IL — SEXES
La constitution et les aptitudes morbides ne sont pas les mêmes dans les deux sexes. La femme est plus délicate, plus nerveuse que l'homme ; ses organes ont moins de volume, ses besoins sont moins impérieux. Elle mange moins que lui proportionnellement à son volume, et a moins d'appétence pour les excitants. Les fonctions sont moins actives, la puberté arrive plus tôt et la fécondité s'éteint plus vite que chez l'homme.
La femme ne peut ni déployer la même force physique, ni produire les mêmes efforts. Les travaux de force ne sont pas faits pour elle ; en revanche, ses mouvements sont plus aisés, plus agiles, ses petites mains sont plus adroites ; elle nous est supérieure pour les besognes délicates. Les femmes ont en général l'esprit plus prompt, plus ouvert, la conception plus facile que» les honmies, mais elles sont moins susceptibles d'ap])lication et de persévérance. La méditation, l'étude des questions abstraites h^ur sont pénibles. Elles ont, en un mot, plus de brillant que de profondeur : mais, comme les facultés superficielles de l'esprit sont
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celles qui trouvent le plus souvent leur application dans la vie usuelle, les fenunes sont aptes à exercer une foule de professions utiles et devraient toutes trouver dans la société les moyens de pourvoir à leur subsistance par le travail. C'est à Thygiène et à Téconomie politique à résoudre pour elles ce problème, et quand elles y auront réussi, elles auront plus fait pour Taméliorâtion morale des sociétés que tous les philosophes et les moralistes réunis. Nous reviendrons sur ce sujet en parlant des professions.
La maternité est la fonction qui absorbe Texistence de la femme. La grossesse, la parturition, l'allaitement sont des écueik qu'il lui faut traverser à chaque conception nouvelle. Elle y laisse souvent sa santé, parfois sa vie ; et les affections de l'appareil utérin, dont la fréquence va toujours croissant, complètent son cadre nosologique spécial. Eln dehors des maladies qui leur sont exclusives, les femmes sont plus exposées que nous aux névralgies et aux névroses. L'anémie, la chlorose, la leucocythémie, la péritonite, le cancer, l'ulcère simple de l'estomac, le rhumatisme chronique et la chorée s'observent plus fréquemment chez elles. On ajoute généralement à cette liste, le goitre, la sclérose en plaque et l'ectopie rénale.
Les hommes sont plus sujets à la goutte, aux arthropathies scrofuleuses, aux hernies, à l'ataxie locomotrice, à l'atrophie musculaire progressive, aux calculs, à la cirrhose du foie, aux cancroïdes (i). Il est vrai qu'un certain nombre de ces maladies tiennent aux professions qu'ils exercent et quelques autres à leurs vices, au premier rang desquels il faut placer l'alcoolisme. En somme, la mortalité est plus faible et la longévité plus grande dans le sexe féminin que dans l'autre. Cela tient à ce que les hommes exercent toutes les professions dangereuses, tous les métiers qui usent la vie. La femme abritée dans le cercle de la vie domestique et des occupations sédentaires, n'a de périls à courir que ceux auxquels la maternité l'expose et, bien que considérables, ils n'équivalent pas à ceux qui nfenacent l'autre sexe. Aussi quoi qu'il naisse plus de garçons que de filles, il y a, comme nous l'avons vu, moins de vieillards que de vieilles femmes.
§ in. — TEMPÉRAMENTS. — IDIOSYNCRASIES. - CONSTITUTION
Dans le langage des écoles, le tempérament, VicUosyna^asie et la constitution sont trois choses différentes. Le tempérament est l'expression particulières do la prédominance d'un des systèmes généraux de l'économie ; Vidiosyncrasie est déterminée par la prépondérance d'un appareil
(1) Hallopeau, Traité élémentaire de pathologie générale^ 2* édition 1887^ p. 37.
OU d'un organe en particulier ; la constitution est la résultante de toutes les influences qui peuvent agir sur l'individu ; c'est la formule de son organisation. « L'idiosyncrasie, dit Michel Lévy, compare entr'eux les » organes, le tempérament les systèmes généraux, la constitution les » individus » (2). Ces distinctions nous paraissent un peu subtiles aujourd'hui ; nous ne comprenons pas bien surtout l'utilité qu'on peut en tirer dans la pratique ; mais il faut les connaître ne fût-ce que pour comprendre les anciens hygiénistes qui nous ont laissé sur ce sujet d'admirables dissertations.
I. Tempéraments. - L'idée des tempéraments remonte aux origines de la médecine. Elle entrait dans le plan ingénieusement conçu de la doctrine galénique. Le médecin de Pergame avait, comme on le sait, soumis à la loi des nombres, toutes les données de la science de son temps ; les quatre tempéraments correspondaient aux quatre humeurs, aux quatre qualités, aux quatre saisons, aux quatre âges de la vie et enfin aux quatre éléments qui dominaient tout cet édifice artificiel, mais gracieux. Cette doctrine nous est parvenue à travers les âges, après avoir laissé quelques-uns de ses lambeaux aux ronces du chemin, mais conservant encore un fond de vérité en ce qui touche aux tempéraments. On nVn admet plus que trois aujourd'hui : le sanguin ^ le nerveuw et le !l/9nphah\fui\ Bégin en a remarquablement tracé les caractères.
Le tempt^rament sanguin se fait remarquer, dit-il. par l'activité de rhématose, le tlévelop()ement des poumons, l'énergie du cœur, la riolu*ssi^ des rt^eaux capillain^s et rimpressionnabilité du système sanguin. Les jH^rsonnes chez lesquelles cet élément domine jouissent de la plénitude de la vie (i). Toutes leurs fonctions s'exécutent avec aisance ; l ensemble de leur économie offre un heureux cachet de force et de ;»inté. Le moral se n^sst^it néct^ssairement de ces conditions physiques. 1^ gaieté, la vivacité de la pensée, la mobilité de rimagination. le couragt^ et rineonstamv, plus de pétulance que de \ rofondeur, tel est l'apanage* de ot^s on^nisations brillantes (3 .
