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VL — CARACTÈRES DES RACES DANS LEURS RAPPORTS

AVEC i/hYGIÈNE

Les différences que les races humaines présentent entre elles et qui peuvent intéresser l'hygiène tiennent à leur organisation physique, à leurs facultés intellectuelles, ainsi qu'à leur force de résistance et à leurs aptitudes morbides.

L Caractères de l'ordre physique. — En étudiant Tethnogénie de la France, nous avons déjà constaté des différences considérables entre les éléments qui ont constitué sa population. Les hommes du Nord, avec leur haute taille, leur charpente robuste, leur peau blanche et glabre et leurs cheveux blonds, nous ont offert un contraste frappant avec les races du Midi, au teint brun, aux yeux noirs, élégantes et gracieuses dans leurs petites proportions. Il ne s'agissait pourtant là que de familles appartenant au même type primitif, le type caucasien, la distance est bien plus grande encore lorsqu'on compare entre elles les races fondamentales.

Parmi les caractères qui les distinguent, les plus saillants, ceux qui ont servi de base aux principales divisions des nomenclatures, ne sont pas ceux qui ont le plus d'importance au point de vue de l'hygiène. La couleur de la peau, la teinte et la nature des cheveux n'ont guère d'ih térèt pour elle que dans leurs rapports avec les tempéraments. Les éléments sanguin et lymphatique prédominent chez les races du Nord au

{\) Voyez, pour l'éniimération de tous ces éléments ethnologiques et l'histoire de leurs migrations, G. LAGNEAr, Anthropologie de la France^ Paris, 1879.

toiiit vermeil, aux cheveux blonds, à la peau blanche, tandis que le tempt^rament nerveux et la constitution bilieuse se remarquent surtout chez les peuples bruns du Midi. Au point de vue qui nous occupe, les caraolères physiques véritablement importants sont tirés de la taille et de la force musculaire.

i« Lti Ttiiffe. Klle présente des écarts considérables et varie presque de moitié. De Quatrefages a dressé le tableau de la taille dans les divers groupes humains. On y voit figurer les Esquimaux et les Boschimans aviMî une taille d'un mètre, et à l'autre extrémité les insulaires de Schiffer et de Tonga-Tabou qui atteignent à 1°',930. Hàtons-nous de dire que ces géants et ces nains sont de très rares exceptions, que les tailles extrêmes ne se rencontrent que chez les peuplades encore sauvages et qui habitent des jmys rapprochés des pôles. Les petites peuplades sont groupées vers le Norti, celles de haute stature habitent l'extrémité sud de l'Amérique méridionale et quelques îles de l'Océanie.

En Euri>pe, la taille moyenne de Thomme oscille entre i",60 et 4°>,70. PiMir la France, de (Juatrefages donne les chiffres suivants : minimum l"»,MU : taille moyenne des ouvriers français. i^.GoT ; français du Nord, l"\(U>5; fnuiçais des classes aisées. l".G8i. Leiut donne pour moyenne gt^iérale l"\i>57 à «W ans. Les princi^^ux documents relatifs à la taille pn>viennont des o^K'rations du rtvrutement de l'armée. Ils prouvent que de 1814 à 18<>8, époque à laquelle le minimum de taille était de i'^.SG, le iionibn' des hommes rofust*s pour défaut de taille a >'arié de 1.081 (année 1847' À îWtî (année I8I>8) pi>ur lO.lKH). Si Ton compare les deux périodes quinquennales du commencement et de la fin de cette série on trouve que dans le ov>urs de la pr^Muièrt* (184H848 inclusivement), la moyenne annuelle des hommes exemptés (K>ur défaut de taille a été de 896 pour lO.iHHW't (vendant la stvonde I8l>448l)8 inclusivement) de 615 seulement, o\^t-4-^iir^^ de pnt*s d'un tiers en moins (l . Cela ne prouve pas que la Uille s^* SiMt elevtv ohei nous, mais st^uîf^ment qu'elle s'égalise par le otivist^ment dt^ differ^Mits gtinqH^.

