‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 25 sur 141 · AGES · texte numérisé non relu

AGES

Tout, dans la nature, naît, se développe et meurt depuis les mondes, dont l'évolution se mesure par des myriades de siècles jusqu'aux êtres inférieurs dont l'existence est éphémère.

L'organisme animal ne connaît ni halte ni repos ; il ne se maintient que par des échanges continuels avec le monde extérieur ; il subit une perpétuelle métamorphose, qui s'opère à l'aide de transitions insensibles. Les phases successives que le corps humain traverse ont permis de diviser l'existence en un certain nombre de périodes qu'on désigne sous le nom d^iffes.

Comme ces divisions sont arbitraires, on en a proposé un grand nombre. La plus simple, la plus pratique est celle de Daubenton (1) que Michel Lévy a adoptée. Elle comprend : 1*» Yenfance qui s'étend de la naissance à la puberté : 2** V adolescence qui se prolonge jusqu'à 20 ans ; 3<» la jeunesse qui va de 20 à 30 ans ; 4° l'âge viril qui dure jusqu'à 45 ans ; 5** l'âge de retour qui finit à 60 ; 6° la vieillesse qui s'étend jusqu'au terme de la vie. il est juste d'y adjoindre, comme le fait M. Hallopeau, la vie intra-utérine, sous le nom (\q période embryonnaire ei fœtale. Sauf cette dernière dont la naissance» marque nettement la fin, les périodes de la vie ne sont séparées par aucune ligne de démarcation tranchée. Toutefois, chez la femme, la puhertô est signalée par Tapparilion des règles et la ménopause par leur disparition.

En réalité, l'exislence humaine ne comporte que deux phases, l'une d accroissement, l'autre de déclin ; mais le moment de l'apogée n'est le même ni pour tous les individus, ni pour toutes les fonctions. L'agilité, la souplesse déclinent avant la force musculaire ; la vue s'affaiblit avant

^1) 1)AUBE.NT0N, LcçoHs pro/'essées aux écoies normales^ t. VIII, p. 2^4.

les autres sens. Dans l'ordre intellectuel il en est de même ; la mémoire, rimagination, la faculté d'apprendre diminuent, alors que le raisonnement, la juste appréciation des hommes et des choses se développent encore.

Tous les hommes n'arrivent pas au môme âge à la période de déclin. Il y a des vieillards de trente ans et de jeunes sexagénaires ; mais ces deux types extrêmes sont rares et, pour la majorité des hommes, il y a un fond de vie à peu près le même qu'ils sont libres d'économiser ou de gaspiller. Chaque âge a ses aptitudes fonctionnelles et ses prédispositions morbides. Dans l'enfance, elles se portent vers la tête, dans la jeunesse, vers la poitrine, dans l'âge mur et la vieillesse, vers Tabdomen.

I. Elnfance. — Nous n'avons pas parlé de la vie intrà utérine, parce que l'hygiène de l'embryon et du fœtus se confondent avec celle.de la mère. A la naissance commence l'hygiène individuelle. C'est l'âge où Factivité plastique est au summum où l'impressionnabilité des appareils donne aux maladies une prise facile.

Le premier conflit du nouveau-né avec le monde extérieur commence la série des épreuves que lui ménage la vie. Sensible à toutes les influences de ce milieu nouveau, il est sans force pour réagir contre elles ; aussi subit-il, pendant les premiers jours, une mortalité excessive. il a tellement besoin de soins, que cette mortalité peut diminuer de plus de nnoitié, lorsqu'il est l'objet d'une sollicitude éclairée. Cette phase dangereuse a pour limite le moment où les changements qui marquent le passage de la vie fœtale à la vie extra utérine sont accomplis. Cette première épreuve subie, les chances de mort de l'enfant vont en diminuant jusqu'à l'adolescence.

Les transformations que subit Torganisme pendant l'enfance, ont conduit les hygiénistes à y établir des subdivisions. Halle a adopté les suivantes : la premier*^ enfance [infantid] qui s'étend jusqu'à la seconde dentition ; la seconde enfance (jiueritia) qui va de la seconde dentition à la puberté, c'est-à-<lire en moyenne de 7 à 14 ans.

