II. Isolement des malades atteints de maladies contagieuses
— Lorsqu'un médecin constate, dans sa clientèle, un cas de maladie contagieuse, il ne doit pas se borner à en faire la déclaration à l'autorité, et doit prendre immédiatement les mesures prophylactiques nécessaires. La première consiste dans l'isolement du malade. Il peut se faire à domicile dans les familles aisées et lorsque la disposition de l'appartement s'y prête.
i® Isolement a domicile. — Il faut alors choisir la pièce la plus écartée et la disposer de façon à recevoir le malade. On commence d'abord par enlever les grands rideaux, les tentures et les tapis ; on balaye, on nettoie la chambre à fond ; on l'aère, pendant quelques heures, en ouvrant les fenêtres en grand ; puis on y allume un feu clair pour élever sa temp»^raturc à la hauteur de celle de la pièce qu'occupe le malade. On y dispose le lit de manière à ce qu'on puisse on faire le tour et à ce que la télé soit tournée du côté des fenêtres, afin que le jour ne frappe pas dans les yeux du malade, et on le transporte dans ce lit avec précaution après l'avoir préalablement bassiné.
A partir de ce moment, il ne faut plus laisser entrer dans la chambre que les personnes destinées à soigner le malade. S'il s'agit de variole, il
faut qu'elles aient été récemment revaccinées ; si c'est une scarlatine, il est bon que les personnes qui approchent du patient l'aient eue. S'il est impossible qu'elles se mettent complètement en quarantaine, et cela arrive fréquemment dans la pratique, elles doivent adopter le port d'une blouse ou de tout autre vêtement très ample pouvant passer à la lessive. Elles le mettent en entrant dans la chambre et le quittent quand elles en sortent. Elles doivent se laver les mains à l'eau boriquée à 4 p. 100 avant de reprendre contact avec les personnes saines. C'est de plus une bonne précaution que de se laver la bouche à l'eau bouillie. Jamais on ne doit manger dans les chambres du malade.
Les contagieux réclament des soins de propreté plus minutieux encore que les autres malades. Leur linge et leurs draps de lit doivent être fréquemment changés et, en attendant qu'ils soient envoyés au blanchissage, il faut les plonger dans un seau rempli d'une solution désinfectante. On peut se servir pour cela de la solution de sulfate de cuivre à 50^ par litre, ou du chlorure de chaux à la même dose. On peut employer également l'acide phéniqueà 5 p. 100, le bichlorure de mercure au millième et i'émulsion de crésil entre S et 10 p. 100.
La solution adoptée servira à désinfecter les selles du malade au moment de leur émission et avant de les jeter dans les cabinets d'aisances. Les liquides qui auront servi à laver les mains et le visage du malade ou à lui faire des lotions sur le corps seront désinfectés de la môme façon.
Le cas où l'isolement à domicile est possible, est le plus rare. Dans les classes ouvrières, le logement ne s'y prête pas, on ne peut pas disposer d'une pièce libre dans un appartement où chaque chambre est occupée par plusieurs personnes où la promiscuité est inévitable. L'isolement des contagieux n'est possible qu'à l'hôpital et c'est au médecin qu'il appartient de persuader à la famille qu'il est indispensable de se résoudre à l'y envoyer, que c'est le parti le plus sage dans l'intérêt du malade comme dans celui de ses proches. Il doit s'efforcer de convaincre la famille ; mais, dans aucun cas, il ne doit exercer de contrainte. Si la loi semble autoriser le transfert obligatoire et la désinfection forcée, l'arrêté ministériel du 23 novembre 1893 le défend. Le rôle qu'il assigne aux maires se borne à éclairer les familles et à leur venir en aide. Qu'il y ait eu, au début, quelques excès de zèle, que des inspecteurs sanitaires trop ardents, se croyant en pays conquis, aient envahi le domicile de quelques malades, suivis d*une équique de désinfecteurs, ces choses-là sont inévitables ; mais c'est aux préfets à réprimer ces abus qui ne tarderaient pas à compromettre la loi et à la rendre inapplicable.