Lt*s maladit^ qui dominent chez ces sujets pri\ilégiés sont aigu^, franches et la natun* fait souvent k*s frais de la guérison. L'art trouve en eux de puissanlt^^ n^soun*^^ : Thygiène n'a qu'à les prémunir, par la si>brièle et l'exeriM^w eonin* la plèthon* et robésité qui sont les éeueils dt^ iV lem|H*ran>ent.
Le lom|vramenl ?u^rrcus\^ est earaetèrist^ par la vi\-acité des impressions, la mohililé du OAraolèrt\ une susceptibilité presque maladive que met en jtHi le moindre* ebranlemenl. t> lempt^rsonent so traduit au dehors
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par la maigreur, la gracilité des formes, Fexpression mobile et tourmentée du visage. Les personnnes qui en sont affligées sont sur la pente de toutes les névroses, et l'élément nerveux prédomine dans leurs affections ; mais elles déploient, dans Fétat de maladie, une force de résistance qui étonne, et qu'elles retrouvent également en présence des fatigues, des souffrances et de toutes les épreuves de la vie.*
Cette forme de tempérament héréditaire ou acquise tend à prédominer au sein des civilisations avancées. Elle est la conséquence de l'exagération du bien-être, de la vie trop sédentaire, trop raffinée du défaut d'exercice physique et de l'abus des sensations. On y remédie par un genre de vie opposé. La vie au grand air, les exercices physiques, l'hydrothérapie parviennent à transformer ces organisations délicates, à la condition de s'y prendre de bonne heure, alors que le pli n'est pas encore irrémédiablement pris.
Le tempérament lymphatique est le plus mal défini, celui qui a soulevé le plus de controverses ; et cependant il est compris de tous les médecins. Il est caractérisé, dit Bégin, par la prédominance de développement, de vitalité et d'action de tous les tissus pénétrés par des liquides non sanguins et de tous les organes qui forment ces liquides. Cette définition n'est pas rigoureusement physiologique, mais elle exprime assez bien l'opinion générale. C'est la formule organique qui a pour attributs extérieurs, un teint blafard, des chairs molles, froides et comme abreuvées de sérosité, des cheveux roux ou blonds, des yeux bleus, des articulations volumineuses, des muqueuses peu colorées, des dents bleuâtres et souvent cariées, des amygdales volumineuses, une allure lente, paresseuse, peu d'énergie morale, peu d'activité intellectuelle.
Ce type, très commun dans certaines localités, est manifestement inférieur et un indice de décadence. 11 prédispose aux affections chroniques, confine à la scrofule et constitue un excellent terrain de culture pour les parasites cutanés comme pour les microbes et notamment pour le bacille de la tuberculose. L'hygiène a plus d'action sur ce tempérament que sur les autres. Un climat sec et franc, Tair marin et les bains de mer, l'exercice et l'alimentation tonique font merveille chez les jeunes sujets lorsqu'on peut y recourir ; malheureusement, comme cette forme d'organisation est le plus souvent le fruit de la misère, l'hygiène peut rarement y remédier.
Les trois formes de tempérament que je viens d'esquisser ne sont pas des types de fantaisie ; il est rare pourtant de les rencontrer dans leur pureté classique : leur association est le fait le plus ordinaire. L'union du tempérament lymphatique avec le sanguin ou le nerveux sont les deux combinaisons qu'on observe le plus communément. La première constitue le fond organique des populations du Nord de l'Europe. L'élément sanguin domine en Alsace, en Normandie, tandis que chez les Allemands et les Belges, c'est l'élément lymphatique. L'association des
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systèmes lymphatique et nerveux ne s'observe guère que chez les femmes; l'union du nerveux et du sanguin se rencontre fréquemment chez les populations méridionales. Les Dauphinois, les Basques, les Béarnais offrent souvent ce type privilégié.
II. Idiosyncrasies. — L'association des tempéraments pourrait nous fournir bien d'autres combinaisons que celles qui précèdent ; les idiosyncrasies nous en offriraient bien davantage encore ; mais ces considérations sont d'un caractère exclusivement médical et l'hygiène ne doit pas s'y arrêter. La prédominance d'un organe ou d'un appareil, tant qu'elle ne dépasse pas la mesure physiologique, ne présente pas d^indications précises et quand elle a franchi cette limite, c'est la thérapeutique que cela regarde. Les longs développements dans lesquels se complaisent les anciens traités d'hygiène au sujet des idiosyncrasies génitale^ digestïve, thoracique, musculaire^ hépatique, seraient mieux à leur place dans des ouvrages de pathologie (i).
m. Constitution. - La constitution, d'après sa définition même, est essentiellement individuelle et ne saurait prêter par conséquent à des considérations générales. Sa formule se traduit par un résultat, la somme de force que possède l'individu. • La force, dit Michel Lévy, n'est pas » une abstraction, une entité ontologique, elle est la résultante de toutes » les actions qui s'exécutent dans l'économie ». L'éminent hygiéniste partant de cette donnée, passe en revue la force dans ses rapports avec les tempéraments, les idiosyncrasies, l'hérédité, l'âge, le sexe, la taille, le poids du corps ; mais ce long et brillant chapitre, quelqu'attrayante qu'en soit la lecture, n'est pas de l'hygiène à la façon dont nous l'entendons aujourd'hui.
(!) Voyez Michel Lévy, Traité d'hygiène publique et privée ^ t. I, p. 188 et suivintes.
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