l.<^ o(vnitions du nvnitement nous ilonnent légalement la proportion dos homnu^ de luute L^ille. l^^neau donne le tableau des recrues avant AU moins 1 '\7\ti taille de cuirassier^ sur un contingent de 10.000 hommes, de JSiU» À ISVO, et il a tr^^uxe que Ia pn^jv^rtion variait de 1.360 départemoul du IVnit^^ à ^Ut^ vdojvirtt mont de U Haute-Vienne). Il est inutile de dir^^ ^;xit' le> hvMumes de liante taille aiV|\ârtiennent aux déparlements du \orvl et de l Kst. et que les jvtiîs >^^Kifc;> v>nt rvcnités dans ceux de l\Hu>î «M du Mîdî, i>ÎA > t vj^Uque |VAr U .iifït n*mv «ie leur origine. Les pïvm;or< de>^vad<'uî .it^ tavvs o rm,t:nt"^: vv M^nt K*s enfants des Belges, do> KrAïu^x dos \ormAn.:>. v;u; vMU rt^fv^.!*; W i>ltes vers Tlhiest : les Auîn^s ;vv\;x nu:nt de ivî:e oU mu rt^ xv^rv^:. ainsi qoo des Ibères et des l.\j:tm> qui euîont, \vmwe iu>;;> îAx^^ns \u. K>AiK\>op plus peUts.

L'ESPÈCE HUMAINE. Ll

Ce n*est pas toutefois une pure affaire de race. Villcrmé a dit que la taille des hommes s'élevait avec la richesse du pays, Taisance générale, la bonne qualité de la nourriture et la salubrité des logements, tandis que la misère, les fatigues, les privations endurées pendant Tenfance et la jeunesse produisaient les petites tailles et retardaient la croissance (1). Cette conclusion est sans doute excessive et la race l'emporte encore sur le genre de vie ; mais il faut tenir grand compte de celui-ci. 11 suffit pour le constater de parcourir la Bretagne et de comparer les populations des villages pauvres et encore à demi sauvages des montagnes d'Arez avec cc^lles qui habitent le littoral et vivent dans Taisance que le voisinage de la mer procure à ceux qui rapprochent.

2** Force musculaire, — La vigueur* est en général en rapport avec la taille et le poids ; ce n'est cependant pas une règle absolue, et certaines races du midi rachètent par le développement harmonique et les heureuses proportions de leur système musculaire, ainsi que par son énergie fonctionnelle, ce qui leur manque du côté de la masse.

La force musculaire est encore plus fortement influencée que la taille par le genre de vie et par l'exercice. Les peuples qui vivent d'aliments végétaux ont moins de vigueur que ceux qui se nourrissent de viandes. Les Indiens, les Chinois sont débiles parce qu'ils, vivent surtout de riz. Les sauvages qu'on regarde comme le type de la force physique sont de beaucoup inférieurs aux Européens. Pérou est un des premiers qui ait fait sur eux des expériences avec le dynamomètre. Les naturels de Timor, de la Nouvelle-Hollande, de la terre de Van-Diemen n'ont jamais pu faire aller Taiguille au-delà du 60* degré et la moyenne des observations a été de 59''«,6, tandis que les hommes de l'équipage allaient en moyenne à

D'api*ès Mackensie, Lewis et Clark, les indigènes de l'Amérique offrent la même infériorité. Les marins ont souvent l'occasion de constater le même fait. Je l'ai pour ma part vérifié maintes fois à Madagascar et j*étais surpris de l'aisance avec laquelle nos petits matelots bretons terrassaient des malgaches de haute taille et d'apparence vigoureuse, lorsqu'ils luttaient avec eux.