2*» Transport des contagieux aux hôpitaux. — Lorsque le médecin est parvenu à convaincre la famille de la nécessité d'envoyer les contagieux à l'hôpital, ou lorsque celle-ci en a pris son parti d'emblée, il faut s'occuper de son transport. Cette opération est le temps le plus délicat de la prophylaxie sanitaire. Nombre de gens ont été atteints de variole ou de
diphtérie en montant dans une voiture de place qui venait de transporter un malade à Thôpital et j'ai toujours présenta la mémoire le fait cité par Parrot et dans lequel trois enfants de la même famille furent atteints do croup en même temps et succombèrent tous les trois, après avoir été conduits à la promenade dans une voiture qui venait de transporter, à rhôpital des Enfants, un petit diphtéritique.
En Angleterre, il y a des pénalités très sévères contre les cochers qui ne font pas désinfecter leurs voitures après le transport d'un contagieux ; mais en France il n'existe rien de semblable. Il n'y a que très peu de temps qu^on s'y occupe des chances de contamination que fait naître le transport de contagieux. A Paris même, il y a dix ans, lorsqu'un malade de cette catégorie se présentait au bureau central, on lui remettait, avec son billet d'hôpital, trente centimes pour prendre l'omnibus. Oo voyait alors un varioleux, un enfant en pleine rougeole, un petit dîjAtéritique, prendre place dans une voiture encombrée, au milieu de voyageurs forcés de supporter ce périlleux voisinage.
La préfecture de police, pour obvier au danger, organisa un service de voiture très rudimentaire qu'elle développa en 1884, lors de TapparitioD du choléra. C'était de simples fiacres qu'on avait installés poor ce nouvel emploi. On en porta le nombre à 30, au mois de novembre, quand l'épidémie prit de l'extension.
Ces voitures étaient remisées, rue Dombasle, place Voltaire et rue Bouchardon ; elles transportèrent 850 malades aux hôpitaux au cours de l'épidémie. Plus tard, et pour diminuer la dépense, on les a remisées à l'Hôtel-Dieu et à Thôpital Saint-Louis. Elles sont mises gratuitement à la disposition du public.
Le conseil municipal n'a pas trouvé que ces mesures fussent suffisantes. A la suite d'un rapport qui lui fut adressé par M. Chautemps le 13 juin 1887, il décida qu'il serait créé deux stations de voitures d'ambulance, l'une rue de Staël et l'autre rue de Chaligny et que ce service serait confié à la Préfecture de la Seine. Il vota pour son installation un crédit de 150.000 francs.
Les deux stations ont été installées avec le confortable nécessaire : elles se composent d'un pavillon central, autour duquel se groupent les écuries et les remises. Le personnel comprend un chef de station, des cochers, un palefrenier et deux infirmières de l'Assistance publique, diplômées. Les voitures sont à quatre roues, et disposées de façon à transporter, indépendamment de l'infirmerie, un malade ou deux enfants.
Les voitures peuvent être demandées de vive voix, par lettre, par dépêche ou par le téléphone. Trois minutes après l'avertissement reçu, la voiture part. Arrivée au domicile du malade, l'infirmière le fait mettre dans la voiture, après avoir reçu le certificat du médecin traitant et l'accompagne jusqu'à l'hôpital désigné. Le transport terminé, la voiture revient à la station et se rend au pavillon de désinfection, où cette opé-
ration est pratiquée immédiatement. L'infirmière de son côté se rend dans un cabinet de toilette où elle trouve un lavabo, une douche en pluie et les désinfectants nécessaires. Elle s'y nettoie à fond après avoir quitté les vêtements dont elle s'était couverte et qui sontdésinfectésàleurtour.
Ce service fonctionne très bien et le transport des contagieux laisse peu de chose à désirer à Paris ; mais il n'y a que les grandes villes qui puissent se permettre des dépenses pareilles. Il faut cependant dans toutes les localités où il y a un hôpital éviter les dangers que nous avons signalés en commençant. H suffit pour cela d'une voiture spéciale attachée à rétablissement et désinfectée ainsi que son cocher, après chaque transport de contagieux.
