‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 14 sur 141 · ARTICLE II. - LA POPULATION · texte numérisé non relu

ARTICLE II. - LA POPULATION

La démographie est, suivant l'heureuse expression de M. Arnould, la comptabilité de l'hygiène. C'est la sanction suprême de nos études et de nos efforts, puisque d'un côté elle établit le bilan de nos richesses vitales, de notre avoir, et que de l'autre elle compte nos pertes, c'est-à-dire les coups frappés par la mort contre laquelle lutte l'hygiène. Lorsque nous croyons avoir trouvé le moyen de protéger l'humanité contre un des fléaux qui la déciment, c'est la démographie qui juge en dernier ressort l'efficacité du moyen employé ; son instrument principal, la statistique, nous donne la mesure exacte du progrès accompli, du service rendu à Thumanité.

On a contesté la valeur de la statistique en médecine et surtout en thérapeutique ; jamais on ne l'a fait pour l'hygiène et cela se conçoit. La pathologie compare des unités qui ne sont pas de même nature, il n'y a pas deux cas de maladie identique ; leur gravité varie avec Tàge, le tempérament du malade, les circonstances dans lesquelles il se trouve placé. Elle change d'une épidémie à l'autre. Enfin et c'est là surtout l'objection principale, les statistiques portent sur un trop petit nombre de cas.

(1) Zambaco Pacha, Communication sur les lépreux de la Bretagne en 1892 (Bulletin de l'Académie dr médecine, séance du 23 août 1892, t. XXVIII, p. 300). — La survivance dr la lèpre m France, (extrait de la Gazette médicale (fOrient^ 1894).

L'ESPÈCE HtlMAINË.

Lorsque la médecine a voulu sortir de rincohérenee et du vague des théories pour se rapprocher des sciences exactes, elle a tout naturellement adopté leurs procédés et voulu se rendre compte, par le calcul, de Tefficacité de ses méthodes ; mais la statistique n*a pu lui donner que des résultats trompeurs. Quand Técole de Louis basait ses jugements sur une centaine de guérisons par exemple, on pouvait les attribuer à une série heureuse, à une phase de bénignité de la maladie observée. En hygiène, il n'en est pas ainsi. Lorsqu*une grande ville voit sa mortalité diminuer d'un quart après l'adoption de mesures d'hygiène bien entendues, telles que la suppression de ses cloaques, la réforme de ses égouts ou la distri-' bution d'une eau de bonne qualité à ses habitants, il n'y a pas de contestation possible ; les conditions du problème sont. bien posées. Elles sont restées les mêmes pour la population, sauf sur le point visé par l'hygiène ; la diminution de la mortalité est incontestablement due aux mesures prises et leur valeur est sanctionnée par la loi des grands nombres.

La démographie est le juge de l'hygiène ; mais celle-ci ne doit pas Tabsorber tout entière, et ne doit lui emprunter que les éléments qui lui sont nécessaires et qu'elle peut utiliser. Le recensement et le mouvement des populations sont essentiellement de son ressort et. nous allons nous en occuper.

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