L'influence de la nourriture sur la somme de travail musculaire qu'on peut fournir est tout aussi bien démontrée pour les races européennes. On en a eu maintes fois la preuve^ dans l'industrie. Dans les forges do Tain, on a pu obtenir des ouvriers, en les nourrissant de viande, un travail qu'ils ne pouvaient pas produire avec un régime végétal. Il en a été de même dans ^^xpérience comparative qui fut faite entre les ouvriers français et les ouvriers anglais, lors de la construction du chemin de fer de Paris à Rouen. Au début, les anglais fournissaient une somme de travail notablement plus forte que les français. On supposa que cela tenait à la

(l; ViUJiRMKf Annales fi'ht/yiène et de méde.ine létjale^ l»**^ série, T. 182P, t. I p. 385.

il TRAITÉ D'HYGIÈNE PUBLIQUE ET PRIVÉE.

différence du régime. La ration des premiers se composait de 660 grammes de viande, de 550 grammes de pain blanc, de 4,000 grammes de pommes de terre et de deux litres de bière. On donna la même ration aux ouvriers du pays et ils produisirent la même somme de travail que les autres.

Les paysans qui mangent très peu de viande, ne peuvent pas travailler comme les ouvriers des villes qui se nourrissent mieux; ils ont moins de force, moins de résistance à la fatigue et autres causes de maladies. Les plus débiles de tous sont les pauvres paysans bretons dont je parlais tout à l'heure qui vivent de pommes de t/îrre, de légumes et de bouillie de sarrasin, avec un peu de beurre, de lait et du lard de temps en temps.

Le climat a aussi son influence. Plus il est chaud et plus il est débilitant. Les européens dans les colonies ne sont capables d'aucun travail fatigant et ne peuvent pas cultiver le sol. « J'ai fait, dit Coulomb, » exécuter de grands travaux à la Martinique par des troupes ; le ther- » momètre y était rarement au-dessous de t^O degrés ; j'ai fait exécuter )) en France, les mômes genres de travaux par les mêmes troupes et je » puis affirmer que, sous le 12^ degré de latitude, où les hommes sont » presque toujours inondés de leur transpiration, ils ne sont pas capables » de la moitié d'actiooi journalière qu'ils peuvent fournir dans nos » climats (1) ». Le fait a été si bien reconnu depuis qu'on ne fait plus travailler les troupes dans les colonies.

Quant à l'influence du genre de vie, des exercices, il esta peine besoin de la signaler. Le système musculaire est celui que le travail développe le plus rapidement et que l'inaction atrophie le plus vite. On sait ce que peut rcntraînement pour augmenter la force. Les athlètes l'ont prouvé dans l'antiquité, comme les hercules et les lutteurs de nos foires le font aujourd'hui. L'exercice développe à volonté le groupe de muscles sur lequel on le fait porter.

Pour en revenir aux races, c'est la blanche qui l'emporte sur les autres, parce qu'elle réunit tous les éléments nécessaires pour lui assurer cet avantage. A la supériorité de son type, elle joint le bénéfice d'un haut degré de culture et des conditions hygiéniques excellentes.

H. Facultés intellectuelles. — Sous le rapport intellectuel et moral, la supériorité est encore du côté de la race blanche. C'est elle qui est parvenue au plus haut degré de civilisation. Toutes les grandes découvertes sont son œuvre. Les lettres, les sciences, les arts lui doivent tous leurs progrès. La race jaune, qui est entrée bien longtemps avant elle dans les voies de la civilisation, a atteint un niveau au-dessus duquel elle ne s'est pas éhîvée. Elle est aujourd'hui ce qu'elle était au temps de Confucius. Les changements qui s'y sont produits ont été le fait de son

(1) Coulomb. Mémoires de l'Institut, l"** clas!?a. t. II, 149.

contact avec la race blanche dont elle a, quoiqu'à regret, accepté quelques-unes des innovations.

La race noire est encore inférieure. Les spécimens les plus dégénérés de Tespéce humaine lui appartiennent et, quoiqu'elle ait eu de tout temps le contact de la race blanche, elle en a beaucoup moins profité que les peuples de TOcéanie, avec lesquels les Européens ne sont en rapport que depuis trois cents ans.