3® Isolement a l'hôpital. — Il est inutile de dire que l'isolement des contagieux est indispensable dans tous les hôpitaux. Depuis 1816, époque à laquelle Tenon, dans ses remarquables mémoires à l'académie des sciences (I) formula les règles qui concernent ce point d'hygiène, les médecins font tous leurs efforts pour obtenir une séparation nécessaire. Nous avons fait l'historique de cette question en parlant des pavillons et des hôpitaux d'isolement (2), nous n'y reviendrons donc pas. Depuis, du reste, elle a fait des progrès. Le principe n*est plus contesté par personne. Tous les hôpitaux récemment construits ont leurs pavillons d'isolement, on en installe dans les anciens et les hôpitaux pour contagieux se multiplient dans les grandes villes.
III. Désinfection sanitaire. — La désinfection, telle qu'on la pratique aujourd'hui, est l'application des données scientifiques contemporaines. On avait de tout temps nettoyé les locaux qui avaient été le siège d'épidémies, purifié, tant bien que mal, les navires soupçonnés d'en avoir transporté les germes ainsi que leurs chargements. L'intendance de Marseille s*était acquise à cet égard une réputation européenne. Au siècle dernier, la purification des marchandises et des passagers s'y accomplissait avec une perfection telle que les nations étrangères y envoyaient leurs navires suspects de peste ; mais les pratiques auxquelles on s'y livrait étaient absolument empiriques. Elles ont conservé leur faveur jusqu'au moment où Scheele a découvert le chlore qui a remplacé tous les désinfectants. Les fumigations guytonniennes devaient, d'après son inventeur, triompher de toutes les contagions, même de la peste. Les chlorures alcalins les remplacèrent bientôt et étaient dans toute leur vogue en 1832 lorsque le choléra arriva en France et partageaient, avec les cigarettes de camphre, la confiance du public.
Cette période d'empirisme s'est prolongée jusqu'au moment où les
(1) Tenon, Quatrième mémoire sur lea hôpitaux de Paris {Bulletin de l* Académie des Sciences^ 1816, p. 103).
(2) Chapitre III, arlicle Ul, § II. Pavillons d'isolement, p. 362, hôpitaux d'isolement, p. 365.
découvertes de M. Pasteur ont fait naitre la désinfection, basée sur les faits expérimentaux, méticuleuse dans son emploi, délicate dans ses moyens, mais absolument sûre dans ses résultats, lorsqu'aueune faute n'a été commise, aucune précaution négligée, ainsi que 1 antisepsie chirurgicale Ta démontré la première. La désinfection a recours à deux moyens pour détruire les microbes : les substances antiseptiques ou désinfectants et la chaleur.
i"" DÉSINFECTANTS. — Toutcs les substauces antiseptiques ont été étudiées par la méthode expérimentale, au point de vue de leur puissance microbicide. On a renoncé aux parfums^ aux fumigations de^ lazarets ; on a même abandonné le chlore parce que son action est incertaine, qu'elle exige la saturation de l'atmosphère et l'humklîté des objets à désinfecter, parce que le chlore attaque les métaux, ie« tissus qu'il décolore et provoque une toux insupportable.
On a renoncé à V acide sulfureux pour des raisons analogues. M. Tboinot a étudié ses effets dans le laboratoire de Pasteur et a reconnu que les microbes pathogènes n'étaient pas détruits par un séjour prolongé dans une atmosphère saturée d'acide sulfureux (1). Le !> Cassedebat est arrivé à des conclusions analogues (2).
Les désinfectants dont on se sert aujourd'hui le plus volontiers sont l'acide phénique et le bichlorure de mercure, qui ont fait leur preuve, et le /b;*moZ,qui est encore à la période d'essais. L^acide {riiénique s'emploie en solution dans l'eau. La solution forte en renferme o p. 100 et la solution faible 2 p. 100. Le bichlorure de mercure s'emploie en solution au millième (solution forte) ou au 2000^ (solution faible additionnée de 2 grammes de sel marin). Le mercure est le parasiticide par excellence. C'est un poison universel pour les organismes inférieurs. L'iode seul lui est supérieur, et Tiodure de mercure est le plus puissant des antiseptiques ; mais son prix le rend inabordable dans la pratique.
