, paisible, réparateur que ne connaissent pas les hommes dont l'intelligence est toujours en éveil, et qui ne dorment qu'à nioilié.

Le sommeil diffère du repos diurne en ce que, pendant sa durée, les fonctions de la vie de relation sont presque complètement suspendues, pendant que celles de la vie organique continuent mais avec moins d'activité. I^es fonctions intellectuelles et le mouvement ne s'arrêtent

complètement que dans le sommeil très profond, tel que celui qui succède à une grande fatigue. Dans les cas ordinaires, toute activité nerveuse n'est pas supprimée, la pensée survit et' se traduit par des manirestations désordonnées qui sont les rêves; la sensibilité est encore en éveil et les mouvements automatiques du dormeur prouvent que le système musculaire lui-même n'a pas complètement suspendu son action.

Le sommeil est le résultat de causes semblables à celles que noos avons analysées en parlant de la fatigue et du repos. L'incapacité momentanée des centres nerveux est vraisemblablement due à raccumulation d(^ déchets analogues à ceux qui se produisent dans les muscles et ao besoin de les éliminer. Il paraît certain en effet que, pendant le sommeil, l'afflux du sang au cerveau est aussi puissant que pendant la veille. Certains physiologistes pensent même qu'il se produit chez le dormeur une sorte d'état congeslif, qui parait prouvé par la rougeur de la face, le sommeil profond que causent l'opium et Talcool et ce fait que rien n'amène plus puissamment l'insomnie que l'inanition.

Tout le monde a besoin de dormir, mais à des degrés divers, L*âge a surtout une influence marquée sur ce besoin. Les petits enfants dorment une grande partie de la journée. Lorsqu'ils sont sortis de la première enfance, ils ne dorment plus le jour, mais ils ont besoin d'une dizaine d'heures de sommeil prises d'un trait, et il est très préjudiciable à leur santé morale et physique de les faire veiller. Le fameux axiome de l'école de Salerne d'après lequel sept heures de sommeil doivent suffire à tout le monde est condamné par les hygiénistes. Dans Tenfance comme nous l'avons vu (i), il faut en accorder de neuf à dix. Pendant la période ascendante de la Aie, huit heures constituent une bonne moyenne, vei^ l'âge de retour, on commence à moins dormir et l'insomnie est un des tourments de la vieillesse.

La profession et le genre de vie ont aussi leur influence. Le besoin de repos, comme nous l'avons vu, est en raison directe de la somme de travail accompli (*t de la force dépensée. Les soucis, les inquiétudes, l'inaction abrègent au contraire la durée du sommeil. 11 faut tenir compte aussi des dispositions individuelles. \ Lacepède, qui n'avait besoin que de quatre heures de sommeil, on peut opposer Cuvier, à qui il en fallait 9: mais la moyenne pour les adultes bien portants doit être de 7 à 8 comme nous Tavons dit.

Le sommeil du jour ne peut pas remplacer celui de la nuit. Un a essayé de faire marcher les troupes après le coucher du soleil et jusqu'au matin, pour éviter la chaleur du jour dans les pays où elle est intolérable ; mais il a fallu y renouQer. A la troisième étape les soldats étaient épuisés (iJ . Les chevaux de cavalerie eux-mêm(»s n'ont pas pu supporter cette subs-

(l Chap. VI, article II. § II.

1.2} .\R.NoiLD, Nouveaux éléments dliyyièue^ (Iih:. cit.), p. H 17,

titution. Les femmes qui font de la nuit le jour sont bientôt flétries, et les hommes, qui les imitent, ne font pas meilleure figure au bout de quelque temps. Les boulangers qui donnent le jour et travaillent la nuit ne peuvent pas continuer longtemps leur métier ; c'est une des professions les plus meurtrières. 11 en est d'autres qui imposent également à ceux qui s'y livrent une privation de sommeil bien nuisible à leur santé. Les savants qui travaillent la nuit pour profiter du grand silence ; les journalistes qui écrivent dans les feuilles du matin, tous ceux que le labeur intellectuel met dans la nécessité de trop prolonger leurs veilles, finissent par perdre leurs droits à un sommeil franc et complet.

Il est aussi des industries qui imposent à certains moments un excès de travail nocturne. Les ouvrières employées dans les ateliers de la mode et de la couture, à l'époque des soirées et des bals, ont parfois des veillées de trois ou de quatre heures et des journées de travail de seize ou dixsept heures, aussi la santé de ces pauvres femmes s'altère-t-elle très rapidement. Les pouvoirs publics sont intervenus pour faire cesser cet état de choses ; ils ont interdit aux femmes le travail de nuit et les journées de plus de dix heures ; mais on ne peut pas, sans une inqualifiable tyrannie, exercer de surveillance sur celles qui travaillent à domicile ni même sur les petits ateliers qui n'emploient que deux ou trois ouvrières ; c'est là pourtant que se commettent surtout les excès de travail.

Le sommeil n'est complet et franchement réparateur qu'à la condition de le goûter dans la position horizontale, dans une atmosphère pure d'une température convenable et au milieu du silence.

Presque tout le monde adopte instinctivement le décubitus latéral sur le côté droit. Il facilite, dit Michel Lévy, le passage des aliments de l'estomac dans le duodénum, et empêche le foie de tirailler le diaphragme et de presser sur Testomac. On Ta nié, ajoule-t-il, mais que Ton consulte les personnes obèses, à gros ventre, et le doute cessera (1).

Le décubitus dorsal sur un lit un peu dur a l'inconvénient de provoquer les érections. L'habitude exerce aussi son influence sur Tattitude qu'on prend instinctivement pour dormir et bien des gens en changent plusieurs fois pendant la nuit.

Le lit doit être bien plat et ne doit pas être trop mou. Les lits de plume dans lesquels on enfonce et qui étaient en usage autrefois ne valent pas pour le sommeil les lits élastiques mais un peu résistants sur lesquels on couche aujourd'hui.

La température du corps s'abaisse notablement pendant le sommeil, pour les raisons que nous avons indiquées plus haut. Le minimum de la température» du corps s'observe, en toute saison, de minuit à trois heures du matin. Il peut descendre jusqu'à SG^'yOS. Il faut donc se bien couvrir

{\) MiCHRL LÉVY, Traité (T hygiène publique et privée, t. II, p. 2TI.

TKAITÉ DHYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

la nuit pour éviter le refroidissement. Cette précaution est plus nécessaire encore chez les personnes qui couchent la fenêtre entrouverte pour respirer un air plus pur. On sait que cette coutume commence à se répandre depuis qu'elle a été adoptée dans les Sanatorin où Ton traite les phtisiques.

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