C'est à la race blanche qu'appartient la suprématie. Mieux douée que les autres, mieux armée qu'elles dans la lutte pour l'existence, elle les refoule, les détruit ou les absorbe, et marche ainsi peu à peu à la conquête du monde. Elle a déjà envahi l'Amérique tout entière, et les habitants primitifs de ces contrées immenses n'y sont plus représentées que par quelques tribus restées à l'état sauvage et qui s'amoindrissent de jour en jour. La même substitution s'opère on Australie; les colonies européennes y prospèrent à merveille et les populations primitives s'éteignent peu à peu sous les coups de la tuberculose, de l'alcoolisme et de la syphilis. La race nègre a jusqu'ici été protégée, par l'insalubrité des régions qu'elle habite, contre les invasions européennes ; mais le nord et le sud de l'Afrique sont envahis et le centre du continent noir luimême est attaqué de tous côtés par les efforts des nations civilisées. La loi fatale qui, partout dans la nature, sacrifie le plus faible au plus fort, cette loi qui nous révolte par son injustice, s'applique à l'espèce humaine comme aux autres. Elle ne s'exerce pas aujourd'hui avec la brutalité farouche d'autrefois. On ne procède plus par le fer et le feu à la destruction des nations vaincues ; mais le fait seul, de l'implantation, dans un pays nouveau, d'une race supérieure à celle qui l'habite, à laquelle elle impose tout naturellement ses mœurs, ses lois et jusqu'à ses vices, cette modification radicale dans son genre de vie suffit pour amener avec le temps la disparition progressive de la population envahie, à moins qu'elle ne se fonde dans la race conquérante à l'aide dr croisements féconds.

On a remarqué de tout temps qu'il y avait un certain rapport entre l'intelligence d'une part, la forme et le volume du crâne de l'autre, et on a cherché à y trouver l'explication des différences intellectuelles qu'on observe entre les races. 11 est certain que dans la série animale tout entière ce rapport se fait remarquer d'une manière générale et que les espèces les plus élevées sont aussi celles qui ont le cerveau le plus volumineux, par rapport à la masse du corps. Le même fait s'observe dans les différentes branches d(> la famille humaine : mais il comporte encore de plus nombreuses (exceptions. DeQuatrefagesadressé le lubleau comparatif des capacités crâniennes des différents peuples, en l'empruntant à Morton, le chef de l'école polygéniste américaine (I). Dans ce

(1) De Ql'ATREkaoes. Intiodwtion nnthropoloyiqup (loc. rit.}, p. 106.

tableau, les nations européennes sont en tête, les Péruviens, les Hottentots, les Australiens figurent à la fin ; mais d'un autre côté, les Chinois, les Indous, les anciens Egyptiens sont placés après les nègres africains et les Peaux-Rouges.

Il en est de même de la forme de la tête. Le prognatisme de la face ne s^observe que chez les races inférieures, chez les peuplades dégradées de TAfrique et de TAustralie ; l'ouverture de Tangle facial est d'une manière générale en rapport avec l'intelligence et l'élévation de la race. La forme du crâne a également son importance et le rapport du diamètre transverse avec le diamètre antéro-postérieur, rapport qu'on désigne en anthropologie sous le nom à' indice cèphalique, est également à prendre en considération. Toutefois, il ne faudrait pas attacher trop d'importance à ce dernier caractère. Broca a déterminé Vindice céphalique de la plupart des peuples et les a divisés sous ce rapport en cinq classes : Les dolichocéphales qui ont de 71,40 à 74,63 pour indice céphalique; 2** les sotA^ dolichocéphales dont l'indice céphalique va de 75,01 à 77,62 ; 3" les mésaticéphales qui vont de 78,12 à 79,56; 4** \es sous bracht/céphales dont l'indice céphalique va de 80,25 à 82,93 ; 5° les bracht/céphales qui vont de 83,51 à 85,95.