Les propriétés antiseptiques du formol ont été signalées à l'Académie des sciences le l** octobre 1894 par M. A. Taillât (3) qui l'étudiait depuis trois ans avec le D*" Berlioz. Dujardin-Beaumetz rendit compte au Conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine, des expériences de MM. Dubief et Thoinot sur la valeur antiseptique de ce nouveau produit ; mais il n'était pas encore sorti du laboratoire lorsque M. Bardet reprit avec M. Trillat les expériences de 1894, à l'hôpital Cochin, à l'aide d'un appareil assez compliqué, mais qui permet de désinfecter en six heures un espace de 200 à 300 mètres cubes de capacité, à raison de 3 fr. par 100 mètres cubes.
(1) Thoinot, Etude sur la valeur désinfectante de l'acide sulfureux (Annales de rinstitut Pasteur, 1890, p. 500).
(2) Cassedebat, Action de l'acide sulfureux sur quelques h Aciéries pathogènes {Revue d'hygiène, 1891, t. XIII, p. 1095).
;3) Propriétés antiseptiques des vapeurs de formol ou aldéhyde formique {Comptesrendus de l'Académie des scieticeSy i^^ octobre 1894).
D'après IIM. Bardet et Trillat, le formol a tous les avantages. D jouit d'une force de pénétration considérable, il n'altère ni les bois, ni les tissus, ni les métaux ; son odeur se dissipe promptement et il n'y a pas de microbe qui lui résiste, il s'est formé sous le nom de Société française de désinfection à domicile par les vapeurs d'aldéhyde formiqtAe (formol) une compagnie pour exploiter ce procédé.
Le formol est loin pourtant d'avoir encore donné sa mesure. On l'expérimente dans le service de désinfection municipale et on ne lui donne pas jusqu'ici la préférence sur le sublimé et l'acide pbénique.
Je ne parle pas du crésyl, de la créosine, du tilol, du salol, du thymol et d'une foule d'autres produits qu'on préconise tous les jours, parce qu'ils ne sont pas encore entrés dans la pratique. Les sels minéraux, le sulfate de cuivre et le chlorure de zinc sont réservés pour la désinfection du linge contaminé, des vases de nuit et des cabinets d'aisances ; le sulfate de enivre, qui a joui d'une certaine vogue il y a vingt ans, est maintenant abandonné.
2" Chaleur. — La chaleur est le mode le plus puissant de destruction des microbes. Il n'en est pas qui lui résiste, lorsqu'elle est suffisamment élevée ; mais elle n'est applicable qu'aux objets qui peuvent se transporter et qui sont d'assez petite dimension pour entrer dans les appareils. Le linge, les vêtements, les objets de literie sont dans ce cas ; mais certains tissus, certaines étoffes sont trop altérables pour supporter la température qu'exige la désinfection.
La chaleur humide est beaucoup plus énergique et traverse beaucoup plus facilement les tissus que la chaleur sèche ; aussi a-t-on depuis longtemps adopté les étuves à vapeur sous pression où la température peut être élevée jusqu'à 110 ou 115<» qu'il est toujours inutile de dépasser. Les premières ont été construites en France par M. Jules Le Blanc pour le service de la Marine qui les lui avait commandées à la prière du Conseil supérieur de santé que je présidais alors et qui en a surveillé l'exécution (1). La première a été livrée au mois de septembre 1882 et envoyée immédiatement au Sénégal où toute la literie des hôpitaux avait été brûlée à la suite de la formidable épidémie de 1878. On en a envoyé successivement dans toutes nos colonies et elles y fonctionnaient depuis longtemps alors qu'on préférait encore en France les étuves à vapeur sèche. L'infériorité de celles-ci a été reconnue et la maison Geneste et Herscher qui les a longtemps défendues (2), confectionne maintenant des étuves à vapeur dont elle a même perfectionné le type. Elle a imaginé des étuves locomobiles montées sur des roues et traînées par des chevaux,
(1) RocHEPOBT, Communication sur les étuves à désinfection de la Mâtine {Société de médecine publique, séance du 26 décembre 1883. {Revue ethygiéne^ 1884, i VI, p. 53).
(2) Voir Topinion exprimée par Ch. Herscher à la Société de médecine publique, le 26 décembre i88:t {Revue d'hygiène, 1884. t. VI, p. 57).
d'autres qui peuvent être installées sur des chalands ou embarquées à bord des navires.