La première enfance rencontre à son début deux écaeils : l'allaitement et le sevrage, deux maladies spéciales, l'athrepsie et la diarrhée infantile. La première dentition vient ensuite avec les accidents qui l'accompagnent. C'est l'époque de la diphtérie, des affections aiguës des voies respiratoires et des fièvres éruptives, l'âge où le rachitisme apparaît, où les premières manifestations de la tuberculose se montrent sous forme de méningite ou de carreau. La seconde enfance est moins difficile à traverser ; les fièvres éruptives et la diphtérie deviennent plus rares, la tuberculose attaque plus volontiers les ganglions lymphatiques et les articulations. C'est Tâge des épistaxis et de la chorée.

H. Adolescence. — La puberté est signalée par l'entrée en fonctions

de Tappareil génital jusqu'alors rudimentaire et silencieux. C'est la dernière des transformations importantes que subit l'organisme dans sa marche ascendante. Elle se traduit, dans les deux sexes, par une croissance plus rapide, par Télargissement diï thorax, un changement notable dans la physionomie et l'apparition des poils du pubis. Chez l'adolescent, le duvet fait place à la barbe, les cheveux brunissent, le larynx se développe, la glotte s'élargit, s'allonge, la voie mue et prend le caractère incertain, les intonations fausses qui servent de transition entre le timbre de l'enfance et celui de l'âge mûr. A la suite de cette évolution, elle a baissé d'une octave. En même temps, les organes génitaux augmentent de volume, les érections commencent à se produire et les zoospermes se montrent dans la liqueur séminale. Des changements analogues s'opèrent dans l'ordre moral. Des impressions nouvelles se manifestent et se traduisent par une inquiétude vague, par des désirs d'une intensité extrême chez certains adolescents. Il est rare toutefois que la puberté, dans le sexe masculin, détermine un véritable état maladif.

Elle constitue toujours au contraire une phase critique chez les jeunes filles. La transformation est bien plus importante chez elles que chez les garçons ; elle est en rapport avec l'importance prépondérante du rôle que la femme est appelée à remplir dans la reproduction de l'espèce. Il faut que la nature la prépare à accomplir deux fonctions qui lui sont exclusives, la gestation et l'allaitement; aussi voit-on, à ce moment, les glandes mammaires apparaître et les seins se prononcer. Les hanches se dessinent, le bassin prend de l'ampleur, les organes génitaux se développent, les poils se montrent sur le pubis et l'écoulement menstruel apparaît. Une pareille transformation ne peut pas s'accomplir sans que la santé soit menacée et que le moral s'en ressente. La perturbation est d'autant plus sérieuse que la jeune fille est plus délicate et a été élevée avec plus de sollicitude. C'est l'âge des caprices, des aversions et des enthousiasmes, des tristesses sans causes et des rires sans motif. C'est le moment où la chlorose, les spasmes, les vapeurs apparaissent, c'est également l'âge où les grandes névroses éclatent chez celles qui y sont prédisposées.

III. Jeunesse. — Aucune limite tranchée ne sépare cette période de celle qui la suit ; c'est pendant son cours que le développement s'achève, que le système musculaire acquiert son summum de vigueur et que les dernières épiphyses se soudent. A la fin de cette période, l'homme est arrivé à l'apogée de sa puissance. C'est l'âge du travail, c'est aussi celui de la fatigue et des excès.

La jeunesse est moins sujette que l'enfance aux maladies infectieuses; mais c'est Tépoque d élection de la fièvre typhoïde, celui où la phthisie évolue et se termine par la mort. Les maladies aiguës comme la pneumonie, la pleurésie, le rhumatisme sont communes à cet Age, mais cela

tient plutôt aux influences extérieures qu'à la constitution. La jeunesse est la période pendant laquelle la plupart des femmes deviennent mères pour la première fois, celle où les fonctions utérines ont le plus d'activité et les maladies qui en découlent le plus de fréquence.