Ce tableau présente entre les différentes races les rapprochements les plus inattendus. On voit figurer, dans la première classe, à côté des Français de la période quaternaire, des Esquimaux du Groenland, des Australiens, des Hottentots, des Cafres, des Nubiens, etc. La sexîonde comprend des Français de l'âge de la pierre polie et de l'âge du fer, eo même temps que des Papous, desGuanches,des Tasmaniens, des Chinois et des Malgaches. La troisième rapproche les Parisiens des temps modernes des Américains du Nord, des Mexicains, des Roumains et des Malais. La quatrième et la cinquième offrent des rapprochements tout aussi étranges, de telle sorte que ces caractères, précieux pour déterminer la filiation des différents groupes et pour les classer, présentent toujours moins.d'intérôl, lorsqu'il s'agit de prédominance intellectuelle.

m. Aptitudes et immunités pathologiques. — Les différentes variétés de l'espèce humaine présentent sous ce rapport des inégalités frappantes. La race blanche est celle qui possède la plus grande force d'expansion, c'est, avons-nous dit, la race conquérante du globe, celle qui tend à l'occuper tout entier. La nature lui a donné des aptitudes en rapport avec cette mission ; mais toutes les branches de cette grande famille ne la possèdent pas au même degré. Les populations du Nord de l'Europe sont plus sensibles aux influences climatériques que celles du Midi et ont besoin pour se soutenir, d'un confortable plus grand.

Quelques dattes et un peu d'eau suffisent à la nourriture journalière d'un habitant du Sahara, et les Anglais,, dans l'Inde comme en Egypte, ont besoin d'un régime animal substantiel et abondant. Les Européens

s'acclimatent d'autant plus facilement dans les régions intertropicales, qu'ils viennent des contrées plus méridionales. Les Allemands y font très mauvaise figure, les Anglais, les Hollandais n'y résistent pas davantage, tandis que les Espagnols et les Portugais y prospèrent, y ont fondé des colonies où la population se maintient d'elle-même et donnent le jour à des métis viva#es et d'une fécondité durable.

La race noire présente une immunité remarquable au point de vue des grandes endémies tropicales. Le paludisme lui est presque inconnu ; elle échappe à la fièvre jaune, à la dysenterie et à l'hépatite qui accompagne si fréquemment cette dernière. Elle jouit d'une bonne santé, se multiplie et prospère dans ces régions infectées de la côte d'Afrique et de Madagascar, où la race blanche ne peut pas se maintenir. Les nègres peuvent cultiver la terre et travailler sous la ligne. Les noirs des Antilles sont les seuls qui aient résisté, lors de la tentative de percement de l'isthme de Panama. En revanche, ils supportent difficilement les climats autres que le leur, et ne se transplantent qu'avec une extrême difficulté.

La race jaunç a une sphère d'expansion un peu plus étendue. Les Chinois, qui en représentent le rameau le plus important, sont à peu près cosmopolites. Leur pays, plus vaste et plus peuplé que l'Europe, s'étend du 20« au 55*"»* degré de latitude Nord et pourtant il ne leur suffit pas ; ils envahissent peu à peu les contrées voisines ; on les trouve partout en Asie et iis commencent à se répandre dans l'Amérique du Nord avec une activité qui devient inquiétante. C'est par centaines de mille qu'on les compte dans les provinces de l'Ouest. Ce sont les juifs de l'Extrême-Orient. Ils ont les mêmes aptitudes commerciales, la même àpreté au gain, la même habileté à exploiter les populations parmi lesquelles ils se répandent.

Si la race jaune a plus de puissance d'expansion que la noire, elle n'a pas la même force de résistance pour les maladies de son pays. Les Indiens, les Chinois sont décimés par le choléra qui, dans les épidémies, fait proportionnellement beaucoup plus de ravages dans leurs rangs que parmi les Européens qui ne sont pourtant pas chez eux. En revanche, les traumatismes sont mieux supportés pmr la race noire et par la race jaune que par les blancs. Les Chinois et les Cochinchinois sont surtout remarquables par la façon dont ils résistent aux blessures graves et par l'absence presque complète de réaction.