Ces étuves remplissent complètement le but que l'hygiène se propose; elles fonctionnent maintenant partout et donnent les meilleurs résultats; mais elles sont lourdes, encombrantes et coûtent de 8 à 10.000 francs. MM. Yaillard et Besson ont imaginé un modèle de dimension plus réduite et d'un prix plus accessible en substituant à la vapeur dormante et immobile des étuves actuelles, la vapeur mise automatiquement en circulation (1). Leur appareil fonctionne à peu près comme celui des lessiveuses, mais je ne crois pas qu'il donne au point de vue de la destruction des germes, les mêmes garanties que les étuves où la vapeur est sous pression constante. .
i'' Technique de la désinfection. — Elle s'adresse aux personnes, aux objets, aux locaux. En ce qui concerne les malades, nous avons indiqué les précautions antiseptiques à prendre à leur égard. Leurs linges, après désinfection, doivent être passés à la lessive, leurs vêtements doivent aller à Tétuve; leurs objets de toilette doivent être également lavés et désinfectés.
Lorsque la maladie se termine par la mort, le corps doit être mis en bière, lorsque le décès a été légalement constaté et à l'heure fixée par le médecin. On commence par laver le cadavre à la solution faible de sublimé ;' on en imbibe également son suaire, puis on le place dans la bière en l'entourant de sciure de bois.
Les objets de mobilier transportables, la literie, les tentures, les vêtements de laine sont envoyés à l'étuve. Les fourrures, les pelleteries, les objets en caoutchouc s'altèrent sous l'influence de la température et doivent être désinfectés au pulvérisateur. Tout le reste supporte la température humide de 112 à 116 degrés prolongée pendant un quart d'heure sans que ni la texture ni la couleur des étoffes en soient altérées. On peut voir, à la station de la rue des Récollets, une collection d'étoffes de laine et de soie qui ont subi cette opération, sans rien perdre de leur résistance et de leur éclat.
La désinfection est une opération délicate qui demande un outillage en bon état, une direction éclairée et convaincue, des soins minutieux. De pareilles conditions ne peuvent pas se réaliser partout. La conviction surtout fait défaut sur bien des points; on se contente d'un semblant de désinfection, pour obéir aux exigences de l'administration ; on envoie les vêtements et la literie du malade dans des usines privées qui ne présentent aucune garantie, on asperge les planchers avec quelque liqueur antiseptique, on tient les fenêtres ouvertes un jour ou deux si le temps le permet, puis on laisse rentrer la famille à laquelle ces pratiques
(!) Vaillard et Besson, Etuve à désinfection par circulation d'un courant de vapeur sous pression [Annales de t Institut Pasteur^ décembre 1894, p. 833\
PROPHYLAXIE DES MAUDIËS TRANSMISSIBLËS. - POLICE SANITAIRE. 963
illusoires inspirent une fausse sécurité. A Paris même, les établissements où on pratique la désinfection ne méritent aucune confiance (1). Aussi la ville de Paris a-t-elle créé un service spécial de désinfection, qu'elle a placé sous la direction de M. A.-J. Martin, inspecteur général de Tassainissement et de la salubrité de Thabitation, et qui fonctionne de façon à offrir des garanties sérieuses.
Les stations d'étuves municipales sont aujourd'hui au nombre de quatre. Dans la banlieue la désinfection est assurée par huit voitures locomobiles.
Le nombre des désinfections pratiquées à Paris a été de 38.646 en 1895.
Le fonctionnement de ces étuves ne laisse rien à désirer. J'ai visité celle de la rue des Récollets, en compagnie de M. A.-J. Martin et j'ai été frappé de la promptitude et de la simplicité des opérations et du degré de sécurité qu'elles présentent. Les étuves sont encaissées dans un mur plein qui sépare la chambre d'entrée de celle de sortie. Les voitures de l'établissement amènent les objets à désinfecter dans la cour qui précède la chambre d'entrée ; puis elles vont se faire désinfecter dans la cour du fond. Les objets sont portés dans l'étuve à l'aide d'un chariot. On ferme la porte d'entrée du cylindre et au bout de 15 minutes on retire le contenu par la porte opposée qui donne dans la chambre de sortie. On les secoue, on les laisse sécher, ce qui se fait en quelques instants, puis on les reporte dans les voitures qui ont été désinfectées.