IV. Age mûr. — C'est Tépoque de la plénitude de la vie. Les organes ont acquis tout leur développement, les fonctions toute leur activité, les facultés intellectuelles toute leur puissance. A ce moment l'homme est mûr pour la conduite des affaires et pour celle des hommes. Sa situation est faite, sa vie tracée,. et il- a Texpérience nécessaire pour élever ses enfants qui commencent à grandir. C'est le moment où il donne véritablement sa mesure. U a payé son tribut aux maladies aiguës ou contagieuses, mais les affections chroniques commencent à le menacer ; les désordres causés par les excès, par les professions insalubres, les habitudes vicieuses, Tabus du travail intellectuel, se dessinent à cet âge, qui est celui des déceptions, des inquiétudes et des responsabilités.

V. Age de retour. — C'est une phase de transition comme la puberté. Les fonctions commencent à perdre de leur activité, l'embonpoint se prononce, le ventre grossit, les rides se dessinent, les cheveux blanchissent, les dents se déchaussent, et la démarche s'alourdit. Les sens perdent de leur délicatesse, la presbytie s'accuse, la mémoire et l'imagination déclinent. C'est l'âge de la goutte, des calculs, celui des premières attaques d'apoplexie, la période pendant laquelle l'asthme, les maladies du cœur, l'athérome artériel se prononcent.

Pour la femme, c'est l'âge de la ménopause appelée à bon droit Vàge critique parce qu'il se passe rarement sans orages. L'aptitude à la reproduction qui ne fait que diminuer chez l'homme s'éteint chez la femme avec sa manifestation extérieure; la cessaticm des règles est souvent suivie de congestions, d'hémorrhagies complémentaires, ou de l'apparition de quelques néoplasmes. En revanche, les névroses, les hémorrhagies causées par les fibromes utérins cessent d'habitude à ce moment. Avec l'aptitude à la reproduction, la femme perd les attributs de son s(»xe. Les seins se flétrissent, l'embonpoint se prononce et le charme extérieur disparait.

VI. Vieillesse. — C'est l'âge de toutes les déchéances, la dernière des évolutions de l'organisme. La décadence est rapide. Chaque jour creuse une ride, mine un organe, altère une fonction. La taille se voûte, la peau se plisse, les cheveux tombeni, Irs dents sont une à une expulsées de leurs alvéoles, la démarche devient chancelante, la vue et l'ouïe s'affaiblissent, tout s'alanguit. Les facultés intellectuelles subissent la même déchéance. La vieillesse est l'âge morose. Le cercle dans lequel elle se meut se rétrécit chaque jour. ; la mémoire devient infidèle, les

distractions difficiles, le caractère exigeant et Tennui vient s'asseoir au foyer du vieillard dont la pensée se reporte incessamment vers le passé qu'il regrette et vers sa fin prochaine qu'il redoute. Heureux sont ceux qui, dans cet écroulement, conservent assez de raison pour se dire qu'ils subissent la loi commune, assez de fermeté d'âme pour s'y résigner, assez de bon sens pour comprendre que la plainte est injuste et la critique du temps présent ridicule ; heureux ceux qui savent vieillir, plus heureux encore ceux qui se voient revivre dans leurs petits enfants.

La vieillesse est l'âge des infirmités ; les privilégiés qui arrivent au terme de l'existence sans en avoir connu les étreintes sont rares. Il en est de même des maladies ; les plus communes et les plus cruelles sont celles des voies urinaires , les plus meurtrières sont la pneumonie, le catarrhe bronchique avec l'emphysème pulmonaire, le ramollissement cérébral avec les congestions qu'il amène.

L'hygiène de la vieillesse se compose de précautions et de petits soins. La vie monotone et régulière, le respect des habitudes en constituent le fond. 11 faut savoirrenoncerau travail comme aux distractions bravantes, éviter les fatigues de toute nature, les émotions vives, s'interdire les soirées, les veilles, les dîners d'apparat, être sobre de voyages et ne pas changer de climat. C'est la vie au minimum qui convient à cet âge ; il faut éviter pourtant de l'assombrir encore par une absence complète d'émotions et l'entourer de toutes les joies, de toutes les distractions compatibles avec l'affaiblissement des organes.

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