‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 23 sur 141 · e i s SS- = g i · texte numérisé non relu

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La mortinalité des garçons remporte sur celle des filles. En France, la proportion est de 482 sur 10.000 pour les premiers, et de 346 seulement pour les secondes.

Les causes de la mortinalalité sont le plus souvent le défaut de soins dans les campagnes, où le médecin est loin, où les sages-femmes sont inhabiles, où les préjugés sont tout puissants, et les enfants succombent en grand nombre pendant le travail. Dans les villes, c'est autre chose ; la plupart des morts-nés illégitimes, dit Bertillon père, sont des infanticides déguisés. Nous reviendrons sur ce sujet au chapitre de l'éducation, quand il sera question de la protection des enfants à la naissance.

t" Mortalité infayitile. — L'enfance est l'âge où la vie est le plus fragile, où Texistence est à la merci de toutes les causes de destruction et où rhygiéne a le plus de puissance préservatrice.

En France, si nous avons peu d'enfants, nous en perdons moins que les autres. Il est vrai que cela ne fait pas compensation. La mortalité des enfants de 1 à 5 ans, n'est chez nous que de 251 p. 4.000, tandis qu'il est des pays comme la Russie et la Groatie-Slavonie où elle va jusqu'à 423. Les pays les plus favorisés sont : l'Irlande qui ne compte que 104 décès de 0 à 5 ans sur 1.000 enfants, la Norvège qui n'en perd que 119 et le Danemark 204. Tous les pays allemands ont une mortalité infantile supérieure à la nôtre. L'Italie et l'Espagne ont des chiffres analogues ^ 1),

Quel que soit le pays dont on étudie les recensements, on constate une disproportion éaiorme entre la mortalité de la première année et celle des anntW suivantes. Elle est généralement trois ou quatre fois plus forte que celle de la seconde qui est elle-même notablement plus meurtrière que la troisième. A partir de ce moment, l'équilibre se rétablit. Glotte diminution progressive se remarque dès la naissance. Le docteur P.-Th. IkMg, directeur de la Statistii^ue Sw'doise^ a publié dans le SttUistisA'-iyih/iri/'f (i8()9, 23*^ fascicule , une étude magistrale sur ce sujet. Dans l'impossibilité de n^pnHluin* ici les nombreux tableaux qu'il a titioés, je me l^ornerai à en indiquer les principaux résultats.

La mortalité mensuelle suit la même marche que la mortalité annuelle. IMus du tiers des enfants qui meurtrit dans leur première année sucoouilu* pendant le prt^mitT mois. La morlalité est trois fois moindre dans le seeonil et diminue rapidement |HMulant les quatre mois qui suivent ; à partir <U» et* moment la deon>issiinoe t^st plus lente. La môme diminution s'opèiv dans les quatrt* pn^mières semaines où la mortalité s'expriuio par les rhiffres suivanl> : Sur 10.000 enfants nés vivants, il en meuii \1*\ le premier mois, el sur ces 475, il y a 211 décès la première semaine^ 1 12 la s«vondt\ Sl> la trxnsième et "k> la quatrième. Enfin, dans celle pnMuièrt» si>maint* si meurlrièiv. le chiffre des morts va diminuant

de jour en jour. Sur 19.000 enfants nés vivants, on en perd 99 le premier jour, et 24 le second, puis la mortalité demeure stationnaire ou décroit lentement jusqu'au dernier jour de la semaine, où on n'enregistre plus que (> décès.

Kn somme, on voit que les chances de mort diminuent rapidement à partir de la naissance jusqu*à Tàge de 10 ou 15 ans. La seconde enfance et l'adolescence constituent la période de la vie pendant laquelle on meurt le moins. Un en a fini avec les maladies du premier âge, et on n'est pas encore aux prises avec les rudes épreuves que la jeunesse et l'âge mur tiennent en réserve.

L'influence du sexe se fait remarquer dès le début de la vie, quoique la différence n'existe encore qu'à l'état virtuel. Dans tous les pays la mortalité féminine est plus faible que l'autre et cela, à tous les âges. En moyenne, la mortalité des petits garçons est supérieure d'un sixième à celle des petites filles. La proportion est de 116 ou 117 p. 100.