Les agents chargés de la manipulation des effets sont revêtus d'un costume spécial. Ils le quittent, quand ils ont fini leur service, ils prennent un bain-douche dans un cabinet voisin de l'étuve et passent dans la pièce où ils ont laissé leurs habits de ville qu'ils revêtent avant de sortir. Cela se fait avec ponctualité, une rigueur et une conviction véritablement médicales. Les étuves sont à la disposition de tout le monde et leur emploi est gratuit. On peut le demander de vive voix, par la poste ou par le téléphone, dans les mairies, les postes de police et les stations de désinfection. Le moyen le plus expéditif consiste à s'adresser par le téléphone à l'établissement de la rue des Récollets.
La désinfection des appartements présente plus de difficultés. On se sert d'habitude, avons-nous dit, de la solution de bichlorure de mercure au millième ; elle détruit tous les germes, n'altère ni les étoffes, ni les papiers de tenture, elle n'a aucune action sur les murs blanchis à la chaux, ni sur les enduits à base métallique ou terreuse.
f^es solutions doivent être employées chaudes et leur température
(1) En 1891, M. A.-J. Martin communiqua à la Société de médecine publique le résultat d*une inspection qu'il avait passée de ces établissements et duquel il résultait que pas un ne présentait les garanties nécessaires (Séance du 27 mai 1891) (Revue d'hygiène^ 1891, t. XIII, p. 49). — En 1892, le D^ Deschtmps fut chargé d*une mission semblable par le Conseil d'hygiène et de salubrité Je la Seine et arriva aux mêmes conclusions que M. A.-J. Martin (D** Eugène Deschamps, Rapport sur la réglementation de la désinfection par Vindwtne privée.
calculée de façon à ce qu'elles aient au moins 40 degrés, en arrivant au contact des surfaces à désinfecter. Il est même bon de les faire précéder d'une pulvérisation d'eau chaude simple pour ramollir les germes desséchés. Il faut détruire ces germes sur place et sans les mettre en mouvement. Pour cela on commence par laisser le local fermé pendant quelques heures afin que les poussières se déposent sur les meubles et le plancher. Il est alors possible de les recueillir à Taide de précautions que nous allons faire connaître en indiquant comment procèdent les agents du service municipal qui ont acquis, à cet égard, toute l'habileté désirable.
Lorsqu'ils arrivent sur le lieu où ils doivent opérer, ils commencent par revêtir leurs blouses et leurs vêtements de travail ; puis ils entrent avec précaution dans l'appartement; ils commencent par en mouiller le plancher, puis ils y étendent un grand drap de toile forte imbibé de la liqueur désinfectante. Ils y ramassent, sans mouvements violents, les vêtements tels que les fourrures, les objets de literie, les tapis, les rideaux et les tentures qu'on peut enlever sans mouvement. Ils en font un paquet qu'ils envoient à l'étuve. Les linges trop souillés sont plongés dans la solution désinfectante.
Les objets qui ne supportent ni l'immersion ni l'étuyage sont désinfectés au pulvérisateur à main. Il en est de même des objets en cuir, chaussures, valises, etc. Pour les cadres, les tableaux, les dorures, on les lave avec précaution à l'aide d'un linge imbibé de la liqueur antiseptique. Les meubles précieux, les objets d'art sont traités avec plus de soin encore.
Les meubles en bois sont essuyés avec des linges imbibés de solution désinfectante. Les coussins, les oreillers de plume, les traversins sont défaits. L'enveloppe est plongée dans la solution désinfectante, le contenu est lavé de même puis séché.
Les lits en bois sont lavés au sublimé, en faisant pénétrer la solution dans les joints et les moulures comme s'il s'agissait de détruire les punaises. Les parties usées ou vernies sont passées ensuite au tampon huilé. On fait de même pour les sommiers. Les lits en fer sont démontés et envoyés à l'étuve. Les tables de nuit sont lavées à la solution de sublimé.