Il est une race privilégiée entre toutes sous le rapport de la résistance vitale et du cosmopolitisme. Ce sont les juifs. Bien qu'infiniment moins nombreux, ils l'emportent pour l'aptitude à la transplantation sur les Chinois eux-mêmes auxquels je les comparais tout à l'heure. Dispersés depuis i.8O0 ans au milieu de tous les peuples et sur tous les points du globe, les Juifs représentent, au physique comme au moral, le phénomène historique et ethnographique le plus étonnant. Ils sont partout restés les

mêmes, gardant leurs traditions, leurs rites, leurs traits, leur nationalité et leur type ; ils ont traversé le monde comme le Uhône traverse le lac de Genève, sans s'y mélanger.

Les Juifs s'acclimatent partout, se multiplient partout et présentent dans tous les pays une mortalité moindre que les autres races qui y habitent. Leur nombre va croissant dans des proportions que n'égale aucune des nations au sein desquelles ils s'infiltrent (1). On les trouve dans toutes les contrées de l'Europe. En Afrique, on les rencontre depuis les Etats barbaresques jusqu'au cap de Bonne-Espérance et depuis la mer Rouge jusqu'à l'Océan Atlantique. Ils sont devenus très nombreux en Amérique et en Australie et partout, ils ont une mortalité moindre, une longévité plus grande que les autres races et perdent moins de monde dans les épidémies. •

Tous les écrivains du moyen-âge ont signalé l'immunité dont jouissaient les Juifs pendant les épidémies do peste du moyen-âge, et ce privilège a souvent été la cause ou du moins le prétexte des plus odieuses persécutions. On les accusait d'être des boute-peste, d'empoisonner les populations, et les malheureux, traqués comme des bétes fauves, n'cjchappaient à la fureur de la multitude que pour tomber entre les mains d'une justice sommaire qui les condamnait impitoyablement au bûcher (2). Fracastor nous montre les Juifs échappant complètement au typhus en 1505. Rau signale la même immunité dans l'épidémie de typhus observée à LanggTens en 1824. Le choléra ne les a pas respectés d'ujie manière aussi complète. L'épidémie de 1831 et de 1832 notamment, s'est apesantie d'une manière particulière sur la race Juive en Europe comme en Afrique On a signalé la facilité avec laquelle ils échappaient aux épidémies de dysenterie et de fièvres intermittentes. Il est probable que tous ces faits n'ont pas été observés avec une rigueur suffisante, mais ils prouvent, dans leur ensemble, que cette race jouit bien réellement d'un privilège au point de vue des maladies épidémiques.

Les Bohémiens se rapprochent des Juifs par U^ur cosmopolitisme et leur résistance vitale. Ce peuple vagabond s'esl répandu dans toute l'Europe, depuis le commencement du XV'' siècJe. On n'est pas complètement fixé sur son point de départ, mais il est à peu près démontré qu'il est Indien d'origine. On ne trouve, dans l'histoire, aucune trace de son émigration ; elle coïncide toutefois avec l'époque où Tiniour-Bey (Tamerlan) dévasta l'Inde (1408-1409). Leur langue, leurs mœurs se rapprochent de celles des Indous, et chacune des nations au milieu desquelles ils ont passé leur ont donné un nom diffén^nt (3).

(1) UOUDIN. Troilé de gèograpkie et de statistique médicale, Paris, 1857, t. Il, p. 137.

(2) Au xiv^ siècle, dans le cours d'une épidémie, ou en brûla 2,000 à llasbourj;, dans l'enceinte de leur cimetière, où on avait dressé un immense èchafaml. A Mayeiicc, 12,0U0 furent livrés aux flammes.

(3) On \€& appelle Hcidenln (idolâtres) en Hollande, Phnraohites en Transylvanie, Tsi-

Los Bohémiens sont répandus dans toutes les parties du monde. Ils habitent TEurope, l'Asie et l'Afrique, depuis plusieurs siècles, et on les rencontre aujourd'hui dans l'Amérique du Nord et au Brésil. Ils échappent au dénombrement par la vie nomade ; toutefois on estime leur nombre à 600.000 ou 700.000. Ils forment plusieurs foyers en Europe. On en compte environ 250.000 en Roumanie, 40 à 50.000 en Espagne, 30.000 en Hongrie, 18.000 en Angleterre. On n'en rencontre qu'un petit nombre en France, en Espagne et en Italie, où ils ne font que passer ; toutefois, il y en a un petit foyer dans les Vosges et un autre dans les Pyrénées.