Le mode d'allaitement a plus d'influence encore. Richard Bœckh a dressé le tableau statistique des décès pour les deux modes d'alimentation dans la ville de Berlin en 1885. Il en résulte que la mortalité des enfants allaités artificiellement est six" fois, sept fois, ou même dix fois plus forte que celle des enfants nourris au sein de leur mère, et ce résultat est d'autant plus remarquable que ces derniers appartiennent aux classes pauvres, pour une plus forte proportion.

3° Mortalité des adultes, — La mortalité va croissant depuis 25 ans jusqu'à la mort et le nombre proportionnel des décès augmente rapidement à partir de 50 ans. Elle est soumise du reste à toutes les influences qui constituent les bases de l'hygiène : au climat, à la profession, aux mœurs, à la constitution, à l'état de célibat ou de mariage, etc. Parmi ces causes, il en est que nous avons étudiées déjà, et nous aurons l'occasion de les pas..er en revue dans les chapitres qui suivront celui-ci.

IV. Décroissement de la population. — Le mouvement de la population d'un pays se résume dans le rapport des naissances avec les décès. Dans les conditions normales, en dehors des fléaux, tels que les guerres, les famines, les épidémies et dans les pays prospères, le nombre des habitants devrait aller en augmentant, avec l'accroissement du bienêtre et des ressources de tout genre Ce résultat s'est en effet produit pendant bien des siècles et, au commencement de celui-ci, les hygiénistes émettaient encore comme un axiome que le chiffre de la population d'un pays se réglait sur la quantité de» substances alimentaires dont il disposait

Malthus, en partant de celte donnée, avait édifié sa doctrine (h» la contrainte morale. 11 admettait, comme démontré, je ne sais d'après quels calculs, que la population croissait suivant une progression géométrique, tandis que les subsistances n'augmentaient que suivant une progression arithmétique. La misère, les privations des classes pauvres

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■iO TRAITÉ D'HYGIÈNK PUBLIQUE ET PRIVÉE.

élîiient, d'apros lui, la cons(!^quence do celle disproportion à laquelle les guerres, les famines, les épidémies venaient, de t(»mps en temps, apporter un remède momentané, en rétablissant l'équilibre. Il fallait donc, d'après lui, restreindre les mariages et par conséquent les naissances, afin de ne pas alimenter Taccroissement dangereux de la population.

Comme ces doctrines sont loin de nous et quel démenti cruel leur a donné rexpérience ! Nous avons acquis, à nos dépens, la preuve que le bien-être, l'abondance des produits alimentaires ne suffisent pas pour assurer le développement des familles et qu'il serait plus exact do dire que l'accroissement de la population d'un pays est en raison inverse de sa richesse et de son degré de civilisation. Dans presque tous les pays de TEurope, les subsistances abondent aujourd'hui : les famines, les disettes mémo appartiennent à l'histoire. Partout les ouvriers et les paysans se nourrissent mieux qu'ils ne le faisaient autrefois. Depuis le commencement du xix** siècle, les pays civilisés ont cessé de souffrir de la faim et partout Taccroissement des populations se ralentit. Gettc^ arrêt est très remarquable en Angleterre; quant à la France il y a longtemps déjà que le mouvement a commencé à se produire et maintenant ce n'est mémo plus un temps d'arrêt, c'est un recul de plus en plus accentué.

La cliute a été rapide et de plus en plus accélérée comme celle des corps qui tombent dans l'espace. Au commencement du siècle, la population augmentait en moyenne, par an, de 6,02 sur i.OÔO habitants. En 1879, l'accroissement n'était déjà plus que de 3,34 sur 1.000. D'après le dénombrement de 1880, il n'était plus que de 2,85. J'annonçais alors que l'arrêt complet ne tarderait pas à se produire (1). Ijes choses ont encore marché plus vile que je ne le croyais. Le recensement de 1891 n'a constaté qu'une augmentation de 124.289 habitants sur celui de 1886, soit 24.837 par an, c'est-à-dire pour une population moyenne de 38.281.047, un accroissement de 0,6o p. 1.000. Cet accroissement n'était lui-même, que la moyenne des cinq années ; car, pendant celle qui a précédé le recensement, les décès l'emportaient déjà sur les naissances. En 1890, l'excédant était de 38.446, il a été de 10.505 en 1891 et de 20.041 en 1892. Ainsi, en trois ans, il y a eu "68.992 décès de plus que de naissances, ce qui donne un excédant de mortalité de 22.977 par an, soit un déchet de 0,6 p. 1.000.