Les ustensiles de cuisine, la vaisselle, les couverts sont plongés dans l'eau bouillante. Les chiffons, vieux papiers, jouets d'enfants, la paille, les vieux bois sont brûlés dans une des cheminées de l'appartement, en même temps que les linges ayant servi aux lavages désinfectants.
Lorsque Tappartement est débarrassé de tout son contenu on procède à sa désinfection méthodique qui doit se faire pièce par pièce. On se sert pour cela de la solution de sublimé au millième qu'on projette successivement sur le plafond (1). Les murs, les boiseries, les portes, les fenêtres,
(1) En Allemagne, on ne désinfecte pas le plafond; on suppose que les microbes n*y adhèrent pas. C'est peut-être montrer beaucoup de contlance. (J. Arnould, La déftinfection ptiblique, Paris 1893, p. 21 2j.
les parquets, à Taide d'un pulvérisateur Gencste et Herscher ou simplement avec une pompe de jardin. Dans certains cas, on se sert de lavettes, de brosses à main, de pinceaux, d'épongés, etc. Ces lavages ne sont possibles que sur les murs peints ou vernis, quand il s'agit de tentures ou de tapisseries il faut avoir recours au pulvérisateur. Il est parfois nécessaire de gratter les plâtres et les murs avant tout lavage et toute aspersion désinfectante. Lorsqu'on a achevé le lavage antiseptique du parquet par lequel on doit terminer l'opération, on laisse la pièce ouverte de façon à ce qu'elle sèche promptcment et puisse être bientôt réoccupée.
On procède de même à l'égard des autres pièces puis on désinfecte les éviers, les évidoirs, à la lessive de soude et à la brosse, puis à la solution de sublimé en terminant le tout par une chasse d'eau. Les cabinets d'aisances sont désinfectés comme les autres pièces et on projette une solution forte dans la cuvette. La fosse doit être également désinfectée. L'antiseptique qui convient le mieux est le lait de chaux, d'après les expériences de Liborries, de Sfechl, de Kitasato et Phehl, de MM. Richard et Chantemesse. 11 suffit, d'après ces derniers, de mêler 2 p. iOO aux matières de la fosse pour détruire les bacilles typhiques et cholériques (i).
Nous avons décrit en détail la désinfection d'un appartement parce que cette opération est celle qui exige le plus de précautions et de délicatesse; nous avons à peine besoin d'ajouter qu'on doit se conformer aux mêmes principes et procéder de la même manière lorsqu'il s'cgit de désinfecter des salles d'hôpital, des écuries, des étables, des voitures, des wagons, ou bien encore d'appliquer les règles de la police sanitaire aux navires, aux chargements, aux passagers et aux lazarets, ainsi que nous l'avons apposé dans le précédent paragraphe.
Nous avons dit précédemment que les solutions antiseptiques, même celles de bichlorure sont inoffensives pour les mobiliers, comme pour les habitants des logements désinfectés. En est-il de même pour les ouvriers chargés de ce travail ? La désinfection d'un appartement demande de deux à trois heures et, quand on se sert de la solution de sublimé, les employés vivent pendant tout ce temps dans une atmosphère saturée de ce liquide et respirent à pleins poumons la petite pluie fine que produit le pulvérisateur, lis absorbent par conséquent une certaine quantité de bichlorure de mercure.
A diverses reprises, on a signalé chez eux de légers accidents mercuricis auxquels on n attachait pas d'importance; mais au mois d'octobre 1895, M. Navarre en fit Tobjet d'une communication au Conseil municipal. Il avait prié le docteur A.-J. Martin de procéder à une enquête ; mais celui-ci se trouvant malade, c'est le conseil de perfectionnement du service de la désinfection qui s'en chargea. Le rapport lu le 2 novembre 1895(2),
(1) Richard et Chantemesse, Désinfection f/es matières fécales au moyen du lait de chaux [Revue d'hygiène, 1889, t. VI, p. 641).
(2) Procès-verbal de la séance da 2 novembre 1889, discaté et approuvé le 9 novembre {Bulletin municipal officiel, du 23 novembre 1895, p. 2.929).
ARTICLI m. — Différences indiTidnelles 52
§ I". — Ages 52
\. — Enfance 53