Cette race est sotM-dolïcocéphale, mais elle présente deux types bien différents : Dans Tun, les traits sont fins, accentués, la face est ovale et le nez aquilin ; l'autre a la forme plus grossière ; les regards moins perçants, les traits allongés. Les Zigeuners des Vosges appartiennent au premier type. Les Bohémiens ont des habitudes qui rappellent leur origine. Ils s'abstiennent de manger les grenouilles, les tortues^ les oiseaux sauvages et surtout les oiseaux de proie. Ils ont horreur de certains poissons tels que la brème rouge, la perche, la lamproie ; en revanche ils ont un goût prononcé pour la chair des animaux morts même quand elle est un peu avancée. Leur sobriété est proverbiale. Ils résistent admirablement au froid et au chaud, ne sont presque jamais malades et jouissent, pour les épidémies, d'un privilège semblable à celui dea Juifs.

Certaines races ont aussi des prédispositions particulières aux maladies. Il ne faudrait pas toutefois exagérer ce caractère. On a dit que les races avaient comme les climats leur règne pathologique spécial ; il n'en est rien. Les grandes maladies, celles qui mettent l'humanité en coupe réglée, sévissent également sur toutes les branches de la famille humaine. La peste et le choléra n'en épargnent aucune, et, dans cette classe, on ne peut citer que la fièvre jaune qui ait une prédilection pour les blancs et dont les noirs soient affranchis. La tuberculose règne partout. La dengue, la grippe n'épargnent personne ; il me serait facile, en continuant cette revue, de prouver que les affections communes à toutes les races sont infiniment plus nombreuses que celles qui leur sont exclusives.

Lorsqu'on se trouve en face d'une de ces exceptions, il faut encore faire la part du climat. Il est certain que la race noire, par exemple, est sujette à des affections parasitaires que ne connaissent pas les blancs; mais cela tient à ce que les germes de ces maladies sont plus répandus dans le sol de leur pays que dans le nôtre. Dans d'autres cas, c'est leur mauvais régime qu'il faut invoquer. Il ne s'agit souvent que d'une observation incomplète. Ainsi, on a pendant longtemps considéré le béribéri comme une maladie exclusive aux Indiens ; mais depuis qu'on les a

gany en Italie et en Hongrie, Zigeuner en Allemagne, Cyganis en Roumanie; les Anglais le» ap()eUent Oypsies^ les Espagnols Gitanos et les Turcs Tschingénes.

transportés en Amérique et notamment au Brésil, on a vu la maladie se communiquer aux nègres comme aux Européens avec une violence qu'elle n'avait jamais atteinte dans son pays d'origine. La maladie du sommeil ne s'est jusqu'ici montrée que chez les noirs de la côte occidentale d'Afrique; mais elle fera peut-être un jour comme le béribéri. L'éléphantiasis, les ulcères ne sont pas davantage une affaire de race. Si la pellagre est une maladie des races méridionales, c'est parce qu'elles mangent du maïs. La maladie hydatique des Islandais ne tient pas à leur race, mais à leur régime : ce sont les poissons dont ils se nourrissent qui la leur transmettent. La trichinose si commune en Allemagne, le taenia dont tout le monde est atteint en Abyssinie reconnaissent des causes analogues. Si la lèpre semble aujourd'hui cantonnée en Suède, dans l'Inde, en Océanie, il ne faut pas oublier qu'elle a jadis régné dans le monde entier, et le D'' Zambaco, dans une enquête récente qu'il a faite en France, en a trouvé des traces incontestables dans le midi de la France et en Bretagne (1).

En résumé, les races, pas plus que les climats, n'ont de pathologie spéciale ; tout se borne pour elles à une disposition très intéressante sans doute pour le médecin et dont il doit tenir grand compte, mais sur laquelle nous n'insisterons pas davantage parce que ces considérai ions sont plutôt du ressort de la géographie médicale que de celui de l'hygiène.

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