Où s'arrêtera cette» décadenei» ? On n'ose pas y songer. Et, pendant ce temps là, les nations rivales continuent à s'accroître, dans une proportion nioindre (jue par \c pass<* sans doute, mais qui n'en demeure pas moins inciuiélanle. Sous Louis XIV, la population de la France représentait les deux cintjuièmes de celle de l'Europe ; en 1815, elle n'en atteignait plus que le cinquième ; aujourd'hui c'est à peine si nous

(\ Jules HociiARD. La dci'Opuldtwn tic la France. (x)nfércncc faite à la Sorbonne le 22 janvier ISS7 [liiiUctin hrix/orfiaffaife 'ic rA^^^O'^iatiofi scientifique dr France^ N'« 36 a 'MV2, p. a:2^».

arrivons au dixième et si cela continue nous serons tombés dans cinquante ans au septième ou au huitième rang ; nous serons relégués parmi les petits Etats avec lesquels on ne compte plus.

Notre chute serait plus rapide encore si les étrangers ne venaient pas combler en partie les vides que creuse parmi nous Finsuffisance de la natalité. Leur nombre augmente sans cesse et l'immigration est d'autant plus active que la population indigène devient plus insuffisante. Ils sont attirés chez nous par la beauté du climat, la richesse du pays, les salaires plus élevés, et la vie facile ; mais ils constituent parmi nous un élément hostile et dissolvant. Ils n'ont ni les mêmes intérêts ui les mêmes sentim<mts que nous ; ils restent fidèles à leur pays et nous ne pouvons pas les en blâmer ; mais ils deviennent un danger en temps de guerre comme pendant les troubles civils et nous en avons eu la preuve en 1870, comme en 1871.

L'état de choses qu<' je viens de retracer constitue un véritable péril social sur la gravité duquel il serait imprudent de fermer les yeux. On a beaucoup discuté sur ce sujet, dans les sociétés savantes, j'en ai fait moimême l'objet de plusieurs conférences et j'ai été, à l'Académie de Médecine, le rapporteur de la commission qu'elle avait nommée à cet effet (1). La question a été envisagée sous toutes ses faces ; mais ces efforts n'ont abouti à aucune mesure ; ils n'ont même pas ému l'opinion, tant nous en sommes arrivés en France à l'insouciance du lendemain.

Je m'écarterais complètement du plan que je Fne suis tracé, si je reproduisais ici les discussions auxqu(îlles je viens de faire allusion. Ces questions d'économie sociale no sont pas du ressort de l'hygiène. Le seul côté qui l'intéresse est celui qui a trait aux moyens de diminuer la mortalité, car la natalité lui échappe d'une façon presque complète. Toutefois, il lui appartient de réagir par une éducation mieux dirigée contre la faiblesse et la nervosité des jeunes gens des deux sexes, et de combattre les dispositions fâcheuses qui entravent souvent la reproduction dans les jeunes ménages si souvent stériles aujourd'hui, malgré la bonne volonté des conjoints.

Si l'hygiène est désarmée quand il s'agit de la natalité, si elle est impuissante à faire naître, elle peut tout au contraire quand il s'agit d'empêcher de mourir. Elle peut, elle doit protéger l'existence depuis la vie intra-utérine jusqu'à la mort ; mais pour énumérer les circonstances dans lesquelles 'elle doit intervenir, il faudrait reproduire ici la table de ce livre tout entière.

(1) Jules UocHARD, Rapport sur le faible accroissement de la population en France, au num d'une commission composée de MM. Brouanlcl, Th. nousscl, Roger, Gueniol, Javal, I^agiieau et J. Rochard [Bulletin de V Académie de Médecine^ séance du 11) mars 1891, f. XXV, p. 367).

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